• Être rabbin, c’est vivre avec la mort : celle des autres, celle des siens.
    Mais c’est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent : « Je me tiens aux côtés de femmes et d’hommes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits. »
    La tapisserie de ce livre de consolation tresse étroitement trois fils : le conte, l’exégèse et la confession.
    La narration d’une vie interrompue, la manière de donner sens à cette mort à travers les textes de la tradition, et l’évocation d’une blessure intime ou la remémoration d’un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
    Les textes sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts : « Le rôle d’un conteur est de se tenir à la porte pour s’assurer qu’elle reste ouverte. » Et permettre ainsi à chacun de faire la paix avec ses fantômes.
     
    Delphine Horvilleur livre un texte à la fois intime et universel, puissante réflexion sur le deuil et la mémoire. De sa belle voix chantante, elle offre une lecture lumineuse, qui dessine une voie de dialogue entre les vivants et les disparus.
    © et (P) Audiolib, 2021
    © Éditions Grasset & Fasquelle, 2021
    Durée : 5h23

  • Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; l'idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    Jacques Frantz donne corps au personnage énigmatique de Limonov en restituant toute la violence et les contradictions de son combat.

  • Nuit d'épine

    Christiane Taubira

    • Lizzie
    • 13 Août 2020

    La nuit, chacun la voit, la vit, la sent, l'apprivoise à sa manière. De celle de Guyane, trouée d'un faible lampadaire sous la lueur duquel, enfant, à la faveur de la moiteur et du silence, elle allait lire en cachette, à celle qui lui permettait de régler ses comptes avec les péchés capitaux que les religieuses lui faisaient réciter dans la journée, la nuit a souvent été, pour Christiane Taubira, une complice, une alliée, une sorte de soeur intime, un moment particulier. C'est la nuit des chansons qu'on adore et dévore, la nuit du sommeil qui refuse qu'on annonce la mort d'une mère, la nuit des études passionnées et des yeux en feu à force de scruter les auteurs sacrés, la nuit qui ouvre sur les petits matins des métros bougons et racistes. C'est aussi la nuit des militantismes, de la Guyane qui se révolte, des combats furieux à l'Assemblée autour du mariage pour tous - un cathéter au bras et le courage en bandouillère. C'est enfin la nuit d'un tragique vendredi 13, bientôt suivie de celle où l'on décide d'un adieu. Ces nuits des espoirs, des questions, des inquiétudes parfois, des colères aussi sont un roman du vrai. Un récit littéraire où l'auteur montre que la vie est souvent plus forte, inventive, poétique, envoûtante, dure, terrible que bien des fictions.

  • « Pour chanter les vingt ans du Pommier, mon éditrice me demanda d'écrire quelques lignes. Les voici. Pour une fois, j'y entre en morale, comme en terre nouvelle et inconnue, sur la pointe des pieds.

    On disait jadis de l'Arlequin de mes rêves, bienheureux comédien de l'art, qu'il corrigeait les moeurs en riant. Devenu arrière-grand-père, son disciple a, de même, le devoir sacré de raconter des histoires à ses petits descendants en leur enseignant à faire des grimaces narquoises. Parvenus ensemble à l'âge espiègle, j'en profite pour leur dire de l'humain en pouffant de rire. » Michel Serres

  • Il est admis que 1984 et La Ferme des animaux d'Orwell permettent de penser les dictatures du XXe siècle. Je pose l'hypothèse qu'ils permettent également de concevoir les dictatures de toujours. Comment instaurer aujourd'hui une dictature d'un type nouveau ? J'ai pour ce faire dégagé sept pistes : détruire la liberté ; appauvrir la langue ; abolir la vérité ; supprimer l'histoire ; nier la nature ; propager la haine ; aspirer à l'Empire. Chacun de ces temps est composé de moments particuliers.Pour détruire la liberté, il faut : assurer une surveillance perpétuelle ; ruiner la vie personnelle ; supprimer la solitude ; se réjouir des fêtes obligatoires ; uniformiser l'opinion ; dénoncer le crime par la pensée.Pour appauvrir la langue, il faut : pratiquer une langue nouvelle ; utiliser le double langage ; détruire des mots ; oraliser la langue ; parler une langue unique ; supprimer les classiques.Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l'idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel.Pour supprimer l'histoire, il faut : effacer le passé ; réécrire l'histoire ; inventer la mémoire ; détruire les livres ; industrialiser la littérature.Pour nier la nature, il faut : détruire la pulsion de vie ; organiser la frustration sexuelle ; hygiéniser la vie ; procréer médicalement.Pour propager la haine, il faut : se créer un ennemi ; fomenter des guerres ; psychiatriser la pensée critique ; achever le dernier homme.Pour aspirer à l'Empire, il faut : formater les enfants ; administrer l'opposition ; gouverner avec les élites ; asservir grâce au progrès ; dissimuler le pouvoir.Qui dira que nous n'y sommes pas ? M.O.

  • "« Je suis convaincue de l'urgence morale qu'il y a à nous atteler à imaginer ensemble une éducation différente pour nos enfants, pour tenter de créer un monde plus juste à l'égard des femmes et des hommes. »

    À une amie qui lui demande quelques conseils pour élever selon les règles de l'art du féminisme la petite fille qu'elle vient de mettre au monde, Chimamanda Ngozi Adichie répond sous la forme d'une missive enjouée, non dénuée d'ironie, qui prend vite la tournure d'un manifeste.
    L'écrivaine nigériane examine les situations concrètes qui se présentent aux parents d'une petite fille et explique comment déjouer les pièges que nous tend le sexisme, à travers des exemples tirés de sa propre expérience.
    Cette lettre manifeste s'adresse à tous : aux hommes comme aux femmes, aux parents en devenir, à l'enfant qui subsiste en nous et qui s'interroge sur l'éducation qu'il a reçue. Chacun y trouvera les clés d'une ligne de conduite féministe, qui consiste à croire en la pleine égalité des sexes et à l'encourager. "

  • Que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus grand poète de notre langue française ?
    Voici une promenade au pays vrai d'un certain tout petit Jean, né en 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, à l'entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris, joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière, Racine. Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des Finances, bientôt emprisonné. Voici un très cohérent mari : vite cocu et tranquille de l'être, pourvu qu'on le laisse courir à sa guise. Voici la pauvreté, malgré l'immense succès des Fables. Et voici des Contes, que l'Éducation nationale, qui n'aime pas rougir, interdisait de nous apprendre. Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie : mi-fable, mi-conte.
    La Fontaine, une école buissonnière a donné lieu à une série d'émissions diffusées sur France Inter pendant l'été 2017. Cette édition en reprend les enregistrements, par l'auteur, et les complète avec la lecture, par Dominique Pinon, de chapitres et fables additionnels figurant dans l'édition originale du livre.
    Quand Erik Orsenna s'empare d'un personnage, il le met en scène de manière jubilatoire et transmet l'histoire par son grand talent de conteur. Sur le chemin de cette école buissonnière, surgit la statue dépoussiérée de La Fontaine. Un essai biographique brillant et joyeux ; à déguster sans retenue.
    Jean de La Fontaine ? On connaît son nom, on connaît ses fables, mais qui est l'homme et qui est l'artiste ? Erik Orsenna raconte, en mêlant son talent de conteur à son érudition joyeuse : on part avec lui faire l'école buissonnière.
    © Éditions Stock, 2017 - © Éditions France Inter, 2017
    © et (P) Audiolib, 2018
    Durée : 3h14

  • Publié en France en 2017 par Actes Sud, le recueil Le silence même n'est plus à toi rassemble quelques-unes des chroniques d'Asli Erdogan parues dans le journal Özgür Gündem, où elle dénonçait les atteintes à la liberté d'opinion. Elle le fait avec une grande exigence poétique, mêlant lucidité et beauté de la langue.

    « Faut-il accueillir avec douleur, avec humour ou avec compréhension les paroles du grand chef qui, après avoir de facto privé des millions de femmes de leur droit à l'avortement, sur un ordre murmuré du bout des lèvres, déclarait le 8 Mars : « Je vais m'occuper personnellement du problème des femmes, comme je me suis occupé de celui de la cigarette ». Nous ne sommes pas du côté de la loi, mais de celui de la révolte ! Ceci n'est pas le slogan d'un seul jour, c'est notre réalité individuelle ! Ce sont les femmes qui changent la Turquie, qui la transforment et la transformeront. » A.E

  • Virginia Woolf, ici, va droit aux faits avec la plus redoutable précision. Femme, elle reconnaît, décèle et dénonce en précurseur ce scandale d'autant plus occulté qu'il s'inscrit partout, s'étale avec une évidence majestueuse : le racisme ordinaire qui réduit les femmes à l'état d'êtres minoritaires, colonisés. Scandale politique. Dictature qui annonce toutes les autres.

    « Derrière nous s'étend le système patriarcal avec sa nullité, son amoralité, son hypocrisie, sa servilité. Devant nous s'étendent la vie publique, le système professionnel, avec leur passivité, leur jalousie, leur agressivité, leur cupidité. L'un se referme sur nous comme sur les esclaves d'un harem, l'autre nous oblige à tourner en rond... tourner tout autour de l'arbre sacré de la propriété. Un choix entre deux maux... » V.W.

  • « La vie ordinaire est une vie d'hypocrite. On fait comme si c'était "déjà ça" de vivre "tranquillement", comme si on ne voulait pas d'aventure. Comme s'il suffisait de se la couler douce dans les plis du laisser-être pour atteindre la tranquillité tant recherchée. Sauf que la plupart du temps, on n'y arrive pas.
    Puisque l'existence humaine est à la fois provisoire et continue, puisque rien ne dure et que le temps ne se retient pas, la tranquillité n'est pas de ce monde. Et c'est tant mieux. Que le dard de l'intranquillité vous pique encore et encore! Demandez-vous, au moins une fois, si le nombre d'années parcourues, les épreuves et les angoisses endurées, si vous avez vécu tout ça pour vous réfugier dans la mauvaise foi de l'émerveillement ordinaire, sans jamais vouloir fouiller en dessous, remuer la vase qui étouffe vos désirs et vous fait croire qu'être quelqu'un, c'est peser lourd, et s'accrocher aux horaires comme si la vie en dépendait. »

  • Qu'il suive le fil d'Ariane sur les traces du Minotaure pour évoquer Oran et ses alentours, qu'il revisite le mythe de Prométhée à la lumière de la violence du monde moderne, ou qu'il rêve à la beauté d'Hélène et de la Grèce, Albert Camus nous entraîne tout autour de la Méditerranée et de ses légendes.
    Un court recueil de textes lyriques et passionnés pour voyager de l'Algérie à la Grèce en passant par la Provence.

  • La convergence des consciences Nouv.

    Un appel à la modération et au respect de la terre. Abécédaire intime de Pierre Rabhi autour des thèmes tel que la politique, la démocratie, le libéralisme, les migrations, l'Europe, les OGM, la privation du vivant. "Plus j'avance dans la vie et plus s'affirme en moi la conviction selon laquelle il ne peut y avoir de changement de société sans un profond changement humain. Et plus je pense aussi que seule une réelle et intime convergence des consciences peut nous éviter de choir dans la fragmentation et l'abîme. Ensemble, il nous faut de toute urgence prendre "conscience de notre inconscience", de notre démesure écologique et sociétale, et réagir". Pierre Rabhi ©La convergence des consciences : Le Passeur éditeur

  • « Je chanterai maintenant la beauté de ce monde qui est notre tout fragile, passager, fluctuant et qui est notre seul trésor pour nous autres, pauvres hommes, aveuglés par l'orgueil, condamnés à l'éphémère, emportés dans le temps et dans ce présent éternel qui finira bien, un jour ou l'autre, par s'écrouler à jamais dans le néant de Dieu et dans sa gloire cachée. »
    À partir d'une promenade dans nos origines, ce livre raconte l'histoire de l'univers. Sous les traits d'un détective métaphysique, Jean d'Ormesson mène l'enquête et tente avec gaieté de percer ce mystère du rien, c'est-à-dire du tout. Ravissements et surprises sont au rendez-vous de son épatante entreprise.
    © 2014, Éditions Héloïse d'Ormesson
    © et (P) Audiolib, 2014
    /> Durée : 2 h 14 min

  • « Quelque chose a changé ».
    Avec ces quatre mots, commence le nouveau livre de Philippe Labro. Ce « quelque chose », n'est autre que le début de la plongée dans une dépression nerveuse dont le célèbre romancier, journaliste et cinéaste, a été victime entre septembre 1999 et mai 2001.
    Dans un récit sans concession, l'auteur raconte ce que signifie perdre le désir, l'énergie, la passion, l'estime de soi.
    Il va tenter de chercher dans des scènes de son passé des explications à ce qui n'est « peut-être pas explicable ». Il démontre que l'on peut « en sortir ».
    Car ce témoignage unique, porté par le souffle de l'écriture, constitue aussi une éclatante affirmation de la force de la vie et de l'amour.
    Journaliste, écrivain, cinéaste, après des études aux Etats-Unis, Philippe Labro débute à Europe 1 et devient grand reporter pour « France Soir » et la télévision (« Cinq Colonnes à la Une »). Il dirige RTL pendant 16 ans.
    Vice-Président de Direct 8, il est l'auteur d'un éditorial quotidien sur cette nouvelle chaîne de la TNT.
    Philippe Labro a publié de grands succès littéraires dont L'étudiant étranger (prix Interallié 1986), Le Petit Garçon, La Traversée et a réalisé 7 films dont L'héritier avec Jean-Paul Belmondo et Rive Droite, Rive Gauche avec Gérard Depardieu et Nathalie Baye.
    Durée : 6 h

  • « Un jour, ils sont là. Un jour, sans aucun souci de l'heure. On ne sait pas d'où ils viennent, ni pourquoi ni comment ils sont entrés. Ils entrent toujours ainsi, à l'improviste et par effraction. Et cela sans faire de bruit, sans dégâts apparents. Ils ont une stupéfiante discrétion de passe-muraille. Ils : les personnages. On ignore tout d'eux, mais d'emblée on sent qu'ils vont durablement imposer leur présence. » S.G.

    D'où viennent les personnages des romans et quel chemin suivent-ils dans l'esprit de l'écrivaine ? C'est de cette question que naît une réflexion passionnante sur l'inspiration, née à la fois en soi et en dehors de soi, à la manière de ces personnages surgis de nulle part et pourtant si présents. Créatures immatérielles qui s'incarnent progressivement, jusqu'à sembler échapper au contrôle de leur autrice, ils sont à l'origine du processus d'écriture, participent au surgissement de leur monde. Et c'est sous leur mystérieuse emprise que la romancière se met au travail.

  • « Dans la liste des précautions oratoires, celle-ci occupe une place à part. Elle souhaite jouer la surprise par sa forme, une vulgarité appuyée qui aurait pour mission de gommer à l'avance le pire des soupçons : une pensée réactionnaire. L'interlocuteur ne doit pas se récrier avant la remarque promise. Mais une petite réticence aux commissures des lèvres signifiant "Toi, passer pour un vieux con !?" semble bienvenue. Elle était espérée. »
    Traquant les apparentes banalités de nos discours, nos petites phrases toutes faites, Philippe Delerm révèle pour chacune un monde de nuances, de petits travers, de rires en coin. La vérité de nos vies, en somme.
    br>Laisser aux phrases les plus convenues leur dimension de banalité quotidienne tout en disséquant la subtilité de leur sens implicite, c'est la performance qu'accomplit ici Pierre Arditi dans son interprétation des perles verbales dénichées par Philippe Delerm.
    Durée : 1 h 40

  • Jacques Derrida couche ce texte sur le papier de janvier 1989 à avril 1990, alors que sa mère se meurt. Il a alors 59 ans. 59 bandes d'écriture composent ce tissu verbal, chacune constituée d'une seule phrase, pour une année de vie. « Circonfession » - hybridation de « confession » et « circoncision » - est nourri d'éléments biographiques. Mais la confession est à la fois possible et impossible, dit l'auteur, qui ne sait pas qui parle, qui prie dans ce texte, ni ce qui se dit en secret.

    « Peut-on nommer son propre sang ? Et décrire la première blessure, ce moment où, paraissant au jour, le sang se refuse encore à la vie ? À supposer qu'on se rappelle sa circoncision, pourquoi cet acte de mémoire serait-il une confession ? L'aveu de quoi, au juste ? Et de qui ? À qui ?
    Rôdant autour de ces questions, essayant, comme au clavier, une voix juste au-dedans de moi, je tente de dire de longues [...] phrases, et de les murmurer au plus près de l'autre qui pourtant les aspire, soupire, expire, les dicte même. Cette diction est aussi une dictée. Plusieurs voix résonnent en une, dès lors, elles se croisent, elles se disputent même une parole finalement torsadée. » J. D.

  • De l'amitié est tiré des Essais de Montaigne, publiés en 1595, à titre posthume.C'est par l'introspection la plus honnête que l'auteur cherche à comprendre l'humanité, par le raisonnement mais aussi par la compréhension intime de ses propres émotions.
    L'amitié est une rencontre. Quand Montaigne raconte avec bonheur sa relation avec Estienne de La Boétie, le lecteur de son côté expérimente la rencontre avec un auteur, sincère et libre, et ressent avec force ce lien indicible qui fonde une amitié profonde.

  • « Restituer le corps vocal, le corps chantant du texte,
    c'est redonner du corps au texte, du corps vivant, parlant,
    c'est rendre du texte au corps,
    c'est mettre en echo » A. F.

    Avec cet enregistrement, les éditions des femmes retournent aux sources en publiant un « livre parlant » de référence : « De la voix ». Ce recueil de textes d'Antoinette Fouque sur les thèmes qu'elle a toute sa vie mis en travail théorique et pratique, oral et écrit, lecture et écriture, corps et texte... est l'occasion d'une nouvelle rencontre de voix. On y entend l'autrice-éditrice, enregistrée lors d'émissions et d'entretiens, ainsi que des lectures par des actrices amies : Fanny Ardant, Ariane Ascaride et Lio.

    Ce titre est dans la sélection du Grand Prix du livre audio 2020 de La Plume de Paon.

  • À un moment de ma vie, j'ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C'est passé. Affaire classée, alors ? Il faut qu'elle ne le soit pas tout à fait pour que, vingt ans plus tard, j'aie éprouvé le besoin d'y revenir. Ces chemins du Nouveau Testament que j'ai autrefois parcourus en croyant, je les parcours aujourd'hui - en romancier ? en historien ? Disons en enquêteur.

  • Les bouleversements de la première moitié du vingtième siècle - révolutions et guerres meurtrières, génocides, cracks économiques sans précédents - ont profondément transformé les bases même de la pensée européenne.
    Jusque là conquérante, positive, défrichant sans relâche ni lassitude les territoires de la pensée ou les derniers mystères du monde, elle se met à douter d'elle même et plus encore du sens même de l'existence.
    Les philosophes interrogent et décrivent le sentiment de vide et d'absurde qui habite leurs contemporains , les existentialistes construisent leur pensée autour de ce "vide existentiel", les romanciers et les dramaturges construisent leur art autour de la ruine du personnage, de l'intrigue, du sens...
    Dans ce nouvel espace de la pensée, Albert Camus possède une place particulière, le sentiment de l'absurde le mène à un renoncement exigeant et fier. Refusant les illusions de la logique et de la loi, abolissant tout faux espoir, il décrit un homme nouveau, qui prend pleinement conscience de son être et des ses limites , qui aime d'autant plus profondément la vie qu'il doit la quitter.
    En amoureux du micro, (débats, reportages, lectures...) et doué pour la remise en cause, Jacques Pradel nous conduit avec sensibilité à travers les cheminements de la pensée exigeante d'Albert Camus. La chaleur de sa voix, la densité de sa lecture font de cet enregistrement le meilleur moyen de découvrir le monument de la philosophie contemporaine qu'est le "Mythe de Sisyphe".
    Claude Colombini & Patrick Frémeaux

    "Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie."
    Albert Camus

  • « Ma mère ne m'aimait pas. Ne m'avait jamais aimée, me disais-je certains jours. Elle, dont je guettais le sourire - rare - et toujours adressé aux autres, la lumière noire de ses yeux de Juive espagnole, elle dont j'admirais le maintien altier, la beauté immortalisée dans une photo accrochée au mur où dans des habits de bédouine, ses cheveux sombres glissant jusqu'aux reins, d'immenses anneaux aux oreilles, une jarre de terre accrochée au dos tenue par une cordelette sur la tête, elle, ma mère dont je frôlais les mains, le visage pour qu'elle me touche, m'embrasse enfin, elle, ma mère, ne m'aimait pas. » G.H.

  • Denis Diderot avait quarante ans lorsqu'il rencontra Sophie Volland. Cet amour dura trente années. Des lettres de Sophie, aucune ne subsiste. Celles de Diderot constituent un document de premier ordre sur la société de l'époque tout autant qu'une magnifique correspondance amoureuse.

    Texte peu connu, « Sur les femmes » rend hommage avec ironie, lyrisme et tendresse, à celles qui, « négligées dans leur éducation..., réduites au silence..., assujetties par la cruauté des lois civiles... » sont aussi le « seul être de la nature qui nous rende sentiment pour sentiment et qui soit heureux du bonheur qu'il nous fait. »

    « Femmes, que je vous plains ! Il n'y avait qu'un dédommagement à vos maux; et si j'avais été législateur, peut-être l'eussiez-vous obtenu. Affranchies de toute servitude, vous auriez été sacrées en quelque endroit que vous eussiez paru. Quand on écrit des femmes, il faut tremper sa plume dans l'arc-en-ciel et jeter sur sa ligne la poussière des ailes du papillon. » D.D.

  • Trois femmes exceptionnelles, Jeanne Guyon, Simone Weil et Etty Hillesum, trois vies marquées par l'expérience mystique. Chacune emprunte le long chemin du délaissement de soi, du dénuement, du renoncement à toute forme de satisfaction, pour parvenir à une parfaite « indifférence », une disposition à ne pas faire de différence, apprendre à tout accueillir avec la même générosité désintéressée, au-delà du bien et du mal.

    « Ce sont de belles âmes, si l'âme veut dire le courage à supporter l'intolérable de son monde. C'est à leur manière d'y faire tête que les amis se reconnaissent, disait Lacan. Ainsi les ai-je toutes trois choisies : ce sont des âmies. Avec chacune je me suis embarquée comme pour une traversée, me laissant transporter sans savoir vers quel port ou quel naufrage. J'ai connu avec elles de grands bonheurs, mais aussi d'amères déceptions et des chagrins sans consolation. [...] Guyon, Weil, Hillesum, nous serviront-elles de guides vers le pays respirable, le pays du réel dont elles eurent la passion ? » C. M.
    (« La Vie parfaite », Gallimard, 2006)

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