• Traduit par Eric Vigne, directeur des sciences humaines chez Gallimard, Serviteurs des rois et non serviteurs des serviteurs s'attaque à une explication concise de l'histoire politique des Juifs. L'auteur prospecte les époques importantes de cette histoire : les époques hellénistique, romaine, chrétienne et marrane. Mais il se penche également sur la période d'assimilation des Juifs en Europe, entre le XVIe et le XXe siècle. Bien entendu, il ne manque pas d'évoquer l'abomination de la Shoah. Il rend en outre compte de la tendance itérative du peuple Juif de la diaspora à créer des alliances avec les hauts rangs de la souveraineté. En n'omettant pas, bien sûr, son contrecoup sur l'histoire juive. Ce faisant, il offre une nouvelle approche du judaïsme, permet une compréhension par l'Histoire des tribulations de ce peuple ancien.

  • L'homme Moïse et la religion monothéiste occupe dans l'oeuvre de Freud une place particulière. Texte le plus contesté pour sa reconstruction des origines du judaïsme, du christianisme et de l'antisémitisme, il suscita les plus fortes hésitations chez son auteur même, qui balançait à le qualifier, était-ce un roman historique ou l'analyse appliquée à l'Histoire ? voire, alors que triomphait le nazisme, à le publier. Il répondait pourtant chez Freud à la double et impérieuse nécessité d'obéir à l'injonction qui lui avait naguère été faite par son père de revenir à la Bible et d'expliquer pourquoi, bien qu'incroyant, il se sentait si juif. Concluant qu'un « caractère national » peut se transmettre « indépendamment d'une communication directe et de l'influence de l'éducation par l'exemple », Freud posait donc que la « judéité » se perpétuait « dans le sang et dans les nerfs » indépendamment du judaïsme, que la première était interminable quand le second pouvait être terminé. Mais la vraie conclusion à laquelle était parvenu Freud, s'interroge Yosef Hayim Yerushalmi, ne serait-elle pas plutôt que la psychanalyse, cette « affaire juive » dont parlait son fondateur, était le prolongement du judaïsme dépouillé de ses manifestations religieuses illusoires, bien que conservant ses caractéristiques monothéistes fondamentales? Somme toute, « juif sans Dieu », comme il aimait à se définir, Freud ne voyait-il pas dans la psychanalyse un judaïsme sans dieu ?

  • La question de la survivance du peuple juif et l'antisémitisme ibérique constituent les principaux fils directeurs des cinq essais réunis dans cet ouvrage. Ils portent tous sur les séfarades d'origine hispano-portugaise, nouveaux-chrétiens et marranes, après l'expulsion d'Espagne en 1492 et leur conversion forcée au Portugal en 1497.

  • Yosef Hayim Yerushalmi a consacré l'essentiel de son travail à l'étude du judaïsme séfarade et des marranes, ces juifs convertis au catholicisme qui continuaient à pratiquer secrètement leur ancienne religion. S'il faisait des marranes sa spécialité, Yerushalmi se voulait pourtant « historien des juifs » à part entière : la dualité dans laquelle les conversos étaient contraints de vivre leur foi dans la péninsule Ibérique n'était pas, à le lire, sans rapport ni continuité avec la condition juive moderne, qu'elle pouvait éclairer. Selon lui, l'identité juive contemporaine n'est plus tant une question d'héritage qu'une question de choix.
    Dans ces entretiens avec sa disciple Sylvie Anne Goldberg, il revient sur sa vie, sur la tension entre la mémoire collective d'un peuple et l'analyse prosaïque des faits.

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