• En juin 1988, paraît dans Nature un article où est affirmée la possibilité d'un effet moléculaire sans présence physique de molécule ; l'eau se comporterait comme un support liquide sur laquelle des signaux moléculaires pourraient être enregistrés. Cette thèse est soutenue par Jacques Benveniste, un chercheur de l'Inserm alors reconnu pour ses travaux sur les médiateurs de l'allergie. Le jour de la parution de l'article, le journal Le Monde parle d'une découverte qui «pourrait bouleverser les fondements de la physique ». C'est le début d'une immense polémique à laquelle Luc Montagnier, prix Nobel de médecine en 2008, a redonné récemment une certaine actualité. L'objectif de ce livre est de proposer un éclairage sociologique sur cette controverse.

    Après une description des étapes de la controverse, l'auteur s'attache à démontrer que le contenu des arguments et des contre-arguments qui font la trame de la dispute renvoie à des conceptions divergentes des modalités de mise en oeuvre des normes au principe du jugement scientifique. Aucun des protagonistes ne remet complètement en cause ces normes, mais tous s'affrontent sur la façon dont il convient de les mettre en oeuvre. C'est à la découverte des coulisses du processus de légitimation d'une thèse scientifique que le lecteur est convié à partir de l'étude de cette controverse qui a notamment contribué à relancer les débats sur l'homéopathie.

  • La science est actuellement en sociologie l'objet de débats intenses concernant sa définition, son organisation et les liens qui l'unissent à la société globale. Derrière les positions en présence se profilent plus que des représentations contrastées de la science ; on peut y repérer en filigrane des
    visions différentes du monde social et de ce qu'il devrait être. La tâche est en fait plus aisée lorsque les débats scientifiques sont portés sur la place publique et cela a été le cas tout récemment en ce qui concerne les études sociales de la science grâce à l'affaire Sokal, dernier avatar de ce que l'on appelle fréquemment la « guerre des sciences » : l'épisode a amené un certain nombre de sociologues et plus largement d'intellectuels à se mobiliser autour de deux représentations diamétralement opposées de la science.
    Depuis les années 1970, la science est la cible d'attaques de la part d'universitaires, de chercheurs et d'intellectuels. D'abord localisé aux États-Unis, ce mouvement critique a gagné l'Europe. Il accuse la science de contribuer à la domination de certaines minorités sociales, d'affirmer la
    supériorité épistémologique de la science occidentale, d'être la béquille des complexes militaroindustriels et d'être responsable de la situation écologique déplorable de la planète. Une idéologie anti-science s'est ainsi développée, suscitant l'essor d'un relativisme intellectuel pour lequel la vérité n'existe pas - sinon comme le produit de conditions locales - et pour lequel les positions
    intellectuelles ne peuvent être qu'incommensurables. Mais ce n'est pas tout. Cette position a engendré également des attaques contre l'idée selon laquelle il est nécessaire de préserver une certaine autonomie de la science pour qu'elle continue à fonctionner efficacement. Jusqu'alors, la thèse selon laquelle la science ne pouvait se développer que sous les auspices de la démocratie prévalait ; aujourd'hui, c'est l'idée d'une domestication nécessaire de la science par la démocratie qui est mise en avant et tend visiblement à inscrire la science sous la coupe des lois du marché. Le propos de ce livre est d'exposer trois points de vue sociologiques sur la science et l'innovation
    technique. Les deux premiers apparaissent être plus ou moins comme les versions académiques des deux positions qui se sont affrontées et continuent à s'affronter dans le contexte de « guerre des sciences ». La troisième perspective procède d'une tentative de dépassement des deux approches précédentes. Il s'agit d'explorer non seulement les mécanismes sociaux qui donnent à la science son autonomie en lui permettant de préserver une capacité à définir ses propres critères d'excellence professionnelle. Cette sociologie là met en évidence combien la science est dotée d'une certaine
    unité et en quoi elle renvoie à des formes de savoirs particuliers caractérisés par une universalité qui a longtemps été pensée épistémologiquement mais qui peut être aussi analysée et appréhendée sociologiquement. Par ailleurs, elle tente de proposer des pistes permettant de penser les modalités d'articulation entre le champ scientifique et les autres champs sociaux.

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