Sergio Ferro

  • Dessin/chantier

    Sergio Ferro

    • La villette
    • 18 Novembre 2005

    La figure de l'architecte issue de la Renaissance repose sur la séparation du savoir et du faire, de l'artisanat et de l'art mais dans le même temps apparaissent les indices d'une rupture profonde inaugurée par le capitalisme naissant et reproduit depuis quels que soient les régimes ou pays. Ainsi, Dessin/Chantier, c'est en finir avec la bienséante trilogie vitruvienne (utilitas, firmitas, venustas), c'est voir autrement le monde et saisir comment se produit la valeur dans un monde dominé par la marchandise qui se saisit même de l'espace.
    Le propos tranche par son approche idéologique à l'opposé du libéralisme actuel. L'auteur est marqué par les luttes des années 60 au Brésil, son pays d'origine, par la violence faite aux ouvriers bâtissant Brasilia, humbles paysans affamés, déportés sur ce site ingrat et abjectement exploités. Son propos s'en ressent, parfois difficile, oscillant entre ombre et clarté. Mais il faut lire Dessin/Chantier avec l'application du maçon qui trace au cordeau, avoir l'oeil du charpentier, saisir la coupe du verrier et avoir éprouvé l'endurance du manoeuvre.
    Alors le voici parti à la recherche d'une autre pratique de l'architecture et de son édification, une pratique heureuse passant par un changement radical des rapports de production. Une pratique non hiérarchisée et non spécialisée qui encourage l'autonomie, le savoir collectif, le perfectionnement dans l'expérimentation. Loin des pratiques narcissiques et de l'affirmation ostentatoire des ego, le sujet abordé par Ferro dans sa démarche c'est la recherche de l'assomption par le travailleur du savoir et du savoir-faire objectivement inscrit dans le métier, dans la situation historique de son matériau. C'est la recherche d'une liberté radicale associée à une nouvelle poétique, celle de la main heureuse.


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