• Alors que le recours à la violence est souvent présenté comme le mode de résistance le plus radical, Judith Butler propose de régénérer la non-violence comme idéal. La non-violence, ce n'est pas la passivité ni le renoncement à l'action. Ce n'est pas le pacifisme naïf ni l'aspiration inconséquente à une forme de pureté morale. Ce serait plutôt une entreprise politique agressive de rupture avec le monde et ses propres impulsions.
    Défendre la non-violence comme idéal, serait-ce idéaliste ? Pour Judith Butler, la non-violence est au contraire nécessaire dans des temps comme les nôtres, quand ceux qui prennent position pour la violence reproduisent les cadres et les pratiques institués.
    Judith Butler propose ainsi de constituer la non-violence comme nouvel imaginaire politique. À travers ses discussions de Fanon, Freud, Benjamin, Arendt, Foucault..., elle entreprend de fonder une éthique politique sur les notions d'interdépendance, d'égalité et d'anti-individualisme.
    Ce livre s'est imposé dès sa parution comme un classique de la théorie politique contemporaine.

  • L'actualité politique récente a été marquée par le surgissement à l'échelle internationale de grands rassemblements populaires : Occupy, les Indignés, les printemps arabes...
    C'est l'occasion pour Judith Butler de s'interroger sur les dynamiques des manifestations publiques, sur leurs conditions et leurs implications politiques. Que signifie se rassembler ? Quelles sont les forces qui empêchent ou rendent possible une telle action plurielle ? Quelle est la nature dé­mocratique d'un tel mouvement ? Et son efficacité ?
     
    Pour répondre à ces questions, Judith Butler est amenée à redéfinir la théorie de la performativité. Elle montre comment celle-ci permet de comprendre autrement l'action concertée des corps. Quand des corps se rassemblent, ils sont dotés d'une expression politique qui ne se réduit pas aux revendications ou aux discours tenus par les acteurs.
     
    La mobilisation manifeste des corps à la fois qui luttent contre la précarité (notamment néolibérale) mais aussi qui utilisent cette précarité comme une force mobilisatrice et un point de départ pour l'action. En mettant en oeuvre une forme radicale de solidarité qui s'oppose aux forces économiques et politiques, une nouvelle signification de l'« espace public » et du « peuple » émerge alors, qui conduit à repenser les principaux concepts de la théorie et de l'action politiques.
     
    Judith Butler est philosophe, professeure à l'Université de Californie à Berkeley. Elle est notamment l'auteure de Trouble dans le genre (La Découverte, 2005), Ce qui fait une vie (Zones, 2010), et Vers la cohabitation (Fayard, 2013).

  • Dans cet ouvrage, Judith Butler s'interroge sur la possibilité d'articuler les expériences juives de la diaspora et du déplacement et les expériences palestiniennes de la dépossession pour fonder une nouvelle éthique de la cohabitation dans la région et renouer avec la solution politique d'un État binational. La cohabitation non voulue est une condition de notre vie politique, et non quelque chose que nous pouvons mettre à mal. Nul n'est en droit de choisir avec qui cohabiter sur cette terre. Judith Butler puise dans la philosophie juive de quoi élaborer une critique du sionisme politique, de la violence d'État, du nationalisme et du colonialisme de l'État d'Israël. Pour elle, il est important de mettre en question la prétention d'Israël à représenter les Juifs. Elle engage ainsi la discussion avec des auteurs comme Hannah Arendt, Emmanuel Levinas, Primo Levi, Martin Buber, Walter Benjamin, mais aussi Edward Said ou Mahmoud Darwich. Selon Judith Butler, l'éthique de la judéité exige une critique du sionisme et ouvre la possibilité de réaliser un idéal politique de cohabitation au sein d'une démocratie radicale.

  • Judith Butler, Ernesto Laclau, Slavoj ¿i¿ek : il n'est pas si courant de voir réunies trois figures majeures de la pensée critique contemporaine. Le livre est composé de trois séries d'essais au fil desquels la réflexion progresse sans éviter la confrontation des points de vue. Il donne ainsi à entendre plusieurs voix qui ont contribué à renouveler la compréhension que " la gauche " post-marxiste a d'elle-même : quelle identité politique pour la gauche après la fin de " l'essentialisme de classe " diagnostiqué par Laclau, au profit d'une compréhension plurielle des " demandes sociales " et de la construction d'une " hégémonie " sur celles-ci ? Faut-il abandonner le concept de lutte des classes ou, comme le propose ¿i¿ek, le retraduire pour mesurer sa pertinence contemporaine ? Comment les luttes autour des questions de " genre ", dont Butler a été une figure de proue théorique, ont-elles transformé notre compréhension de l'identité, du soi et de sa fragilité ?
    Cette confrontation originale tente ainsi de dessiner les voies de possibles " contre-hégémonies " au règne du capitalisme financier et de préciser les contours d'une " démocratie radicale ".
    Née en 1956, Judith Butler est professeur à l'université de Berkeley. Ses travaux ont eu une influence considérable sur le féminisme, la théorie queer et les études de genre.
    Ernesto Laclau (1935-2014) est l'auteur d'Hégémonie et stratégie socialiste, rédigé avec Chantal Mouffe, considéré comme un texte fondamental du post-marxisme.
    Né en 1949, Slavoj ¿i¿ek obtient une notoriété internationale avec la parution de The Sublime Object of Ideology (1989). Il est devenu une figure incontournable d'intellectuel non-conformiste.
    Traduit de l'anglais par Philippe Sabot

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