P.O.L

  • Limonov

    Emmanuel Carrère

    « Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »Prix RenaudotPrix de la langue françaisePrix des prix

  • Ce livre de plus de 500 pages réunit la plupart des articles écrits par Emmanuel Carrère depuis 25 ans dans la presse (du Nouvel Observateur à La Règle du jeu, en passant par Les Inrockuptibles ou XXI). Ces textes couvrent les sujets les plus divers : de l'amour à la politique, de la littérature au cinéma, de la société et des faits divers à l'intime. On y lit l'amorce de préoccupations qui donneront plus tard lieu à des livres, on y vit avec l'auteur, ses doutes, ses échecs (par exemple une calamiteuse interview de Catherine Deneuve...), ses réussites, ses enthousiasmes, de Truman Capote à Sébastien Japrisot, du mathématicien anglais Alan Turing à Luke Rinehart. On s'y plonge dans de grands reportages sur la Roumanie, sur une junkie américaine, sur la Russie, sur le forum de Davos. On y lit aussi des préfaces à Moll Flanders de Defoe, à l'intégrale des nouvelles de Philippe K. Dick ou encore à Epépé, de Ferenc Karinthy. Et même, pendant neuf chroniques écrites pour un magazine italien, il est envoyé spécial dans le coeur des hommes et, plus particulièrement, dans le sien. Bref un panorama quasi complet des talents d'Emmanuel Carrère : Analyste, chroniqueur, commentateur, aventurier, satiriste, critique et avant tout écrivain.

  • Vingt ans après la Revue de littérature générale et ses deux numéros historiques, Olivier Cadiot a eu envie de revenir sur le sujet, mais cette-fois sans l'aide de sociologues, de philosophes, de musiciens ou de paysagistes. Avec les seuls moyens de l'écrivain contemporain. Sans plans, ni cartes, ni partitions, ni théorie. Cela donne un feuilleton en plusieurs épisodes, comique et sensible, une histoire en zig-zag émaillée de conseils à de futurs auteurs... et surtout à soi-même. Une suite de variations consacrées aussi bien au passé de la littérature qu'à son présent, à son avenir, à sa mort annoncée mais toujours différée. Ce n'est pas à proprement parler une fiction, bien que cela y emprunte des personnages, des « figures », des cas psychologiques et une vraie liberté de ton ; ce n'est pas non plus un essai bien que s'y retrouvent théories, hypothèses et débats : c'est un livre d'Olivier Cadiot.

  • « Le confinement a sauvé des vies », scande la casserole, ravie d'exhiber son empathie. Peu importent les dégâts collatéraux, dit-elle, on avait une haute idée humaniste et on l'a suivie « quoi qu'il en coûte », et c'est merveilleux. La beauté de la fin justifie la barbarie des moyens.
    Surtout quand ce sont les autres qui en paient le prix.

  • Voie négative

    Valère Novarina

    Un jour de septembre, il y a assez longtemps, après m'être nourri pendant quinze mois du théâtre de Stéphane Mallarmé - théâtre que l'on ouvre de ses mains ; scènes que l'on ressuscite ; lettres à qui nous redonnons vie en les respirant - je lus, dans mes initiales : Voie négative et pensai donner un jour ce titre à un livre... Le voici. Quatre textes, ou plutôt creusements, quatre variations sur une idée fixe.  
    Écrit dans l'air, récit d'une rencontre avec huit acteurs venus d'Haïti. L'acte de la parole, descente dans notre langue jusqu'au latin et parfois bien plus bas. Niement, suite de notes prises au cours de quatre promenades dans la montagne. Entrée perpétuelle, version théâtrale, orchestrée (et pythagoricienne ?) du Vivier des noms.

  • Monologue du nous

    Bernard Noël

    Monologue du nous : ce titre dit un échange impossible, et cependant les Nous-Quatre qui s'expriment et agissent dans son cadre le font bien en le respectant. Ils ont choisi la résistance et de la pratiquer sans illusions. Mais au nom de quoi puisqu'il n'y a plus ni valeurs ni règles? Il ne leur reste que le désespoir : peut-il fournir l'excitant révolutionnaire qu'a seul fourni, et : depuis toujours, son contraire?

  • Avec ce quatrième et dernier volume de La Maison cinéma et le monde s'achève la publication des écrits de Serge Daney jusqu'ici dispersés dans divers journaux ou revues, catalogues ou programmes souvent introuvables aujourd'hui. Après le temps des Cahiers et les années Libé, voici venu, trop bref mais si intense, le moment Trafic, du nom de la revue qu'il fonde avec quelques amis (Raymond Bellour, Jean-Claude Biette, Sylvie Pierre et Patrice Rollet) en décembre 1991, alors qu'il se sait déjà condamné par la maladie (le sida). Il ne pourra en concevoir que les trois premiers numéros avant sa mort annoncée, le 12 juin 1992.

    C'est le moment où, pressé par le compte à rebours de sa propre vie, Serge Daney porte à incandescence son rapport au cinéma et rédige certains de ses plus beaux textes, avec une ambition affichée d'écrivain et dans le cadre d'une revue dont il a voulu le moindre détail, de l'absence revendiquée d'éditorial à la méfiance envers les rubriques habituelles de la critique, en passant par le refus
    de l'illustration pour l'illustration. L'écriture seule a charge d'y décrire le mouvement des films et de nous apprendre comment vivre avec les images.

    Mais c'est aussi le moment ultime où, en toute conscience, Serge Daney fait le point sur son existence de ciné-fils et de passeur dans les entretiens approfondis qu'il accorde alors à Art press, à Esprit, aux Inrockuptibles, au Monde ou à 24 Images, et qui constituent les compléments indispensables à ceux de Persévérance ou d'Itinéraire d'un ciné-fils.

  • "Je regarde des tableaux depuis mon enfance. Certains, au fil des années, ont rajeuni jusqu'à retrouver la fraîcheur de leur invention. Cette familiarité n'a pu devenir une science : je mêlais toujours un peu de moi-même à l'énigme que j'y découvrais.
    Je ne sais pourquoi, un jour, l'idée que les maisons peintes ne logeaient que des carrés de ciel m'a dicté ce livre.
    Sur quoi ouvrent ces fenêtres ? Un infini déguisé en une source naturelle? Sur le vide dans lequel ces fictions sont suspendues ? La brèche d'un aquarium où notre idée d'une réalité viendrait flotter ?"

  • Gertrude Stein, Vladimir Maïakovski, Vélimir Khlebnikov, William Burroughs, Edward Estlin Cummings, Pierre Jean Jouve, Antonin Artaud, Francis Ponge, Pier Paolo Pasolini, Jude Stefan, Bernard Noël, Jean-Pierre Verheggen, Hubert Lucot, Valère Novarina, Christophe Tarkos (etc.) : de quoi parlent ces auteurs qui nous mènent, comme disait Georges Bataille, au bord des limites où toute compréhension se décompose ? quel réel représentent leurs langues monstrueuses ? de quelle nature est la jouissance sidérée qu'elles provoquent en nous ? de quels outils disposons-nous, et quels autres devons-nous forger, pour en déchiffrer les intentions ? en quoi ce déchiffrement peut-il nous aider à mieux évaluer ce dont on parle quand on parle de littérature (la plus ancienne comme la très contemporaine) ?

  • United Emmerdements Of New Order nous apprend qu'un navire battant pavillon savoyard s'est échoué, dans la nuit, sur la plage de Cully près de Lausanne (Canton de Vaud) avec quelque 800 clandestins tyroliens, hommes, femmes et enfants entassés dans ses cales depuis plusieurs jours dans des conditions inhumaines. Pire, United Emmerdements Of New Order analyse les raisons qui ont poussé les autorités suisses à créer des camps de réfugiés pour les touristes d'origine française depuis la fermeture du tunnel du Mont-Blanc. United Emmerdements of New Order nous met dans de sales situations sur le plan international et humanitaire, celles que nous ne voulons pas voir ou que nous ignorons. United Emmerdements of New Order peut aussi se lire comme un recueil de lois mis à l'épreuve des faits. De l'esprit et des intérêts qui sont à l'origine de certaines lois, de certains codes, de certains réglements, United Emmerdements of New Order ne retient que quelques dispositions et les réécrit jusqu'à ce qu'elles nous disent ce qu'elles ne peuvent jamais nous avouer. United Emmerdements of New Order fait parler la loi. United Emmerdement of New Order dramatise le processus de construction des certitudes de la petite bourgeoisie planétaire, de la propagande et de la connerie. United Emmerdement of New Order travaille la petitesse et la mesquinerie des aspirations occidentales, la réduction de nos faits et gestes à une partition écrite soit par des intérêts qui ne sont pas les nôtres (les intérêts économiques) soit par une incapacité à penser au-delà et en dehors de notre espace familier (la réduction du monde à mon canton). United Emmerdements of New Order fait de l'entrisme. Mais United Emmerdements of New Order est ouvert aux amendements et aux contrevenants. United Emmerdements of New Order est le récit d'une dépossession. En résumé, United Emmerdements of New Order ne fait que dramatiser le lent processus de basculement de la petite bourgeoisie planétaire dans la barbarie. United Emmerdement of New Order nous promet une belle fin.

  • Techniques de l'amour

    Frédéric Boyer

    "J'ai cru très tôt à toutes ces choses qu'on raconte sur l'amour - en bien comme en mal. Mais sans jamais voir comment ni pourquoi. J'ai longtemps fait comme celui qui apprend par coeur la chose par son nom mais ne connaît rien de ce qu'elle est. J'ai cru que de nos corps pouvaient sortir l'enfer et le paradis. Mais une fois en enfer je me suis cru au paradis."

  • Petite nuit

    Marianne Alphant

    La lecture : un pli, une addiction. Le livre : gri-gri, doudou, fétiche, objet transitionnel. La lectrice : passant et repassant depuis toujours à travers les mêmes histoires, les héros préférés, les auteurs familiers dont les figures s'entrecroisent comme sur le divan d'un analyste.

  • Lachete d'air france

    Mathieu Lindon

    «C'était inattendu, que des employés d'un prestigieux transporteur aérien s'enfuient de leurs comptoirs d'Orly en abandonnant la clientèle pour cause de rumeur d'alerte à la bombe. J'avais une si haute idée d'elle que j'attendais, pour le moins, les excuses de la compagnie, mais elle nia toute responsabilité au mépris des faits. Alors je me suis senti enragé, d'autant plus humilié que je me voyais sans recours face à la force d'une lâcheté et d'un mesonge assurés de l'impunité. Sans recours, vraiment?»

  • Il y a bien eu, dans le refus d'un culte des images en Europe latine, la construction d'un dogme des images portant prescription de leur usage conforme à leur pouvoir d'évocation du passé (un art de mémoire), aux manipulations de figures dans la machinerie des rêves. La théologie et les philosophies en ont fait l'instrument approché de toute connaissance conçue comme la lecture d'un tableau, possible parce que nous en participons par notre nature. Que signifient les formules de la création : l'homme a été fait comme une image - l'homme a été créé selon le mode des images - Dieu a créé l'homme à son image, ou encore, il l'a fabriqué par une image ?

  • Frappes chirurgicales

    Dumitru Tsepeneag

    Dans la critique, la distance compte. Le lieu où l'on se trouve par rapport à l'objectif. L'angle d'attaque. La modalité. Et la frappe. Walter Benjamin a raison : «... l'impartialité, le regard objectif sont devenus des mensonges, sinon l'expression tout à fait naïve d'une plate incompétence.»

  • Le Truc-Nog

    Iegor Gran

    «On le sait, chaque automne depuis cent ans, le Goncourt est attribué au livre le plus insignifiant de la rentrée. Si l'utilité de ce prix-repoussoir n'est plus à prouver - il montre à nos jeunes écrivains les voies littéraires sans avenir -, il ne faut pas oublier trop vite les goncourables, ces malheureux qui passent deux mois dans une grande détresse morale à attendre le verdict. Ils sont chair et tripes, ces gens-là, et ils ont mal à l'amour-propre. Peu de supplices sont comparables à ceux d'un pauvre bougre en sursis du Goncourt!»

  • Ce volume fait suite à Remarques et à Histoires d'une vie. Il s'agit donc des Remarques III. Petit traité de la vie et de la mort est un de ces livres énigmatiques qui ponctuent l'oeuvre de René Belletto, comme s'il s'agissait de faire le point et de relancer les dés d'une partie perdue d'avance. On retrouvera ici un humour corrosif et désespéré, irrésistible, qui s'acharne sur la même matière qui n'est autre que la vie. On retrouvera la même mise en page sophistiquée, provocatrice et profondément justifiée - à tous les sens du terme. On retrouvera poussé à son comble le même sens de la formule qui frappe ou qui dérègle les repères de la sensibilité et de la pensée. Chef-d'oeuvre de concision lapidaire ce 'Petit traité' exprime une douleur sans limites, celle d'être né et de ne pas vivre, celle de mourir avant même d'être né.

  • Je vous écris

    Mathieu Lindon

    "Aimer un écrivain contemporain, c'est forcément d'un amour complet et indécis, assuré et imprévu - d'un vrai amour, quoi. Écrire sur un contemporain, c'est s'exposer à un double démenti, de la part de l'oeuvre dans l'avenir, de la part de l'auteur dès le présent. Mais à quoi servent les écrivains s'ils ne font pas écrire? Les récits critiques contenus dans ce volume, ces aventures dont des livres et leurs auteurs sont les héros (Hervé Guibert, Marie NDiaye, Christine Angot, Rachid O., Mathieu Lindon), ne prétendent à aucune vérité autre que celle qu'atteint parfois la fiction. Ils racontent une oeuvre prise dans l'engrenage de la littérature, ils sont la voix de la lecture, d'une lecture évidemment, s'exprimant par écrit. Ils sont une autobibliographie, comme le dit le sujet du dernier texte. J'ai tâché de mettre par écrit ma façon de lire des auteurs qui me sont proches, d'exprimer mon affection pour eux et leur oeuvre. Contemporain sous-entendant vivant, on peut s'étonner de trouver ici un texte sur Hervé Guibert, mort fin 1991, mais il m'a été si longtemps si contemporain qu'il le demeure."

  • Tanguy et le Radeau ne créent pas un théâtre des images, ni un théâtre de la pensée, ni une réflexion sur le théâtre, même s'il est vrai que ce théâtre est pensé et réfléchi. Cette pensée et cette réflexion sont devenues si consubstantielles à l'acte de création de Tanguy qu'elles s'effacent dans la mise en place de leur puissance. C'est un théâtre qui réfléchit autour des formes - lesquelles incluent l'image, et peuvent exprimer une image du théâtre, une image autour du théâtre ; elles peuvent aussi dire dans leur présentation la totalité d'une élaboration qui s'est occultée, et elles peuvent enfin dire l'image la plus nécessaire de la constitution de l'acte théâtral. Ce théâtre invente les formes qui habitent temporairement l'espace d'un théâtre, et dans cette temporanéité immédiate et éphémère il y a l'effacement des temps et des espaces qui nous cernent en tant que spectateurs.

  • Qu'est-ce qu'on garde?

    Marie Depussé

    «Qu'est-ce qu'on garde?» est une question ridicule, un peu triste, comme celles que nous pose la vie. Elle se pose à quelqu'un dont le métier, bizarre, est d'enseigner la littérature. Enseigner la littérature est un exercice de magie ordinaire qui consiste à faire tourner, devant des corps parlants, le cercle où se tiennent, enchevêtrés, un savoir faire avec les mots, une familiarité avec la vie et le travail opéré sur cette vie, aussi pauvre que beaucoup d'autres, par les livres. Théoriquement, pour faire tourner le cercle, le corps est assis sur une chaise et porte, attachés à sa ceinture, deux petits sacs, un de chaque coté, pareils à ceux où le dieu Éole tenait enfermés les vents. Dans un des petits sacs, la vie, dans l'autre, les livres, et le corps qui puise tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre. En vérité dans les deux sacs il trouve la même chose, de la vie oeuvrée, ouvragée par les livres.

  • «Un petit livre de rien du tout que je tenterais d'écrire en attendant Esclarmonde, et intitulerais En attendant Esclarmonde, qu'est-ce que tu en penserais? Que ce serait un peu sot? Parfaitement sot? Ou bien encore pas si sot que cela?» Comme avec la plupart de ses livres Danielle Mémoire met ici en scène, en page, l'écriture du livre qu'elle écrit, son élaboration, les degrés et les niveaux par lesquels cette alchimie si particulière à son oeuvre se met en place. Les personnages qui le traversent en sont aussi les auteurs, changeants, fugaces, incertains, et ce dispositif sans cesse reconduit mais à chaque livre perfectionné, enrichi de ceux qui le précèdent, est d'une sophistication vertigineuse. Les identités, les histoires, les passés circulent et s'échangent selon une écriture, une langue, d'une rare distinction.

  • Rue du regard

    Jean Frémon

    Des contes, des fables, des apologues, des anecdotes, inventées ou recopiées, qui ont en commun le regard porté sur les choses et les êtres par ceux que les images fascinent et qui en font profession. Des portraits imaginaires de peintres qui ne sont pas sans rapports avec leurs doubles réels. Pêle-mêle, Mondrian coupable d'aimer les fleurs, Pontormo le reclus, David Hockney touriste hors pair, Gilles Aillaud et les éléphants, le coup de pinceau de Roy Lichtenstein et ses avatars, Picasso visité par le diable, Beckett entre un poisson rouge et un perroquet, Raphaël donnant une leçon de dessin, le vieux canasson modèle de Géricault, le singe de la Grande Jatte, Saenredam et la géométrie, un chiot qui pisse devant la crèche de la nativité, le rêve secret d'Yves Klein, la main légère de Pierre Bonnard... Une même passion les obsède tous : regarder le monde et en faire des images desquelles la vie ne soit pas absente. Cela s'appelle la grâce, elle est fragile mais sans elle, rien.

  • «En 2004, soit trois ans avant son suicide, Édouard Levé rapporte d'un séjour aux États-Unis la série de photos Amérique. Il s'agit, à première vue, de paysages urbains et de portraits, ceux-ci toujours frontaux, inexpressifs, ceux-là étranges en raison de leur banalité même et des noms que portent les villes photographiées : Florence, Berlin, Oxford, Delhi, Bagdad... Or à regarder de plus près cette Amérique-là on s'aperçoit que s'y trouve surtout mise en scène l'obsession prémonitoire de la mort, et qu'il s'agit en réalité d'autoportraits de l'artiste en quelqu'un d'autre, ou en décor, ou en objet, tous figés de quelque manière entre la présence et l'absence, le quelque chose et le rien. J'ai pris appui sur cent de ces photos. À chacune, dont j'empruntais le titre, j'ai substitué trois énoncés fragmentaires, amputés de leur début comme de leur fin. Textes de la sorte serrés entre deux abîmes, par lesquels j'entendais, rendant hommage à l'oeuvre soucre, explorer de biais cela non plus que le soleil - La Rochefoucauld le dit en ses Maximes - ne se peut regarder fixement.»

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