• On nous dit que la nature n'existe plus : de part en part intelligible, la voici enfin totalement maîtrisée.
    Maîtrisons-nous pourtant le réchauffement climatique ? Parvenons-nous à enrayer l'érosion de la biodiversité ? Maîtrisons-nous notre maîtrise ? On a brandi la menace que représenteraient pour nos démocraties certains mouvements écologistes. Mais entre ceux qui nous mettent en garde contre une crise environnementale et ceux qui n'y voient que fantasmes sociaux, qui est obscurantiste ? Et s'il s'agissait moins de choisir entre l'homme et la nature que de comprendre posément à quelles conditions un nouveau naturalisme est aujourd'hui possible ? L'ambition de ce livre est d'abord de réexaminer les termes d'un débat dont la violence a fini par masquer les enjeux.
    /> Chemin faisant, de l'histoire de la philosophie à l'analyse des politiques modernes de protection de la nature et de prévention des risques, Catherine et Raphaël Larrère posent les jalons d'une nouvelle vision de la nature. Une nature en devenir dans laquelle l'homme pourrait s'inscrire sans dommage, qu'il rendrait propre à être sa demeure, pour le présent comme pour les générations futures. Au-delà de l'opposition entre naturalisme et humanisme, ils en appellent ainsi à un bon usage de la nature, un usage écocentré.

  • Si les problèmes environnementaux sont devenus globaux, ils menacent les humains de manière inégale. Les différentes populations sont inégalement frappées par les pollutions et différemment exposées aux risques environnementaux.
    Ces inégalités environnementales, qui recoupent très largement les inégalités sociales, sont assez peu étudiées :
    Il suffit de consulter les différents atlas des inégalités socio-économiques pour constater qu'elles n'y figurent pas. L'inégale exposition aux risques environnementaux pose pourtant d'autant plus de problèmes de justice que ceux qui y sont le plus exposés sont souvent ceux qui y ont le moins contribué. La question est donc celle d'une articulation à construire entre l'environnemental et le social.

  • Du bon usage de la nature - pour une philosophie de l'environnement Nouv.

  • La chose est entendue : nous ne vivons plus dans un système climatique stable, la biodiversité s'érode, les océans s'acidifient, le monde devient chaque jour plus toxique. En entrant dans l'ère de l'Anthropocène, nous avons perdu le contrôle de notre monde, qui menace de s'effondrer tel un jeu de dominos.
    La science de l'effondrement, ou collapsologie, affirme que la catastrophe est inévitable, et que nous n'avons pas d'autre alternative que celle de nous y préparer. Le monde se referme sur nous comme un destin : il nous faut accepter la chute, que l'on s'en désespère ou que l'on y trouve une jouissance coupable.
    Autrement dit, « il n'y a pas d'alternative » - comme le disait en son temps Margaret Thatcher, papesse des politiques libérales.
    Or il y a une alternative - il y en a même de très nombreuses, car ailleurs, la catastrophe est déjà arrivée et a déjà donné naissance à des mobilisations politiques et écologiques, à de nouveaux systèmes de solidarité et de nouvelles manières de produire. Le catastrophisme, cette construction qui touche les classes moyennes occidentales, c'est un « récit du Tout », un récit dépolitisé qui nous encourage à nous prendre en charge de manière privée, par l'entraide. Or s'il y a une chose que nous a montré la crise du Coronavirus, c'est que nous avons besoin d'État. Pour éviter la catastrophe - car elle est évitable - il faut politiser l'écologie, rompre avec un discours global et voir ainsi se rouvrir les possibilités d'action, dans leur pluralité.

  • Que signifie « protéger la nature » ? Répondre à cette question concrète, urgente, suppose d'affronter une question proprement philosophique. Car la notion même de « nature » ne va plus de soi. On a pris l'habitude d'aborder l'environnement à partir des oppositions entre nature et culture, naturel et artificiel, sauvage et domestique, que la globalisation de la crise environnementale a effacées : le changement climatique remet en cause la distinction traditionnelle entre histoire de la nature et histoire humaine.
    Ces oppositions tranchées n'ont plus lieu d'être, mais leur effacement ne signifie pas pour autant le triomphe de l'artifice. On peut continuer à parler de « nature » et même en parler mieux, parce qu'il n'y a plus à choisir entre l'homme et la nature, mais plutôt à se soucier des relations entre les hommes, dans leur diversité, et la diversité des formes de vie. Que l'on s'intéresse à la protection de l'environnement, aux techniques ou à la justice environnementale, cet ouvrage montre qu'il est possible de concilier le souci de la nature, la diversité des cultures et l'équité entre les hommes ; et qu'il existe aussi des manières d'agir avec la nature et pas contre elle.

  • Créer la vie à partir de rien, éradiquer définitivement certaines espèces, annuler le vieillissement, faire travailler des nano-machines à notre place...
    Il y aurait de quoi être effrayé par les ambitions des nanotechnologies et de la biologie de synthèse, de ces apprentis- sorciers qui semblent avoir déclaré «mort à la vie». A écouter les promesses de ces nouvelles technologies, on peut penser que détenir une telle puissance, c'est s'exposer à des catastrophes de même ampleur.
    Mais ces promesses technologiques ont-elles la moindre consistance ?
    Les espoirs technophiles ne sont pas le revers des angoisses technophobes ? Les nanotechnologies ont beaucoup promis, surtout dans le domaine de la santé, mais qu'ont-elles produit ? Les promesses technologiques cherchent surtout à aspirer dans leurs bulles ceux qui y croient, pour attirer les crédits.
    Par-delà les promesses et les peurs, ce livre propose de replacer ces technologies dans leur contexte, afin de saisir les transformations du monde social qu'elles sont susceptibles d'apporter. Y compris dans leur contexte naturel, car la technique est un mode de relation essentiel à la nature.

  • Nous ne sommes pas dans une crise passagère, nous n'affrontons pas un problème sectoriel, nous nous trouvons dans une situation qui a globalement changé, et le changement est massif, durable et peut-être, à l'échelle humaine du moins, irréversible.
    Nous avons changé d'époque. C'est ce qu'indique le mot anthropocène : il nomme notre situation actuelle, qualifiée, dans sa globalité, par la place que les humains occupent sur Terre.
    En novembre 2015 s'est tenu au Collège de France un colloque international intitulé « Comment penser l'anthropocène ? » qui entendait mettre en lumière l'engagement intellectuel de la communauté de la recherche face au changement global. Tout l'enjeu de ces recherches réside dans leur capacité à produire des connaissances sur ces dynamiques, que cela soit pour en retracer l'histoire, pour en saisir les effets sociaux et écologiques actuels ou pour penser les moyens juridiques et politiques de s'y adapter et infléchir les tendances lourdes dont elles sont le moteur.
    Une quarantaine de chercheurs d'horizons disciplinaires et géographiques variés y ont été invités à débattre de cette notion qui déstabilise les sciences humaines et sociales en ce début de XXI e siècle. Issu de ce colloque, ce livre propose un panorama sans équivalent des pensées actuelles sur l'anthropocène.

  • Les médias n'ont jamais autant relayé les questions environnementales, et nos sociétés n'ont jamais été si bien informées sur les problèmes écologiques. Pourtant, les différences et les liens entre écologie scientifique, écologie citoyenne et écologie politique restent flous pour la grande majorité des citoyens.
    Faire apparaître ces liens, estiment les auteurs, c'est illustrer le caractère politique de l'écologie : loin d'être une simple question sectorielle, celle-ci est une vision du monde où les règles de l'expertise, l'exercice démocratique et les relations entre l'homme et la nature sont profondément transformés.
    L'écologie est politique car elle implique une refondation complète du modèle économique et social actuel, à travers un processus de transition qui se déploie dans la société comme au sein des systèmes de production et de régulation économiques. De ce fait, elle appelle d'autres règles du jeu politique.

  • Que signifie « protéger la nature » ? Répondre à cette question concrète, urgente, dans le contexte de crise environnementale que nous connaissons, suppose d'affronter une question proprement philosophique. Car la notion même de « nature » ne va plus de soi. Au siècle dernier, les questions environnementales étaient abordées à partir des oppositions nature/culture, naturel/artificiel, sauvage/domestique, que la globalisation de la crise environnementale a effacées. En effet, le changement climatique met en cause la distinction traditionnelle entre histoire de la nature et histoire humaine - ce que traduit notamment l'émergence de la notion d'anthropocène.
    À ceux qui craignent que, si l'on renonce à penser une nature extérieure à l'homme (sur le modèle de la wilderness), on se prive de tout critère pour la protéger, comme à ceux qui nient une telle distinction et prennent acte de l'anthropisation irréversible de la nature, l'ouvrage répond en essayant de surmonter les impasses de ces débats sur le dualisme (et sa fin) qui structurent nos cadres de pensée.
    Comment surmonter l'effacement de la distinction naturel/artificiel ? En comprenant que l'on peut, depuis la culture, juger du rapport entre artificiel et naturel. L'intervention humaine sur les écosystèmes naturels ne doit plus se penser comme un processus prométhéen d'artificialisation destructrice, mais sur le modèle du « pilotage », une manière d'agir avec la nature, plutôt que de la soumettre.
    La première originalité de cet ouvrage tient à la démarche qui l'a inspiré, alliant l'enquête philosophique aux acquis scientifiques (en écologie, éthologie, biologie, etc.). La seconde est d'articuler des questions qui, trop souvent, s'ignorent : par exemple, une réflexion sur la nature et une réflexion sur la technique. Les auteurs montrent qu'il est possible de concilier le souci de la nature et la diversité des cultures, l'exigence de justice et le respect de l'environnement.

  • Les actes de ce colloque international sont une contribution importante à l'application de la philosophie de la vie de Hans Jonas aux problèmes éthiques dans le domaine des biotechnologies et de l'environnement. L'ensemble de ce volume est construit autour de trois grands thèmes : l'éthique jonassienne de la vie ; le statut de la responsabilité pour les générations futures dans la pensée de Jonas ; la mise au travail de la pensée jonassienne dans des débats d'éthique appliquée.
    La présentation permet d'allier des points de philosophie fondamentale (éthique de la discussion/éthique de la responsabilité, approche transcendantale/ontologique) vers des problèmes d'éthique appliquée (naissance, mort, modifications biotechnologiques...), en passant par une confrontation entre les grands auteurs contemporains de Jonas (Appel, Heidegger, Arendt...).

  • Après avoir brossé un panorama des fondements de l'éthique économique et sociale, Christian Arnsperger ébauche une analyse inspirée du fonctionnement de la société économique moderne. Catherine Larrère nous invite, pour sa part, à replacer la nature comme médiatrice entre les deux ordres rivaux de l'éthique et de l'économie, pour en faire une demeure accueillante et durable. D'où vient l'inflation contemporaine de la demande d'éthique ? Dans un troisième essai, Jean Ladrière nous livre sa réponse : de l'inefficacité de nos normes usuelles face à l'artificialisation croissante du monde par la science et la technique.

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