Langue française

  • Dans ce nouvel essai, Francis Dupuis-Déri propose une réflexion inédite. Il présente de manière dynamique la lutte entre l'agoraphobie et l'agoraphilie en politique, soit entre la haine et l'amour de la démocratie directe.
    Il révèle les arguments et les manoeuvres des adversaires de la démocratie directe, ceux qui, dans les classes dominantes ont un réel mépris, une véritable peur des rassemblement populaires.
    D'autre part, il illustre que le peuple assemblé à l'agora pour délibérer (le dêmos) peut se muer en peuple qui descend dans la rue pour manifester, voire pour s'insurger (la plèbe). D'où la peur des assemblées populaires et l'interdiction de certains rassemblements à travers l'histoire. Et d'où l'importance de penser la révolution.

  • Jean-Marc Piotte dresse une cartographie conceptuelle de l'oeuvre du philosophe italien Antonio Gramsci. L'intérêt de Gramsci, en son temps, pour la culture de masse et pour le rôle central des intellectuels dans la médiation entre l'Etat, la société civile et le marché, font de ce philosophe humaniste et généreux, un penseur de notre modernité. Au coeur ses écrits, il y a cette idée que l'organisation de la culture est "organiquement" liée au pouvoir dominant. Ce qui définit les intellectuels, ce n'est pas tant le travail qu'ils font que le rôle qu'ils jouent au sein de la société; cette fonction est toujours, plus ou moins consciemment, une fonction de "direction" politique exercée par les dominants.

  • Dans l'État d'Israël, l'histoire des Juifs-arabes a été confisquée par les métarécits sionistes.
    L'opposition qui passe pour naturelle entre les Juifs et les Arabes, associée à une dépréciation qui vise les Arabes, est régulièrement instrumentalisée par les pouvoirs politiques. Les implications sociales et politiques de cette offensive font l'objet d'un important corpus d'écrits méconnus en France, qui sont en grande partie redevables à l'important travail de défrichage réalisé par Ella Shohat.
    Ce recueil regroupe quatre textes essentiels et représentatifs de sa pensée, pour une meilleure compréhension de l'histoire politique et des aspects méconnus de la colonisation israélienne, mais aussi pour enrichir la boîte à outils de quiconque cherche à déconstruire les polarisations françaises.

  • Le mot « démocratie » est si populaire que toutes les forces politiques s'en réclament. Quelle surprise, alors, de constater que les « pères fondateurs » des « démocraties modernes » associaient cette idée au chaos, à la violence et à la ­tyrannie des ­pauvres ! Comment expliquer un tel revirement de sens ?

    En plongeant dans les discours du passé aux États-Unis et en France, l'auteur dévoile une étonnante aventure politique, où s'affrontent des personnalités et des forces sociales qui cherchent à contrôler les institutions des régimes fondés à la fin du xviiie siècle. S'appuyant sur divers pamphlets, manifestes, ­déclarations ­publi­ques, articles de journaux et lettres personnelles, ce récit révèle une manipulation politique par les élites, qui ont petit à petit récupéré le terme « démocratie » afin de séduire les masses.

    Deux siècles plus tard, alors que la planète entière semble penser que ­« démocratie » (le pouvoir du peuple) est synonyme de « régime électoral » (la délégation du pouvoir à un petit groupe de gouvernants), toute expérience d'un véritable pouvoir populaire (délibérations collectives sur les affaires communes) se heurte toujours au mépris des élites.

  • Dans l'histoire du travail, les femmes ont joué un rôle méconnu, voire ignoré, par la plupart des historiens et sociologues. Quelques historiennes, au cours des dernières décennies, se sont employées à pallier ce manque. Se nourrissant de leurs travaux, Rolande Pinard propose ici une analyse sociohistorique de l'activisme des travailleuses ayant contribué, dans le mouvement ouvrier, à élaborer le sens social-politique du travail. Richement documentée, cette recherche soutient que, de leur solidarité initiale avec les travailleurs, les travailleuses ont progressivement été marginalisées dans les formes de syndicalisme qui ont suivi. En bout de ligne, l'émancipation par le travail a quasi exclusivement été le lot des hommes, qui ont bénéficié des institutions (comme le syndicalisme) construites par les luttes ouvrières, sociales et politiques.

    Soulignant l'aspect pluridimensionnel de la formation de la classe ouvrière, Rolande Pinard rappelle que comprendre le travail d'un point de vue critique implique de tenir compte de ses différents agents à travers les périodes historiques de transformation du capitalisme.

  • L n'est pas courant de considérer sa résidence d'abord et avant tout comme une marchandise intrinsèquement liée à l'économie capitaliste. Pourtant, ce chez-soi dont on a tant rêvé, et auquel on a finalement accès, a été construit puis mis en vente ou en location par des entreprises capitalistes, sur un marché qui s'adresse à des consommateurs dont le pouvoir d'achat provient lui-même d'un autre marché, celui du travail. Et, comme l'a démontré la crise de 2008, le marché de l'immobilier peut subir des bouleversements considérables, affectant de manière drastique l'économie et la société dans son ensemble.

    Dans cet ouvrage, Louis Gaudreau entreprend d'illustrer le caractère évolutif de la relation entre capitalisme et logement, en retraçant l'histoire de ses trois principaux protagonistes : le promoteur, la banque et le rentier. Car même si le marché de l'habitation fait depuis longtemps partie intégrante du capitalisme, il n'est plus le même qu'au xixe siècle ou qu'il y a trente ans. Il s'appuie désormais sur des logiques financiarisées qui en modifient le fonctionnement. Cette tendance impose de nouvelles conditions au développement du logement et à ses usages, qui révèlent à leur tour la façon dont se pose aujourd'hui la question du droit au logement.

  • Le mythe bolchevik est épuisé. Seuls de sinistres régimes et quelques sectes, accrochés aux emblèmes, rituels et formules desséchées, continuent aujourd'hui d'en faire une référence identitaire. À quoi bon alors en parler encore ?

    Le refoulement de cette histoire risquerait de nous aveugler sur la persistance de pratiques directement héritées du bolchevisme : verticalisme ouvert ou occulte au profit d'un leader, culte de l'État-nation, obsession de la prise du pouvoir par l'insurrection, refus de la démocratie et de l'autonomie des formes d'auto-organisation, autant d'éléments qui forment ce qu'il faut appeler « l'ombre d'Octobre ».

    La prise du pouvoir par les bolcheviks a été une catastrophe pour le mouvement ouvrier et pour l'histoire même de l'émancipation. Elle doit être mieux comprise dans sa logique profonde. Du Parti souverain à l'État national, il y a en effet continuité : le bolchevisme a été la culmination fanatique et délirante de la doctrine occidentale de la souveraineté de l'État.

    Tournant le dos à ce communisme d'État, une politique du commun s'invente aujourd'hui qui renoue avec d'autres expériences révolutionnaires et met en oeuvre le principe démocratique de l'autogouvernement.

  • De ses débuts avec Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967) et Éden, Éden, Éden (1970), véritables réquisitoires mettant en cause le pouvoir colonial français, jusqu'à sa récente trilogie autobiographique (Coma, 2006 ; Formation, 2007 ; Arrière-fond, 2010) qui témoigne d'une sensibilité à toutes les formes de domination sociale, l'ensemble du travail de Pierre Guyotat est caractérisé par une préoccupation constante pour le politique.
    Ce livre propose une réflexion sur le couple littérature et politique et pose la question de ce que peut la littérature. L'auteur tente ainsi de déjouer les discours sur la fin de la littérature et de l'histoire, qui sont les deux faces d'une même médaille.

  • Dans le contexte actuel où s'enchaînent toujours plus brutalement des crises économiques majeures provoquées par les formes financiarisées de la valeur-capital, c'est à une refondation du système économique qu'appelle François Morin.
    Il s'agit, pour passer de la «valeur-capital» à une «valeur-travail» ainsi affranchie, d'entamer une réelle démarche «d'économie politique» et faire une synthèse de Marx et des premiers penseurs du capitalisme moderne, de Keynes et des institutionnalistes contemporains.
    Les défis intellectuels, politiques et moraux d'aujourd'hui sont immenses. Pour y faire face, ce livre propose d'explorer les gestes de refondation économique et politique que citoyens et responsables politiques devraient être appelés à poser: refonder le travail, la monnaie, la démocratie.

  • Alors que la rupture entre la «gauche» et le socialisme est officiellement consommée et que la première est redevenue une forme de libéralisme, l'hégémonie du bloc populiste-néolibéral semble inexpugnable. Seule la relance d'un programme socialiste, à gauche de la «gauche» libérale, permettrait de le défaire, mais non sans un examen préalable des hypothèses fondatrices du socialisme.
    Par un retour aux propositions philosophiques qui sont à la base de la pensée socialiste, notamment formulées par Hegel, Franck Fischbach définit un socialisme conscient de la rationnalité du social, un socialisme de coopération entre égaux dont la tradition n'a été épuisée ni par l'État social, ni par le socialisme «réel», loin de là.

  • Qu'est-ce que le capitalisme ? Cette question, l'histoire la pose chaque fois que ce système entre en crise, étalant au grand jour ses absurdités.
    Pour y répondre, il faut en comprendre les origines. Voilà ce que propose Ellen Meiksins Wood dans cet ouvrage d'une actualité brûlante. Personne ne niera que le capitalisme a permis à l'humanité d'accomplir des avancées notables sur le plan matériel. Mais il est devenu aujourd'hui manifeste que les lois du marché ne pourront faire prospérer le capital qu'au prix d'une détérioration des conditions de vie d'une multitude d'individus et d'une dégradation de l'environnement partout dans le monde.
    Il importe donc plus que jamais de savoir que le capitalisme n'est pas la conséquence inévitable des échanges commerciaux et marchands que l'on retrouve dans presque toutes les sociétés humaines. Le capitalisme a une histoire très singulière et un lieu de naissance bien précis : les campagnes anglaises du XVIIe siècle. En rappelant cette origine, essentiellement politique, Ellen Meiksins Wood propose une définition limpide des mécanismes et des contraintes qui font la spécificité du capitalisme.

  • Ce recueil décrit le travail théorique de neuf penseurs marxistes qui ont marqué les dernières décennies. Malgré un certain degré d'homogénéité, le corpus couvert par le présent ouvrage est hétérotemporel et ne se limite pas à un pays ou à une discipline. Les champs ou les disciplines au sein desquels évoluent les auteurs présentés les amènent à aborder des problématiques en s'inscrivant dans les rapports de force d'une tradition théorique et d'une société particulière. Le travail de synthèse et d'interprétation accompli ici vise à offrir au public francophone un outil pour aborder les dynamiques du marxisme anglo-saxon contemporain.

  • Nous vivons depuis quelques décennies une privatisation et une atomisation du social, qui instituent les individus en concurrents, les appauvrit et leur fait perdre le véritable sens du social: la coopération. Cette désintégration de la vie en société ouvre la voie à la politique «identitaire», et pousse les philosophes à abandonner théorie sociale depuis une trentaine d'années. Or il est urgent de refaire le social, et cela est rendu possible par nombre de pratiques économiques engagées sur le chemin de cette reconquête. Ces pratiques sont des puissances de la coopération que la philosophie peut contribuer à déployer en mettant fin au mépris du social qui règne aussi chez elle, en rappelant, à la suite de Dewey, «la valeur du social en tant que catégorie» de la pensée.

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