Fayard

  • Chaque époque affronte, à un moment de son histoire, son seuil mélancolique. De même, chaque individu connaît cette phase d'épuisement et d'érosion de soi. Cette épreuve est celle de la fin du courage. Comment convertir le découragement en reconquête de l'avenir ? Notre époque est celle de l'instrumentalisation et de la disparition du courage. Mais ni les démocraties ni les individus ne peuvent en rester à ce constat d'impuissance. Nul ne résiste à cet avilissement moral et politique. Il s'agit de surmonter ce désarroi et de retrouver le ressort du courage, pour soi, pour nos dirigeants si souvent contre-exemplaires, pour nos sociétés livrées à une impitoyable guerre économique. Le plus sûr moyen de s'opposer à l'entropie démocratique reste l'éthique du courage et sa refondation comme vertu démocratique. Dans cet essai enlevé, Cynthia Fleury rappelle qu'il n'y a pas de courage politique sans courage moral et montre avec brio comment la philosophie permet de fonder une théorie du courage qui articule l'individuel et le collectif. Car si l'homme courageux est toujours solitaire, l'éthique collective du courage est seule durable. Cynthia Fleury, philosophe, professeur à l'American University of Paris, travaille sur les outils de la régulation démocratique. Elle a publié de nombreux ouvrages, dont Les Pathologies de la démocratie (Fayard, 2005).

  • « Cet ensemble de textes tente, sans chercher à être systématique, de rendre compte de la conjoncture idéologique et politique actuelle, tant à échelle du monde qu'a échelle de la France. Il ne s'agit nullement de "raconter" les diverses péripéties factuelles qui font la une des journaux. Mais plutôt, en nous armant de quelques notions utiles, créées pour l'essentiel au cours des trois derniers siècles, de comprendre ce qui se passe. » A. B.

  • Parce que, depuis plusieurs décennies maintenant, la gauche ne cesse de stagner, de régresser, de perdre les combats qu'elle engage, il est nécessaire d'interroger nos
    stratégies, nos modes de pensée et nos manières de lutter.
    À quelles conditions les forces progressistes peuvent-elles redevenir puissantes politiquement ?

  • Abécédaire buissonnier, ce livre propose une sorte de portrait ou plus exactement une mythographie qui donne à voir et à sentir le pouls de l'Afrique. Un très grand continent dont la puissance culturelle est en train de se déployer sous nos yeux. Hier minorées, voire moquées, la voix et l'importance du Continent dans les affaires planétaires sont aujourd'hui indéniables. L'Afrique est en passe d'imposer une griffe, un style, une manière d'être au monde et en relation avec le reste du monde.
    Dans ce dictionnaire tour à tour informatif, ludique, drôle, sérieux, Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi entonnent un chant d'amour à l'Afrique, à ses habitants d'hier et d'aujourd'hui, à ses ressources exceptionnelles et à sa spectaculaire planétarisation.
     
     
    Finaliste du Man Booker International Prize, Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic, Alain Mabanckou est l'auteur de plusieurs romans à succès traduits dans le monde entier, dont Verre cassé, Black Bazar, Petit piment, Les Cigognes sont immortelles. On lui doit également des essais très remarqués (Lettre à Jimmy, Le Sanglot de l'homme noir, Le monde est mon langage). En 2016 il a été nommé professeur au Collège de France à la Chaire de création artistique. Depuis une quinzaine d'années il réside à Los Angeles où il est professeur titulaire de littérature d'expression française à l'université de Californie-Los Angeles (UCLA).
    Abdourahman A. Waberi est né en 1965 à Djibouti. Romancier, poète et essayiste, Grand Prix littéraire de l'Afrique noire 1996, ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome-Villa Médicis, il enseigne depuis 2012 les littératures d'expression française et la création littéraire à l'université George Washington (Washington DC) et collabore notamment au Monde. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages primés comme le roman panafricain Aux États-Unis d'Afrique (Lattès, 2006). Son oeuvre est traduite dans une douzaine de langues.

  • Pourquoi la musique ?

    Francis Wolff

    « Lorsque j'étais enfant, j'apprenais la "théorie musicale" dans de petits manuels (je ne sais pas s'ils existent encore) partagés en deux : le livret vert des questions et celui rouge des réponses. La première leçon de la première année était la suivante : "Qu'est-ce que la musique ?" ; et sur le livret rouge, il était écrit : "La musique est l'art des sons". Quel ne fut pas mon éblouissement, à l'âge de huit ans, en découvrant cette définition. Je ne sais pas si ce fut mon entrée dans la "théorie musicale", mais je crois que ce fut mon entrée en philosophie. Il y avait dans cet énoncé tout le pouvoir magique des formules définitionnelles. Elle concentrait en quelques mots simples le mystère des choses impalpables. Je n'ai guère changé d'opinion : la musique est bien l'art des sons. »De cette définition banale, « la musique est l'art des sons », ce livre tire toutes les conséquences jusqu'aux plus éloignées. Chemin faisant, il répond aux questions que nous nous posons sur la musique et sur les arts. Pourquoi, partout où il y a de l'humanité, y a-t-il de la musique ? Pourquoi la musique nous fait-elle danser ? Et pourquoi nous émeut-elle parfois ? Qu'exprime la musique pure ? Représente-t-elle quelque chose ? Et qu'est-ce que la beauté ? Est-elle dans les choses ou en nous ? Pourquoi tous les êtres humains font-ils des images, des récits, des musiques ? Que nous disent du monde réel ces mondes imaginaires ?
    Les questions les plus simples sont souvent les plus profondes. Aucun livre sur la musique ou sur les arts ne les pose avec cette tranquillité et cette originalité.Francis Wolff est philosophe, professeur à l'École normale supérieure (Paris). Il est notamment l'auteur de Socrate (PUF, 2000), Dire le monde (PUF, 2004), Philosophie de la corrida (Fayard, 2007) et Notre humanité (Fayard, 2010). Il a consacré une part importante de son enseignement à la musique.

  • Le sentiment de « malaise dans la civilisation » n'est pas nouveau, mais il a retrouvé aujourd'hui en Europe une intensité sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. La saturation de l'espace public par des discours économiques et identitaires est le symptôme d'une crise dont les causes profondes sont institutionnelles. La Loi, la démocratie, l'État, et tous les cadres juridiques auxquels nous continuons de nous référer, sont bousculés par la résurgence du vieux rêve occidental d'une harmonie fondée sur le calcul. Réactivé d'abord par le taylorisme et la planification soviétique, ce projet scientiste prend aujourd'hui la forme d'une gouvernance par les nombres, qui se déploie sous l'égide de la « globalisation ». La raison du pouvoir n'est plus recherchée dans une instance souveraine transcendant la société, mais dans des normes inhérentes à son bon fonctionnement. Prospère sur ces bases un nouvel idéal normatif, qui vise la réalisation efficace d'objectifs mesurables plutôt que l'obéissance à des lois justes. Porté par la révolution numérique, ce nouvel imaginaire institutionnel est celui d'une société où la loi cède la place au programme et la réglementation à la régulation. Mais dès lors que leur sécurité n'est pas garantie par une loi s'appliquant également à tous, les hommes n'ont plus d'autre issue que de faire allégeance à plus fort qu'eux. Radicalisant l'aspiration à un pouvoir impersonnel, qui caractérisait déjà l'affirmation du règne de la loi, la gouvernance par les nombres donne ainsi paradoxalement le jour à un monde dominé par les liens d'allégeance.

  • Crise de l'euro, crise migratoire, Brexit, et maintenant Covid-19... Depuis une décennie, l'Europe est en crise permanente et suscite des réactions contradictoires : rejet des interventions touchant à la souveraineté nationale, mais demande urgente de solidarité sans condition.
    La réponse de l'Europe se joue en trois temps. Elle déçoit d'abord : son intervention est tardive et inadaptée. Mais après ce temps de retard, la machine communautaire se réveille et l'action prend de la consistance. Enfin, l'Union franchit les lignes jaunes et, comme surprise par son audace, se prend à s'imaginer en puissance à l'égal de la Chine ou des États-Unis.
    Cette valse à trois temps est au coeur de ce livre, avec sa dramaturgie et ses personnages-types. Elle laisse aussi percevoir les craquements du monde ancien qui avait sacralisé la règle.
    Ni Léviathan supranational, ni syndic des nations, le projet européen se révèle dans l'épreuve lorsque l'Europe passe au politique, c'est-à-dire à la décision. C'est cette souveraineté partagée qui lui permettra d'apporter une réponse politique à un monde discordant, habité de nouveaux rapports de force.
    Élie Cohen est directeur de recherche émérite au CNRS. Auteur de plusieurs ouvrages sur la mondialisation, il est considéré aujourd'hui comme l'un des meilleurs économistes français.
    Richard Robert est l'éditeur du think tank Telos et enseigne à l'Institut d'études politiques de Paris.

  • Que se passe-t-il lorsque, après la science-fiction,  
    la philosophie se saisit de la question des robots  ?
    Ils sont pensés comme des «  machines insurrectionnelles  »  : une intelligence artificielle (IA) avec un corps  particulier, ni animal ni végétal, qui déstabilise l'Évolution
    et déconcerte les hommes qui doivent constamment négocier avec elles.
     
    Dans la lignée de ses travaux pionniers sur le rapport homme-animal,
    Dominique Lestel prolonge dans cet essai sa réflexion sur ce que signifie «  être vivant  »
      en dehors de la notion d'espèce. Il plaide ainsi pour que la robotique autonome
    ne soit plus pensée dans un cadre purement instrumental
    mais entre dans un espace existentiel, telle que nous la vivons chaque jour,
    /> nous engageant dès lors sur la voie d'une révolution ontologique.
     
    Cet essai novateur dans son propos ne l'est pas moins dans sa conception.
    Killoffer, dessinateur et scénariste, a relevé le défi d'illustrer le livre,
    ou plutôt, à l'instar de ce que l'Intelligence artificielle fait aux hommes,
    de questionner le texte   en imaginant quelle bande dessinée il pourrait être.
     
     
    Dominique Lestel enseigne la philosophie contemporaine à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Il est un théoricien reconnu du domaine émergent de l'éthologie philosophique. Son dernier livre paru est Nous sommes les autres animaux (Fayard).
    Killoffer fait des dessins pour amuser la galerie, pour illustrer des livres ou des journaux (d'ailleurs il fait lui-même un journal :  Mon Lapin Quotidien) et pour raconter des histoires.  Son  dernier livre paru est  Killoffer tel qu'en lui-même enfin  (L'Association).

  • Libres et égaux en voix

    Julia Cagé

    La démocratie n'existe pas. Elle reste à inventer.
    Loin d'être un refus de la politique, la crise actuelle de la démocratie représentative se manifeste par le combat de citoyens demandant davantage de démocratie, de participation et d'égalité. 
    Libres et égaux en voix propose ainsi de donner une voix et des places à celles et ceux qui en ont été trop longtemps privés  : les femmes, les classes populaires, les minorités. D'abord en repensant notre système électoral et en garantissant la représentation parmi les parlementaires de la réalité de la société. Ensuite en proposant un nouvel équilibre entre la démocratie représentative et un usage raisonné du référendum. Enfin en donnant aux citoyens les moyens de reprendre le contrôle des partis, des médias et de la philanthropie, afin de dessiner un nouvel horizon politique égalitaire.
    En tant que chercheuse et citoyenne, Julia Cagé renouvelle en profondeur la réflexion sur l'égalité politique dans un plaidoyer armé de propositions concrètes pour changer les règles du jeu politique.  Nous pouvons faire mieux que le monde dans lequel nous vivons  ; fini de rêver, voici venu le temps d'agir  !
     
     
    Professeure d'économie à Sciences Po Paris, Julia Cagé est l'autrice de Sauver les médias (Seuil, 2015) et Le prix de la démocratie (Fayard, 2018), qui a reçu le prix Pétrarque de l'essai Le Monde/France Culture.

  • L'abondante littérature qui analyse les dérives populistes dans le monde laisse curieusement de côté Israël, où elles sont pourtant patentes. À plusieurs reprises au cours des douze dernières années, cette démocratie s'est trouvée au bord du gouffre.
    Retraçant la trajectoire de la «  seule démocratie du Proche-Orient  », de sa naissance aux années Netanyahu, Samy Cohen montre combien elle est hybride, fragile et fragmentée. La société a éclaté en deux camps. L'un, attaché aux valeurs libérales, est prêt à des compromis avec les Palestiniens, quand l'autre, sensible aux sirènes nationalistes et religieuses, reste indifférent à l'État de droit.
    Qui l'emportera  ? C'est l'avenir de la démocratie israélienne qui est en jeu.
     
     
    Samy Cohen, directeur de recherche émérite à Sciences Po (CERI), est l'auteur notamment de Tsahal à l'épreuve du terrorisme (Seuil, 2009, Prix du Grand livre 2009 des professeurs et maitres de conférences de Sciences po) et Israël et ses colombes. Enquête sur le camp de la paix (Gallimard, 2016).

  • Toutes les Bibles du monde font commencer « la » Bible par l'expression « Au commencement ». L'expression est devenue tellement usuelle qu'il peut sembler parfaitement incongru de préciser qu'en hébreu, le mot Bereshit, premier mot de la Torah hébraïque, n'a pour sa part jamais signifié
    « Au commencement ». C'est tout simplement un mot qu'aucune langue ne peut réellement traduire, on ne le trouve qu'une unique fois dans l'ensemble du livre, aucune autre référence ne permettant de circonscrire son sens littéral. A l'aide du commentaire de Rashi, célèbre rabbin et exégète du xiie siècle, Pierre-Henry Salfati mène l'enquête. Il nous éclaire sur le contresens qui a émergé après la traduction grecque de la Tora, la Septante, et sur ses conséquences considérables dans l'imaginaire collectif occidental, et tente ici de restituer le sens du texte originel.

  • « Qui augmente sa connaissance augmente son ignorance » disait Friedrich Schlegel.
     
    « Je vis de plus en plus avec la conscience et le sentiment de la présence de l'inconnu dans le connu, de l'énigme dans le banal, du mystère en toute chose et, notamment, des avancées d'une nouvelle ignorance dans chaque avancée de la connaissance » nous dit Edgar Morin.
     
    Ainsi a-t-il entrepris dans ce livre de patrouiller dans les territoires nouveaux de la connaissance, où se révèle un trio inséparable : connaissance ignorance mystère.
     
    A ses yeux, le mystère ne dévalue nullement la connaissance qui  y conduit. Il nous rend conscient des puissances occultes qui nous commandent et nous possèdent, tels des Daimon intérieurs et extérieurs à nous. Mais, surtout, il stimule et  fortifie le sentiment poétique de l'existence.

  • Le couple est une danse. Les amants évoluent ensemble et le tempo qui berce leur mouvement est scandé de crises et, souvent, d'insatisfactions. Aujourd'hui, on attend tout, parfois trop, du couple. Pourtant, la vie à deux n'est pas un conte de fées, l'amour ne suffit pas à garantir le bonheur ni l'épanouissement que l'on recherche.
    Un pacte inconscient, des règles implicites, des mythes familiaux et des fantômes scellent les partenaires à leur insu. Les remises en question sont inévitables. Mais c'est à ce prix que le couple évolue : il se nourrit de ses propres crises.
    A travers des histoires de couples au bord de la rupture venus le consulter, Serge Hefez, thérapeute conjugal et familial, raconte et explique ce pas de deux qui confronte, entrechoque et fait valser un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes, avec ou sans enfants. Il dévoile les coulisses et les enjeux de la vie à deux.
    Ce livre est un plaidoyer pour le couple. Ni moralisateur, ni attaché à la tradition, il montre comment, lorsque deux personnes prennent le risque de transformer une relation, cette relation possède à son tour le pouvoir de les transformer.

  • La présence à soi et aux autres constitue la voie privilégiée permettant au sujet d'éprouver le sentiment d'exister dans la confiance et la paix. C'est seulement lorsqu'il est en lien avec ceux qui l'entourent, qu'il peut s'épanouir, se donner et recevoir. En revanche, s'il est physiquement là mais psychologiquement absent, ailleurs ou nulle part, prisonnier du passé ou aimanté par l'avenir, il s'éjecte du temps présent. L'absence à soi se manifeste aussi par l'instabilité, l'empressement, l'indécision et l'ambivalence. Dans cet ouvrage Moussa Nabati cherche à répondre, à travers trois témoignages archétypaux, à deux questions fondamentales : Quels sont le sens et l'origine de cette absence à soi ? Comment habiter son présent ? Pour lui, ce dysfonctionnement renvoie à l'existence d'une carence matricielle ancienne, en raison de l'indisponibilité psychologique de la mère : immature, dépressive ou rejetante. Cela crée, chez l'enfant, une DIP (Dépression Infantile Précoce), un vide responsable, à l'âge adulte, de l'absence du sujet à lui-même mais aussi à la vie. Il aura dès lors tendance à fuir les circonstances lui rappelant ce manque et à rechercher, de manière excessive, la chaleur et la fusion afin de combler son vide.
    L'auteur propose ensuite, à travers son nouveau concept de « compréhension incarnée » des pistes d'évolution concrètes : réhabiliter ses parents intérieurs pour réussir à se comporter vis-à-vis de soi telle une mère aimante et comme un père protecteur, s'aimer en se fixant des limites, pour jouir sereinement du présent.

  •  
      Quand dire, c'est vraiment faire : comment fait-on des choses avec des mots, comment fait-on vraiment des choses rien qu'avec des mots ? Cet ouvrage produit un court-circuit entre l'une des inventions contemporaines les plus « révolutionnaires » en matière de langage à en croire Austin : le performatif, et la toute-puissance du logos grec.
      Le premier épisode isole une généalogie païenne du performatif. Quand Ulysse dit à Nausicaa : « Je te prends les genoux » parce qu'il a trop peur de lui prendre les genoux, à quelles conditions est-ce là « un discours qui gagne » ? Le second temps part de la sophistique. Dans l'Éloge d'Hélène, Gorgias théorise le pouvoir du logos qui « avec le plus petit et le plus inapparent des corps performe les actes les plus divins ». Quel est alors le statut de ce que la philosophie appelle rhétorique ? Le troisième moment est contemporain. Desmond Tutu, qui préside la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, inventée pour éviter un bain de sang prévisible post-apartheid, dit : « On croit d'ordinaire que le langage dit les choses. La Commission n'est pas de cet avis. Le langage, discours et rhétorique, fait les choses. Il construit la réalité. » Qu'apprenons-nous ainsi sur la performance-performativité de la parole en politique ?
      Que reste-t-il donc aujourd'hui, à l'ère des fake news, des deux fétiches dont Austin se joue : le fétiche vrai/faux  et le fétiche valeur/fait ? A travers ces trois mises en scène - poétique, rhétorique et politique - de la performance langagière, Barbara Cassin, dans la suite de ses travaux sur l'évaluation, la psychanalyse ou la traduction, poursuit son exploration de ce que peuvent les mots.
     
    Barbara Cassin, directrice de recherche au CNRS, est philologue et philosophe, spécialiste de philosophie grecque. Elle a été élue en mai 2018 à l'Académie française.

  • Vous en avez assez des étrangers? Vous êtes vous-même un étranger? Ou bien vous sentez-vous étranger dans votre propre pays? Ce livre s'adresse à vous, à votre douleur, à votre agacement.
    A l'heure où la France devient le melting pot de la Méditerranée, une question se pose, qui est la pierre de touche de la morale pour le XXIe siècle: comment vivre avec les autres, sans les rejeter et sans les absorber, si nous ne nous reconnaissons pas " étrangers à nous-mêmes "?
    Ce livre invite à penser notre propre façon de vivre en étranger ou avec des étrangers, en restituant le destin de l'étranger dans la civilisation européenne: les Grecs avec leurs " Métèques " et leurs " Barbares "; les Juifs inscrivant Ruth la Moabite au fondement de la royauté de David; saint Paul qui choisit de prêcher en direction des travailleurs immigrés pour en faire les premiers chrétiens, sans oublier Rabelais, Montaigne, Erasme, Montesquieu, Diderot, Kant, Herder, jusqu'à Camus et Nabokov qui ont chacun médité avant nous les merveilles et les malaises de la vie étrangère. Au coeur de cet avenir cosmopolite: les Droits de l'Homme sous la Révolution française, qui commence par honorer les étrangers avant de faire tomber la Terreur sur leurs têtes. En contrepoint: le nationalisme romantique et, pour finir, totalitaire. L'" inquiétante étrangeté " de Freud conclut ce parcours en suggérant une nouvelle éthique: ne pas " intégrer " l'étranger, mais respecter son désir de vivre différent, qui rejoint notre droit à la singularité, cette ultime conséquence des droits et des devoirs humains.

  • Tombeau d'Olivier

    Alain Badiou

    La vie de mon fils a été interrompue de façon imprévisible et violente. D'une façon en quelque sorte inacceptable. Mais je veux soutenir ici qu'en dépit de ces apparences, sa vie, singulière comme toute vie réellement subjectivée, a existé, pleinement, porteuse d'un sens dont la signification et l'usage avaient valeur universelle. 

  • «  Quel que soit l'intérêt qu'on porte à la conjoncture étroitement nationale du mouvement des gilets jaunes, tout comme à l'obstination méprisante du pouvoir en place, nous devons tenir ferme sur la conviction qu'aujourd'hui, tout ce qui importe vraiment est que notre patrie est le monde.
    Ce qui nous ramène aux dénommés "migrants . Il faut agir, bien évidemment, pour ne plus tolérer les noyades et les arrestations et la mise à l'écart pour des raisons de provenance ou de statut.  Mais au-delà, il faut savoir qu'il n'y a de politique contemporaine qu'avec ceux qui, venus chez nous, y représentent l'universel prolétariat nomade.
    En convoquant les textes philosophiques et politiques, mais aussi les poèmes, je voudrais examiner l'état actuel de cette cause et explorer la direction de ce que le poète nomme l'éthique du vivre monde et que je nomme, moi, le nouveau communisme.  »
     
    A.B.
     
    Alain Badiou est philosophe, dramaturge et romancier.

  • «  Je ne peux pas m'empêcher de penser, mais c'est sans doute encore un préjugé, qu'il est plus facile d'épouser la diversité, le pluriel et le temps quand on est une femme - je veux dire : avec le côté femme de nous-mêmes. Plus facile, de prendre ses distances avec l'Un, la Vérité, la Raison, la Pensée, l'Universel, plus facile de croire moins quand on est une femme. Nous avons été si longtemps privées de philosophie et de politique, depuis la Grèce jusqu'à la génération de ma mère qui, jeune, ne votait pas et n'avait pas de chéquier. C'est cela qui a changé. L'Académie, un monde d'hommes, fait par des hommes pour des hommes, s'ouvre. »
     

  • Par son destin personnel comme par son oeuvre, Ovide, qui a vécu à la bascule du monde païen et du millénaire chrétien, a incarné la complexité de la mentalité latine, fière de ses légendes et sensible à la mythologie, mais aussi énergique et rétive à toute oppression. D'abord amusé par les jeux du monde et de l'amour, voire marchand de recettes érotiques, Ovide revint ensuite aux grandeurs des mythes (Métamorphoses) et des rites (Fastes), avant d'inventer les élégies du spleen et de l'exil (Tristes et Pontiques) et d'y méditer puissamment sur la destinée humaine.
    Tous les auteurs anciens l'ont admiré. Ils aimèrent le raffinement de son écriture, la diversité de son talent et la richesse colorée de son inventivité. Ils furent aussi touchés par la tragédie de sa fin de vie. Ensuite, il ne cessa d'être lu et imité, servant de réservoir inépuisable à l'imagination des poètes et des plasticiens. Il fut l'actuel de toutes les époques, grâce à la beauté, la diversité et la profondeur de son oeuvre.
    Le livre de Xavier Darcos montre l'éternelle modernité de cet artiste inclassable, de cet érudit libre et ironique qui a capté le mystère du vivant et la puissance des passions, tout en s'insurgeant à sa manière contre l'arbitraire des genres, des pouvoirs et des dieux.
    Membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales et politiques, universitaire et homme public, plusieurs fois ministre et ambassadeur, Xavier Darcos est l'auteur d'essais sur l'école, ainsi que de nombreuses publications consacrées à la poésie française, à l'histoire littéraire et à la latinité. Il est désormais Chancelier de l'Institut de France.
     

  • Le discours n'est pas seulement un message destiné à être déchiffré; c'est aussi un produit que nous livrons à l'appréciation des autres et dont la valeur se définira dans sa relation avec d'autres produits plus rares ou plus communs. L'effet du marché linguistique, qui se rappelle à la conscience dans la timidité ou dans le trac des prises de parole publiques, ne cesse pas de s'exercer jusque dans les échanges les plus ordinaires de l'existence quotidienne: témoins les changements de langue que, dans les situations de bilinguisme, sans même y penser, les locuteurs opèrent en fonction des caractéristiques sociales de leur interlocuteur; ou, plus simplement, les corrections que doivent faire subir à leur accent, dès qu'ils sont placés en situation officielle, ceux qui sont ou se sentent les plus éloignés de la langue légitime.
    Instrument de communication, la langue est aussi signe extérieur de richesse et un instrument du pouvoir. Et la science sociale doit essayer de rendre raison de ce qui est bien, si l'on y songe, un fait de magie: on peut agir avec des mots, ordres ou mots d'ordre. La force qui agit à travers les mots est-elle dans les paroles ou dans les porte-parole? On se trouve ainsi affronté à ce que les scolastiques appelaient le mystère du ministère, miracle de la transsubstantiation qui investit la parole du porte-parole d'une force qu'elle tient du groupe même sur lequel elle l'exerce.
    Ayant ainsi renouvelé la manière de penser le langage, on peut aborder le terrain par excellence du pouvoir symbolique, celui de la politique, lieu de la prévision comme prédiction prétendant à produire sa propre réalisation. Et comprendre, dans leur économie spécifique, les luttes les plus éloignées, en apparence, de toute rationalité économique, comme celles du régionalisme ou du nationalisme. Mais on peut aussi, à titre de vérification, porter au jour l'intention refoulée de textes philosophiques dont la rigueur apparente n'est souvent que la trace visible de la censure particulièrement rigoureuse du marché auquel ils se destinent.
    P. B.

  • « Cela a duré six ans. 
    Pourquoi ce travail presque maniaque à partir de Platon ? C'est que c'est de 
    lui que nous avons prioritairement besoin aujourd'hui : il a donné l'envoi 
    à la conviction que nous gouverner dans le monde suppose qu'un accès à 
    l'absolu nous soit ouvert. 
    Je me suis donc tourné vers La République, oeuvre centrale du Maître 
    consacrée au problème de la justice, pour en faire briller la puissance 
    contemporaine. Je suis parti du texte grec sur lequel je travaillais déjà avec 
    ardeur il y a cinquante-quatre ans. 
    J'ai commencé par tenter de le comprendre, totalement, dans sa langue. Je 
    me suis acharné, je n'ai rien laissé passer ; c'était un face-à-face entre le 
    texte et moi. Ensuite, j'ai écrit ce que délivrait en moi de pensées et de 
    phrases la compréhension acquise du morceau de texte grec dont j'estimais 
    être venu à bout. Peu à peu, des procédures plus générales sont apparues : 
    complète liberté des références ; modernisation scientifique ; modernisation 
    des images ; survol de l'Histoire ; tenue constante d'un vrai dialogue, 
    fortement théâtralisé. Évidemment, ma propre pensée et plus généralement 
    le contexte philosophique contemporain se sont infiltrés dans le traitement 
    du texte de Platon, et sans doute d'autant plus quand je n'en étais 
    pas conscient. 
    Le résultat, bien qu'il ne soit jamais un oubli du texte original, pas même 
    de ses détails, n'est cependant presque jamais une "traduction" au sens 
    usuel. Platon est omniprésent, sans que peut-être une seule de ses phrases 
    soit exactement restituée. J'espère être ainsi parvenu à combiner 
    la proximité constante avec le texte original et un éloignement radical, mais 
    auquel le texte, tel qu'il peut fonctionner aujourd'hui, confère généreuse-
    ment sa légitimité. 
    C'est cela, après tout, l'éternité d'un texte. »                                                                                                    Alain Badiou

  • Le principe de ce Grand Livre des philosophes est simple : rendre accessibles à tous ceux qui s'intéressent à la philosophie les oeuvres des plus grands philosophes de tous les temps. Chaque philosophe y est ainsi considéré via une oeuvre majeure de son répertoire, cet ouvrage partant du principe qu'il vaut mieux approfondir un texte plutôt que papillonner autour de plusieurs. Platon, qui inaugure ce volume, est donc décrypté via La République, Marc Aurèle par Les Pensées, Machiavel par Le Prince, Spinoza par L'Ethique, Karl Marx par Le Capital, Nietzsche par Ainsi parlait Zarathoustra, Sartre par L'Etre et le Néant, etc. Ainsi, à travers 31 philosophes, le lecteur non philosophe, peu ou pas assez philosophe voire simplement désireux d'appréhender autrement la philosophie aura-t-il la possibilité de nouer une première relation avec la philosophie dans un langage clair et une atmosphère détendue. Ce livre est une traduction de l'allemand, il est devenu en Allemagne un best-seller !

  • «  Espérons, agissons. N'importe qui, n'importe où, peut commencer à faire de la politique vraie, au sens que lui donne le présent texte. Et parler, à son tour, autour de lui, de ce qu'il a fait. C'est ainsi que tout commence.  » 
    A.B.

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