• Depuis l'engagement occidental en Afghanistan, en Irak, puis en Syrie, le terme de « fixeur » est devenu fréquent pour désigner, quasi exclusivement, des hommes qui rendent des services multiples aux journalistes et aux armées étrangères : à la fois interprètes, informateurs, guides, médiateurs, chauffeurs, ce sont des intermédiaires, des arrangeurs qui possèdent de multiples savoirs et techniques. Leur principal domaine d'action se situe dans des situations de conflit qui exigent une intervention bilingue, entre deux langues mutuellement inintelligibles.
    Être fixeur est une position très ancienne que l'on trouve déjà au Moyen Âge dans toutes les situations de rencontre entre langues : croisade, pèlerinage, prédication, commerce, mais aussi dans toutes les opérations de traduction. C'est l'homme (ou la femme) invisible de l'histoire - comme si les intermédiaires que sont les traducteurs n'avaient pas d'existence physique et historique. Comme si la circulation des textes n'était pas aussi une invitation à l'action.
    L'anachronisme assumé par ce livre est une manière d'écrire au présent l'histoire de la littérature médiévale, de lui restituer les corps qui l'ont produite et transmise, ainsi que sa puissance politique.

  • Avec cet essai, Zrinka Stahuljak tente de trouver comment rendre le Moyen Âge attractif pour des politiques qui ont tendance à soutenir non plus forcément le patrimoine, mais les productions culturelles qui répondent immédiatement aux goûts du public.
    Comment et pourquoi écrire l'histoire du Moyen Âge et lire sa littérature dans un monde de plus en plus présentiste ? Comment influer sur les discours publics en partant de l'expérience du Moyen Âge ? Quelles terminologie, méthodologie, thématique adopter pour faire le lien entre l'université et le public ?
    C'est en tant que médiéviste que Zrinka Stahuljak tente de répondre à ces questions.
    L'auteur établit tout d'abord différents constats aussi bien à l'époque médiévale que néolibérale des rapports que nous entretenons aux mots et à la littérature, et à leur histoire.
    L'auteur analyse aussi le morcellement qu'a subi l'Histoire, la coupure avec l'histoire de l'art, l'archéologie, et surtout l'histoire de la littérature, alors que le Moyen Âge, plus que toute autre période, se considère comme une globalité. Elle s'attache ensuite à la politique culturelle en France, aux financements que le politique accorde à la culture, ceci pour mieux nous emmener aux États-Unis et à la façon qu'y ont les universités de traiter de médiévistique.
    Au fil de ces pages, c'est l'impérieuse nécessité de poursuivre les enseignements de la littérature et de l'histoire du Moyen Âge qui prend ainsi forme.

  • La médecine du XIXe siècle qui était le moteur principal - intellectuel, moral et disciplinaire - dans la formation moderne de la nation française et l'écriture de l'histoire de France, fondait chacune de ses théories et de ses propositions de lois dans le berceau médiéval. Cet ouvrage démontre comment l'histoire et le Moyen Âge, obsessions de la médecine, ont défini la famille, le mariage et le divorce, l'hygiène (les maladies, les vices et les tares), les moeurs et les politiques raciale et coloniale en Europe.

empty