Points

  • « Dans ce livre j'ai tenté de livrer directement de bouche à oreille un peu de cet univers grec auquel je suis attaché et dont la survie en chacun de nous me semble, dans le monde d'aujourd'hui, plus que jamais nécessaire. Il me plaisait aussi que cet héritage parvienne au lecteur sur le monde de ce que Platon nomme des fables de nourrice, à la façon de ce qui passe d'une génération à la suivante en dehors de tout enseignement officiel.
    J'ai essayé de raconter comme si la tradition de ces mythes pouvait se perpétuer encore. La voix qui autrefois, pendant des siècles, s'adressait directement aux auditeurs grecs, et qui s'est tue, je voulais qu'elle se fasse entendre de nouveau aux lecteurs d'aujourd'hui, et que, dans certaines pages de ce livre, si j'y suis parvenu, ce soit elle, en écho, qui continue à résonner. »

  • Est-on en droit de parler de "religion" pour les Grecs, au sens où nous entendons ce terme ?
    Non, répond l'auteur, dans la mesure où le polythéisme des Grecs ne doit pas être confondu avec les religions monothéistes révélées. Alors que ces dernières visent à assurer le salut personnel de l'individu, au sein d'une Église, avec une ouverture sur l'au-delà, la religion polythéiste des Grecs s'exerce dans le cadre politique de la cité antique.
    Engagé dans les institutions de la cité, le religieux apparaît dès lors orienté vers la vie terrestre : il vise à ménager aux citoyens une existence pleinement humaine ici-bas, non à assurer leur salut dans l'autre monde.
    Ce que la religion laisse en dehors de son champ et que des courants sectaires et marginaux prennent en charge, la philosophie se l'appropriera.

  • Y a-t-il des liens entre la lecture par Jean-Pierre Vernant de l'épopée homérique et son action dans la Résistance militaire, avec les risques qu'elle comportait ? Dans cet ouvrage, le grand historien revient sur ces liens, à la réflexion très clairs, qui ont tissé, entre son interprétation du monde des héros d'Homère et son expérience de vie, comme un invisible réseau de correspondances orientant sa lecture « savante » et privilégiant, dans l'oeuvre du poète, certains traits : la vie brève, l'idéal héroïque, la belle mort, la gloire impérissable.
    Cette confrontation entre passé et présent, entre l'objectivité distante du savant et l'engagement passionné du militant, ne pouvait manquer de déboucher sur les problèmes de la mémoire et, en particulier, sur le franchissement des frontières : entre passé et présent, proche et lointain, familier et insolite, finalement, pour chacun de nous, entre ses souvenirs et lui-même.

  • L'homme grec

    Jean-Pierre Vernant

    • Points
    • 14 Janvier 2000

    Philippe borgeaud. professeur d'histoire des religions à l'université de genève.

    Giuseppe cambiano. professeur d'histoire de la philosophie à l'université de turin.

    Luciano canfora. professeur de philosophie classique à l'université de bari et directeur de la revue quaderni di storia.

    Yvon garlan. professeur émérite à l'université de haute bretagne (rennes).

    Claude mossé. professeur émérite à l'université de paris vii (vincennes).

    Oswyn murray. balliol college, oxford.

    James redfield. enseigne au department of classical languages and literatures de l'université de chicago.

    Charles segal. professeur de littérature classique et comparée à l'université de harvard.

    Mario vegetti. enseigne l'histoire de la philosophie ancienne à l'université de pavie.

    Jean-pierre vernant. professeur honoraire au collège de france.

  • Entre mythe et politique

    Jean-Pierre Vernant

    • Points
    • 20 Septembre 2000

    Entre mythe et politique jeune antifasciste dans le quartier latin des années 1930, grand résistant, militant luttant au coude à coude avec ses camarades, jean-pierre vernant est également le professeur honoraire au collège de france qui a renouvelé notre compréhension des mythes et des croyances de la grèce ancienne.
    Dans ce volume, l'auteur nous invite à un " parcours ". entre mythe et politique où il retrace la formation et l'itinéraire du savant et de l'homme engagé dans le siècle. mais plutôt qu'une biographie intellectuelle à deux faces, jean-pierre vernant montre combien " dans la démarche du savant comme dans les choix du militant, les deux pôles opposés du mythe et du politique n'ont jamais cessé de se nouer ".

  • L'enquête dont ce volume donne les résultats a été conduite dans une double perspective, historique et sociologique.
    Il ne s'agissait pas seulement de brosser le tableau des institutions militaires, de dégager le portrait psychologique du combattant, mais, plus profondément, de définir le rôle, le statut social, la signification même de la guerre dans la civilisation grecque.
    Le monde mycénien, le système classique, l'époque hellénistique, trois moments essentiels où se dessine un nouveau visage de la guerre. dans le monde mycénien, la guerre semble bien être une fonction spécialisée.
    Avec la cité, avec la phalange des hoplites, la guerre devient " politique " : le personnage du guerrier cède la place au citoyen-soldat, l'activité guerrière se confond avec la vie commune du groupe. à l'époque hellénistique, avec les armées de mercenaires, recrutées par les princes pour conquérir des empires, la guerre se sépare de la politique ; elle prend la forme d'une activité de professionnels au service du souverain.

  • Comment lire un mythe ? Quel rapport la philosophie entretint-elle avec la tradition ? Comment s'est formée la pensée positive en Grèce ?
    La tâche de l'historien n'est pas d'opposer mythe et raison, mais d'explorer, puis de confronter le discours théologique des poètes et les écrits postérieurs des philosophes et des historiens, de repérer les divergences dans les modes de composition, le vocabulaire, l'outillage conceptuel, les logiques de la narration.
    En relisant ainsi les grands textes mythiques et philosophiques, Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet ont éclairé de façon décisive l'univers mental des anciens Grecs.

  • " il n'était pas écrit dans les astres que nous nous rencontrerions, jean-pierre vernant et moi, et qu'une part de notre oeuvre deviendrait commune.
    Pour que la rencontre se fasse, il fallait que le philosophe (lui) rompe avec l'idée qu'il existe des catégories abstraites : l'espace, le temps, il fallait que l'historien (moi) recherche les chemins d'une autonomie de l'histoire intellectuelle. oú se situait le terrain de la rencontre ? très précisément, je crois, au niveau du politique. il s'agissait pour lui de montrer que la science grecque (l'astronomie par exemple) était, comme la raison grecque dans son ensemble, "fille de la cité".
    Il s'agissait pour moi de prouver que la grèce n'avait pas été enfermée, comme les sociétés dites primitives décrites par mircea éliade, dans l'éternel retour d'un cycle. un temps linéaire avait existé, au ve siècle singulièrement. il exprimait l'affranchissement de la cité par rapport à la nature, aux dieux et aux rois de l'orient. ainsi commença, il y a plus de trente ans, un dialogue sur l'espace et le temps, dont les sept articles ici réunis portent témoignage.
    ".

  • C'est sous la protection vigilante d'Artémis, divinité des marges et des transitions, que les enfants grecs font l'apprentissage de l'identité sociale et de l'altérité, fillettes mimant le lent trajet qui les mènent de la foncière sauvagerie de leur sexe à la civilité de la bonne épouse, garçons s'initiant à repérer tous les excès afin de reconnaître et de rejoindre la norme de la citoyenneté. Enfance, adolescence, âge adulte : le jeune Grec s'arrache à la nature à travers une série de rites et de procédures symboliques.

    Mais comment comprendre que, dans un univers de contraintes sociales si réglées, l'homme grec efface, au cours de rituels transgressifs, les frontières séparant l'animal de l'homme, l'homme des dieux ? Pourquoi s'ingénie-t-il à brouiller, lors des fêtes dionysiaques, les rôles sociaux, les sexes et les âges ?

    Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet, dans une série de contributions aujourd'hui classiques, ont restitué à l'ensemble de ces pratiques sociales leur cohérence, dévoilant de façon décisive l'univers intellectuel, symbolique et institutionnel des anciens Grecs. Les voici réunies.

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