Oeuvres Tome 3 (édition Alain Brunet et Claude Pichois)

À propos

Un être qui entre dans le mitan de son âge se penche sur son passé. Avec humour, ou amertume. Colette - dont ce volume rassemble les oeuvres de la période qui va de 1929 à 1940 - fait les deux. Et elle change de mers : à celle du Nord agitée comme son être, elle va dorénavant préférer la Méditerranée au bord de laquelle elle s'installe le plus souvent pour écrire, à la Treille muscate. Il lui faut maintenant un certain soleil, pour être. Le passé, c'est essentiellement la mère morte. Sidonie Landoy va se métamorphoser en Sido. Abusive, envahissante, la mère réelle devient - ombreuse - un personnage inoffensif sur lequel l'écrivain peut désormais exercer son emprise et probablement se revancher. «Si le passé se détache de nous, c'est qu'il est mûr.» Il faut à l'évidence que Colette hâte ce mûrissement et dise adieu au «noir garçon à la peau de satin» (La Fin de Chéri). Restent les charmes ambigus du Pur et de l'Impur où, à La Naissance du jour surgit un fantomatique adolescent - qu'on n'attendait pas vraiment - mais qu'on accueille lorsqu'il franchit la haie mitoyenne parce qu'il vient apaiser la chair mortelle. Les faunes cependant s'évanouissent et il faudra même aller jusqu'à quitter L'enfant et ses sortilèges. Car le deuil de la mère impose qu'on dise adieu à cet enfant-là, qu'on ne sera jamais plus, puisque cet enfant est mort avec la mère morte. Colette fait toutefois encore un peu La Chatte dans des Aventures quotidiennes, pour découvrir que les «femmes jeunes sont bêtes», malgré leurs fards rose-canaille ou bleu-de-meurtrissure. Redoutant les désastres du temps, elle ira jusqu'à ouvrir une officine qui «ragrée» le visage de celles dont on partage l'effroi de vieillir. Et elle leur lance : «Allez plaire, allez aimer, allez nuire - allez jouer ! » Encore.


Sommaire

La Femme cachée - Aventures quotidiennes - L'Enfant et les Sortilèges - La Fin de Chéri - La Naissance du jour - La Seconde - Sido - Le Pur et l'Impur - Prisons et paradis - La Chatte - Duo - Mes apprentissages - Discours de réception à l'Académie Royale Belge de langue et de littérature françaises - Bella-Vista - Le Toutounier.

Rayons : Littérature > Œuvres classiques


  • Auteur(s)

    Colette

  • Éditeur

    GALLIMARD

  • Distributeur

    SODIS

  • Date de parution

    05/11/1991

  • Collection

    Bibliotheque De La Pleiade

  • EAN

    9782070112159

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    2 064 Pages

  • Longueur

    18 cm

  • Largeur

    11.7 cm

  • Épaisseur

    5 cm

  • Poids

    760 g

  • Support principal

    Grand format

Infos supplémentaires : Luxe   Relié  

Colette

Dernière enfant du couple formé par ces parents mythiques que sont devenus Sido (Sidonie Langlois) et le capitaine Colette, celle qui deviendra Colette a vécu une enfance heureuse dans un petit village de Bourgogne. Adorée par sa mère comme un « joyau tout en or » au sein d'une nature fraternelle, elle rencontre adolescente Henry Gauthier-Villars, surnommé 'Willy', avec qui elle se marie le 15 mai 1893 à Châtillon-Coligny. Willy, auteur de romans populaires, est un viveur parisien qui fait également travailler à son profit une équipe de collaborateurs. Il introduit Colette dans les cercles littéraires et musicaux de la capitale. Vite saisi par les dons d'écriture de sa jeune épouse, Willy l'engage à écrire ses souvenirs d'école, qu'il signe sans vergogne de son seul nom. Ce sera Claudine à l'école, bientôt suivi d'une série de Claudine (La maison de Claudine, Claudine à Paris, Claudine en ménage, etc.), dont les romans seront publiés sous le nom du seul Willy. Willy fut, entre autres, l'amant de Marie Louise Servat (dite Germaine), femme d'Émile Courtet, à qui il donna un fils, Jacques Henry Gauthier-Villars. Jalouse, consternée de devoir être enfermée dans un rôle d'épouse bafouée, Colette se libère de plus en plus de cette tutelle, et, encouragée par Georges Wague, commence une carrière dans le music-hall (1906-1912), où elle présente des pantomimes orientales dans des tenues suggestives, puis au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge et à Bataclan. Ce sont des années de scandale et de libération morale: elle divorce d'avec Willy en 1906 et connaît plusieurs aventures féminines, notamment avec Mathilde de Morny (Missy), fille du duc de Morny et sa partenaire sur scène. Mais, durant toute cette période, Colette chemine aussi dans sa vocation d'écrivain. Elle publie des ouvrages évoquant ces années: La vagabonde, L'envers du music-hall, En tournée, etc. Une attention de plus en plus précise à la justesse des mots, notamment lorsqu'ils sont chargés d'exprimer l'effusion dans la nature, une sensualité librement épanouie pour revendiquer les droits de la chair sur l'esprit et ceux de la femme sur l'homme, voilà quelles sont les lignes de force de cette écriture qui reste encore à saluer, tant, ici encore, la critique littéraire a manifesté son machisme.
Après son divorce, Colette a une brève liaison avec Auguste-Olympe Hériot, rencontré à la fin de 1909. Elle rencontre ensuite Henry de Jouvenel, politicien et journaliste, qu'elle épouse en 1912 et qui l'engage à donner quelques billets et reportages au journal Le Matin, dont il est le rédacteur en chef. De lui, elle aura sa seule enfant, Colette Renée de Jouvenel, dite «Bell-Gazou» ["beau gazouillis" en provençal]. À quarante ans, elle joue aussi un rôle d'initiatrice auprès du fils d'Henry, Bertrand de Jouvenel, dix-sept ans, expérience qui nourrira les thèmes et les situations dans Le Blé en herbe. En ce qui concerne Chéri, il s'agit d'un fantasme qui est devenu réalité, puisqu'il est en 1920, mais dont l'idée datait de 1912, soit quelques années avant sa liaison avec Bertrand de Jouvenel. Le divorce sera prononcé en 1923. Mélomane avertie, Colette collabore avec Maurice Ravel entre 1919 et 1925 pour la fantaisie lyrique L'Enfant et les sortilèges. Elle a été l'amie de la reine Elisabeth de Belgique, Marguerite Moreno et Natalie Barney et a eu quelques brouilles avec la célèbre demi-mondaine de la Belle Époque, Liane de Pougy.
En 1945, Colette est élue à l'unanimité à l'Académie Goncourt, dont elle devient présidente en 1949. En 1953, elle est promue officier de la Légion d'honneur. L'écrivaine est au faîte de sa gloire et de son talent quand elle s'installe dans son appartement du Palais-Royal pour ne plus le quitter. Elle compte Jean Cocteau parmi ses voisins. Sur ses vieux jours, Maurice Goudeket, son dernier mari, l'aidera à supporter son arthrose. Elle meurt le 3 août 1954. Malgré sa réputation sulfureuse et le refus, par l'Église catholique, des obsèques religieuses, Colette est la seule femme à avoir eu droit à des funérailles nationales. Elle est enterrée au cimetière du Père Lachaise à Paris. Sa fille repose à ses côtés.


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