• Feenberg réfute à la fois optimismes béats et pessimismes grincheux et montre les possibilités d'une technique différente qui ne progresse pas sur les chemins ouverts et bien entretenus par le pouvoir économique. Il explore notamment deux exemples d'interventions démocratiques dans la technique: le rôle fondamental de l'utilisateur dans l'élaboration d'Internet, et l'alliance entre la science et la contestation politique dans le mouvement écologiste. Il emprunte aux grands penseurs de la modernité des outils critiques qui viennent étayer ce plaidoyer pour une démocratie plus que formelle où la technique n'aurait pas le dernier rôle. L'extension progressive de la démocratie dans la sphère technique est, selon Feenberg, l'un de grands bouleversements politiques de notre époque.

  • Le jeune Marx appelait à une « réalisation de la philosophie » par la révolution. Celle-ci est ipso facto devenue un concept central du marxisme, ce que Lukács et l'École de Francfort ont approfondi chacun dans sa perspective. Ces penseurs ont fait valoir que les problèmes philosophiques fondamentaux sont, en réalité, des problèmes sociaux, mais conçus de manière abstraite.

    Philosophie de la praxis retrace l'évolution de cette proposition importante dans les écrits de Marx, Lukács, Adorno et Marcuse. Il en ressort que ce thème non seulement doit rester central dans les débats entourant la théorie marxiste, la philosophie continentale et la technique, mais offre un angle fécond pour aborder la crise de la rationalité actuelle, que l'on a par trop négligée.

  • Jusqu'où devons-nous pousser la technicisation de la société, des produits, des esprits et des corps ? Curieusement, c'est au moment où cette question se fait chaque jour plus pressante que les moyens théoriques de la formuler avec rigueur manquent le plus. Le débat philosophique sur la technique qui a fait rage autour d'Heidegger, Ellul et Habermas, est resté sans conclusion. Parce qu'en posant le monde de la technique comme radicalement externe au monde social, ces philosophies nous laissaient impuissants. Ces vingt dernières années, la posture constructiviste a pris le relais, proposant maintes analyses brillantes de la construction sociale et historique de telle ou telle réalisation technologique. Mais ces approches répondent rarement à la question générale et principale : quelle place accorder à la technique dans une société démocratique ? Dans ce contexte, la philosophie antiessentialiste défendue par Andrew Feenberg se révèle d'une importance décisive. La démonstration que toute technologie incorpore la définition de ses usages sociaux possibles permet de sortir de l'opposition stérile entre enthousiasme technophile naïf et catastrophisme technophobe. En montrant comment l'intervention des usagers ou des citoyens a modifié en profondeur certains protocoles technologiques - de la bicyclette aux réseaux on line en passant par le traitement du sida -, A. Feenberg dessine la perspective crédible d'un contrôle démocratique des nouvelles technologies. Ce livre - que beaucoup jugent décisif outre-Atlantique - contribuera à remettre certaines discussions aujourd'hui vitales sur de bons rails. Outre les chercheurs et philosophes du domaine, il passionnera tous ceux qui ne se résignent pas au fatalisme technologique.

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