Prairies Ordinaires

  • Dead cities

    Mike Davis

    • Prairies ordinaires
    • 16 Octobre 2009

    Une Terre où la nature recouvre peu à peu ses droits sur la ville après la disparition de l'espèce humaine.
    Une architecture bunkerisée dédiée à la sécurité et au contrôle comme réponse à l'effondrement des Twin Towers. Des répliques d'immeubles allemands et japonais érigées dans le désert de l'Utah pour servir de laboratoire au dernier grand projet du New Deal : la destruction par le feu des villes ennemies. Dévastée par les bombes ou les stylos rouges des spéculateurs immobiliers, la Grande Ville capitaliste s'est révélée particulièrement apte à réaliser certaines prophéties catastrophistes.
    Dans ce livre, Mike Davis nous montre que, depuis son émergence, elle n'a cessé d'être associée dans l'esprit des hommes au spectre apocalyptique de sa propre destruction. S'inscrivant dans la tradition marxiste d'Ernst Bloch, il affirme que l'aliénation cognitive produite par la mise au ban de la nature dans l'expérience collective a suscité une angoisse constante tout au long du xxe siècle. Dans une veine à la fois mélancolique et optimiste (le système capitaliste n'est qu'un stade de l'histoire humaine appelé à être dépassé), Mike Davis invite donc à une nouvelle science urbaine qui s'appuierait sur la " dialectique ville-nature ".
    Celle-ci permettrait d'envisager la ville dans la totalité des interactions qu'elle entretient avec son " dehors naturel ", et de déjouer les limites actuelles des études urbaines. Cela passe ici par un travail spéculatif s'appuyant sur une hypothèse - la disparition de l'homme - et sur un extraordinaire corpus littéraire et scientifique, où les espèces végétales et animales dansent sur les cendres de nos villes mortes.
    ¦

  • Brève histoire du néo-libéralisme

    David Harvey

    • Prairies ordinaires
    • 23 Avril 2014

    Ces dernières années, plusieurs ouvrages ont été consacrés au néolibéralisme, envisagé tantôt comme un courant de pensée, tantôt comme une idéologie politique, tantôt comme une « rationalité » visant à soumettre l'État, la société et la subjectivité au modèle du marché. Dans ce livre remarquablement pédagogique, David Harvey ne néglige aucun de ces aspects, mais il considère avant tout le néolibéralisme comme un mode d'organisation politico-économique, en profonde rupture avec celui mis en place après guerre dans les pays occidentaux : comment est-on passé d'un capitalisme fondé sur un compromis entre capital et travail à un capitalisme fondé sur la réduction des dépenses publiques, la dérégulation, la privatisation et la financiarisation de tous les secteurs ?

  • Le stade Dubaï du capitalisme

    Mike Davis

    • Prairies ordinaires
    • 5 Octobre 2007

    Village de pêcheurs devenu métropole mondiale en moins de vingt ans, lieu de tous les superlatifs (plus haut gratte-ciel, plus vaste centre commercial, plus grandes îles artificielles, hôtel le plus étoilé...), Dubaï pourrait bien signaler l'émergence d'un stade nouveau du capitalisme, encore inconnu sous nos cieux : un système à la fois plus ludique, par la généralisation du loisir touristique et de la jouissance
    commerciale, et plus violent, entre chantiers esclavagistes et politique de la peur, grâce aux guerres qui font rage de l'autre côté du Golfe persique - soit une société sans vie sociale ni classe moyenne, pur mirage de gadgets sans nombre et de projets pharaoniques. L'analyse de Mike Davis pointe les rapports de force à l'oeuvre derrière le phénomène Dubaï ; elle est complétée par une réflexion de François Cusset sur les défis posés aux " démocraties " occidentales par l'insolente réussite de Dubaï, Inc.

  • Paradis infernaux ; les villes hallucinées du néo-capitalisme

    Davis M/Monk D-B

    • Prairies ordinaires
    • 16 Octobre 2008

    Série d'études urbaines saisissantes sur le caire, pékin, johannesburg, dubaï, kaboul, managua, etc.
    , paradis infernaux pourrait être l'anti-guide des " mondes de rêve " engendrés par le capitalisme contemporain. de la désormais classique gated community de l'arizona aux camps retranchés de kaboul, en passant par la californie de synthèse importée à hong-kong et ailleurs, ou par la spectacularisation architecturale de pékin à l'ère néolibérale, l'imaginaire qui préside à ces nouvelles formes d'utopie est celui de l'enrichissement sans limites, de l'hyperbole constante, des dépenses somptuaires, de la sécurité physique absolue, de la disparition de l'etat comme de tout espace public, de l'affranchissement intégral des liens sociaux préexistants.
    Mais cette débauche réservée aux riches ne donne lieu à aucune expérience réelle ; elle est tout entière branchée sur les objet-fétiches de la fantasmagorie mondiale, harnachée aux mêmes idéaux figés du marché global. l'absence d'horizon qui caractérise notre monde se redouble, dans ces outremondes, d'une violence faite aux pauvres, massés, toujours plus nombreux, derrière les frontières visibles ou invisibles qui chaque jour transforment un peu plus le territoire des riches en autant de citadelles néo-libérales enclavées au coeur de notre modernité.

  • Le nouvel impérialisme

    David Harvey

    • Prairies ordinaires
    • 16 Octobre 2010

    Les guerres d'Afghanistan et d'Irak ont obligé la gauche mondiale à élaborer de nouvelles manières d'analyser et de combattre l'impérialisme.
    Mais David Harvey montre dans ce livre que, outre cette dimension spectaculaire et violente, qui laisse à penser que la main invisible du marché a plus que jamais besoin d'un gant de fer, l'impérialisme procède de logiques qui déterminent aussi notre quotidien de manière plus diffuse. Ce que l'auteur appelle l'" accumulation par dépossession " consiste en une répétition nécessaire du processus d'accumulation primitive jadis observé par Marx : le capitalisme financier entraîne en effet la privatisation accélérée des biens communs (terres, forêts, eau, savoirs traditionnels...) et des services publics (énergie, logements, transports, santé...).
    David Harvey montre qu'en réalité l'impérialisme capitaliste procède de deux logiques, l'une économique, l'autre politique, qui s'articulent et s'affrontent pour développer des stratégies de domination dans le temps et dans l'espace. Quelles sont les relations entre les dépenses astronomiques du Pentagone et le déclin économique relatif des Etats-Unis ? Washington fait-il reposer de plus en plus son hégémonie mondiale sur le facteur militaire ? Comment l'Amérique compte-t-elle résister à la montée en puissance de l'Asie de l'Est et du Sud-Est ? L'occupation de l'Irak marque-t-elle une première étape de ce conflit planétaire ?..
    Pour répondre à ces questions, l'auteur combine de façon originale une triple approche théorique, historique et conjoncturelle. II explique ainsi comment l'impérialisme reconfigure en permanence les liens entre expansion économique et domination territoriale ; il le situe dans la longue durée et le montre à l'oeuvre, sous nos yeux, en ce début du XXIe siècle.

  • La femme unidimensionnelle

    Nina Power

    • Prairies ordinaires
    • 25 Septembre 2010

    A mi-chemin du pamphlet et du texte théorique, cet ouvrage pourfend les dévoiements dont le féminisme a fait l'objet.
    Comment le féminisme, jadis pratique utopique et révolutionnaire, a-t-il pu devenir un discours hégémonique parfaitement adapté aux exigences du marché ? Comment ses ennemis d'hier ont-ils pu se l'approprier ? Car aujourd'hui, le féminisme est partout, prétexte à vendre tout et n'importe quoi, des vibromasseurs aux chaussures de luxe en passant bien entendu par soi-même. L'auteure analyse de façon claire, vivante et concise les principaux points d'application d'un féminisme cheval de Troie du néolibéralisme : la consommation, la guerre, le rapport à soi et le marché du travail.
    Elle souligne qu'en dépit de leur diversité voire de leurs incohérences, les usages actuels du mot " féminisme " participent d'un processus global de marchandisation : les femmes doivent apprendre à " valoriser leurs atouts ", considérer leur corps comme un ensemble de pièces détachées, devenir des mères idéales sans oublier d'aller se vendre sur le marché du travail ni de maîtriser à la perfection l'art de la sexualité.
    Après la femme-objet, voici la femme-marchandise ! Dans notre époque prétendument post-féministe, les femmes se trouvent donc enfermées, sous couvert d'émancipation, dans une nouvelle forme d'essentialisation et de servitude. En s'appuyant sur des exemples tirés du cinéma, de la philosophie, de l'actualité, de la pornographie et des luttes féministes d'hier et d'aujourd'hui, ce livre montre que l'unidimensionnalité n'est pas une fatalité pour les femmes, et que le combat féministe se trouve non pas derrière nous, mais devant nous.

  • Villes contestées ; pour une géographie critique de l'urbain

    ,

    • Prairies ordinaires
    • 21 Octobre 2014

    La ville ne peut plus se contenter de discours aseptisés, consensuels ou politiquement corrects. Le capitalisme mondialisé contemporain affecte si profondément les espaces urbains qu'il anéantit les idéaux de liberté, de rencontres et d'émancipation que les villes incarnaient naguère. Celles-ci méritent d'être bousculées, chahutées, contestées, et c'est précisément ce que ce recueil se propose de faire en réunissant pour la première fois un ensemble d'auteurs dont la critique n'épargne ni les espaces urbains, ni les élites qui les façonnent et les gouvernent.
    Les 11 textes rassemblés ici, traduits pour la première fois en français, constituent un panorama cohérent et exhaustif de la radical geography : les analyses, qui portent sur la gentrification, sur la financiarisation de la production urbaine, sur la dépossession du plus grand nombre de certaines ressources urbaines, sur les trompel'oeil que représentent le développement durable, la mixité sociale ou le multiculturalisme, sur les dispositifs de surveillance et de contrôle des populations, ou plus globalement sur les formes de domination qui régissent les rapports sociaux, sont unies par la volonté de pointer les contradictions urbaines du système néolibéral.
    Cet ouvrage, par sa double vocation pédagogique et militante, participe ainsi du projet d'émancipation voulu par les géographes radicaux, et défendu sur le terrain par un nombre croissant de citadins en lutte.

  • Poursuivant son enquête critique sur la culture postmoderne, Fredric Jameson s'attache ici à montrer que le motif du complot est, dans l'imaginaire contemporain, un point de cristallisation des tensions paranoïaques qui agitent nos sociétés.
    A l'heure de la colonisation définitive de la vie sociale par la marchandise, l'impossibilité oú nous nous trouvons de nous représenter le " capitalisme-monde" trouve son expression dans la forme paranoïde du complot. les films de complot, oú le détective se trouve pris au piège d'une machination sans sujet dont les ramifications paraissent se perdre à l'infini, ou encore dans un complot si total qu'il semble n'avoir plus de référent (et d'ailleurs, y a-t-il effectivement complot ?), fonctionnent comme un analogon de notre cauchemar quotidien : ce système oú l'on n'arrive jamais à en finir de rien, comme disait Deleuze à propos des sociétés de contrôle. Riche analyse filmique et contribution originale à la théorie politique, cet essai porte la "méthode" jameson à son point d'intensité maximal.

  • Les origines de la postmodernité

    Perry Anderson

    • Prairies ordinaires
    • 17 Avril 2010

    La notion de postmodernisme n'a jamais véritablement fait irruption dans le débat théorique français.
    Après l'acte fondateur lyotardien, et en grande partie à cause de lui, elle n'a plus guère servi que de simple marqueur culturel : une oeuvre, un édifice, un motif théorique se sont ainsi vu qualifiés de " postmodernes ", pour vanter, ou au contraire stigmatiser, leurs attributs formels ou leur propension au " relativisme ". Et la fin des grands récits " est devenue la formule magique censée exprimer la vérité de notre temps.
    Pour mettre enfin un terme à ces usages stériles, Les Origines de la postmodernité retrace l'histoire de cette notion, depuis les milieux de l'avant-garde littéraire de l'Amérique hispanique dans les années 1920, jusqu'aux courants post-marxistes européens, avec Lyotard à Montréal en 1979, puis Habermas à Francfort en 1980. En 1982, à New York, Fredric Jameson lui fait subir une mutation fondamentale : désormais, le postmodernisme désignera l'hypothèse d'une rupture épochale.
    Selon Perry Anderson, Jameson est ainsi celui qui a su montrer la cohérence globale de notre époque globalisée, dont la caractéristique majeure tient, selon lui, à la subordination tendancielle de la culture à la logique d'accumulation du capital. La sphère esthétique, par laquelle s'appréhende le monde, est ainsi, selon Jameson, massivement colonisée et aujourd'hui incapable de trouver l'espace dans lequel continuer d'exprimer une transgression ou de tendre vers une alternative.
    Le postmodernisme, tel que le présente dans ce livre Perry Anderson, confine au système parfait, un système en mesure d'intégrer à la logique de sa perpétuation ses propres " dysfonctionnements ".

  • Les habits neufs de la politique mondiale ; néoliberalisme et néo-conservatisme

    Wendy Brown

    • Prairies ordinaires
    • 27 Octobre 2007

    Devant nous, depuis quelques années et même quelques décennies, ce fait politique global sans doute irréversible : la démocratie libérale, comme forme sociale et historique, est en train de mourir. Et elle se meurt sous les coups de deux mouvements a priori antagonistes : le néolibéralisme et le néoconservatisme. Dans ce livre, Wendy Brown montre que le premier fonctionne d'abord comme une rationalité politique, un mode de régulation générale des comportements, et que le second lui est devenu nécessaire. Car si le néolibéralisme est l'ensemble des techniques de contrôle d'autrui et de soi par accroissement plutôt que par diminution de la liberté, la liberté y sera d'autant plus sûrement autolimitée qu'elle se trouvera moralisée, c'est là la fonction du néo-conservatisme. Au-delà d'une telle analyse, Wendy Brown pose la question d'un avenir pour la gauche, qui passe selon elle par un travail de deuil : deuil d'une conception du pouvoir comme souveraineté, deuil d'un horizon de rupture politique défini dans la logique démocratique-libérale, mais aussi deuil d'une radicalité qui prend trop souvent la forme d'un désir de purification morale.

  • Petit manuel de torture à l'usage des femmes-soldats

    Coco Fusco

    • Prairies ordinaires
    • 5 Novembre 2008

    Un musulman détenu à Abou Ghraïb ou à Guantanamo. Une femme-soldat mettant son zèle militaire et sa féminité au service de la Guerre contre le Terrorisme. Des manuels de l'armée sur la coercition du prisonnier, et des consignes implicites sur les " tactiques sexuelles " qu'ont peut employer. Tels sont les éléments de l'interrogatoire en tant que dispositif politique. Après ceux qui firent scandale en 2004, où des violences sexuelles furent exercées par des femmes, l'artiste Coco Fusco a suivi une formation militaire à l'interrogatoire, dépouillé les archives de l'armée et du FBI et navigué dans le vertige de forums et d'images consacrés à ces actes de torture sexuelle. Ce qu'elle en ressort va au-delà d'une étude de cas, nous confrontant non seulement à " l'état d'exception " américain et au rapport des femmes au pouvoir, mais aussi à l'énigme de la domination : Peut-on encore se dire " extérieur " à la guerre ? Les images du conflit servent-elles à le justifier, le documenter, en faire le réservoir de nos fantasmes ? Comment penser l'absence d'images ? Quels rapports, enfin, entre la construction du genre féminin et le fait de la violence, entre les clichés culturels et l'asservissement, et entre société de consommation et extermination ? Cheminant de Susan Sontag à Virginia Woolf, Coco Fusco réenvisage la question de la guerre en deçà et au-delà de la différence sexuelle.

  • En cherchant à décrire les causes et les mécanismes de la violence de la transition néolibérale dans l'Afrique du Sud contemporaine, les Comaroff développent une anthropologie historique de la " culture du capitalisme ".
    Culture, en effet, plutôt que dogme ou idéologie économique : le néolibéralisme, depuis la fin de l'apartheid, n'inspire pas seulement les économistes ou les dirigeants, il imprègne l'univers symbolique des jeunes sans emploi, des botanistes, des membres des ONG ou des chercheurs en sciences sociales. Les zombies, qui prolifèrent aujourd'hui dans le nord du pays, ne sont à cet égard pas les signes d'un retour aux " traditions " ou, pire, les restes d'une supposée " irrationalité " sud-africaine.
    Ils incarnent, au sens propre autant que figuré, l'une des réponses régionales aux évidences tacites du néolibéralisme, et notamment à ces idées très répandues selon lesquelles on peut consommer sans produire, s'enrichir sans effort, travailler sans s'inscrire dans un lieu et vendre son corps organe par organe. Les zombies sont les plus flexibles et les moins protestataires des ouvriers ; leur disponibilité représente le comble de la main-d'oeuvre en régime néolibéral.
    Inscrits dans un imaginaire mondialisé nourri de l'esthétique des films de Romero et des clips de Michael Jackson, ils exemplifient cette promesse d'accumulation presque magique de la richesse qui séduit toujours plus d'habitants de la planète. En ce sens, le cas sud-africain est un révélateur inédit des économies de transition et, de façon plus décisive encore, le miroir grossissant d'une " culture du capitalisme " qui prospère dans le monde entier, avec son lot d'inconséquences et de superstitions.
    Qu'est-ce que le zombie, sinon la contrepartie clandestine et ténébreuse de l'euromillion ? Et les sociétés du Sud, sinon les laboratoires privilégiés d'analyse de ce que sont déjà, ou en passe de devenir, les pays du Nord ?

  • Alors que le " vieux territoire " des études littéraires est soumis aux menaces du déclin et à des procès en inutilité, qu'il n'est plus guère arpenté que par quelques irréductibles, franco moretti semble bien décidé à en transformer la topographie à grands coups de graphes, de cartes et d'arbres.
    Soit les outils sauvages de l'objectivation scientifique pour un dynamitage en règle : les graphes de l'histoire quantitative, les cartes de la géographie et les arbres de la théorie de l'évolution. les premiers substituent au canon autour duquel tourne l'histoire littéraire depuis deux cents ans la totalité de la littérature mondiale (aussi bien japonaise que française ou nigériane). les secondes donnent à voir les rapports réels et imaginaires que la littérature entretient avec son contexte historico-spatial.
    Les troisièmes osent une théorie de l'évolution des genres littéraires influencée par darwin et la biologie contemporaine. cette " lecture à distance " démontre à quel point l'histoire littéraire n'est pas nécessairement celle que l'on croyait : la connaissance des mécanismes de survie littéraire permet d'interroger les limites de notre curiosité pour les livres, de notre horizon culturel et de nos représentations du monde.
    De quoi lutter, en somme, contre l'appauvrissement des manières de dire le monde aujourd'hui.

  • Culture et matérialisme

    Raymond Williams

    • Prairies ordinaires
    • 14 Octobre 2009

    L'introduction récente, en France, des Cultural Studies, semble s'être faite au prix de l'oubli de leur hétérogénéité : cette étiquette englobante recouvre en effet des postures intellectuelles, des contenus théoriques et des rapports au politique fort différents. En ce sens, la première traduction française de Raymond Williams se voudrait une introduction à un versant bien spécifique de cette pensée critique. Si ce dernier est souvent présenté, à juste titre, comme l'un des fondateurs des Cultural Studies, il faut immédiatement préciser qu'il envisage ces dernières comme devant donner lieu à une théorie matérialiste de la culture. La pensée de Williams doit en outre être saisie comme un effort permanent pour articuler travail théorique - en inscrivant son oeuvre dans un dialogue avec la tradition marxiste - et projets d'émancipation. Si ce recueil ne peut constituer qu'une brève introduction à l'oeuvre prolifique de Williams, elle dessine néanmoins les multiples directions et objets de son travail. De son analyse des mouvements d'avant-garde à la réélaboration des notions centrales de la pensée marxiste - qu'il s'agisse du couple base / superstructure ou de la nécessité de penser les " moyens de communication comme moyens de production " - en passant par la considération de l'imaginaire produit par la ville capitaliste, ce recueil entend donner à lire une oeuvre tout à la fois plurielle - par ses objets, ses préoccupations - et dotée d'une forte unité théorique et politique - le matérialisme d'une pensée toujours articulée à la nécessité d'élaborer de nouvelles pratiques politiques. Les Cultural Studios n'ont cessé d'étudier la culture, pour Williams il s'agit également de la transformer.

  • Raymond Chandler ; les détections de la totalité

    Fredric Jameson

    • Prairies ordinaires
    • 22 Août 2014

    Cette étude magistrale propose une interprétation « synoptique » de l'oeuvre de Raymond Chandler, en reconstruisant la situation littéraire et sociale dans laquelle elle s'inscrit et le monde ou la totalité qu'elle projette. Chandler, styliste et peintre de la vie américaine des années 1930, se fabrique une place unique dans la littérature, à cheval sur les pulps et la littérature moderniste. Los Angeles, cadre invariable de ses romans, constitue à la fois un « microcosme et une anticipation » de la vie du pays tout entier. Jameson livre une étude minutieuse de l'espace chandlérien, tout entier dominé par le vide, et de la structure particulière de L.A., univers fragmenté en une multitude d'univers privés qui ne sont rapprochés que par la trajectoire de l'enquêteur. Mais, à la grande exaspération de son lecteur, l'art de Chandler consiste à se détourner de l'histoire policière et à différer son dénouement par une accumulation d'intrigues secondaires en apparence gratuites. Intrigues principale et secondaires finissent toutefois par se confondre dans un motif omniprésent : la mort. C'est la mort, en effet, qui nous livre la clé de l'oeuvre de Chandler, et c'est en elle que va s'abolir l'ensemble du parcours qui a conduit à la résolution de l'énigme : « le présent se dissout au point de n'être plus guère qu'un instant poussiéreux, naguère vécu, qui ira bientôt rejoindre les cartons d'archives d'un journal ». Chandler fait du polar un roman de l'absurde.

  • Voir le capital ; théorie critique et culture visuelle

    Susan Buck-Morss

    • Prairies ordinaires
    • 17 Avril 2010

    " Par quelle voie est-il possible d'associer u visibilité accrue avec l'application de la méthode marxiste ? ", s'interrogeait Walter Benjamin dans une note du Livre des Passages.
    Le photo-montage et la notion d'" image dialectique " apportèrent quelques réponses au philosophe en son temps. Les visual studies pourraient bien être porteuses des nôtres : telle est la voie empruntée par la théoricienne américaine Susan Buck-Morss lorsqu'elle confronte le " tournant visuel " des humanités et des sciences sociales anglo-saxonnes à l'héritage intellectuel esthétique de l'Ecole de Francfort.
    En explorant successivement les représentations cartographiques de l'économie capitaliste depuis le XVIIIe - siècle, le rôle et l'actualité de la flânerie urbaine chez Benjamin, ou encore la déliquescence des images utopiques de la ville moderne, les essais qui composent ce livre esquissent une histoire culturelle de la modernité tout en posant les fondements d'une anthropologie philosophique de l'image.
    En outre, de l'Art Nouveau au métro moscovite, du schéma managérial capitaliste au plan économique soviétique, l'analyse des imaginaires de la production et de la consommation dévoilent la réciprocité, et l'effondrement commun à l'issue de la Guerre froide, des utopies de l'Est et de l'Ouest. Sauver l'élan utopique qui les animait, ou bien encore briser l'anesthésie sensorielle qui fit le terreau du nazisme sont quelques-unes des tâches que notre époque hérite de la modernité et qu'elle se doit de mener à bien.
    Pour cela, l'image n'est pas une forme idéale et neutre, insiste Susan Buck-Morss, mais un vecteur intensément politique, une prise sur l'histoire par laquelle peuvent se réactualiser les expériences passées et s'exprimer un désir qui animait déjà la philosophie de Benjamin : celui de voir le capital.

  • Des images et des bombes ; politique du spectacle et néolibéralisme militaire

    Collectif

    • Prairies ordinaires
    • 4 Septembre 2008

    Ecrit par un collectif d'activistes et universitaires californiens après l'entrée en guerre des etats-unis en irak, ce livre propose un puissant décryptage de la conjoncture politique actuelle envisagée à travers le prisme des catégories retravaillées de "capital" et de "spectacle".
    Une nouvelle phase d'accumulation primitive, dont la violence n'a rien à envier aux colonisations ou aux guerres de religion, se combine en effet depuis le 11 septembre 2001 à un contrôle des apparences de plus en plus sophistiqué par îles appareils d'etat. lorsque, dans les années 1990, le "consensus de washington" a volé en éclats sous la pression de mouvements de luttes renaissants, le néolibéralisme est passé en mode militaire et les grandes puissances ont dû prendre l'habitude de contenir les passions démocratiques par le biais d'une politique spectaculaire renouvelée.
    Du point de vue de l'hégémonie, c'est la guerre qui est la norme et la paix une pathologie. c'est aussi dans ce cadre, à la fois belliciste et surexposé, qu'il faut réinterpréter les pratiques et les mises en scène de l'islam révolutionnaire. l'ambition de ce livre est enfin de dessiner des repères pour les luttes des décennies qui viennent. une critique non réactionnaire, non nostalgique, non apocalyptique de la modernité, et un scepticisme radical envers tout avant-gardisme historique, qu'il vienne des démocraties comme des révoltés de toutes sortes: telles sont les tâches théoriques et politiques présentes face à la désorientation stratégique d'états qui produisent des citoyennetés faibles tout en dépendant plus que jamais d'une opinion surmobilisée.

  • Le mirage numérique ; pour une politique des big data

    Evgeny Morozov

    • Prairies ordinaires
    • 8 Octobre 2015

    Avec l'Internet des objets et les big data, qui reposent sur la collecte et le partage de données en temps réel, une poignée d'entreprises californiennes promet de nous offrir abondance, prospérité, émancipation.
    Mais à quel prix ? L'affaire Snowden, qui a révélé le système de surveillance planétaire mis en place par le gouvernement américain avec la complicité de la Silicon Valley, ne fut en réalité qu'un symptôme.
    Dans ce livre incisif, Evgeny Morozov nous invite à résister à ce qu'il appelle le « solutionnisme », croyance largement partagée, des hackers aux makers, en passant bien sûr par les couloirs de la Maison blanche : la tendance à voir dans la technologie numérique une panacée universelle, qui résoudra tous nos problèmes, des plus banals (trouver un restaurant) aux plus complexes (éradiquer la pauvreté et les inégalités). Les services de renseignement furent pionniers dans ce domaine : se désintéressant des racines historiques et politiques du terrorisme, ils le traitèrent comme un simple problème d'identification de suspects et de récolte d'informations en continu. Surtout, du renseignement à la vie quotidienne - et retour ! -, un nouveau système de gouvernance s'installe : la « régulation algorithmique », qui menace, plus que notre vie privée, nos libertés mêmes.
    A-t-on encore besoin de lois quand on dispose de capteurs numériques qui analysent notre comportement ?
    Et, tandis que l'« informationnalisation » de la société rend l'individu totalement transparent, l'État et les multinationales sont quant à eux libres de poursuivre tranquillement leurs desseins, dans la plus grande opacité.
    Contrairement à ce que certains prédisaient, les nouvelles technologies n'ont altéré ni les rapports de pouvoir ni la concentration au sein du système capitaliste : elles pourraient même, à brève échéance, les renforcer.
    La technologie est donc devenue une affaire beaucoup trop grave pour être laissée aux informaticiens, aux entrepreneurs et aux gouvernants.

  • Cloning terror ; ou la guerre des images du 11 septembre au présent

    W.J.T. Mitchell

    • Prairies ordinaires
    • 14 Septembre 2011

    Les attentats du World Trade Center et la brutale réplique qu'ils ont suscitée de la part du gouvernement américain n'ont pas seulement engendré de lourdes pertes humaines, ils ont aussi produit de nouvelles images qui ont durablement marqué les esprits.
    Pour W.J.T Mitchell, ce qu'il s'agit de comprendre, c'est l'entrelacement formé par les événements et les images : laisser un instant de côté la signification des images, leur pouvoir ou les idéologies qu'elles véhiculent, examiner la manière dont les images produites durant la "guerre contre le terrorisme" ont fabriqué des réalités et des affects politiques. En un mot, prendre les images au sérieux.
    Depuis le 11 Septembre, le terrorisme est devenu indissociable du paradigme du clonage, et la reproductibilité infinie des images a donné naissance à la figure du terroriste clone, anonyme, insaisissable, innombrable, capable de semer la terreur partout et à tout moment. La "clonophobie" contemporaine est à la fois nouvelle et ancienne : nouvelle, parce que la peur du terrorisme s'inscrit pleinement dans notre "âge biocybernétique", défini par l'image numérique et les nouveaux médias ; ancienne, parce que la clonophobie est une forme d'iconophobie, vieille peur d'une copie douée d'une âme et d'une vie propre.
    Cloning Terror, en explorant les différents avatars de cette "image vivante" ressuscitée, s'acquitte magistralement de son principal objectif : poser les bases d'une iconologie du présent.

  • Quand lire c'est faire ; l'autorité des communautés interprétatives

    Stanley Fish

    • Prairies ordinaires
    • 27 Octobre 2007

    Stanley fish n'est pas seulement le modèle du célèbre morris zapp, héros des satires universitaires du romancier david lodge. il est l'un des plus grands théoriciens littéraires du second xxe siècle, à l'égal de barthes et derrida. pragmatiste roublard, provocateur policé, il n'a cessé en quarante ans de susciter la polémique.

  • Géographie de la domination

    David Harvey

    • Prairies ordinaires
    • 5 Mars 2008

    Depuis la fin du xviiie siècle, la logique d'accumulation du capital a bouleversé les équilibres économiques et politiques mondiaux, les rapports de force et de domination, la technique et le travail, la production des richesses et les manières de les consommer...
    Ceci appartient à l'histoire du capitalisme ; ce qui intéresse david harvey, c'est aussi sa géographie : le pouvoir de détruire ou de construire, de façonner les espaces, de s'approprier la terre, de reconfigurer le visage des villes, de modifier en profondeur l'urbanisme et l'architecture, de changer notre rapport au temps et à l'espace. dans ce livre, david harvey nous montre à quel point le capitalisme mondialisé est marqué par la nécessité - pour acquérir de nouvelles rentes de monopoles - d'encourager la production de singularités culturelles locales.
    Ainsi peut-on lire par exemple les principales reconfigurations urbanistiques et architecturales de ces dernières années. il s'attache aussi, dans un texte majeur, à y définir une " géopolitique du capitalisme ", en montrant comment la logique d'accumulation du capital l'oblige à trouver des solutions spatiales aux contradictions qui le minent.

  • Le complexe art-architecture

    Hal Foster

    • Prairies ordinaires
    • 5 Juin 2015

    Avec Le Complexe art-architecture, Hal Foster approfondit la réflexion sur les mutations de la culture entamée dans Design & crime. Si cet ouvrage décrivait l'omniprésence du design dans le monde contemporain, l'auteur déplace ici la focale pour interroger la fin des séparations entre art et architecture qui caractérisaient le modernisme. Non seulement les interactions entre ces deux médiums se sont multipliées depuis une trentaine d'années, sous la forme de citations, d'emprunts, voire de fusion pure et simple (land art, installations, par exemple), mais elles sont devenues si profondes que l'on peut désormais parler de "complexe artistico-architectural". Ainsi, intrigué par la récente émergence d'un "style global" en architecture (dont Richard Rogers, Renzo Piano, Norman Foster, et bien sûr Frank Gehry sont les principaux représentants), Hal Foster explique que le bâtiment fonctionne désormais sur un mode iconographique : soulignant la spécificité du lieu où il est bâti, il est en même temps un symbole destiné à une consommation mondiale.

  • Le retrait de la tradition suite au désastre démesuré

    Jalal Toufic

    • Prairies ordinaires
    • 16 Mars 2011

    Après des décennies de guerres, de destructions, d'occupations, le monde arabe apparaît comme un monde en ruines.
    Mais comme le montre Jalal Toufic, il y a des ruines qui résistent aux reconstructions, les ruines immatérielles qui résultent de " désastres démesurés ". Pour l'auteur, cette notion renvoie au premier chef aux nombreuses années de guerre qui ont ravagé le Liban, mais elle désigne plus généralement les atrocités du XXe siècle, le génocide rwandais, ou encore la Shoah. Si l'artiste a effectivement pour tâche de dire le désastre démesuré et de le présenter à la communauté, il ne peut être le porte-parole des morts : il lui faut au contraire ressusciter le " non-mort ", et amener la communauté à prendre conscience de son objet perdu.
    Contrairement aux apparences, il n'y a dans ce geste nulle trace de nostalgie, nul désir de retour à une origine ou à une tradition authentique, la tradition s'est retirée pour de bon. L'artiste se situe ainsi dans un espace ontologiquement indéfini, le mince interstice séparant la mort de la vie. La célèbre phrase d'Hiroshima, mon amour revient sans cesse comme un leitmotiv : " Tu n'as rien vu à Hiroshima.
    " Moyen de poser le problème du témoignage, et d'interroger la représentabilité du désastre démesuré, qui marque, par définition, une coupure radicale, et détruit tout rapport avec le passé. A travers une analyse essentiellement fondée sur la photographie et le cinéma (mais qui convoque également la théologie), Jalal Toufic nous offre une réflexion rare sur les pouvoirs de l'art et sur sa fonction politique, faisant écho à des auteurs comme Maurice Blanchot, Jacques Derrida, ou Georges Didi-Huberman.

  • Design et crime

    Hal Foster

    • Prairies ordinaires
    • 4 Avril 2008

    Compte-rendu polémique des rapports incestueux qu'entretiennent la culture et le capitalisme contemporains, cet ouvrage s'intéresse plus particulièrement aux évolutions récentes du statut culturel du design et de l'architecture, ainsi que de l'art et de la critique, en occident.
    Avec l'avènement de l'économie post-fordiste, de ses produits ciblés et de ses marchés de niche, nous vivons dans un circuit sans fin de production et de consommation. dans ce nouvel ordre des choses, l'étalage ou l'exposition (display) joue un rôle essentiel, ainsi que le design et l'architecture. certaines des idées de la culture critique ont en revanche perdu de leur force et de leur substance.
    A tel point qu'on peut se demander si le " sujet construit " du postmodernisme n'est pas devenu le " sujet design " du consumérisme. et si le champ étendu de l'art de l'après-guerre ne s'est pas transformé en espace administré du design contemporain. s'attacher à montrer le lien entre les formes culturelles et discursives, d'une part, et les forces sociales et technologiques, de l'autre - et les périodiser afin de souligner les singularités d'ordre politique propres au monde d'aujourd'hui - est la principale ambition de ce livre.
    Mais au-delà des possibilités critiques du temps présent, c'est bien " une insatiable prédilection pour l'alternative ", qu'il s'agit de promouvoir.

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