• Pourquoi Simondon (1924-1989), philosophe nourri de pensée bergsonienne, d'épistémologie française et de phénoménologie, auteur d'une thèse principale d'ontologie portant sur les différents régimes d'individuation dans l'être, a-t-il consacré sa thèse complémentaire à une réflexion sur les machines et la technologie ? L'idée défendue dans ce livre est que l'unité des travaux ontologiques et technologiques doit être cherchée dans le projet d'une « axiomatisation des sciences humaines » et d'un nouvel « humanisme ». On s'attache ici à expliciter la signification et la portée de ce projet, d'une part en examinant la façon dont Simondon dialogue avec les sciences humaines de son temps, mais aussi avec les multiples programmes « d'ingénierie sociale » proposés en vue de réguler les sociétés humaines (Human Engineering, Cybernétique), d'autre part en détaillant le rôle des techniques et de la technologie dans la formulation de cet « humanisme » que Simondon lui-même qualifiait de difficile.

  • Les nanotechnologies ne désignent pas seulement la miniaturisation des objets techniques, mais plutôt un ensemble d'initiatives de politique scientifique et industrielle à l'échelle mondiale, mêlant des pôles de compétitivité en concurrence, des scénarios du futur et des dispositifs d'engagement des publics en vue de faciliter « l'acceptabilité sociale » des recherches par la prise en compte de leurs « impacts éthiques et sociétaux ». Cet agencement est aujourd'hui le cadre à l'intérieur duquel se fabrique le futur, par la définition de ce qui est désirable et par l'identification des bons leviers d'action. Loin toutefois de se limiter à cette « colonisation » du futur au service des intérêts du moment, les nanotechnologies peuvent être envisagées en temporalité longue, par l'examen des nouveaux modes d'action sur la matière qui s'inventent dans les laboratoires et dont il faut évaluer la portée philosophique.

  • Du soin dans la technique : question philosophique (volume 6) Nouv.

    Pour faire face aux défis environnementaux, il ne suffit pas de rendre nos systèmes de production plus verts et nos modes de vie plus écologiques. Il est également urgent d'en finir avec la conception de l'humain « maître et possesseur » de la nature et de rappeler qu'il est un vivant parmi les vivants. Cependant, pour porter ses fruits, ce changement d'anthropologie doit aussi s'accompagner d'un changement dans notre conception de la technique. Sur une très longue période, des Grecs anciens au XVIIIe siècle, la technique avait été conçue comme un art du compromis exigeant de la prudence, une attention fine aux cas particuliers, une grande faculté d'adaptation et une recherche de la juste mesure en toute chose. En résumé, la technique était une affaire de soin. Du soin dans la technique propose une analyse philosophique de la rupture de la technique et du soin, au seuil de l'industrialisation. Il identifie aussi les conditions pour que le soin puisse aujourd'hui redevenir un principe régulateur de l'activité des ingénieurs.

  • Care in Technology

    Xavier Guchet

    Today, it is widely recognized that in order to meet environmental challenges, it will not simply be enough to make our lifestyles ?greener?; also critical is putting an end to the modern conception of the human as ?master and possessor? of nature. However, to bear fruit, this change in anthropology must also be accompanied by a revision in our conception of technology. Since the Enlightenment and the development of industrialization, technology no longer seems to be subject to the guiding principles set by the Greeks: prudence and the search for the right measure in all, which leads to the care of beings and the world. Care in Technology analyzes the historical changes that have led technology to become an unthinkable part of care, and care an unthinkable part of technology. It also establishes the conditions for care to once again become a regulatory principle of the activity of engineers who design technology.


  • Le sens commun observe que les techniques évoluent dans le sens d'un agrandissement des pouvoirs de l'homme, qui lui-même ne peut stopper cette marche en avant. Pour Leroi-Gourhan et Simondon, il s'agit du fruit d'une technologie rationnelle, dépassant la métaphysique du progrès. X. Guchet reprend quant à lui la phénoménologie de Merleau-Ponty, basée sur les significations multiples de ce concept.


  • Depuis une quinzaine d'années, la médecine personnalisée est le nouvel horizon des politiques de santé à l'échelle internationale. Sa définition ne fait toutefois l'objet d'aucun consensus. Il s'agit de manière générale d'un grand programme qui doit mobiliser tous les acteurs de la santé - chercheurs, cliniciens, pouvoirs publics, industriels, associations de patients - autour d'un objectif commun : améliorer le diagnostic et la prise en charge des malades grâce aux nouvelles technologies du séquençage des génomes, de l'analyse des biomolécules et de la modélisation informatique. D'importants crédits lui sont consacrés, notamment dans la recherche en cancérologie et certaines pathologies chroniques. La médecine personnalisée est ainsi la promesse d'une application massive des connaissances et des technologiques biomédicales dans la clinique, au bénéfice des patients. Ses buts semblent par conséquent indiscutables. Et pourtant.
    La médecine personnalisée ne manque pas de susciter des perplexités. La notion elle-même peut surprendre : en quoi prétend-elle se démarquer de ce que les médecins font depuis toujours, à savoir adapter leurs diagnostics et leurs prescriptions à chaque patient ? S'agit-il d'un nouveau paradigme médical, et si oui en quoi consiste-t-il exactement ? En quoi une médecine fondée avant tout sur la capacité technologique à acquérir, à stocker et à traiter des méga-données peut-elle être dite « personnalisée » ? Ne s'agit-il pas plutôt d'une intensification de la médecine scientifique, d'une médecine moléculaire qui repose plus que jamais sur de l'impersonnel (des technologies de pointe, des algorithmes statistiques, des modèles informatiques) ? Que devient le patient dans ce grand programme qui intéresse avant tout les industriels et les autorités de santé ? Les enjeux éthiques de la médecine personnalisés, pourtant épineux, sont-ils suffisamment pris en considération ?
    L'ouvrage questionne cette tension entre une médecine ultratechnologique qui confère une signification moléculaire à la personne, et une médecine qui entend d'abord être une médecine du soin, centrée sur le patient. Entre les deux, le conflit de valeurs est-il indépassable ? La médecine personnalisée n'est-elle pas l'occasion de renouveler en profondeur les termes de l'opposition entre la médecine comme science et de la médecine comme art ? C'est ce que l'ouvrage entend discuter.

  • L'objectif de ce volume, issu d'un colloque qui a initié un dialogue francoitalien (inédit sur ces thématiques) est de porter à la connaissance d'un public de chercheurs et d'étudiants français l'originalité et le dynamisme actuel de la philosophie italienne des techniques. Combinant commentaires d'auteurs classiques et travaux sur des problèmes contemporains touchant les nouvelles technologies, les philosophes italiens des techniques sont en mesure de proposer des approches originales, et contribuent au développement international de la philosophie des techniques. Le but n'est donc pas de consacrer une tradition, mais plutôt d'ouvrir un chantier collectif et un dialogue fructueux entre philosophes italiens et philosophes français des techniques, dont ce livre espère avoir posé la première pierre.

  • Offering an overall insight into the French tradition of philosophy of technology, this volume is meant to make French-speaking contributions more accessible to the international philosophical community. The first section, "Negotiating a Cultural Heritage," presents a number of leading 20th century philosophical figures (from Bergson and Canguilhem to Simondon, Dagognet or Ellul) and intellectual movements (from Personalism to French Cybernetics and political ecology) that help shape philosophy of technology in the Francophone area, and feed into contemporary debates (ecology of technology, politics of technology, game studies). The second section, "Coining and Reconfiguring Technoscience," traces the genealogy of this controversial concept and discusses its meanings and relevance. A third section, "Revisiting Anthropological Categories," focuses on the relationships of technology with the natural and the human worlds from various perspectives that include anthropotechnology, Anthropocene, technological and vital norms and temporalities. The final section, "Innovating in Ethics, Design and Aesthetics," brings together contributions that draw on various French traditions to afford fresh insights on ethics of technology, philosophy of design, techno-aesthetics and digital studies. The contributions in this volume are vivid and rich in original approaches that can spur exchanges and debates with other philosophical traditions. 

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