Fayard

  • « On est en 1986, j'ai 19 ans. Je vais acheter des disques chez New Rose, je vais voir un concert de Siouxsie and the Banshees au Gibus ; et puis, un matin, je vais au Louvre et tombe en arrêt devant La Mort de Sardanapale de Delacroix. »
    L'oeuvre ne s'explique pas, elle se vit, elle se sent, elle se désire. Car le désir chez Yannick Haenel est « plus grand que nous », un désir fécond, un désir riche de son inassouvissement. Un désir qui sera la genèse de l'acte d'écrire et de la jouissance.

  • Ils sont prêts à tout. Traverser les océans, sonner sans s'annoncer, ou faire jouer des relations, que parfois ils n'ont pas, pour un instant passé avec un écrivain qu'ils admirent. Si la plupart sont sincères, d'autres ne seraient pas contre un coup de pouce pour «  entrer en littérature  ».
    L'écrivain, s'il se méfie des idolâtres, se laisse parfois déborder par de vils flatteurs. Confrontations cruelles, vrais échanges, amitiés naissantes, détestations éternelles, encouragements sincères : la surprise est au bout de la rencontre.
    En s'appuyant sur les récits des protagonistes eux-mêmes, ce livre nous raconte des péripéties d'admirateurs. De Casanova visitant Voltaire à la jeune Susan Sontag allant voir Thomas Mann, les générations et les cultures se croisent, dans la ferveur littéraire.
    Gide a visité Verlaine. Qui a visité Hugo. Qui a visité Chateaubriand...
    Tant qu'il y aura des écrivains, leurs émules chercheront à entrouvrir leur porte. Quitte à parfois la forcer.
     
      Une ode à la littérature.
     
     
    Catherine Sauvat a écrit plusieurs biographies, dont celles de Robert Walser (Le Rocher, 2002), Stefan Zweig (Folio, 2006), d'Arthur Schnitzler (Fayard, 2007), d'Alma Mahler (Payot, 2009), de Louis Moreau Gottschalk (Payot, 2011) de Rilke (Fayard, 2016), ainsi que d'un roman graphique sur l'écrivain Léopold Sacher-Masoch, L'homme à la fourrure, avec les dessins d'Anne Simon (Dargaud, 2019). Elle est également co-auteur de plusieurs documentaires.
     

  • « À quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier ? Vous devez tracer des sentiers vers l'inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera ? » 
    Henry David Thoreau (1817-1862) quitte à vingt-huit ans sa ville natale pour aller vivre seul dans la forêt, près du lac Walden. Il a pour habitude de marcher au moins quatre heures par jour. Avec cet éloge de la marche, exercice salutaire et libérateur, Thoreau fait l'apologie de l'éveil à soi par la communion avec la nature.

  • « Dans une France où une figure internationale, médiatique, cohérente, courageuse, cherchant sans relâche un consensus pertinent et incarnant la grandeur des idéaux intellectuel et humaniste, est totalement absente, voici mon frère, voici notre héros : Albert Camus. »
     
    Abd Al Malik a rencontré Albert Camus dans les pages de ses livres. Et cette rencontre a forgé son devenir d'artiste, de musicien, d'écrivain. Entre les premiers textes dans la cité de Strasbourg, les échecs des débuts et les souvenirs d'enfance, il nous montre ici l'importance qu'elle a prise dans son parcours. Le tirant toujours plus haut, toujours plus loin.
     
    Abd Al Malik est rappeur, écrivain et réalisateur. Il est notamment l'auteur de La Guerre des banlieues n'aura pas lieu (Cherche Midi, 2010), et de L'Islam au secours de la République (Flammarion, 2013). 

  • Toutes les cultures du monde se sont interrogées sur la question du « sens ». Dans notre société en perte de repères, la science, nous dit Jean-Marie Pelt, permet, en explorant le réel du big bang jusqu'à l'homme, d'apporter des éléments de réponse à cette question.En effet, d'un bout à l'autre de la longue histoire de l'univers, l'évolution conduit des éléments simples à s'associer pour former des entités plus complexes, faisant émerger de nouvelles propriétés C'est ce qu'il appelle le « principe d'associativité ». Par de multiples exemples puisés dans la nature, Jean-Marie Pelt met en lumière le fait que la vie doit davantage à l'alliance qu'à la rivalité.Pierre Rabhi défend avec lui ce principe en « intendant et serviteur de la Terre nourricière », comme il se définit lui-même. Pour lui, il appartient désormais aux hommes de poursuivre ce processus en privilégiant la coopération au détriment de la compétition, source de tensions et de conflits. Jean-Marie Pelt et Pierre Rabhi, amis de longue date, mettent ici en commun, par-delà les désespérances de notre temps, une vision qui se veut optimiste mais qui exige, à leurs yeux, pour aboutir à un monde plus juste et fraternel, une authentique et massive « insurrection des consciences ».  

  • La fabrication du mythe Céline, qui s'est nourrie de toutes les lectures d'allégeance et de célébration, a fait oublier les lectures à rebours. Par un curieux retournement, le scandale aujourd'hui, ce serait d'oser rappeler les enjeux historiques et politiques d'une oeuvre pourtant tellement ancrée dans l'histoire. Cela fut fait dès 1938 par H.-E Kaminski, Juif allemand en exil, qui livre avec ce texte antidote, la première analyse lucide de celui qui "voulait être le plus nazi des collaborateurs".

  • L'Afrique a pendant plusieurs siècles été vue, imaginée, fantasmée par les Européens comme un continent sauvage, ténébreux, matière première des récits d'aventures et d'exploration teintés d'exotisme, qui ne laissaient pourtant entendre qu'une seule voix, celle du colonisateur. Il faut attendre le milieu du xxe siècle pour qu'une littérature écrite par et pour les Africains se révèle. De la négritude à la « migritude », il appartient aux écrivains noirs d'aujourd'hui de penser et de vivre leur identité artistique en pleine lumière.
     
    Alain Mabanckou est romancier, poète et essayiste. Ses oeuvres ont été traduites en une quinzaine de langues. Son premier roman, Bleu-Blanc-Rouge (1998), lui a valu le Grand Prix littéraire d'Afrique. En 2006, il obtient le prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic. La même année, l'université de Californie (UCLA) le nomme professeur au département de littérature française et d'études francophones. Nommé pour l'année académique 2015-2016, il est le premier écrivain invité à la chaire annuelle de Création artistique du Collège de France.

  • âmes et animaux

    Arno Klarsfeld

    «  Le 16 mars 2020, mes parents Serge et Beate sont venus se confiner chez moi. L'appartement est vaste, et leur bureau est dans l'immeuble, ce qui leur permettait de travailler sans avoir à traverser Paris. Nous étions trois bipèdes et cinq quadrupèdes  : trois chats et deux chiens.
    Pourquoi décider alors d'écrire  ? Pour partager ses pensées, passer le temps en faisant disparaître l'angoisse de perdre ses parents, en étant peut-être à la fois parricide et matricide si j'avais été contaminé avant le confinement. Mais, surtout, pour faire avancer une cause qui me tient à coeur  : l'amélioration du bien-être animal, qui sera une des causes majeures du xxie  siècle dans le monde occidental, sauf tragédie de grande ampleur. Ainsi, presque chaque jour, j'ai essayé d'écrire une nouvelle impliquant l'homme, l'animal, l'environnement que j'ai connu avec le confinement comme toile de fond. À travers ce journal transparaît donc l'amour pour les parents et pour les animaux. L'un est un commandement de Dieu, l'autre devrait l'être aussi.  »
     
    Dans ce journal ponctué par des événements que nous avons tous connus, des inquiétudes que nous avons tous partagées, Arno Klarsfeld nous livre un récit singulier traversé d'échanges étonnants avec ses parents, de bribes du passé et de réflexions. Il y mêle de subtils portraits de l'âme humaine et de la relation sensible aux animaux au fil d'histoires à la croisée de La  Bruyère et La  Fontaine.
    Un livre insolite, riche en émotion et en humour.
     
    Arno Klarsfeld a été l'avocat des parties civiles lors des procès Touvier et Papon. Il a toujours milité pour la sensibilisation au bien-être animal.

  • Seul un singe qui aurait appris à parler et côtoierait les hommes pourrait dire toute la folie humaine. C'est la fiction qu'imagine Restif de la Bretonne (1734-1806) dans la Lettre d'un singe aux animaux de son espèce. César-singe, animal domestique qui a reçu une éducation classique auprès de sa maîtresse, entend consoler les bêtes des malheurs que leur causent les humains en décrivant leurs pratiques barbares : ceux qui se présentent comme les rois de la nature sont en fait bien plus à plaindre, puisqu'ils s'asservissent entre eux et sont les premières victimes de leurs funestes inventions : la monogamie, la propriété, l'hypocrisie de la politesse et, surtout, l'inégalité et l'esclavage. Un pamphlet très vigoureux, étonnamment contemporain.

  • La France a longtemps passé pour le pays des femmes. Elle a pourtant la réputation d'être aussi celui d'un féminisme timoré qui a tardé plus qu'ailleurs à asseoir ses conquêtes. D'où vient cette timidité? Et pourquoi le discours du féminisme extrémiste trouve-t-il en France si peu d'écho?
    C'est ce paradoxe qu'explore le livre de Mona Ozouf, en cherchant à écouter et à faire entendre " les mots des femmes ", ceux qu'elles ont choisis elles-mêmes pour décrire la féminité. Ainsi se succèdent les figures et les voix de Madame du Deffand, Madame de Charrière, Madame Roland, Madame de Staël, Madame de Rémusat, George Sand, Hubertine Auclert, Colette, Simone Weil, Simone de Beauvoir.
    La traversée de cette galerie fait découvrir la diversité inventive des cheminements féminins. Elle met en valeur une singularité française dont l'essai qui clôt cet ouvrage restitue l'histoire et les contours.
    Mona Ozouf, directeur de recherche au C.N.R.S., a consacré l'essentiel de son oeuvre à la Révolution française, à l'histoire de l'Ecole et à l'idée républicaine. Elle est l'auteur notamment de La Fête révolutionnaire (1976), de L'Ecole de la France (1984) et, avec Jacques Ozouf, de La République des instituteurs (1992).

  • «  Il y a, d'un côté, la vie qui s'écoule avec un commencement et une fin, et de l'autre, la vie qui fait la singularité humaine parce qu'elle peut être racontée. On pourrait ainsi parler de vie biologique et de vie biographique. L'espérance de vie mesure l'étendue de la première. L'histoire de vie relate la richesse de la seconde. L'inégalité des vies ne peut être appréhendée que dans la reconnaissance des deux. Elle doit à la fois les distinguer et les connecter. Les distinguer, car le paradoxe des femmes françaises montre qu'une vie longue ne suffit pas à garantir une vie bonne. Les connecter, car l'expérience des hommes afro-américains rappelle qu'une vie dévalorisée finit par produire une vie abîmée. C'est ainsi que se pose également la question des réfugiés et des migrants.  »
    Didier Fassin est anthropologue, sociologue et médecin. Professeur à l'Institute for Advanced Study de Princeton et directeur d'études à l'EHESS, il est titulaire de la chaire annuelle de Santé publique du Collège de France. Ses travaux, conduits sur trois continents, portent sur les enjeux politiques et moraux des sociétés contemporaines.

  • 4 août 2020, 18 h 07.Le coeur de Beyrouth a explosé. Et nos coeurs avec.
    Tous les Libanais ont été choqués. Certains ont perdu des proches, d'autres, nombreux, leur maison, mais pas leur courage.Trente-cinq  personnalités  -  artistes et écrivains libanais et français - ont accepté de raconter leur Beyrouth et le lien intime qu'elles entretiennent avec cette ville, qui ne laisse pas indifférent lorsqu'on a la chance de la connaître. En un mot, l'âme de Beyrouth, capitale aux multiples facettes.Aujourd'hui, Beyrouth a besoin de nous, besoin de vous.Pour que Beyrouth, tel le phénix,  renaisse une nouvelle fois de ses cendres.  Sous la direction de Sarah BriandDeux euros par ouvrage sont reversés à l'association OffreJoie,
    qui travaille à la reconstruction de la ville
    et panse les traumatismes de ses habitants.

  •  
      Quand dire, c'est vraiment faire : comment fait-on des choses avec des mots, comment fait-on vraiment des choses rien qu'avec des mots ? Cet ouvrage produit un court-circuit entre l'une des inventions contemporaines les plus « révolutionnaires » en matière de langage à en croire Austin : le performatif, et la toute-puissance du logos grec.
      Le premier épisode isole une généalogie païenne du performatif. Quand Ulysse dit à Nausicaa : « Je te prends les genoux » parce qu'il a trop peur de lui prendre les genoux, à quelles conditions est-ce là « un discours qui gagne » ? Le second temps part de la sophistique. Dans l'Éloge d'Hélène, Gorgias théorise le pouvoir du logos qui « avec le plus petit et le plus inapparent des corps performe les actes les plus divins ». Quel est alors le statut de ce que la philosophie appelle rhétorique ? Le troisième moment est contemporain. Desmond Tutu, qui préside la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, inventée pour éviter un bain de sang prévisible post-apartheid, dit : « On croit d'ordinaire que le langage dit les choses. La Commission n'est pas de cet avis. Le langage, discours et rhétorique, fait les choses. Il construit la réalité. » Qu'apprenons-nous ainsi sur la performance-performativité de la parole en politique ?
      Que reste-t-il donc aujourd'hui, à l'ère des fake news, des deux fétiches dont Austin se joue : le fétiche vrai/faux  et le fétiche valeur/fait ? A travers ces trois mises en scène - poétique, rhétorique et politique - de la performance langagière, Barbara Cassin, dans la suite de ses travaux sur l'évaluation, la psychanalyse ou la traduction, poursuit son exploration de ce que peuvent les mots.
     
    Barbara Cassin, directrice de recherche au CNRS, est philologue et philosophe, spécialiste de philosophie grecque. Elle a été élue en mai 2018 à l'Académie française.

  • Cette fin de siècle a vu un véritable bouleversement dans notre façon de concevoir le monde. Après avoir dominé la pensée occidentale pendant trois cents ans, la vision newtonienne d'un univers fragmenté, mécaniste et déterministe a fait place à celle d'un monde exubérant de créativité. Le Réel n'est plus déterminé seulement par des lois naturelles appliquées à des conditions initiales particulières, mais aussi moulé et façonné par une suite d'événements contingents et historiques qui peuvent bouleverser la réalité à son niveau le plus profond. Celui du bolide rocailleux venu percuter la Terre il y a quelque 65 millions d'années et responsable de la mort des dinosaures en est un exemple. Les lois physiques ont perdu leur rigidité. Avec l'avènement de la mécanique quantique, le hasard est entré en force dans le monde subatomique. Le monde macroscopique n'a pas été épargné. Avec la théorie du chaos, le hasard et le non-déterminisme ont envahi non seulement la vie de tous les jours, mais aussi le domaine des planètes, des étoiles et des galaxies. Débarrassée de son carcan la Nature peut enfin innover et créer.
    J'ai voulu retracer ici, dans un langage simple et au travers d'exemples tirés de l'astrophysique, de la physique, de la biologie et des mathématiques, le développement des idées qui ont mené à cette nouvelle vision du monde. L'ouvrage s'adresse à l' " honnête homme ", non pourvu de bagage technique, mais curieux des extraordinaires avancées de la science au cours du XXe siècle, ainsi que de leurs implications philosophiques et théologiques: pourquoi Beauté et Vérité vont-ils souvent de pair? Comment la Nature se sert-elle de subtils principes de symétrie pour imposer une profonde unité et harmonie au monde physique? Pourquoi l'homme est-il doué d'une " déraisonnable efficacité " à comprendre l'univers? Se peut-il que ce soit pour lui donner un sens?
    Trinh Xuan Thuan est originaire de Hanoï, Vietnam. Après avoir fréquenté le lycée français de Saigon, il fait ses études à Caltech et à Princeton, aux Etats-Unis. Professeur d'astronomie à l'université de Virginie, il est l'auteur de La Mélodie secrète, qui a rencontré la faveur d'un large public.

  • Tombeau d'Olivier

    Alain Badiou

    La vie de mon fils a été interrompue de façon imprévisible et violente. D'une façon en quelque sorte inacceptable. Mais je veux soutenir ici qu'en dépit de ces apparences, sa vie, singulière comme toute vie réellement subjectivée, a existé, pleinement, porteuse d'un sens dont la signification et l'usage avaient valeur universelle. 

  • «  Quel que soit l'intérêt qu'on porte à la conjoncture étroitement nationale du mouvement des gilets jaunes, tout comme à l'obstination méprisante du pouvoir en place, nous devons tenir ferme sur la conviction qu'aujourd'hui, tout ce qui importe vraiment est que notre patrie est le monde.
    Ce qui nous ramène aux dénommés "migrants . Il faut agir, bien évidemment, pour ne plus tolérer les noyades et les arrestations et la mise à l'écart pour des raisons de provenance ou de statut.  Mais au-delà, il faut savoir qu'il n'y a de politique contemporaine qu'avec ceux qui, venus chez nous, y représentent l'universel prolétariat nomade.
    En convoquant les textes philosophiques et politiques, mais aussi les poèmes, je voudrais examiner l'état actuel de cette cause et explorer la direction de ce que le poète nomme l'éthique du vivre monde et que je nomme, moi, le nouveau communisme.  »
     
    A.B.
     
    Alain Badiou est philosophe, dramaturge et romancier.

  • «  Je ne peux pas m'empêcher de penser, mais c'est sans doute encore un préjugé, qu'il est plus facile d'épouser la diversité, le pluriel et le temps quand on est une femme - je veux dire : avec le côté femme de nous-mêmes. Plus facile, de prendre ses distances avec l'Un, la Vérité, la Raison, la Pensée, l'Universel, plus facile de croire moins quand on est une femme. Nous avons été si longtemps privées de philosophie et de politique, depuis la Grèce jusqu'à la génération de ma mère qui, jeune, ne votait pas et n'avait pas de chéquier. C'est cela qui a changé. L'Académie, un monde d'hommes, fait par des hommes pour des hommes, s'ouvre. »
     

  • Par son destin personnel comme par son oeuvre, Ovide, qui a vécu à la bascule du monde païen et du millénaire chrétien, a incarné la complexité de la mentalité latine, fière de ses légendes et sensible à la mythologie, mais aussi énergique et rétive à toute oppression. D'abord amusé par les jeux du monde et de l'amour, voire marchand de recettes érotiques, Ovide revint ensuite aux grandeurs des mythes (Métamorphoses) et des rites (Fastes), avant d'inventer les élégies du spleen et de l'exil (Tristes et Pontiques) et d'y méditer puissamment sur la destinée humaine.
    Tous les auteurs anciens l'ont admiré. Ils aimèrent le raffinement de son écriture, la diversité de son talent et la richesse colorée de son inventivité. Ils furent aussi touchés par la tragédie de sa fin de vie. Ensuite, il ne cessa d'être lu et imité, servant de réservoir inépuisable à l'imagination des poètes et des plasticiens. Il fut l'actuel de toutes les époques, grâce à la beauté, la diversité et la profondeur de son oeuvre.
    Le livre de Xavier Darcos montre l'éternelle modernité de cet artiste inclassable, de cet érudit libre et ironique qui a capté le mystère du vivant et la puissance des passions, tout en s'insurgeant à sa manière contre l'arbitraire des genres, des pouvoirs et des dieux.
    Membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales et politiques, universitaire et homme public, plusieurs fois ministre et ambassadeur, Xavier Darcos est l'auteur d'essais sur l'école, ainsi que de nombreuses publications consacrées à la poésie française, à l'histoire littéraire et à la latinité. Il est désormais Chancelier de l'Institut de France.
     

  • Rédigé en 1812 pour la formation militaire du prince de Prusse, ce manuel condense en quelques dizaines de pages les thèses du monumental traité De la guerre.
    À son élève, Clausewitz (1780-1831) offre une véritable préparation mentale au combat : avant de se battre vraiment, l'apprenti stratège doit s'armer conceptuellement et s'aguerrir par la méditation. Qu'est-ce qu'une tactique ? Un plan de bataille ? Un but de guerre ? 
    L'officier prussien qui combattit contre la Grande Armée insiste de façon étonnamment moderne sur la dimension psychologique du conflit, accordant une grande place à l'opinion publique et soulignant la nécessité de l'audace, de la fermeté et de la ruse face à l'incertitude et au brouillard de la guerre effective.

  • «  Notre amour historiquement situé de la littérature nous impose paradoxalement, comme premier devoir, de nous arracher à l'historicité de cette même littérature. C'est au nom de la littérature que nous devons nous détacher de celle-ci. Voilà pourquoi il nous faut d'un seul mouvement construire et explorer la bibliothèque mondiale ou totale -  et je dis bien bibliothèque mondiale, et non pas littérature mondiale. On lit la littérature mondiale, mais on lit dans la bibliothèque mondiale, on vit dans la bibliothèque du monde  : deux attitudes radicalement différentes.  »
    Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de lettres classiques, William Marx est philologue, historien et critique de la littérature. Il a été professeur de littérature comparée à l'université Paris Nanterre. Ses derniers ouvrages parus sont La Haine de la littérature et Un savoir gai (Minuit, 2015 et 2018). Depuis octobre  2019, il est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Littératures comparées.

  • Le discours n'est pas seulement un message destiné à être déchiffré; c'est aussi un produit que nous livrons à l'appréciation des autres et dont la valeur se définira dans sa relation avec d'autres produits plus rares ou plus communs. L'effet du marché linguistique, qui se rappelle à la conscience dans la timidité ou dans le trac des prises de parole publiques, ne cesse pas de s'exercer jusque dans les échanges les plus ordinaires de l'existence quotidienne: témoins les changements de langue que, dans les situations de bilinguisme, sans même y penser, les locuteurs opèrent en fonction des caractéristiques sociales de leur interlocuteur; ou, plus simplement, les corrections que doivent faire subir à leur accent, dès qu'ils sont placés en situation officielle, ceux qui sont ou se sentent les plus éloignés de la langue légitime.
    Instrument de communication, la langue est aussi signe extérieur de richesse et un instrument du pouvoir. Et la science sociale doit essayer de rendre raison de ce qui est bien, si l'on y songe, un fait de magie: on peut agir avec des mots, ordres ou mots d'ordre. La force qui agit à travers les mots est-elle dans les paroles ou dans les porte-parole? On se trouve ainsi affronté à ce que les scolastiques appelaient le mystère du ministère, miracle de la transsubstantiation qui investit la parole du porte-parole d'une force qu'elle tient du groupe même sur lequel elle l'exerce.
    Ayant ainsi renouvelé la manière de penser le langage, on peut aborder le terrain par excellence du pouvoir symbolique, celui de la politique, lieu de la prévision comme prédiction prétendant à produire sa propre réalisation. Et comprendre, dans leur économie spécifique, les luttes les plus éloignées, en apparence, de toute rationalité économique, comme celles du régionalisme ou du nationalisme. Mais on peut aussi, à titre de vérification, porter au jour l'intention refoulée de textes philosophiques dont la rigueur apparente n'est souvent que la trace visible de la censure particulièrement rigoureuse du marché auquel ils se destinent.
    P. B.

  • Quelle est la forme de l'univers ? Est-il courbe, refermé sur lui-même ? Est-il en expansion ? Vers quoi tend-il ? L'espace serait-il « chiffonné » au point de créer des images fantômes des lointaines galaxies ?
    Telles sont les questions que pose Jean-Pierre Luminet avant d'y répondre dans une langue toujours claire et fluide. Spécialiste des trous noirs et du big bang, il nous fait voyager dans de surprenants couloirs de l'espace-temps où topologies de l'univers, explorations de l'infini et mirages cosmiques conjuguent leurs mystérieux attraits pour dérouter nos sens.
    La construction de l'ouvrage épouse la forme de son sujet: une lecture à multiples entrées, des pistes à explorer pour s'y perdre, bifurquer à nouveau ou revenir en arrière, au gré du plaisir ou de la curiosité de chacun. Anecdotes cocasses et révélations historiques étonnantes agrémentent un parcours très visuel.
    Dans quel univers sommes-nous plongés ? A travers les concepts les plus déconcertants de la cosmologie, l'auteur nous entraîne, au fond, à la recherche des secrets de la beauté sidérale.
    Astrophysicien à l'Observatoire de Meudon Jean-Pierre Luminet est directeur de recherche au CNRS. Les résultats de ses travaux scientifiques sur les trous noirs et ses modèles d'« univers chiffonné » ont fait sa renommée internationale, et son activité est couronnée de nombreux prix. Il est l'auteur notamment des Trous noirs (1992) et de Figures du ciel (1998).

  • Dans le sillage du Vocabulaire européen des philosophies, Dictionnaire des intraduisibles, paradoxalement traduit ou en cours de traduction dans une dizaine de langues, Barbara Cassin propose sur la traduction un point de vue peu banal. Se méfiant de l'Un et de l'universel du Logos, elle se sert de l'outil sophistique pour faire l'éloge de ce que le logos appelle « barbarie », des intraduisibles, de l'homonymie. Pour combattre l'exclusion, cette pathologie de l'universel qui est toujours l'universel de quelqu'un, elle propose un relativisme conséquent - non pas le binaire du vrai/faux, mais le comparatif du « meilleur pour ». Elle montre que la traduction est un savoir-faire avec les différences, politique par excellence, à même de constituer le nouveau paradigme des sciences humaines. Parce qu'elles compliquent l'universel, dont le globish, langue mondiale de communication et d'évaluation, est un triste avatar, les humanités sont aujourd'hui passées de la réaction à la résistance.
      

  • Chaire Mondes francophones 2018-2019
    «  Dire Haïti et sa littérature autrement, c'est se demander, à travers les mots de ses écrivains et de ses écrivaines, quel éclairage peut apporter aujourd'hui au monde francophone, sinon au monde tout court, l'expérience haïtienne. Comment, à partir d'un fait historique de l'ordre de l'impensable, à savoir une révolution victorieuse, menée dès la fin du xviiie  siècle par des hommes et des femmes transplantés d'Afrique en Amérique et réduits en esclavage, se met en place une civilisation dont la littérature sera un élément majeur. Comment, dans l'impasse qui suit cette révolution, ces hommes et ces femmes dépossédés, déplacés, déstabilisés linguistiquement, n'ont pas cessé de dire ou d'écrire un rêve d'habiter, démontrant par là même que la littérature commence souvent là où la parole devient impossible.  »
    Yanick Lahens est une écrivaine haïtienne. Ses romans ont reçu de nombreuses récompenses, notamment le prix Femina en 2014. Son enseignement au Collège de France en 2018-2019 a inauguré la chaire annuelle Mondes francophones, créée en partenariat avec l'Agence universitaire de la francophonie.
     

empty