• Au-delà de ce que nous connaissons déjà très bien, la mode japonisante de la fin du XIXe, qu'en a-t-il été du Japon dans l'art et la pensée en France tout au long du vingtième siècle ? En essayant d'écouter ce que certains artistes et penseurs de l'art (d'A Malraux à R Barthes ou J Roubaud) ont dit du Japon, en leur laissant la parole directement (de Cl Mouchard à M Ferrier, Ch Doumet ou Ph Forest), on essaie ici de répondre à cette question.
    Mais on verra également se dessiner au fil des réponses proposées un deuxième enjeu, celui du rapport avec l'étranger, qu'il soit relativement proche ou parfois tenant de l'extrême étranger. Rapport qui suppose un effort de compréhension, mais qui implique également sans cesse du malentendu et du contresens. Il ne faut pas pourtant lire trop rapidement ici une critique, bien au contraire : il y a, selon la formule de Proust reprise par Ph Forest, une " beauté du contresens ", ce qui signifie qu'il faut savoir accueillir l'incompréhension parfois comme ce qu'il y a de plus riche dans le rapport à l'étranger, comme ce qui ouvre à la chance de nouveau parcours de pensée.

  • Il n'y a, pas de commencement à l'acte décrire.
    Sans doute en va-t-il de même de l'acte de lire, puis que les premiers livres racontent des histoires qui ont existé de tout temps, qui n'ont pas plus été inventées que le ciel, la terre et en définitive le monde. Que dans cet acte sans commencement s'ouvre la possibilité d'une interrogation, est ce à quoi le présent volume entend contribuer.

  • Comment penser le rapport des arts à l'anticipation, leur capacité d'anticipation et ce qu'ils peuvent anticiper ? Comment penser ou mettre en jeu ce pas en avant qui permet de saisir le réel autrement que selon les lois du présent ? Ce numéro cherche à éclairer le déploiement de l'anticipation dans ses formes (la prolepse, la prophétie, la prédiction...), dans ses objets (que peut-on anticiper ?), mais aussi et surtout dans ses enjeux poétiques, esthétiques et philosophiques.

  • L'image de Rimbaud reste avant tout celle d'un poète de la brutalité, d'un poète violent qui aurait rompu, par cette violence même, avec une certaine mièvrerie poétique. L'essentiel, et l'essentiel atteint sans ménagement, tel serait le geste principal de la poésie rimbaldienne, auquel aurait succédé l'adieu puis le silence, autres formes de brutalité. Mais Rimbaud n'est-il pas aussi un autre poète, un tout autre poète ? Non seulement un poète de la délicatesse, de la tendresse, comme en attestent de nombreuses pièces, mais également un poète de l'effacement et de la dispersion ? Loin de n'être qu'hyperboliquement affirmative, la poésie de Rimbaud cherche en effet à trouver le moyen et les conditions de créer une légèreté emportant le poème vers l'effacement - et cela, bien au-delà de la période des chansons légères qui font affleurer très clairement cette problématique. La question touche à ce qu'il est possible d'attendre de la poésie : certes, comme le dit Vagabonds, qu'elle trouve « le lieu et la formule », mais aussi qu'elle expose à la dispersion dans une multiplicité de lieux et le brouillage des formules par lesquelles, sans le mouvement de la poésie, on se trouve emprisonné, mais desquelles, avec la poésie, on se libère.
    Laurent zimmermann est Docteur en Littérature Française, auteur d'une thèse sur la question de l'ivresse et de plusieurs articles, notamment dans les revues L'Infini, l'Inactuel, Littérature, Poétique et Critique. Il a dirigé le volume collectif L'Aujourd'hui du roman (éditions Cécile Defaut, 2005) et Penser par les images (éditions Cécile Defaut, 2006).

  • Pierre Bayard, auteur de nombreux essais dont.
    "Qui a tué Roger Ackroyd ? ", "Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?" et "Le Plagiat par anticipation", compose depuis plus de vingt ans une oeuvre décisive, qui renouvelle notre rapport à la littérature. Oeuvre de critique, mais aussi d'écrivain, dont de nombreux lecteurs attendent chaque nouveau volume avec impatience. Cet ouvrage collectif voudrait aider à mieux cerner cette oeuvre, à mieux comprendre ses enjeux et les questions qu'elle pose.
    Il s'ouvre par un texte dans lequel Pierre Bayard envisage, pour la première fois, son travail dans sa cohérence d'ensemble. Suivent un ensemble de contributions, allant de la lettre à l'étude minutieuse, dont les auteurs disent ce qu'ils doivent à cette oeuvre singulière et décale

  • S'il faut dire quelque chose du rapport de Roland Barthes à la poésie, ce sera d'abord pour souligner une absence, un blanc dans l'image : Barthes aura pensé et écrit, semble-t-il, sans la poésie. Pourtant in fine, la question revient dans l'oeuvre avec le cours La Préparation du roman, où malgré le titre et le projet explicite, c'est finalement la poésie qui tient la première place. La relecture de l'ensemble de l'oeuvre à la lumière de ce dernier cours permet de comprendre comment Barthes, loin de n'avoir dit que peu de choses de la poésie, aura en réalité pensé, plus fortement que d'autres, ce que pouvait être cette place, quelle est la nécessité de la poésie et quelles sont les raisons de cette nécessité au tournant des xxe et xxie siècles. Car il aura cherché une certaine sortie des limites dans lesquelles il voyait la poésie enfermée au moment où il écrivait, en l'occurrence une sortie de l'époque du surréalisme, qui lui aura longtemps semblé difficile voire impossible, et qu'il trouve finalement avec le haïku, qui lui permet de poser des questions et de faire vivre des enjeux qui sont encore ceux de la poésie aujourd'hui, et ceux de notre rapport à la poésie.

  • OEuvre fondamentale de la poésie mondiale du XXe siècle, le Cahier d'un retour au pays natal, qu'Aimé Césaire commence à rédiger en 1936 et qu'il publie dans sa première version en 1939, vaste poème où prose et vers se côtoient, porte encore aujourd'hui des interrogations poétiques, éthiques et politiques décisives. C'est à la fois depuis son contexte et depuis des enjeux qui sont ceux du XXIe siècle que de grands spécialistes de l'oeuvre lisent ici ce poème majeur.

  • Certaines oeuvres - de Van Gogh, de Rimbaud, d'Antonin Artaud, de Lucinda Childs - font irruption dans l'histoire à la manière d'un coup de tonnerre, ou d'un éclat de temps. Les temps de la création et de la réception des oeuvres d'art ne coïncide jamais avec celle du quotidien. Le plaisir, le questionnement tient à une expérience singulière d'instants marquants, capables d'illuminer nos existences. Les analyses ici rassemblées explorent cette substance complexe, insaisissable qui nous constitue pour un temps : celui de la lecture, de la contemplation, de l'audition.

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