Sciences politiques & Politique

  • Dans ce nouvel essai, Francis Dupuis-Déri propose une réflexion inédite. Il présente de manière dynamique la lutte entre l'agoraphobie et l'agoraphilie en politique, soit entre la haine et l'amour de la démocratie directe.
    Il révèle les arguments et les manoeuvres des adversaires de la démocratie directe, ceux qui, dans les classes dominantes ont un réel mépris, une véritable peur des rassemblement populaires.
    D'autre part, il illustre que le peuple assemblé à l'agora pour délibérer (le dêmos) peut se muer en peuple qui descend dans la rue pour manifester, voire pour s'insurger (la plèbe). D'où la peur des assemblées populaires et l'interdiction de certains rassemblements à travers l'histoire. Et d'où l'importance de penser la révolution.

  • Le paradigme hégélien de la reconnaissance, admirablement critiqué par Fanon dans l'oeuvre phare à laquelle ce livre de rend hommage, est aujourd'hui évoqué sous sa forme libérale dans les débats entourant l'autodétermination des peuples autochtones d'Amérique du Nord. Politologue et militant, membre de la nation Dené du Nord-Ouest du Canada, l'auteur reprend ici la critique fanonienne et démontre en quoi cette reconnaissance ne fait que consolider la domination colonialiste. Il appelle à redéployer les pratiques culturelles autochtones sur la base de l'autodétermination, seule voie vers le décolonisation. Penseur marxiste, Coulthard signe ici un véritable traité de lutte décoloniale et anticapitaliste.

  • On peut qualifier d'impérial un mode de vie et de production fondé sur l'exploitation de la nature et de travailleurs de partout dans le monde ainsi que sur l'externalisation des conséquences sociales et écologiques de cette exploitation. Perçu comme une normalité, le mode de vie impérial repose sur la destruction et nécessite un «ailleurs». Les habitants de cet ailleurs, les «autres», sont tenus de s'abstenir d'en réclamer leur part. Brand et Wissen cherchent à comprendre pourquoi cette normalité apparente correspond à une époque où les problèmes et les crises s'intensifient et se chevauchent et affirment la nécessité de mettre en oeuvre des solutions de rechange radicales.

  • Jean-Marc Piotte dresse une cartographie conceptuelle de l'oeuvre du philosophe italien Antonio Gramsci. L'intérêt de Gramsci, en son temps, pour la culture de masse et pour le rôle central des intellectuels dans la médiation entre l'Etat, la société civile et le marché, font de ce philosophe humaniste et généreux, un penseur de notre modernité. Au coeur ses écrits, il y a cette idée que l'organisation de la culture est "organiquement" liée au pouvoir dominant. Ce qui définit les intellectuels, ce n'est pas tant le travail qu'ils font que le rôle qu'ils jouent au sein de la société; cette fonction est toujours, plus ou moins consciemment, une fonction de "direction" politique exercée par les dominants.

  • Dans l'État d'Israël, l'histoire des Juifs-arabes a été confisquée par les métarécits sionistes.
    L'opposition qui passe pour naturelle entre les Juifs et les Arabes, associée à une dépréciation qui vise les Arabes, est régulièrement instrumentalisée par les pouvoirs politiques. Les implications sociales et politiques de cette offensive font l'objet d'un important corpus d'écrits méconnus en France, qui sont en grande partie redevables à l'important travail de défrichage réalisé par Ella Shohat.
    Ce recueil regroupe quatre textes essentiels et représentatifs de sa pensée, pour une meilleure compréhension de l'histoire politique et des aspects méconnus de la colonisation israélienne, mais aussi pour enrichir la boîte à outils de quiconque cherche à déconstruire les polarisations françaises.

  • Le mot « démocratie » est si populaire que toutes les forces politiques s'en réclament. Quelle surprise, alors, de constater que les « pères fondateurs » des « démocraties modernes » associaient cette idée au chaos, à la violence et à la ­tyrannie des ­pauvres ! Comment expliquer un tel revirement de sens ?

    En plongeant dans les discours du passé aux États-Unis et en France, l'auteur dévoile une étonnante aventure politique, où s'affrontent des personnalités et des forces sociales qui cherchent à contrôler les institutions des régimes fondés à la fin du xviiie siècle. S'appuyant sur divers pamphlets, manifestes, ­déclarations ­publi­ques, articles de journaux et lettres personnelles, ce récit révèle une manipulation politique par les élites, qui ont petit à petit récupéré le terme « démocratie » afin de séduire les masses.

    Deux siècles plus tard, alors que la planète entière semble penser que ­« démocratie » (le pouvoir du peuple) est synonyme de « régime électoral » (la délégation du pouvoir à un petit groupe de gouvernants), toute expérience d'un véritable pouvoir populaire (délibérations collectives sur les affaires communes) se heurte toujours au mépris des élites.

  • L'égoïsme est généralement vu comme le moteur de la théorie de l'économie libérale, mais le philosophe deleuzien Brian Massumi suggère que le néolibéralisme est plutôt ancré dans des interactions complexes entre raison et affects. Il démontre que les tendances affectives des individus résonnent entre elles à des niveaux infra-individuels et transindividuels. Les manifestations de cette dimension inconsciente des événements sociaux et politiques contredisent l'équation traditionnelle qui lie les émotions à l'irrationnel. S'inspirant de David Hume, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Niklas Luhman et de l'étude de l'inconscient, Massumi nous invite à repenser la relation entre le choix rationnels et l'affect, et à réévaluer le rôle de la compassion dans les questions politiques et économiques.

  • Alors que la rupture entre la «gauche» et le socialisme est officiellement consommée et que la première est redevenue une forme de libéralisme, l'hégémonie du bloc populiste-néolibéral semble inexpugnable. Seule la relance d'un programme socialiste, à gauche de la «gauche» libérale, permettrait de le défaire, mais non sans un examen préalable des hypothèses fondatrices du socialisme.
    Par un retour aux propositions philosophiques qui sont à la base de la pensée socialiste, notamment formulées par Hegel, Franck Fischbach définit un socialisme conscient de la rationnalité du social, un socialisme de coopération entre égaux dont la tradition n'a été épuisée ni par l'État social, ni par le socialisme «réel», loin de là.

  • Qu'est-ce que le capitalisme ? Cette question, l'histoire la pose chaque fois que ce système entre en crise, étalant au grand jour ses absurdités.
    Pour y répondre, il faut en comprendre les origines. Voilà ce que propose Ellen Meiksins Wood dans cet ouvrage d'une actualité brûlante. Personne ne niera que le capitalisme a permis à l'humanité d'accomplir des avancées notables sur le plan matériel. Mais il est devenu aujourd'hui manifeste que les lois du marché ne pourront faire prospérer le capital qu'au prix d'une détérioration des conditions de vie d'une multitude d'individus et d'une dégradation de l'environnement partout dans le monde.
    Il importe donc plus que jamais de savoir que le capitalisme n'est pas la conséquence inévitable des échanges commerciaux et marchands que l'on retrouve dans presque toutes les sociétés humaines. Le capitalisme a une histoire très singulière et un lieu de naissance bien précis : les campagnes anglaises du XVIIe siècle. En rappelant cette origine, essentiellement politique, Ellen Meiksins Wood propose une définition limpide des mécanismes et des contraintes qui font la spécificité du capitalisme.

  • Il semble évident de nos jours que l'hégémonie américaine ne compte pas s'affirmer par la construction d'un empire colonial. Pourtant, la puissance militaire des Etats-Unis est la plus importante et la plus redoutable que le monde ait jamais connue. Comment expliquer ce paradoxe ? En rappelant l'histoire des grands empires (britannique, chinois, espagnol, etc), qui furent à la fois des empires territoriaux et commerciaux, Ellen Meiksins Wood montre la nature singulière de l'impérialisme américain qui, lui, ne repose pas sur les conquêtes territoriales. Son projet, rendu possible par le capitalisme, est celui d'une domination économique mondialisée, administrée localement par des Etats souverains, mais protégée par la puissance militaire des Etats-Unis. L' "empire du capital", explique la politologue, débouche ainsi sur ce paradoxe: tout indifférent qu'il soit à la conquête du monde, il a mis en place la monstrueuse machinerie militaire américaine, dont l'existence est d'autant plus troublante qu'elle est sans objet déterminé.

  • Depuis 1967, c'est la seconde qui est l'unité de base du temps social contemporain. Dissocié des mouvements célestes, le temps atomique globalisé sur lequel reposent entre autres les infrastructures militaires, la finance globalisée, les structures politiques et les réseaux de communication correspond à un nombre précis de périodes de radiations de l'atome de césium 133.

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