• En 1911, fuyant les persécutions contre les Juifs en Lituanie, Chaïm, le grand-père du narrateur, arrive en France. Afin d'obtenir la nationalité française, il s'engage dans l'armée et prend part à la Grande Guerre. Il est grièvement blessé par une bombe chimique. Il passe vingt ans interné, avant de mourir dans l'anonymat à l'hôpital psychiatrique de Cadillac, en Gironde. En 1940, Albert, le père du narrateur, est fait prisonnier et dénoncé comme Juif. Lors de la libération des camps, il met plusieurs semaines à rejoindre la France à pied depuis la Pologne. Il risque plusieurs fois d'être exécuté par des soldats nazis en déroute ou des militaires russes avides.
    Dans ce premier roman époustouflant, François Noudelmann emporte le lecteur dans les tumultes des deux conflits mondiaux. Les destins de son grand-père et de son père sont de véritables épopées, à travers lesquelles l'auteur questionne son identité française.

  • Se mettre sur les traces de Jean-Paul Sartre avec Arlette Elkaïm, sa fille adoptive, à partir de documents inédits, permet d'aller bien au-delà d'un reportage biographique sur sa vie privée. Cette enquête éclaire des aspects méconnus de l'écrivain, son romantisme refoulé, son goût du tourisme, ses penchants pour la rêverie, ses moments dépressifs aussi bien que sa gaieté et ses pitreries. Plus encore, cette relation révèle une autre politique de l'existence, différente de la grande politique avec ses déclarations, ses professions de foi et ses principes universels, qui furent les marqueurs de l'engagement sartrien. Elle fait entendre une tension entre l'engagé et le désengagé, entre d'un côté les devoirs et de l'autre les désirs, les fantasmes, les peurs.
    Sartre se réservait des pas de côté, des échappées vis-à-vis de ses engagements et prises de position les plus célèbres. François Noudelmann propose le portrait inattendu d'un être complexe et multiple.

  • On connaît l'engagement politique de Sartre, ses déclarations contre la colonisation, ses harangues sur un tonneau de Billancourt... Mais sait-on qu'en pleine euphorie militante il réservait chaque jour du temps pour le piano, déchiffrant des partitions de Chopin ou Debussy? L'homme qui incarnait son siècle vivait des intensités et des rythmes secrets. Comment la philosophie s'accorde-t-elle à cette pratique en contrebande?
    Nietzsche, qui se rêvait compositeur plus que philosophe, adopta le piano comme son diapason, la table d'évaluation de ses idées, l'instrument de ses transfigurations intimes. Il joua sa vie sur le clavier, même pendant sa folie.
    Décider de vivre en musique engage le corps amoureux. Barthes le comprit : le piano lui offrit une échappée hors des discours savants. Musicien, il découvrit une autre érotique, tantôt berceuse enfantine, tantôt pourvoyeuse de pulsions.
    La pratique du piano ne laisse pas intact le reste des jours : doigtés, allures, sensualités, tout se livre sur la touche.

  • Né en 1928, Édouard Glissant est l'un des écrivains et penseurs les plus importants du XXe siècle. Auteur d'une quarantaine d'essais, de romans, de recueils poétiques et de pièces théâtrales, il a donné une mémoire aux peuples issus de l'esclavage et de la Traite. La créolisation du monde lui a inspiré une philosophie de la Relation qui s'adresse à tous. Partant de la transformation de soi, dans la rencontre des autres, il a pensé une nouvelle identité, non plus fondée sur les racines, mais nomade et généreuse.
    François Noudelmann, qui l'accompagna pendant les douze dernières années de sa vie, a mené l'enquête sur les traces du poète-philosophe en Martinique, en Louisiane, à Cuba, Paris, Tokyo et New York. Dans ce portrait sensible, il suit l'enfance tourmentée de « ti-Édouard », ses relations admiratives et critiques avec Aimé Césaire, son arrivée à Paris dans le renouveau artistique de l'après-guerre, ses succès littéraires, ses amours et ses amitiés. Il analyse ses engagements politiques pour la décolonisation et les indépendances, sa lutte inlassable contre les enfermements identitaires, son activisme culturel à l'Unesco. Il découvre aussi les visages intimes d'Édouard Glissant : les gouffres et les désirs, les nourritures et les vertiges qui ont inspiré ses utopies pour le XXIe siècle.

  • Les ressemblances de famille s'attachent à des motifs saugrenus : la forme d'un nez, un grain de beauté, une allure décidée, mais aussi un tempérament sexuel ou une maladie héréditaire. Relier des êtres qui se ressemblent - l'enfant à ses parents, l'animal à sa race - confirme l'ordre du monde. Chacun trouve sa place dans le déroulé des filiations.
    Mais parfois des formes louches dérogent aux apparentements naturels. L'imagination des femmes enceintes fut souvent alléguée pour expliquer ces bizarreries. Plus rigoureuses, les sciences du vivant s'employèrent à trouver la raison généalogique permettant de distinguer entre les semblables. Le siècle de Darwin, féru de typologies, inventa des familles d'oreilles et de crânes pour décrypter les physionomies saines ou criminelles.
    La codification des types est cependant menacée par l'extension infinie des airs de famille qui suggèrent un vertige : n'importe qui peut ressembler à n'importe quoi! Aux portraits-robots ils opposent le flou photographique des visages. Wittgenstein s'en inspira pour modifier toute la grammaire des parentés.
    Lorsque ces airs sont aussi entêtants que des musiques, ils deviennent des affinités. Ce mot ancien désigne des échanges subtils entre des sujets, selon le milieu et l'occasion. Réactualisé par les sites de rencontres, il se réduit aujourd'hui à l'assortiment des mêmes goûts. Mais les affinités, au contraire, composent avec le dissemblable. Leurs voisinages magnétiques effrayèrent Kant et Goethe. Insidieuses ou fulgurantes, les affinités transportent une puissance de désaffinité.

  • L'étude des mouvements avant-gardistes et des ambiguïtés liées à une telle appellation offre un angle précieux pour comprendre les principales mutations qui ont traversé les arts, et en particulier la littérature, au XXe siècle. Les avant-gardes ont en effet bouleversé les rapports de la fiction et de la théorie, de la matière et du langage et induit un nouveau regard sur les choses en interrogeant à l'extrême le pouvoir des images.

  • L'origine et la filiation ne concernent plus seulement la
    parenté mais ont envahi la pensée politique, l'histoire, la culture. Comment la généalogie a-t-elle colonisé nos imaginaires, pourquoi est-elle devenue un instrument normatif des savoirs et des comportements ? Elle assigne des places, elle légitime des hiérarchies et des valeurs, et sert aujourd'hui à dramatiser une crise de la transmission.
    La critique proposée ici s'inspire des théories et des fictions qui ont cherché à briser cet ordre généalogique. Des utopies sur la communauté sexuelle aux dérèglements de la mondialité, en passant par les espoirs pervertis d'une fraternité révolutionnaire, cet ouvrage révèle un « paradigme généalogique » au coeur de nos représentations, et pose des questions à la fois inactuelles et urgentes : qu'est-ce qu'une ressemblance de famille ? Comment reconnaître nos semblables ? Sur quelles scènes, intimes et collectives, déjouer les assignations identitaires ?


    Professeur à l'université de Paris VIII, François Noudelmann a présidé le Collège international de philosophie de 2001 à 2004. Il a écrit des livres sur Sartre, Beckett, la théorie de l'image et les avant-gardes.

  • La rumeur du temps nous invite à retrouver nos origines familiales, ethniques, régionales afin de reprendre pied sur le sol des ancêtres. Il est aujourd'hui impossible d'échapper à la traque identitaire : le nom du père, le ventre de la mère, la terre des aïeux. On sacralise les patrimoines dans un climat de restauration idéologique : les républicains hurlent au déclin de la transmission, les psychogénéalogistes veulent nous guérir par le défilé des spectres et les philosophes ont plongé dans la mélancolie des parentés perdues.

    Comment résister à cette passion généalogique ? Le monde des identités ne cesse pourtant de se recomposer selon des relations autrement inventives. Hors du moi que les arbres de légitimité nous imposent d'être, il existe d'autres voix, d'autres rythmes, intimes et sociaux, qui impulsent de la liberté au lieu des nouages. François Noudelmann exerce une critique sans concession des discours généalogiques contemporains et propose un autre rapport aux mémoires et aux filiations.

    Professeur à l'université de Paris 8 et producteur à France Culture, François Noudelmann étudie depuis plusieurs années les représentations généalogiques au travers d'essais philosophiques et littéraires. Il a récemment publié aux Éditions Léo Scheer Pour en finir avec la généalogie.

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