• L'essor des intelligences artificielles réactualise une prophétie lancinante : avec le remplacement des êtres humains par les machines, le travail serait appelé à disparaître. Si certains s'en alarment, d'autres voient dans la « disruption numérique » une promesse d'émancipation fondée sur la participation, l'ouverture et le partage.

    En dévoilant l'envers des coulisses du travail du clic et en dissipant l'illusion de l'automation intelligente, Antonio Casilli fait apparaître la réalité du digital labor : l'exploitation des petites mains de l'intelligence « artificielle », ces myriades de tâcherons du clic soumis au management algorithmique de plateformes en passe de reconfigurer et de précariser le travail humain.

  • Aujourd'hui, nouer des amitiés, développer des relations professionnelles ou encore constituer un couple passe, pour un nombre croissant d'individus, par Internet. Pourtant, la croyance ingénue selon laquelle cette technologie serait, par nature, désocialisante persiste. Tout internaute serait-il aspiré dans une « réalité virtuelle » ? Éloigné de son monde, de ses proches, de son corps même, renaîtrait-il dans un cyberespace désincarné ? Ce mythe masque les liens étroits du réel et du virtuel, et fait fi de l'impossibilité de séparer pratiques sociales et usages informatiques. Continuer à penser le Web comme un espace qui transcende notre réalité est une erreur d'évaluation lourde de conséquences théoriques et politiques. Car les pratiques informatiques relèvent bien souvent du détournement : les usagers domestiquent les ordinateurs et s'en emparent pour inventer de nouveaux possibles, personnels ou collectifs.

    Nourri d'interviews et de témoignages de blogueurs, d'artistes, d'adeptes du sexe en ligne, de figures de la militance Internet, cet ouvrage montre que la sociabilité du Web se combine de manière multiple et complexe avec les liaisons amoureuses ou amicales, les relations de parenté et les rapports de travail. Si cette reconfiguration de notre être en société ne va pas sans risques, elle est aussi porteuse de surprises : sous le regard du sociologue, le Web invente des modalités neuves et fécondes du lien social.

  • Cet ouvrage est le résultat d'un dialogue engagé en juin 2014, lors d'une séance des ateliers de recherche méthodologique organisés par l'Ina, entre Dominique Cardon et Antonio Casilli sur le thème du digital labor. Au travers d'échanges nourris, antagonistes parfois, ils ont abordé avec une hauteur de vue exemplaire les questions liées aux enjeux de la production de valeur sur Internet et à la qualification des usages numériques ordinaires comme travail. Ces ateliers, animés depuis 2009 par Louise Merzeau, Maître de conférences HDR en sciences de l'information et de la communication à l'Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, ont vocation à accompagner les usages de recherche sur et à partir du web archivé. Ils sont l'occasion de débats sur les grands enjeux de la transition numérique.

  • Several prominent public voices have advanced the hypothesis that networked communications erode the value of privacy in favor of a transparent connected existence. Especially younger generations are often described as prone to live "open digital lives". This hypothesis has raised considerable controversy, polarizing the reaction of its critics as well as of its partisans. But how likely is the "end of privacy"? Under which conditions might this scenario come to be? What are the business and policy implications? How to ethically assess risks and opportunities? To shed light on the co-evolution and mutual dependencies of networked structures and individual and collective strategies towards privacy, this book innovatively uses cutting-edge methods in computational social sciences to study the formation and maintenance of online social networks. The findings confound common arguments and clearly indicate that Internet and social media do not necessarily entail the end of privacy. Publicity is not "the new norm": quite to the contrary, the book makes the case that privacy is a resilient social force, resulting from a set of interconnected behaviors of Internet users.

  • Les sites web dits "pro-ana", lieux de rencontres pour des personnes atteintes d'anorexie ou d'autres troubles alimentaires, sont accusés d'encourager à la maigreur extrême. Mais leurs auteurs, commentateurs et lecteurs ont longtemps échappé au regard, si bien que leurs motivations et interactions restaient opaques. Ce livre lève le voile sur ces internautes et leurs réseaux sociaux.

    Et si le "pro-ana" était moins un effet indésirable de la parole libérée sur internet que le symptôme des transformations actuelles de notre manière de vivre la santé ? Face aux coupes dans les dépenses de santé publique, les patients sont confrontés à l'injonction d'être actifs, informés, équipés. Mais la pression sociale qui en dérive peut engendrer des comportements paradoxaux et des prises de risque.

    L'étude que relate ce livre défie les idées reçues : en ligne, la valorisation de la maigreur est loin de faire l'unanimité, alors que se forment des réseaux d'entraide et d'information, visant à contrer l'isolement et à pallier les manques ressentis du système de soins.

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