• « Esclaves, ne maudissons pas la vie. » Lire Arthur Rimbaud vous condamne à partir un jour sur les chemins. Chez le poète des Illuminations et d'Une saison en enfer, la vie s'organise dans le mouvement. Il s'échappe hors de l'Ardenne, cavale dans la nuit parisienne, court après l'amour en Belgique, se promène à Londres puis s'aventure à mort sur les pistes d'Afrique. La poésie est le mouvement des choses. Rimbaud se déplace sans répit, changeant de point de vue. Son projet : transformer le monde par les mots. Ses poèmes sont des projectiles, des bouquets de feu : cent cinquante ans plus tard, ils nous atteignent encore. Qu'avons-nous fait de nos douleurs ? Au temps où le monde était paralysé par un virus chinois, Sylvain Tesson a cheminé une saison avec Arthur Rimbaud. La marche - état suprême de la poésie - est, avec la littérature, l'antidote à l'ennui.

  • "La vie ordinaire est une vie d'hypocrite. On fait comme si c'était "déjà ça" de vivre "tranquillement", comme si on ne voulait pas d'aventure. Comme s'il suffisait de se la couler douce dans les plis du laisser-être pour atteindre la tranquillité tant recherchée. Sauf que la plupart du temps, on n'y arrive pas.
    Puisque l'existence humaine est à la fois provisoire et continue, puisque rien ne dure et que le temps ne se retient pas, la tranquillité n'est pas de ce monde. Et c'est tant mieux. Que le dard de l'intranquillité vous pique encore et encore! Demandez-vous, au moins une fois, si le nombre d'années parcourues, les épreuves et les angoisses endurées, si vous avez vécu tout ça pour vous réfugier dans la mauvaise foi de l'émerveillement ordinaire, sans jamais vouloir fouiller en dessous, remuer la vase qui étouffe vos désirs et vous fait croire qu'être quelqu'un, c'est peser lourd, et s'accrocher aux horaires comme si la vie en dépendait."

  • « 55 % de ce volume figurait déjà dans la deuxième édition d'Interventions,
    parue en 2009. Cette troisième édition comporte donc 45 % de nouveaux textes. Bien que je ne souhaite pas être un "artiste engagé", je me suis efforcé dans ces textes de persuader mes lecteurs de la validité de mes points de vue, sur le plan politique rarement, sur différents "sujets de société" le plus souvent, sur le plan littéraire de temps à autre.
    Il n'y aura pas de quatrième édition. Je ne promets pas absolument de cesser de penser, mais au moins de cesser de communiquer mes pensées et mes opinions au public, hors cas d'urgence morale grave - par exemple une légalisation de l'euthanasie (je ne pense pas qu'il s'en présente d'autres, dans le temps qui me reste à vivre).
    J'ai essayé de classer ces "interventions" par ordre chronologique, dans la mesure où je me souvenais des dates. L'existence au moins apparente du temps a toujours été pour moi un grand motif d'agacement ; mais l'habitude a été prise de voir les choses en ces termes. Pour cette fois, donc, j'y consens. »
    M.H.

  • Si la très jeune danseuse contorsionniste hante l'art et la peinture, depuis les descriptions priapiques d'Augustin ou de Jean Chrysostome, c'est au coeur du xixe siècle que Salomé entre de plein pied et en grande pompe dans la littérature, avec l'Hérodias de Flaubert, suivi par Huysmans, avant qu'à son tour Jules Laforgue s'en mêle et qu'Apollinaire, enfin, ferme le bal au début du nouveau siècle. Sont rassemblées ici quatre Salomé, auxquelles s'ajoutent deux notes de Gustave Moreau sur ces propres tableaux, qui laisse voir le mythe entier d'une fillette aux prises avec le pouvoir et la cruauté, et un cahier d'images en couleurs qui va de la Salomé en mosaïque de Venise aux Mangas. Préface de Patricia Farazzi.

    C'est Gustave Flaubert qui, en France, ouvre le bal des Salomés avec son Hérodias en 1877, presque en même temps que les Salomés de Gustave Moreau qui en donne les descriptions dans ses carnets (1876), avant que ne s'y collent Huysmans à la fois dans ses critiques d'art et dans A rebours (1884) ou Jules Lafforgue (1877). Apollinaire ferme le bal en 1902 avec une Salomé mourante, dont la tête flotte sur un lac gelé de Nicopolis du Pont, où elle fut reine d'Arménie mineure.

  • "À trente-quatre ans, j'ai éprouvé de nouveau l'empoignade d'une lecture d'enfance. Elle a duré deux nuits. Je relisais, bouleversé, Ceux de 14. [...] M'apprêtant à écrire sur les paysages du Barrois et de la Woëvre, j'avais pensé recevoir d'une nouvelle lecture de Genevoix la bénéfique influence. Sa réputation de paysagiste était solide et l'on disait qu'il n'était pas seulement le meilleur peintre de la Loire, mais aussi de la nature meusienne. Je pense maintenant que la cause était plus profonde."

  • Les 7 Boules de cristal. La « bonne » lecture de cet album, retenu pour son intrigue, ne peut être qu'une « seconde » lecture. Il faut reprendre lentement le récit de cet album exemplaire, pour découvrir tout ce qu'on n'a pas vu. On s'aperçoit, de fait, que la ligne « descendante » de la storia, le long de laquelle on a d'abord dévalé, mérite bien plus que la seule attention portée aux aventures des héros. Mille détails lestent la fable d'un poids symbolique qui, distillés au gré des séquences, font de la trame narrative un vaste ensemble de signes au lecteur qu'on avait mal perçus. Le résumé de l'album, si bien établi soit-il, ne peut prendre en charge « ce qui conte » vraiment : la contamination de l'enquête (parfois clownesque) par la quête (dramatique), comme celle de l'expliqué par l'inexplicable. En décrivant les images d'Hergé (ici, accompagnées d'illustrations « adjacentes »), Pierre Fresnault-Deruelle s'est vite persuadé que le détail de bien des vignettes, loin de servir au seul établissement des décors, pouvait être relié au dessein général de l'artiste.

  • Dans le climat de l'Ère des réformes, l'utopie technologique imaginée par John A. Etzler n'est pas vraiment extravagante : tant d'autres, au milieu du XIXe siècle, ont imaginé des projets saugrenus pour refaire le monde. Fort réticent à l'égard de ces communautés chimériques, Emerson suggère au jeune Thoreau de rédiger une critique de l'ouvrage d'Etzler. Dans la fantaisie irréalisable qu'il commente, Thoreau apprécie la suggestion d'une relation apaisée avec la nature mais n'accepte pas une société idéale dont le but serait le confort matériel et la recherche du plaisir. Surtout, l'utopie d'Etzler manque l'essentiel : elle ne fait pas confiance à l'homme. Or, s'il doit y avoir progrès, il sera individuel.

    Américain dissident, Henry D. Thoreau (1817-1862) est un réfractaire qui se plaît à résister, à suivre son chemin absolu en dépit de tout. Par ses écrits, il met la force tonifiante de sa résistance au service de tous ceux qui veulent garder l'esprit en éveil et maintenir une position critique peut-être plus nécessaire que jamais à notre époque de contrôle soft de l'opinion par les divers moyens d'information ou les « produits culturels ».

  • Pour ne pas perdre le nord (minuscule en général, majuscule quand il s'agit de la région d'un pays) ; pour ne pas donner du mister (Mr) à monsieur (M.) ni de trait d'union à saint Jacques, sauf quand c'est le nom d'une église ( Saint-Jacques-de-Compostelle); pour distinguer le Premier ministre du président de la République, même si l'un rêve toujours d'être l'autre; pour laisser leur minuscule au roi et à l'empereur sauf en cas de mégalomanie (Napoléon); pour ne pas écrire 1ère mais 1re; pour conserver l'accent sur les capitales, donc la lisibilité d'un texte en dépit de toutes les paresses et de toutes les pressions numériques... bref,pour ne pas se perdre, un seul fil d'Ariane, le Lexique des règles typographiques. C'est la bible de tous les académiciens quand ils rédigent le Dictionnaire, la règle du jeu de la langue française. Le jeu en vaut la chandelle.

  • L'utopie sociale naît d'une insatisfaction collective. L'utopie réalisable, c'est la réponse collective à cette insatisfaction. Mais comment répondre collectivement à une insatisfaction ? et quelles limites une collectivité doit-elle respecter pour satisfaire à son utopie réalisée ? Telles sont les questions soulevées - avec une grande précision et quelques dessins au trait - par le livre de Yona Friedman, paru pour la première fois en 1974, et revu et augmenté pour cette édition.

  • Comment et jusqu'où la littérature agit-elle ? Pourquoi sommes-nous si nombreux à y puiser des ressources ? Qu'y cherche-t-on et qu'y trouve-t-on ?

    Devenir lecteur, c'est toujours faire l'expérience du changement : franchir le seuil entre la petite enfance et l'âge de raison, explorer d'autres mondes, investir d'autres vies que la sienne, incorporer d'autres visions du monde. Cette occupation (j'occupe le territoire du texte autant qu'il occupe mon esprit) peut avoir des répercussions durables sur notre existence. C'est pourquoi les livres furent parfois considérés avec méfiance. On les soupçonnait de rendre soit mous, soit fous. Les temps ont changé. La littérature apparaît de plus en plus comme un outil de connaissance, de développement personnel et d'émancipation. En nous plongeant dans des univers sociaux et mentaux, elle élargit notre compréhension du monde. Elle recèle aussi des vertus morales : parce qu'elle nous offre une voie d'accès à l'intimité psychique de personnages, elle développe notre empathie et incarne nos dilemmes existentiels. La littérature fait bien plus que nous distraire. Elle nous soigne. Elle apaise nos âmes, récrée nos vies, et ressoude par le verbe la communauté des vivants.

  • Qui irait soupçonner que mener une vie de bâton de chaise, sous son apparence bon enfant, cache probablement une gauloiserie des plus vertes ? Ou qu'avoir la puce à l'oreille eut pendant des siècles un sens uniquement érotique ? Que casser la graine est parti d'une plaisanterie de vignerons, que le rapprochement des vessies et des lanternes (qu'il ne faut pas confondre !) remonte à l'époque romaine ? L'histoire des expressions est une véritable boîte à surprises. Après vingt-cinq années de recherches et de publications diverses sur le sujet - parmi les plus récentes dans la rubrique « Le plaisir des mots » du Figaro -, Claude Duneton, auteur du Bouquet des expressions imagées, dévoile ici les doubles fonds des images qui parlent.

  • " Comment dire mieux ce travail de Sisyphe : remettre à l'honneur ces grandes écrivaines, nos aînées, celles à qui nous devons la force et le courage d'écrire ce que nous voyons, ce que nous sentons, ce que nous savons, et qui, décennie après décennie, sont renvoyées à leurs ténèbres, oubliées, effacées encore et encore. Celles à qui nous devons la force et le courage de décrire ce recoin de perplexité où rien n'est majestueux ni symbolique, mais où tout est important, les soupirs, les rhumes, les agonies, les bains de mer. "
    Dans la nouvelle édition, révisée et augmentée, de La Marche du cavalier, Geneviève Brisac explore les œuvres de Christiane Rochefort, Doris Lessing, Natalia Ginzburg, Vivian Gornick... Un regard singulier sur les femmes et l'écriture, une invitation à lire autrement.

  • Le projet d'un livre sur Rembrandt accompagna longtemps Jean Genet. Il découvre l'oeuvre du peintre au début des années 1950 lors de séjours à Londres, puis à Amsterdam, Berlin et Vienne, et lui consacre un premier texte, publié dans L'Express en 1958. Au début des années 1960, Genet y travaille encore, mais en avril 1964, apprenant la mort de son ami Abdallah, il détruit le contenu d'une valise pleine de ses écrits. Ne subsistent des pages consacrées à Rembrandt que deux manuscrits, miraculeusement sauvés, qui
    formeront "Ce qui est resté d'un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes", publié en revue en 1967. Bien que Genet les ait insérés dans ses OEuvres complètes, ces textes resteront confidentiels et il n'en verra pas d'édition illustrée de son vivant.
    En 1995, les Éditions Gallimard réalisent enfin le projet inabouti sous la forme d'un livre d'art qui révèle toute la puissance de la réflexion de Genet sur Rembrandt. C'est cet ouvrage, épuisé depuis longtemps, que revisite aujourd'hui la collection "L'Arbalète". Illustré de l'ensemble des tableaux cités par Genet et complété d'une notice historique inédite, il viendra désormais voisiner avec L'atelier d'Alberto Giacometti, le plus célèbre de ses écrits sur l'art.

  • Cette soixantaine de textes, dont la moitié pour la première fois en français, donnent à entendre les réflexions lucides et subtiles de Robert Walser sur l'art musical. Envolées lyriques pour la Flûte enchantée de Mozart ou ironie acérée face aux mondanités des auditeurs et poses affectées des musiciens, le poète s'attache à toutes les mélodies. Mais ce n'est pas une surprise s'il marque sa préférence pour les formes modestes, brèves et les sons du quotidien. Avec la précision qui le caractérise, Walser s'attache à écouter le silence de la neige, les flonflons des cafés ou la petite musique qui accompagne le badinage amoureux. Sa prose elle-même est empreinte de musicalité, tressautant tantôt gaiement d'un sujet à l'autre, tantôt entonnant des lamentos aux accents plus graves.

    Robert Walser (1878-1956), maître des petites proses, poètes du quotidien, est l'un des grands écrivains de langue allemande du XXe siècle. Les textes réunis ici couvrent toute sa période créative - des premiers poèmes qui lui valent son entrée dans le monde littéraire (1899) aux textes tardifs, composés à la Waldau où il est interné dès 1929.

  • Sans renier pour autant son statut d'icône féministe, L'Herne a voulu restituer à Simone de Beauvoir toute sa dimension d'écrivain. Ce Cahier tente d'éclairer les différents genres dans lesquels son talent s'est exercé et souligne un travail d'écriture souvent méconnu.
    La publication d'extraits de romans de jeunesse inédits, la découverte de manuscrits dont l'analyse permet de relire autrement romans, nouvelles et autobiographies, révèlent la constance d`une vocation et le souci obstiné de la solution littéraire adéquate. Refusant les excès du tout biographique, ce Cahier offre néanmoins aux lecteurs des correspondances inédites, qui font le point sur les relations inventives que Simone de Beauvoir noua avec ses amours et ses amis. Des entretiens témoignent du désir qu'elle eut toujours de s'expliquer sur son oeuvre et sur sa vie, et de nombreux articles, publiés dans des revues ou quotidiens américains et français, illustrent ses engagements.
    Ce Cahier rend compte des recherches, notamment anglo-saxonnes, qui ont sorti Simone de Beauvoir de l'ombre sartrienne et lui ont conféré une stature de philosophe à part entière. Nous avons souhaité élargir notre étude aux adaptations cinématographiques et théâtrales que ses romans et ses essais ont suscitées.
    Le rayonnement de Simone de Beauvoir se mesure également à l'abondance des lettres de lecteurs qu'elle reçut et dont nous publions des échantillons, en privilégiant les correspondances d'écrivains. Ce dialogue se poursuit, non sans débats, avec les écrivaines des générations suivantes.

  • Les Cahiers de L'Herne entreprennent de saluer en Pierre Michon l'absolue singularité d'une voix et d'une écriture qui n'en finit pas de surprendre et d'enchanter un lectorat toujours plus vaste depuis l'apparition, en 1984, de son premier ouvrage, Vies minuscules. Les livres de Pierre Michon, denses et tendus dans leur beauté paradoxale, à la fois sauvage et classique, naturelle et travaillée, ont depuis longtemps conquis une place de premier plan auprès des écrivains, des lettrés et dans les milieux de la critique savante. Il est alors naturel de solliciter dans ce volume les plus grands noms de la critique universitaire - Jean-Pierre Richard, Henri Mitterrand ou Philippe Berthier - tout en s'ouvrant à d'autres disciplines de la pensée et de la création : l'Histoire (Patrick Boucheron, François Hartog), histoire de l'art et anthropologie, géographie (Jean-Louis Tissier), la musique et arts plastiques (Henri Cueco), l'art théâtral (Denis Podalydès), sans oublier la question de la traduction (Élizabeth Deshays).
    Ce Cahier est aussi l'occasion de convoquer autour de l'oeuvre de Michon, les textes et témoignages de grands critiques et écrivains comme Pietro Citati, Maurice Nadeau ou Jacques Réda, et d'autres contemporains (Goffette, Bergounioux, Echenoz ou Olivier Rolin) ou auteurs plus jeunes (Marie-Hélène Lafon, Maylis de Kerangal) qui disent ici le pouvoir fécondant de cette écriture éblouissante et rare. S'intéressant aussi à l'atelier littéraire, le présent Cahier donne à lire nombre d'inédits ou textes rares de Michon : premiers écrits mais aussi variantes, passages supprimés, chapitres retranchés, toutes « victimes » de l'exigence de l'auteur qui opte pour le fragment fulgurant et l'inachèvement.
    Ainsi ce Cahier de L'Herne participe-t-il puissamment du rayonnement de l'oeuvre dense, lumineuse et féconde de cet immense écrivain aussi rare et secret qu'exigeant - donnant toute sa véracité à cette remarque que l'entreprise vient de susciter chez Jean-Pierre Richard à propos de notre auteur : « Son silence si têtu, il faudrait alors l'entendre comme une sorte de paradoxale, et réversible, insémination... ».

  • Que nous reste-t-il de la communauté? De ce qui a été pensé, voulu, désiré sous le mot de communauté? Il semble qu'il ne nous en reste rien. Ses mythes sont suspendus, ses philosophies sont épuisées, ses politiques sont jugées. On pourrait dire aussi: la communauté, c'était le mythe, c'était la philosophie, c'était la politique - et tout cela, qui est une seule et même chose, est fini. Ce livre essaie de dire ceci: il y a, malgré tout, une résistance et une insistance de la communauté. Il y a, contre le mythe, une exigence philosophique et politique de l'être en commun. Non seulement elle n'est pas dépassée, mais elle vient au devant de nous, elle nous reste à découvrir. Ce n'est pas l'exigence d'une oeuvre communautaire (d'une communion ou d'une communication). C'est ce qui échappe aux oeuvres, nous laissant exposés les uns aux autres. C'est un communisme inscrit dans son propre désoeuvrement.

  • Devant la parole

    Valère Novarina

    «Voici que les hommes s'échangent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s'en forgeant plus qu'une monnaie : nous finirons un jour muets à force de communiquer ; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n'ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. Il n'y a que le mystère de parler qui nous séparait d'eux. À la fin, nous deviendrons des animaux : dressés par les images, hébétés par l'échange de tout, redevenus des mangeurs du monde et une matière pour la mort. La fin de l'histoire est sans parole.»

  • Aborder la linguistique
    Le langage est la faculté qui par excellence caractérise l'être humain. Si la réflexion grammaticale est très ancienne, le XXe siècle a placé l'étude du langage, de l'écriture et des signes au centre de ses préoccupations. Cette tendance s'accentue en ce début de XXIe siècle, où, avec le développement des nouvelles technologies, la communication verbale occupe une place croissante dans l'activité humaine.
    Déjà un classique pour les enseignants et les étudiants en linguistique, cet ouvrage présente les principaux domaines, problématiques et courants de la linguistique moderne pour un public qui n'est pas familier de cette discipline et qui a besoin de connaître ses apports essentiels.
    Dominique Maingueneau
    Professeur de linguistique à l'université Paris-Sorbonne, il a publié un grand nombre d'ouvrages, en particulier dans le domaine de l'analyse du discours. Il a codirigé le Dictionnaire d'analyse du discours (Seuil, 2002).

  • La place des philosophes du XVIIIe siècle dans la préparation de la Révolution française a fait l'objet de controverses passionnées. Mais les historiens ne s'étaient guère, jusqu'à Robert Darnton, penchés sur le rôle des écrivains de second ordre - qu'ils tirent à Paris le diable par la queue en fabriquant une littérature pornographique et politique ou qu'ils se soient exilés à Londres, voire ailleurs, pour éviter l'embastillement. Ces ratés de la littérature tiendront un rang important dans le personnel révolutionnaire.
    Vu des ateliers, des boutiques des libraires ou des officines de la police, le paysage des Lumières change du tout au tout : s'esquisse alors, à la croisée d'une histoire de l'édition et d'une double sociologie des auteurs et des lecteurs, le monde des livres au XVIIIe siècle. Cette étude pose en termes novateurs la question de la lecture au siècle des Lumières et de la part qui revient à la fermentation intellectuelle dans le temps long des origines de la Révolution.

  • Cahier Camus

    Collectif

    • L'herne
    • 1 Septembre 2013

    Ce Cahier offre au lecteur un parcours très éclectique autour d'Albert Camus : les six sections visent à proposer des éclairages originaux sur sa vie, sur ses oeuvres - roman et théâtre -, sur sa pensée et sur ses engagements. Aucune recherche d'exhaustivité dans notre démarche : d'amples synthèses voisinent avec des « petits faits » ; des témoignages directs avec des études très « pointues » ; des textes de Camus avec des textes sur Camus. Nous avons voulu varier le plus possible les points de vue, pour que chaque lecteur circule dans le Cahier en gardant sa liberté d'interprétation. Nous voulons le rendre proche, frayer des voies vers l'homme, vers l'artiste, vers le penseur engagé, vers le journaliste - de manière que le lecteur du Cahier ait envie de lire ou relire telle ou telle des oeuvres de Camus. Nous avons pensé notre tâche comme celle de passeurs.

  • François Jullien est tout à la fois philosophe, helléniste et sinologue. Trois compétences qui ne témoignent pas seulement d'une intense curiosité et d'une vaste culture, mais plus essentiellement de l'originalité d'une démarche intellectuelle.
    La Chine est pour lui l'occasion d'un détour, l'occasion de se défaire des points de vue unilatéraux, d'opérer un décentrement. C'est le prix à payer pour se rendre disponible, pour donner toute sa mesure à la « croissance du divers », selon l'expression de Victor Segalen. Il faut faire l'épreuve du dépaysement de la pensée, créer du dissensus et donc faire dissidence. Cela conduit François Jullien à interroger nos propres catégories de pensée, celles qui nous viennent de l'Antiquité, principalement des Grecs, celles qui fondent notre tradition philosophique, qui nourrissent notre métaphysique. Il veut sonder, à la manière de Hegel préfaçant la Phénoménologie de l'esprit, ce qui bien qu'entrevu et parfois « bien connu » n'a pas été reconnu, ou poursuivi dans notre tradition venue de l'Antiquité. Il a donc voulu déclore d'autres voies, ranimer des possibles de la pensée, cultivés ailleurs et laissés chez nous en friche, ou tombés en déshérence. Cette relance de la philosophie exigeant un dehors, la Chine lui sert de point d'appui pour faire levier.
    Le Cahier de l'Herne qui lui est consacré cherche à rendre compte de toutes les facettes de cette pensée et de son influence aussi bien en France qu'à l'étranger (rappelons qu'il est le philosophe français actuellement le plus traduit dans le monde).

  • Le temps proustien croise celui de l'histoire : les mutations sociales, l'Affaire Dreyfus, la Première Guerre mondiale, l'antisémitisme, l'identité nationale. Juif et catholique, ni l'un ni l'autre, Proust écrit en moraliste une des fresques les plus complexes de cet univers qui sort de La Bruyère, Sévigné et Saint-Simon pour basculer déjà dans la société de l'éphémère. Mais c'est un moraliste insolite, qui éclaire d'une impitoyable ironie nos vices les plus dérobés, nos amours les plus infantiles.
    Tissé de perceptions et de fantasmes, ce temps proustien - qui n'est ni celui de Bergson ni celui de Heidegger - devient sensible. À l'imaginaire avide du lecteur, le narrateur offre l'appât savoureux de ses personnages : Swann et Odette, Bloch, Oriane, Verdurin, Albertine, Charlus, dont cet essai aide à retrouver les caractères mêlés aux paysages, églises, dalles et aubépines.
    Pourtant, dans les plis de longues phrases, dans le cumul des brouillons et des lettres, dans la cruauté et le ridicule des passions, l'insignifiance des amours et le néant des êtres brusquement s'imposent. Les personnages se contaminent et se brouillent, une profondeur secrète les attire. Telle la madeleine trempée dans le thé, ils perdent leur contour absorbé par le style. Ces héros, ces visions, fruits d'une imagination dont Proust disait qu'elle était son seul organe pour jouir de la beauté, finissent par nous laisser un goût, un seul, âcre et tonique : le goût de l'expérience littéraire. Du roman comme thérapie, comme transsubstantiation.

  • Proust est trop long. Tirant les conséquences logiques de cette constatation qui décourage de nombreux lecteurs potentiels, ce livre se propose de réduire la Recherche en supprimant les digressions.
    Un tel projet implique, comme préalable, de réfléchir sur la figure de la digression, injustement méconnue par la rhétorique. Toute une série de questions se posent alors, portant sur l'essence même de la littérature. Quand, par exemple, peut-on dire d'un texte qu'il est trop long ? Existe-t-il des passages inutiles ? Comment glisse-t-on d'une idée à l'autre ? Et surtout, au point de rencontre entre la littérature et la psychanalyse - qui donnent à la notion de sujet une acception différente -, que signifie être hors sujet ?

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