• Cet ouvrage s'attache à l'arrivée des étrangers dans un village du Midi. De nombreuses familles viennent d'Italie à partir des années 20, d'autres d'Espagne, peu de temps après. Tout comme les Italiens ou les Espagnols, et même ceux venus des Cévennes, les Gavots sont des estrangers. Aujourd'hui ces populations sont intégrées, et le souvenir des difficultés rencontrées s'estompe. Pour comprendre le processus, il faut écouter les anciens du village. Il faut aussi recueillir la parole de l'estranger.

  • 1962. Pour les Français d'Algérie, c'est l'exode. Ces "Pieds-Noirs" s'installent en nombre dans le Midi. Pour les "gens d'ici", ce sont des "estrangers" au même titre que les immigrés italiens ou espagnols. Les incompréhensions entre Pieds-Noirs et gens d'ici ont été nombreuses et sont palpables encore aujourd'hui. Comment expliquer cela ? Et comment expliquer que les Pieds-Noirs, plus vite et plus facilement intégrés que les immigrés italiens ou espagnols, n'éprouvent généralement pas le même sentiment d'intégration oe

  • Situés au coeur du village, les Platanes sont le principal lieu de rencontre des hommes, avant et après le travail. Implantés en contrebas, au pied de la colline, les lavoirs sont un lieu réservé aux femmes. Lieux d'intense sociabilité, mais aussi de commérage. Le commérage est un divertissement. Dans une société fermée, c'est aussi l'expression d'un fort contrôle social. Aux Platanes et surtout aux lavoirs, les mauvaises langues s'en donnent à coeur joie : « Une telle est une dégavailleuse (gaspilleuse)... et son homme, il pense qu'à campéjer (courir)... » Les conversations vont bon train, les femmes s'escacalassent (rient très fort). Leurs éclats de voix portent très loin. « Des Platanes on les entendait cascailler. » Lorsque le paysan laboure dans un terrain pierreux ou très sec, le soc de la charrue émet des sons métalliques, on dit que ça cascaille. Dans les années 60, à Montpezat, comme dans de nombreux villages, c'est « la fin des paysans ». L'eau courante arrive dans les maisons. Les Platanes sont souvent déserts, et le linge est lavé à domicile. On n'entend plus cascailler, pas plus les femmes que le soc de la charrue. Cent ans de bouleversements dans la vie quotidienne, de changement progressif du système de valeurs (raouber des galines, c'était pas voler !...) sont racontés dans ce livre, avec le souci de donner le premier rôle au langage des gens. Certes l'occitan, dans son intégrité, ne s'entend plus guère que par bribes, mais cette langue subsiste largement sous forme francisée dans les conversations d'une grande partie de la population. Cet ouvrage est le fruit de dix ans d'enquête auprès de la population d'un village gardois. Édité par un aixois, préfacé par un universitaire toulousain, il exprime la culture du midi.

  • Lou Grava a bon biais, une grande carrière de raseteur s'offre à lui. Mais il a trop la fédi biou, la passion des taureaux, pour les voir maltraités ou ridiculisés. « Il faut dire qu'ancien temps on leur en faisait voir aux taureaux ! Tu en avais toujours pour leur donner des coups de ginguelle (tige souple), de calos (bâton), pour leur balancer des caillaous (cailloux) ! » Sa révolte le met en marge de son village... Cette histoire interpelle aussi sur la notion de tradition. Conserver telles quelles les pratiques de l'époque reviendrait à trouver normal que l'on frappe les taureaux, qu'on leur jette des pierres. Le texte est écrit dans un parler méridional typique des années 1950, celles où l'histoire est racontée. Ce parler est issu de la francisation du 'patois' des anciens, en fait de la langue d'Oc, qu'on l'appelle occi.tan ou provençal. Ces mots demeurent vivants dans le milieu de la bou.vine et plus généralement chez les gens du Midi parce qu'ils sont riches d'un fort contenu affectif, donc impossibles à traduire en français.

empty