Hollywood, ville mirage

Apparues avec l’âge d’or hollywoodien, que nous disent les stars, à la fois divines et mortelles, sur notre civilisation, notre société et notre temps ? C’est à cette question qu'a tenté de répondre le philosophe et sociologue Edgar Morin dans un ouvrage resté fameux consacré aux “Stars” (Points Seuil) qui ont acquis cette survie que nous appelons immortalité.

Plusieurs livres, romans ou récits, sont revenus ces dernières années sur ces figures mythiques qui hantent nos imaginaires : parmi eux, il y a le très beau “Blonde” (Livre de Poche) de Joyce Carol Oates sur Marilyn Monroe,”Jayne Mansfield 1967” (J’ai Lu) de Simon Liberati, “Platine” de Régine Detambel autour de Jean Harlow, premier sex-symbol de l’histoire du cinéma ou encore “Les nuits d’Ava” de Thierry Froger qui revisite, dans un roman somptueux’ un épisode romain de la vie d’Ava Gardner (tous les deux chez Actes Sud).

Autre grande star de cette période faste : Marlène Dietrich à qui Camille Larbey consacre un portrait biographique, “Celle qui avait la voix” (Capricci), retraçant le parcours de celle qui, des cabarets miteux de Berlin aux plateaux d’Hollywood, à connu tous les extrêmes et à traversé le siècle, ne cessant de clamer que sa carrière n'a vraiment commencé qu'avec “L’ange bleu”, son premier film parlant.

Indissociable de Marlène Dietrich dont il fut le pygmalion, Josef Von Sternberg fait lui aussi l’objet d’une belle monographie, “Les jungles hallucinées” (Capricci) de Mathieu Macheret.

Celui qui tourna quelques chefs d’oeuvre comme “Morocco”, “Agent X27” ou d’autres grands films plus méconnus tels que “Fièvre sur Anatahan" voit sa carrière retracée de Vienne à Shanghai, dans ce qui s’apparente à un exercice d’admiration.

Admiration et ferveur dont témoigne aussi Jonathan Coe dans le mélancolique et réjouissant “Billy Wilder et moi” (Gallimard). Dans ce roman enlevé, il brosse le portrait du maître de la comédie et du film noir en monstre sacré d’Hollywood sur le déclin en évoquant le tournage de son avant-dernier film “Fedora”, souvent et à tort mésestimé. Jonathan Coe dépeint un homme au soir de sa vie, et son roman est aussi un chant du cygne à l’égard d’un certain âge d’or hollywoodien que Billy Wilder considère comme révolu, pourfendant avec humour ceux qu’il appelle les “barbus” (Spielberg, Scorsese, Lucas) incarnant la relève du Nouvel Hollywood.

Si Hollywood incarne, pour beaucoup, une forme de rêve inaccessible, il a aussi son envers plus trouble et parfois sombre qu’ont pointé Joseph Kessel dans “Hollywood, ville mirage” (Sonneur)  ou Kenneth Anger dans “Hollywood Babylone” (Tristram) qui en relate, avec brio et humour, la légende noire.

C’est en 1936 que Joseph Kessel entreprit un voyage dans ce que l’on appelait la “mecque du cinéma” : il y raconte son amour déçu et y décrit la Babylone cinématographique comme un lieu d’aventures forgées par l’Histoire et la géographie, où les décors naturels sont au service d’une impitoyable industrie de l’artifice et du leurre.

Leurre que met bien en lumière Martine Reid dans son essai biographique "Être Cary Grant” (Gallimard) où la belle image cinématographique de l’acteur, né sous le nom d’Archibald Leach, réputé pour ses rôles chez Alfred Hitchcock, n’était qu’apparence. Martine Reid retrace ainsi l’histoire d’un individu dont l’identité s’est patiemment forgée grâce au cinéma, en parallèle du rêve américain. Derrière le divertissement et les images d’une virilité conquérante, elle dévoile les fragilités d’un homme inquiet ainsi que les failles d’un star system qui aspire et broie les figures qu’il a lui-même créées.

Hollywood, ses acteurs et réalisateurs mythiques méritent bien ce billet et la vitrine que nous leur consacrons.

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