• L'émigration et l'immigration sont deux phénomènes aussi indissociables que le recto et le verso de la même feuille et pourtant très différents en apparence, au point qu'on croit pouvoir comprendre l'un sans connaître l'autre. Abdelmalek Sayad dévoile les contradictions inscrites dans la condition d'immigré : absent de sa famille, de son village, de son pays, et frappé d'une sorte de culpabilité inexpiable, mais tout aussi absent, du fait de l'exclusion dont il est victime, du pays d'arrivée, qui le traite comme simple force de travail. Autant de choses qui ne sont pas seulement dites dans le langage habituel de la littérature critique, mais également dans la langue que les immigrés emploient eux-mêmes pour faire part avec beaucoup d'intensité et de justesse de leur propre expérience.

  • Trente années d'enquêtes réalisées par le sociologue Abdelmalek Sayad (1933-1998) ont renouvelé l'étude du phénomène migratoire : à l'immigration dans une société correspond toujours une émigration hors d'une autre société. L'une ne peut s'expliquer sans l'autre. Ce premier volume de l'immigration ou les paradoxes de l'altérité montre que la présence d'étrangers dans un espace national est toujours pensée comme provisoire, alors même que la réalité dément cette représentation. La dimension économique de la condition de l'immigré détermine tous les autres aspects de son statut : le travail fait " naître " l'immigré mais rend sa présence illégitime quand l'emploi vient à manquer. L'illusion du provisoire se prolonge dans le logement, avec ces foyers qui assignent durablement leurs résidants à un habitat temporaire, Elle se perpétue en fin dans l'idée du retour, qui entretient l'espoir que l'exil n'a qu'un temps.

  • Dans les textes rassemblés ici, Abdelmalek Sayad expose les contradictions vécues par les enfants d'immigrés algériens en France. Tenaillés entre une société d'accueil qui voudrait les rendre invisibles et des familles désorientées par la violence de l'émigration, ils sont «étrangers» à leur pays autant qu'à leurs parents. Pour ces «enfants illégitimes», Sayad dévoile la nécessité et les difficultés d'exister politiquement. «La défense des immigrés, l'amélioration de leur condition, leur promotion sur tous les plans ne peuvent plus être assurées aujourd'hui que si les intéressés eux-mêmes et, surtout, leurs enfants engagent leur action dans la sphère politique. Cette conviction, il fallait la retraduire en termes de lutte, en faire une arme de combat.»

  • Connu pour ses travaux sur les immigrés, Abdelmalek Sayad s'est également intéressé à la place de leurs enfants dans l'école française. Écrits entre la fin des années 1970, à un moment où l'institution scolaire voit arriver de nouveaux publics issus des regroupements familiaux, et la fin des années 1990, alors que la problématique de leur échec scolaire est devenue prégnante dans les débats publics, ces textes étaient restés jusqu'à présent inédits ou cantonnés à une diffusion confidentielle.
    Sayad saisit cette question dans sa genèse et montre comment les politiques et les pédagogies mises en oeuvre pour réconcilier ces élèves avec l'école en valorisant ce que l'on suppose être " leur " culture engendrent des mécanismes de relégation dont les effets se révèlent désastreux. À célébrer la diversité en occultant le poids des facteurs sociaux, nombre d'enseignants en viennent à oublier que la mission première de l'école républicaine est bien d'intégrer ces enfants à la société à laquelle la trajectoire migratoire de leurs parents les destine et non de maintenir à toute force un lien avec leurs " origines " - au risque de les y enfermer.
    Présentés par Benoît Falaize (Université de Cergy) et Smaïn Laacher (EHESS), ces textes révèlent avec une remarquable acuité les malentendus et les ratés de la socialisation scolaire qu'il est urgent, à partir de Sayad, de repenser.

  • La France a une longue tradition d'immigration. En période d'essor économique, les immigrants ne font guère parler d'eux ; ce n'est qu'en situation de crise qu'ils viennent à occuper le centre du débat public. Ils ne sont plus seulement des travailleurs invisibles exerçant souvent les tâches les plus rudes, ou des héritiers de l'immigration identifiés par leur appartenance sociale, ils se transforment en un groupe social à part, dont l'identité, la culture propre mettent en cause la culture et la cohésion nationale.

    L'intérêt de ce nouveau recueil de textes d'Abdelmalek Sayad est de circonscrire la place et la fonction ambivalente de la « culture des immigrés » dans les années 1980, à la fois instrument de légitimation et de rejet de cette population.

    Dernier volet de L'immigration ou les paradoxes de l'altérité, cet ouvrage poursuit l'analyse des effets de l'émigration familiale, pour comprendre la transformation des préoccupations politiques : de la question de l'adaptation des « travailleurs immigrés » à la société française, on passe aux difficultés que rencontrent leurs enfants, français pour la plupart. Il se donne également pour objet les incidences que l'émigration et l'immigration induisent sur les usages que font les immigrés de leur culture. Sayad retrace, en particulier, les différents sens que prend l'Islam et il montre les transformations du rapport à la religion musulmane au sein de la population immigré et dans la manière de percevoir cette population en France.

    Pour Sayad, la question est tout autant de restituer les défis que l'immigration pose au politique, que de saisir les moyens dont le politique se dote pour légitimer et dissimuler sa domination. Sayad revient sur l'émergence d'une nouvelle gestion de l'immigration qui met en avant les origines des immigrés et de leurs descendants. Il met au jour une forme de réification culturelle qui enferme les enfants en les figeant dans leur relation à leurs parents immigrés, et qui est aussi un moyen de les stigmatiser (aussi bien « beurs » que « travailleurs inassimilables »). Ce processus contribue à cacher les conditions sociales de vie et à ériger des catégories « identitaires » pour ces jeunes Français.

    Le discours sur l'« intégration » qui se constitue à cette période et qui est omniprésent de nos jours, est ainsi l'aboutissement des mécanismes décryptés par cet ouvrage : il produit la situation intenable propre à la condition « d'immigré de l'intérieur ».

    Une présentation du texte proposée par Amín Pérez qui prépare une thèse sur l'oeuvre de Sayad, fournit au lecteur les éléments contextuels permettant de comprendre cette période politique singulière de l'histoire de France et montre l'originalité et la portée analytique du travail de Sayad dans les débats politico-médiatiques actuels.

  • Au tournant des années 1960, Pierre Bourdieu, Abdelmalek Sayad et les équipes d'enquêteurs réunies autour d'eux découvrent « en marchant » la sociologie. En articulant enquêtes par sondage et monographies, leur objectif est double. Comprendre les mécanismes sociaux de la domination mis en oeuvre par le système colonial et témoigner des conditions de vie des Algériens. Avec les armes de la science, ils s'engagent aux côtés des anticolonialistes.
    Ces années d'apprentissage et d'expérimentation éclairent la trajectoire intellectuelle de Sayad (1933-1998). Elles historicisent le passage de la critique de la sociologie coloniale à l'invention de la sociologie de l'émigrationimmigration (1973-1998).
    Au moment où les migrations internationales sont présentées comme un enjeu majeur et donnent lieu à controverses, il semble que la question mérite mieux que les discours du sens commun, médiatique et politique.
    Les travaux du sociologue qui, pendant près de vingt-cinq ans, a cherché à rendre raison des migrations de travail et de peuplement et, indissociablement, la compréhension de sa propre trajectoire - individuelle et collective - devraient éclairer utilement les polémiques relatives au phénomène migratoire, « fait social total ».
    Ce livre est publié avec le concours de l'Institut Français d'Oran et de l'Ambassade de France en Algérie.

  • L'Algérie ne guérira jamais de sa situation actuelle, si elle ne fait pas un travail de réévaluation intégrale de son nationalisme : son nationalisme est né dans le contexte colonial, il est né de la colonisation, il est né anticolonial et il l'est resté, il le reste aujourd'hui encore, anachroniquement ; et ce nationalisme survit tel quel aux conditions politiques et historiques de sa constitution. Ce nationalisme n'a jamais su se constituer en lui-même. Même aujourd'hui que la colonisation a disparu, il est resté tel qu'il a commencé à se fabriquer en 1920. Il s'est donné une mythologie, prise à la France et apprise de la France - le mythe de la Nation - qui continue à fonctionner. De ce point de vue, le nationalisme algérien est le bon élève, mais bien tardivement, du nationalisme français, à l'école duquel il s'est constitué, même en le combattant et en cherchant à s'en émanciper...


    Le nationalisme algérien s'est créé uniquement par référence à la colonisation ; il est aujourd'hui malade, incertain, totalement dérouté, désorienté, sans objectif, sans perspective directrice : c'est parce qu'il a perdu le partenaire qui le constituait.

    Les intellectuels algériens eux-mêmes partagent la vision officielle, même les esprits les plus critiques se refusent à ce travail de réflexion et de relativisation...




  • This book is a major contribution to our understanding of the condition of the immigrant and it will transform the reader's understanding of the issues surrounding immigration. Sayad's book will be widely used in courses on race, ethnicity, immigration and identity in sociology, anthropology, cultural studies, politics and geography.
    an outstanding and original work on the experience of immigration and the kind of suffering involved in living in a society and culture which is not one's own;
    describes how immigrants are compelled, out of respect for themselves and the group that allowed them to leave their country of origin, to play down the suffering of emigration;
    Abdelmalek Sayad, was an Algerian scholar and close associate of the French sociologist Pierre Bourdieu - after Sayad's death, Bourdieu undertook to assemble these writings for publication;
    this book will transform the reader's understanding of the issues surrounding immigration.

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