• « J'ai vu peu à peu se dessiner et s'imposer à mon esprit une sorte de retable, en forme de triptyque déployé en désordre : à gauche, les deux épopées antiques revisitées ; au centre, un vaste paysage français représentant deux « siècles » successifs qui finissent par se fracasser l'un l'autre, l'un au nom de la gloire, l'autre au nom du bonheur. À droite, les deux romans, tous deux russes, qui se portent le mieux témoins de la guerre moderne et contemporaine, prévue et théorisée par le prussien Clausewitz, mais préparée en France dans les deux derniers siècles Bourbon, par des philosophes, théoriciens militaires, mais aussi par des peintres, sculpteurs et graveurs divorcés des délices « rocaille », tenues désormais pour incompatibles avec la vertu, le patriotisme et la liberté de citoyens « à l'antique ». Mais commençons par le milieu du triptyque, avant de ramener l'oeil intérieur du lecteur du côté de l'Antique, puis du côté de la modernité industrielle, manoeuvre opérée avec la liberté et la vitesse de livres que l'on retire sur l'étagère de la bibliothèque, où ils se trouvent juxtaposés sans tenir compte de l'ordre chronologique de leur parution. ».
    M. F.


    Dans ces échappées politiques et littéraires d'Homère à Grossman, Marc Fumaroli (1932-2020) nous convie à une méditation historique sur la paix et la guerre en Europe. Magistral essai posthume, Dans ma bibliothèque propose un nouveau « regard sur le monde actuel » tout aussi lucide et désillusionné que celui de Paul Valéry et où la sûreté du savoir est servie par toutes les ressources de l'éloquence.

  • Partis pris

    Marc Fumaroli

    Cet ouvrage embrasse les multiples aspects de l'oeuvre de Marc Fumaroli et permet d'en apprécier toute la force et l'originalité. Critique littéraire, critique d'art, observateur de la vie publique, Fumaroli se montre ici tour à tour admiratif, mordant, léger ou solennel, attaché avant toute chose à un libre exercice de l'intelligence dans tous ses domaines de prédilection.
    Le grand lecteur qu'il est nous entraîne dans une traversée éblouissante de la littérature classique, de ses racines antiques à la période contemporaine. Ces exercices d'admiration témoignent de ce que toute littérature a vocation à nous offrir : une forme de bonheur et d'accomplissement personnel. S'il s'intéresse aux auteurs de son temps, Marc Fumaroli ne cache pas sa nostalgie du Grand Siècle, ni l'attrait qu'exerce sur lui le temps des Lumières, deux époques majeures façonnées par les génies conjugués de la grandeur, de l'imagination et de la sensibilité. Fumaroli inscrit sa vision de la création littéraire dans le sillage de ceux qui sont restés ses maîtres et inspirateurs : La Fontaine, Voltaire et Chateaubriand. C'est à cette aune qu'il apprécie l'oeuvre de contemporains estimés comme Jean d'Ormesson, Claude Lévi-Strauss ou René Girard.
    La seconde partie de ce volume rassemble ses différentes interventions dans le débat public. Le polémiste plaide avec vigueur pour la sauvegarde des humanités face à l'excès des spécialités. Il rappelle l'enjeu fondamental de toute politique éducative : d'abord former des êtres libres. Il affirme ses préférences esthétiques et se livre à une critique décapante des dérives de l'art contemporain comme de l'emprise idéologique de l'« État culturel ».
    Autant de partis pris qui sont chez Marc Fumaroli la marque d'un intellectuel et esthète passionné et exigeant, porté par une éclatante indépendance d'esprit.

  • Ce recueil de dix-huit textes, écrits entre 1988 et 2017, embrasse la multiplicité de l'oeuvre de Marc Fumaroli. Éminent spécialiste de la période d'Ancien Régime, l'auteur laisse ici transparaître toute sa passion et son enthousiasme pour les arts européens des XVIIe et XVIIIe siècles. Cet ouvrage, richement illustré, regroupe des textes extraits de catalogues d'exposition, de colloques, de conférences ainsi que des textes inédits, jamais encore publiés en France. Dans une langue limpide et savoureuse, Marc Fumaroli, critique d'art, fait ici valoir le rôle de la peinture et des peintres dans la diplomatie européenne, évoquant tour à tour certains des plus célèbres noms politiques et artistiques du Grand Siècle : Louis XIV, Poussin, Velasquez, Richelieu, Rubens, Fragonard...

  • Marc Fumaroli Quand l'Europe parlait français A la mort de Louis XIV, Paris s'éveille, bruissant d'idées nouvelles, de salons, de cénacles, de débats, d'une vie intellectuelle et mondaine étincelante. Pour des décennies, la capitale française va devenir le point de mire de l'Europe civilisée, et le français s'imposer comme la langue de l'esprit, de l'intelligence et de la conversation.
    De cette fascination envers la France et notre langue, mille personnalités témoignent : monarques comme Frédéric II et Catherine de Russie ; princes et grands seigneurs tels Eugène de Savoie ou le maréchal de Saxe ; voyageurs lettrés comme l'Anglais Hamilton, l'Italien Caraccioli ; écrivains, savants, diplomates comme Franklin, Galiani, Grimm ou Beckford.
    De chacun, l'auteur de Le Poète et le Roi, Jean de La Fontaine en son siècle, donne un portrait érudit et étincelant, accompagné d'extraits de lettres ou de publications diverses. Ainsi se compose peu à peu un magnifique tableau de la civilisation des Lumières, doublé d'une réßexion sur les vertus et les prestiges de cette langue française que trop de nos contemporains ne savent plus ou n'osent plus aimer.

    Ce livre est une fête de l'histoire et de l'érudition. Marc Fumaroli connaît toutes les parentèles, toutes les filiations. Il s'est invité à un festival d'esprits libres où on ne rivalise que dans la soif de connaissances et la restitution orale et écrite des idées et des sentiments.
    Bernard Pivot, Le Journal du Dimanche.

  • Marc Fumaroli nous propose des face-à-face éclatants entre Chateaubriand et Napoléon Bonaparte, entre le poète et la ville de Rome, entre le métaphysicien et ses frères allemands.

  • «Extérieurement j'ai vécu à l'époque où l'expression République des Lettres désigne, plus ou moins ironiquement, le petit échiquier étroitement parisien ou festivalier, plus que jamais agité, dont les pièces du jeu annuel sont des centaines de romans, et la récompense des parties gagnées, des dizaines de prix littéraires. Intérieurement, pendant plus d'un demi-siècle, j'ai malgré tout vécu, privément avec quelques amis et, depuis moins longtemps, dans l'actuelle Académie des Inscriptions, au sein d'une République européenne des Lettres d'un tout autre genre et d'une tout autre époque. Tel aura été mon "engagement". Me dégageant de l'actualité présente sans pour autant l'ignorer, j'ai cherché à comprendre l'actualité disparue d'une société de savants lettrés solidaires où je me plaisais et qui évoluait étrangement avec une jalouse liberté de mouvement et d'esprit dans des régimes politiques et religieux qui, selon nos critères actuels, passent pour despotiques. Cette étrangeté ou, si l'on préfère, ce paradoxe continue à me fasciner, bien que peu à peu j'aie mieux compris le secret avantage dont jouissaient, en pleine connaissance de cause, mes amis (et objets d'étude) : celui de savoir vivre sur deux étages du temps, l'un se réfléchissant dans l'autre, l'un hors du temps parce que fruit mûr du temps, l'Antiquité gréco-romaine, et l'autre dans un tout autre temps historique, en voie à son tour de mûrissement, mais cette fois sans le réflecteur des "humanités", et de plus en plus déboussolé depuis que ce miroir lui a été ôté.» Marc Fumaroli.

  • Ce livre est le journal d'une flânerie à la fois érudite et caustique entre civilisation américaine et histoire européenne. La perte d'aura subie par les oeuvres d'art, repérée par Walter Benjamin bien avant les ressources de la numérisation, arrive aujourd'hui à son terme, constate Marc Fumaroli. Plus rien ne distingue en effet l'art dit "contemporain" du flux d'images dont nous bombardent les revues, les affiches et les écrans qui rythment notre consommation.
    L'art contemporain n'est plus alors qu'un cocktail de marketing et d'"entertainment" dont le saint patron serait le grand entrepreneur de spectacles américain : Phineas Taylor Barnum. S'il y a danger à s'aligner sur les valeurs cotées à New York, Londres ou Shanghaï, c'est parce que le marché, devenu le seul prescripteur de légitimité, ignore le soubassement social et intellectuel dont se nourrissait l'art et que Marc Fumaroli nomme en reprenant un terme latin : otium. L'otium, c'est une forme de loisir voué aux choses de l'esprit, la mise entre parenthèses du negotium (le commerce) au profit de la vie contemplative. C'est cet arrière-plan social et culturel qui fait défaut aux pourvoyeurs de l'art contemporain. Et c'est sur cette valeur fondamentale que s'appuie l'auteur pour penser aujourd'hui les ressorts de l'admiration.

  • Le triomphe de la prose en france au xviie siècle n'a d'équivalent dans aucun pays d'europe.
    Contre un art du génie réservé à des élus, la france classique choisit l'art de la conversation, contagieux et ouvert, propice à la sociabilité et à la négociation. la découverte du bien-dire en prose requiert une véritable diplomatie de l'esprit et s'accompagne alors d'un nouveau printemps des genres littéraires. ni l'essai, ni les mémoires, ni la correspondance, ni les recueils de moralistes ne trouvent ailleurs qu'en france des conditions aussi favorables à leur floraison.
    Consacrés aux figures les plus éloquentes du premier parnasse français, les seize essais regroupés dans ce livre témoignent de cette fonction originale de la littérature dans un contexte particulier : la prose devient affaire d'état et lien social, elle irrigue le tissu conjonctif de la nation française. cette idée de la prose et de sa clarté convertit à la france tout ce qui, en europe, aspirait à l'esprit.
    C'est bien le cas d'invoquer alors l'" exception française ".


  • dans un xviie siècle religieux et encore artisanal, entre la voix et l'oeil, la parole et l'image, l'art manuel et l'idée, la rhétorique académique elle-même n'interpose pas encore de paravents aussi opaques que ceux qui, aujourd'hui, divisent et disséminent notre regard.
    comment retrouver cette expérience perdue ?.

  • « Ce livre n'est pas une biographie de Chateaubriand. Il invite à une traversée du grand orage poétique des Mémoires d'outre-tombe et du champ magnétique au sein duquel il s'est formé. Il déploie le panorama des sentiments, des pensées, des passions d'un grand vivant qui fut aussi un grand poète, né vingt ans avant 1789 et mort pendant les journées d'émeute et de répression sanglante de juin 1848. Au cours de ce « siècle » qui aurait dû être en France celui de Louis XVI et d'un royaume réformé sur le modèle anglais, il aura été le témoin, parfois l'acteur et toujours l'interprète à la fois frémissant et profond, d'une cataracte de révolutions, commencée en Amérique et précipitée de ce côté de l'Atlantique par le régicide et par les flots de sang de la Terreur et de l'Empire. Nul n'aura été, au cours de cette genèse française du monde moderne, à la fois plus intérieur que l'auteur des Mémoires au drame mondial naissant, et plus vigilant à en prévoir les progrès pour le meilleur et pour le pire. »
    Marc Fumaroli.

  • Qu'est-ce qu'une métaphore ? Venu du grec ancien, le terme désigne le transfert purement mental d'un mot, ou d'une expression, de son sens premier, ou propre, à un sens second, ou figuré. Ces glissements de sens ressemblent à de vraies métamorphoses : le feu de cheminée se change le moment venu en feu de la passion, ou en feu de la conversation, ou en feu de l'éloquence, aussi naturellement que la baguette de la fée change à minuit le carrosse de Cendrillon en citrouille. La feuille d'arbre se change en feuille de papier, et la feuille de papier en page de journal imprimé. De ce pouvoir métamorphique du transport métaphorique, le langage reçoit son côté joueur, poétique et même sorcier.
    /> Les poètes et les grands écrivains s'en jouent avec art ; mais tout un chacun, dans son usage quotidien et quasi machinal, soit en parlant, soit en lisant, a affaire abondamment à cette propriété du langage, le plus souvent sans même s'en rendre compte. Notre langue, poète à notre place, a mémorisé, accumulé et augmenté au cours des siècles son propre trésor de métaphores, par transmission orale le plus souvent.
    Ce livre veut donner une idée aussi complète que possible de la présence si ancienne de cette figure dans la langue française. L'auteur a choisi de ranger ces très nombreuses fleurs par lieux (le corps, la ferme, le château, la chasse, la guerre, la marine, etc.), au lieu de les soumettre à un ordre alphabétique qui les aurait écrasées, invitant ainsi le lecteur à un voyage à travers une France quasi disparue, mais dont subsistent des mots qui se laissent humer comme le flacon de Baudelaire, d'où jaillit toute vive une âme qui revient.

  • Quand l'Europe parlait français est, d'après l'auteur, " une promenade au hasard de rencontres entre Français et étrangers, dans un XVIIIe siècle où les Français sont partout chez eux, où Paris est la seconde patrie de tous les étrangers, et où la France est l'objet de la curiosité générale des Européens ". Une promenade qui commence avec le Siècle des lumières et s'achève avec la chute de l'Empire napoléonien, transportant le lecteur dans les différentes capitales européennes, de Versailles et Paris à Londres, Rome, Berlin, Dresde, Vienne, Saint-Pétersbourg et Varsovie.
    Marc Fumaroli évoque cette période de notre histoire - la dernière " où l'on ait cru au bonheur sur la terre " - avec une érudition allègre, sensible et rigoureuse à la fois. Il montre surtout comment l'universalité de la langue française s'est confondue avec celle d'un art de vivre et de penser. C'est cet extraordinaire phénomène d'une capitale et d'une langue bénéficiant d'un rayonnement sans égal que raconte ce livre, où princes, diplomates, esthètes et chefs militaires étrangers ont tous en commun d'être amoureux du français.
    Le second ouvrage, Le Poète et le Roi, est consacré à Jean de La Fontaine. Marc Fumaroli souligne que de toutes les voix issues du Grand Siècle, la plus modeste, la plus retenue est aussi la seule qui n'a jamais cessé d'émouvoir, au point de se fondre dans le folklore de l'enfance et les lieux communs de notre langue. Sa légende a fait de La Fontaine un " bonhomme ", presque aussi anonyme que la tradition orale qu'il a recueillie. Et les Fables elles-mêmes, émiettées par la mémoire collective en maximes et proverbes, ont perdu les saveurs et le sens que leur auteur leur avait donnés, au confluent d'une oeuvre diverse, singulière et énigmatique. Marc Fumaroli rend ici justice au poète caché derrière l'homme des biographes et celui de la légende. Il montre comment se sont formés lentement son génie et son langage, et à travers lui nous fait revisiter le Paris de la Fronde, de l'affaire Foucquet et du règne de Louis XIV.

  • Tout est grand dans le Grand siècle, la France, son roi, son Eglise, ses armées, ses arts.
    Et pourtant, de toutes les voix qui nous parviennent de cette époque imposante, la plus modeste, la plus retenue, est aussi la seule qui n'a jamais cessé d'émouvoir, au point de se fondre dans le folklore de l'enfance et les lieux communs de notre langue : c'est celle de Jean de La Fontaine dans ses Fables.

    Payant le prix d'avoir ému tout un peuple depuis trois siècles, La Fontaine, et le reste de son oeuvre, sont restés dans l'ombre.
    En dépit de ses biographes, la légende du poète a fait de lui un " bonhomme ", presque aussi anonyme que la tradition orale dont il est la source. Et les Fables elles-mêmes, émiettées par la mémoire collective en maximes et proverbes, ont perdu les saveurs et le sens que leur auteur leur avait donnés, au confluent d'une oeuvre diverse, singulière et énigmatique, difficile à raccorder à ces beaux lieux communs, familiers à tout le monde.

    Dans Le Poète et le Roi, Marc Fumaroli rend justice au poète caché derrière l'homme des biographes et le bonhomme de la légende.
    Il montre comment se sont formés lentement son génie et son langage, et comment ils ont mûri, aux prises avec le double et cruelle expérience de la Renaissance française qui finit, et du monde moderne qui commence, sous la forme rétrospectivement éblouissante de la monarchie absolue de Louis XIV. Avec les yeux et les sentiments d'un poète-philosophe, nourri de Platon et de Montaigne, ami de Molière et de Racine, Marc Fumaroli nous fait revisiter le Paris de la Fronde, de l'Affaire Foucquet, du règne de Louis le Grand, il nous fait revivre le drame politique et humain dans lequel ont surgi le premier monstre froid moderne et la première tentative lyrique de s'en affranchir.

  • L'Age de l'éloquence démontre l'utilité, pour l'historien de la culture, du paradigme rhétorique.
    La première partie apprécie la longue durée : Antiquité classique et tardive, Renaissance italienne et Réforme catholique. On y voit s'établir et se rétablir dans la culture européenne la fonction essentielle de médiation, de transmission et d'adaptation exercée par la rhétorique. Les débats relatifs au " meilleur style ", à la légitimité et à la nature de l'ornatus, à la définition de l'aptum, ne sont pas le privilège de professionnels de la chose littéraire : ils mettent en jeu, à chaque époque, l'ensemble du contenu de la culture et impliquent la stratégie de son expansion et de sa survie.
    Les parties suivantes examinent respectivement deux grandes institutions savantes de la France humaniste, le Collège jésuite de Clermont et le Parlement de Paris. A l'horizon apparaissent le public féminin et le public de cour, que la res literaria savante et chrétienne ne saurait ignorer sans se condamner à la stagnation ou à l'étouffement. Les débats rhétoriques entre jésuites ou entre magistrats gallicans oscillent donc entre la nécessité de ne rien sacrifier de l'essentiel et l'autre nécessité, celle de doter cet " essentiel " d'une éloquence propre à le faire aimer, admirer, embrasser par les " ignorons ".
    Autant de débats qui se nourrissent de l'abondante jurisprudence accumulée par la tradition humaniste et chrétienne. Le classicisme surgit ainsi, dès le règne de Louis XIII, comme une solution vivante et efficace à un problème qui n'a rien perdu de son actualité : comment transmettre la culture en évitant le double péril de la sclérose élitiste et de la démagogie avilissante ?

  • «D'où vient la joie que j'éprouve à l'idée de visiter fin septembre, au Grand Palais, la première exposition d'envergure consacrée en France à la grande portraitiste Élisabeth Louise Vigée Le Brun, contemporaine de la fin de l'Ancien régime?

    Je suis de ceux qui souffrent de l'abolition actuelle de l'art de peindre le portrait. La face humaine est plus exposée au mépris et au vandalisme depuis qu'est interdite sa représentation par l'art du portrait. Les selfies et les virtual reality numériques ne seront jamais que des doublures.

    Il faut nous retourner vers la tradition de l'art du portrait, si féconde en France depuis le XVIe siècle, pour nous consoler de ce que nous avons perdu en ostracisant ce double durable de la face humaine, que le portraitiste recrée à l'image et ressemblance de la face du Créateur. Dans cette lignée de peintres, l'oeuvre de Mme Vigée Le Brun, quoique la moins exposée et donc moins connue du grand public, s'impose avec un exceptionnel éclat.» Marc Fumaroli

  • « Les exercices de lecture que j'ai réunis dans ce volume ont été écrits, et parfois réécrits, au cours de longues années. Les oeuvres, ou les groupes d'oeuvres, auxquels ces exercices s'appliquent, essais de tous ordres, mémoires, récits de voyage, tragédies, poésies, romans, s'étendent du XVIe au XIXe siècle. Certaines de ces oeuvres figurent parmi les classiques de la littérature française. D'autres, le plus grand nombre, voisinent plus ou moins étroitement avec ces "sommets" aperçus de tous et contribuent à les éclairer. S'il fallait trouver après coup un fil conducteur à ces exercices, dont chacun a été conçu pour lui-même et peut être lu à part, ce serait la fonction de la littérature en France comme lien de civilisation entre individus jaloux de leur individualité, fonction qui l'a mise en concurrence avec sa mère et rivale, l'Église et la religion chrétienne.
    D'exercice en exercice, absorbé et éveillé chaque fois autrement, je ne me suis jamais proposé d'échafauder une théorie de la littérature, ni une méthode de critique littéraire, mais de découvrir dans chaque cas la juste distance de regard et d'écoute qui replace en leur lieu, en leur heure, en leur humeur propre, l'oeuvre ou le groupe d'oeuvres qui m'ont retenu, afin d'en recueillir le murmure intime ou les intentions communes. C'était prendre le risque de l'extrême diversité, voire de l'éclatement, mais c'était aussi aller au-devant de la chance de ressaisir des fidélités insistantes et fécondes, rajeunies pendant de nombreuses générations. »
    Marc Fumaroli.

  • (...) Tout semblait éloigner, dans l'ordre social et dans ses apparences, le grand seigneur Anne Claude de Caylus, né sur les marches du trône, et le roturier de province, né dans une obscure famille de sculpteurs champenois, Edme Bourchardon, sinon leur foi ardente et commune dans la supériorité des Anciens et un zèle commun et acharné à remonter la pente du déclin. (...).

    (...) La rencontre en janvier 1733 entre Caylus l'amateur savant et réformateur et Bouchardon, jeune sculpteur déjà célèbre à Rome et en Europe comme la réincarnation française des sculpteurs grecs Polyclète et Polygnote, infléchit leurs deux carrières alliées dans le grand dessein de faire revivre en France et ensuite en Europe le pur goût grec et « à la grecque ». (...).

    (...) Un peu forcé, comme l'avait été le retour de Poussin à Paris en 1640, le voyage Rome-Paris de Bouchardon, en 1732-33, ramena en France le nouvel archétype du grand artiste « à l'antique », pierre angulaire éventuelle de la reconstruction de l'Académie royale et d'une restauration de son système éducatif, accusé d'avoir dégénéré les intentions de ses fondateurs. (...).

  • Le soubassement de la persistante civilisation européenne, ébranlée aujourd'hui par l'amnésie de son code génétique, est à chercher dans le " Lieu commun " classique remis à jour par les humanistes italiens du XVe siècle et augmenté par les générations successives de leurs héritiers européens, d'Erasme à Voltaire.
    Les dialogues de Platon, les traités moraux de Cicéron et de Sénèque, ont été la corne d'abondance d'où on jailli les chefs-d'oeuvre qui ont appris à l'Europe à être européenne.

  • Marc Fumaroli présente, dans cet exposé, les points qui lient Chateaubriand et Rousseau, en même temps que ceux qui les séparent. Il dit au début : « Ce grand écrivain aristocrate est, au fond, un disciple de Rousseau qui lui-même fait problème. Ambigu, suspect, réactionnaire ou mystique pour les uns, à l'origine de tout un courant droitier de la pensée philosophique européenne. Héros, pour d'autres de la pensée progressiste et libératrice, et un des pères de la révolution. Ce sont donc deux personnages et deux pensées éminemment ambigus.» Pour conclure ainsi : « en définitive, ce qui sépare le plus Chateaubriand de Rousseau et même du dernier Rousseau auquel il a été si attentif, c'est une conception de la littérature comme réparation de l'histoire, religion nationale où l'écrivain lui-même, retrouve son sens, son salut personnel sinon son repos dans un magistère supérieur de la forme, que sa piété soustrait aux vicissitudes des temps et à l'oubli des hommes. » Le brio de l'exposé n'étonnera pas ceux qui connaissent le titulaire de la chaire de «Rhétorique et société en Europe« (XVI-XVIe siècles) au Collège de France.

  • Erudit universel, humaniste polyglotte, philologue et antiquaire, astronome et botaniste, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637) fut le " prince " de la République européennes des Lettres, de 1621 à sa mort. Né dans une famille de l'aristocratie provençale d'origine toscane, Peiresc étudia les lettres et le droit héritant de son oncle la charge de Conseiller du Roi au Parlement de Provence. Son long séjour d'études en Italie en 1600 et 1601, marquera profondément le jeune homme. Les cours à l'université de Padoue, ses visites à Venise, Bologne, Florence et Rome, enrichies de précieuses amitiés, de contacts et de lectures, le mettront en rapport avec les esprits les plus brillants et les plus raffinés de la péninsule dont Giovan Vincenzo Pinelli à Galilée, Ulisse Aldrovandi à Pierre Paul Rubens et au cardinal Del Monte. Le colloque napolitain de 2006 et ce volume d'Actes réitère la question posée, Il y a quarante ans, par la recherche de Cecilia Rizza (Peiresc e l'Italia, Torino Giappichelli 1965) sur les liens et la correspondance de Peiresc avec les savants, hommes de science et hommes politiques d'Italie. Encore méconnues, ces correspondances italiennes de Peiresc seront publiées dans une collection conçue par Marc Fumaroli, réalisée par son Institut européen d'histoire de la République des Lettres - Respublica Literaria en collaboration avec l'Istituto Italiano per gli Studi Filosofici, l'Ecole normale supérieure et l'Institut d'études littéraires du Collège de France

  • Quelqu'un, un beau matin, se réveille en pleine rue et s'aperçoit que les images publicitaires qui prolifèrent autour de lui et qui lui ont toujours semblé innocentes, ne le sont pas autant que cela. et si les hommes ressemblaient à l'image qu'ils se donnent d'eux-mêmes?
    Ainsi commence, par ce déclic apparemment infime, un sinueux voyage dans le temps et dans l'espace, à partir de deux bases de départ successives, new york et paris: new york, la capitale des images modernes et contemporaines, et paris, la capitale par excellence des arts de la «vieille europe».
    Enquête historique dans le temps relativement court des états-unis et de sa formidable industrie des images, pèlerinage aussi dans le temps long de la france et de l'europe des arts visuels, de l'antiquité gréco-romaine à nos jours, de son orient byzantin à son occident d'amérique latine, cette exploration à facettes de l'univers européen de la vue devient peu à peu l'itinéraire d'une conversion.
    Une conversion à l'éternel retour de la beauté. seule la beauté a rendu et peut rendre l'homme à lui-même et le monde humain habitable en les invitant à participer de la nature et de la grâce et à se libérer du vampirisme d'images-mirages, d'images-idoles, qui ne laissent sur leur passage, comme un vol de sauterelles, qu'un désert globalisé et privé de feuillage.

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