Eclat

  • à présent je n'ai pas Nouv.

    À l'image de la maison en chantier de sa rue qui semble « sans cesse / aller se détruisant », la maison du poète, celle de sa vie, celle de son oeuvre, « est toujours ruine ». « À présent je n'ai pas - n'ai que la poésie », écrit Avot Yeshurun au seuil du plus grand dépouillement. Mais « Pas le vers ni le mètre, ni les choses. / Pas les choses qui sont dans la poésie / ni la poésie qui est dans les choses ». De la poésie elle-même, il ne reste donc plus que l'âme, soit le son originel de la parole qui, à l'aube de la mort, semble littéralement enfanter à nouveau Yeshurun, lequel ose écrire dans le dernier vers de ses deux ultimes poèmes : « je serai né », et « à la mort Yah ne m'a pas livré ».

  • L'oeuvre - comme la vie - d'Avrom Sutzkever est exemplaire à plus d'un titre. Elle traverse le siècle et porte l'espoir paradoxal de la poésie qui, en plusieurs occasions, lui a littéralement sauvé la vie, quand, ayant dû traverser un champ de mines sous la neige dans la forêt de Narotch, il a accordé ses pas au rythme d'un poème récité à voix basse. C'est également avec la poésie qu'il affrontera la ville secrète des égouts de Wilno et la mort d'un enfant, et c'est avec la poésie qu'il renaîtra sur la terre spirituelle de sa langue, le yiddish, flammèche vacillante sur une bougie orpheline, qu'il gardera vissée au corps. Figurent dans cette anthologie des poèmes de tous ses ouvrages publiés, depuis Sibérie (1936) jusqu'à Murs effondrés (1996), et si une partie importante est consacrée à l'écriture quotidienne du ghetto et de sa résistance, l'ensemble de près de 400 poèmes en vers et prose, extraits de 22 recueils, résonne au-delà de la seule réalité politique à laquelle Sutzkever fut confronté. On peut parler alors d'un véritable engagement poétique visant à garder mémoire des visages et des mots de ceux que la barbarie a voulu effacer, les inscrivant en lettres plus éternelles que le temps dans le livre de la vie.

  • L'oeuvre narrative de yehuda amichaï (1924-2000) est contaminée par sa poésie, et dans les six nouvelles publiées ici, l'intrigue bascule dans un univers aux limites extrêmes de la réalité.
    La vie, alors, est bel et bien un songe, pour ce soldat de la bataille sur la colline, ou ces amants d'un amour à l'envers, ou les étranges amis de l'orgie. comme le songe des morts successives d'un père au fil du temps, comme le songe de cette neige qui tombe sur jérusalem pour que les aveugles puissent la voir telle que nous la voyons : lisse et blanche, au regard du piéton de la " venise de dieu " qu'a été amichaï.

  • Ces Lettres ont été écrites au printemps 2020 avant et pendant le confinement. Elles ont été échangées d'une bicoque à l'autre distantes de quelques centaines de mètres sur un chemin de pierres.
    L'idée de cette correspondance entre deux personnes qui vivent ensemble depuis plus de 40 ans nous est venue après plus d'une année passée à l'écart de bien des choses pour concentrer notre attention sur les souvenirs et les amitiés lointaines qui nous ont accompagné tout le temps de ce confinement volontaire, et qui nous a semblé le frein d'urgence indispensable à l'usage que nous pensions faire de nos vies. Les événements nous ont rejoints dans cet isolement et l'ont rendu contraint, si bien que les lettres ont pris aussi un autre tour, sans pour autant nous détourner de notre projet de départ.

  • "Un berger arabe cherche sa brebis sur le Mont Sion, et sur le mont d'en face je cherche mon enfant.
    Un berger arabe et un père juif dans leur double échec provisoire" écrit Amichai dans l'un des poèmes de cette anthologie qu'il a lui-même réalisé, piochant dans son oeuvre, parmi les plus riches de la poésie israélienne contemporaine, les poèmes qui illustrent le mieux cette complexité de la ville au coeur des combats et des espoirs de chacun, laissant en héritage à des générations nourries de sa poésie la tâche, difficile, d'écrire à sa suite : « En ce beau jour d'automne, /je fonde, /à nouveau, Jérusalem. /Les rouleaux de sa fondation/ volent en l'air:/ oiseaux, pensées.».

  • A partir du jour où, du fait des lois raciales anti-juives, le père de l'auteur est renvoyé de l'Orchestre de la Radio Diffusion italienne où il était violoniste, l'enfance d'Aldo Zargani se déroulera dans un en-deçà du temps fait de déménagements à la sauvette, errances tragi-comiques d'une ville à l'autre, d'une logeuse à l'autre, d'une cache à l'autre, sans que jamais l'espoir de retrouver la lumière ne soit perdu. "Sept ans de malheur" dans la vie d'un enfant, dont l'auteur porte la marque et qu'il relate pourtant avec une verve et une pudeur qu'on a comparées à celles d'un Federico Fellini aux prises avec sa propre enfance dans l'Italie fasciste. Premiers émois amoureux, premières peurs, premiers enthousiasmes et toujours l'amour de ses proches comme mot de passe pour échapper aux situations les plus tragiques. Récompensé par plusieurs prix littéraires lors de sa parution en Italie Pour violon seul a été également traduit en anglais (USA), en allemand et en espagnol, avec chaque fois un succès retentissant.

  • Libera nos a malo

    Luigi Meneghello

    Libera nos a malo (« Délivrez-nous du mal») (1963) est le roman du pays de Malo (Vénétie), des années 1920 jusqu'à l'après-guerre. Mosaïque de récits drolatiques d'une enfance italienne sous le fascisme, bribes de fictions et d'épopées autobiographiques, digressions philologiques et burlesques sur la religion, les courses de bicyclettes, l'amitié, les petites amoureuses ou la mort, le livre nous révèle une Italie disparue dont le héros est la langue. Cette langue minuscule de Malo, dont l'extraordinaire richesse vient télescoper l'italien officiel des instances de pouvoir et dire l'universalité des récits de l'enfance et du souvenir.

    Luigi Meneghello est une figure à part dans la littérature italienne. Tellement à part que son oeuvre n'a fait l'objet que de rares traductions, alors qu'elle est désormais considérée en Italie comme 'classique', à l'égal de celle d'un Pavese, d'un Gadda ou d'un Fenoglio. Né à Malo dans la province de Vicence en 1922, Meneghello a émigré en Angleterre à partir de 1948, où il a enseigné la littérature italienne à l'Université de Reading jusqu'en 1980. Puis il a partagé son temps entre sa région natale et la Grande-Bretagne, jusqu'à sa disparition en juin 2007. Son deuxième livre, Les petits maîtres (1964 ; tr. fr. Calmann-Lévy, 1965), a été porté à l'écran par Daniele Luchetti en 1997.

  • 12 méditations

    Jan Erik Vold

    Un arbre reste là à attendre que personne ne vienne, que la pluie se mette à tomber, que la chlorophylle fasse son travail. Un arbre reste là à deviner les pensées du vent sans jamais savoir ce que fait le vent. Comblé par son propre corps. Reste là à faire tourner son ombre au vent et au soleil. Refl ète le tic-tac de l'horloge cosmique sans avoir dit le moindre mot. L'arbre et son frère le non-arbre découpés dans du carton sur la terre où nous vivons. À l'étage du dessous les racines tètent l'obscur. Le vent est un alphabet dis pa ru. Le non-arbre répond : tu es, car tu retiens ce que promet la lumière. Qu'en est-il de moi qui ne retiens rien? Qui ne connais la di. érence entre être et avoir été ? Les racines s'a. airent dans l'encrier de l'obscur.

  • En électronique la bande passante désigne le volume d'informations transporté d'un point à un autre en une seconde. À travers les lettres électroniques d'une mère et son fils, deux écritures et deux générations se répondent comme en un cadavre exquis. Les lettres parlent de l'éloignement réel et de la proximité fictive, des images démultipliées qui se substituent à la réalité des choses ou des amitiés comptabilisées qui constituent le spectacle de notre société concentré désormais dans un écran 5 pouces. Comme les bandes passantes d'une transmission électronique dont la qualité dépend du bruit qui les perturbe ou les enrichit, les lettres parlent du monde alentour et des aspirations et souvenirs intimes ou littéraires d'un monde ancien qu'a balayé le nouvel ordre électronique mondial.

  • Deuxième volet de la trilogie de Jan Erik Vold, inauguré par les 12 méditations, publiées l'année dernière. Poésie minimaliste comme les paysages enneigés d'une Norvège disparue.
    Omniprésence du blanc, érotisme pudique d'une enfance dans la neige. La poésie de Vold est au quotidien.

  • D'un noir illimité est le roman d'une époque des amitiés extrêmes, de l'explosion d'une violence jusqu'alors contenue, de la construction d'un monde à coups de destructions.
    Dans cette histoire entre Arthur, Nell, Sam, Dita et quelques autres, que reste-t-il, près de 40 ans plus tard, de ces «années 70» qu'on croyait de 'liberté', alors que chacun, à sa manière, s'est tenu radicalement à l'écart du spectacle des apparences? Quelle place accorde-t-on dans ce monde d'aujourd'hui à ces ironiques intempestifs que la vie a dispersés? Quel regard portent-ils sur une jeunesse qui a repris toute leur panoplie, sans leurs espérances ? Ne sont-ils pas condamnés, comme Arthur le saxophoniste devenu aveugle, à la Vie des termites, dans quelque «trou des Buttes Chaumont»?

  • Une amitié poétique Nouv.

    Faire se retrouver dans un même volume le poète de Grado Biagio Marin (1891-1985), connu de quelques initiés et dont l'oeuvre en dialecte semble être aussi infinie que la lagune qui fait face à la ville, et Pier Paolo Pasolini (1922-1975), célébré dans le monde entier comme l'horizon d'un siècle dont il fut l'icône pourfendue, est de l'ordre du naturel. Un naturel toutefois paradoxal. Ces deux hommes, que plus de trente années séparent, furent amis. Amis de poésie, comme on l'est de l'enfance, passée pour l'un et pour l'autre dans ces régions des Trois Vénéties, à une époque où la langue était encore attachée au paysage.
    Aux 6 essais inédits de Pasolini sur Marin, font suite 2 recueils de Marin, l'un édité par Pasolini, l'autre écrit au lendemain de sa mort en 1975. Poèmes en bilingue.

  • Berlin, mémoire pendant les travaux raconte la trajectoire d'une femme dans quelques rues de Berlin au cours de l'été 2003. À sa mémoire incertaine se mêle la mémoire de la ville bouleversée par les transformations incessantes des tracés de rues et des bâtiments depuis la réunification en 1989. Aux images du Berlin contemporain viennent aussi se superposer des visions du Berlin de Moïse Mendelssohn (XVIIIe) dans les traces infimes ou reconstituées de cette époque. Cette errance méticuleuse d'un jour est une magnifique initiation littéraire au chaos berlinois tel qu'il a pu exister pendant quelques années après la chute du mur.

  • Photographe du détail et l'infiniment petit, Elina échappe par hasard à un attentat qui soufflera l'immeuble où elle habitait à Tel-Aviv.
    La vie sauve, elle perd pourtant le fil d'une existence qui l'avait menée jusqu'au seuil ultime de cette Méditerranée problématique. Personnages, lieux, époques se juxtaposent dans sa mémoire comme les îles d'un archipel vertical dont elle photographie les contours. La ville devient alors le personnage central autour duquel gravitent un poète qui porte encore le deuil d'une fille disparue, un médecin, fils d'un juif allemand et d'une Arabe de Haifa, une jeune colombienne rencontrée dans un bar ou les souvenirs d'amis disparus.

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