Pierre Lascoumes

  • La dénonciation régulière des «  affaires  » et des «  scandales  » laisse croire que les élites économiques et politiques ne sont pas à l'abri des mises en cause et des procès. Pourtant ces événements masquent une toute autre réalité : en effet, les déviances et délinquances des élites ne sont pas perçues comme ayant la même gravité que celles portant atteinte aux personnes et aux biens. Et elles ne suscitent pas non plus la même réaction sociale.
    La nouvelle édition de cette "sociologie critique de la domination" abordera les questions les plus récentes : analyse de la crise de 2008 et des fraudes qu'elle a occasionnées ; le rôle des lanceurs d'alerte ; les évolutions dans la pratique judiciaire (usage de transactions évitant le procès pénal, réformes institutionnelles...) - en s'appuyant sur de nombreux et nouveaux exemples (Dieselgate, HSBC, Bank of Scotlans; Cahuzac, Fillon, Verrou de Bercy, etc.).   

  • Malgré leur réputation de légalisme, les élites françaises ont beaucoup de mal à faire face aux situations problématiques : financement de la vie politique, conflits d'intérêt, cumul de mandats, etc. Inversement, pourquoi les citoyens continuent-ils d'accorder leur confiance à des acteurs politiques suspects ou condamnés pour abus de fonction ? Il y a là une énigme de la démocratie. Pour la comprendre, l'ouvrage met l'accent sur deux phénomènes. D'abord, l'ambiguïté du jugement des citoyens : ils considèrent l'activité politique comme un ensemble de principes, mais poreux aux abus de pouvoir et aux intérêts particuliers. D'autre part, il existe un vaste répertoire de justifications et d'excuses qui s'efforcent de rendre acceptables les comportements déviants des politiques. Notre culture se caractérise donc par un écart entre une forte référence à la moralité civique, d'un part, et une tolérance pratique à l'égard du favoritisme, de l'autre. Dès lors, ne faut-il pas envisager les " corruptions " comme un phénomène démocratique normal, une transgression attendue ? Elles seraient normales au double sens du terme : constituant un phénomène régulier et objectivable, et inscrites dans les structures mêmes de toute forme politique.

  • Confrontés aux questions environnementales, les pays industrialisés ont dû repenser l'action publique pour tenter d'y répondre : que faire, en effet, au niveau national quand la plupart des enjeux écologiques sont autant régionaux que planétaires ? Comment prendre des décisions valides dans un contexte de forte incertitude, quand les informations manquent et que les expertises sont souvent partielles, voire contradictoires ? Comment intégrer à l'action publique des acteurs de la société civile (acteurs économiques, des ONG et de plus en plus des citoyens) fortement mobilisés sur ces sujets, mais aux intérêts divergents ?
    En analysant les politiques publiques de l'environnement menées aujourd'hui, cet ouvrage montre qu'elles transforment peu à peu la manière d'agir en politique. Il p ointe aussi les faiblesses de ces nouvelles régulations, depuis leur conception et jusqu'à leur application, au regard des enjeux écologiques si pressants de notre époque.

  •  L'auteur soutient brillamment le paradoxe suivant : au départ, les revendications écologiques étaient profondément critiques des savoirs scientifiques et techniques et du développement social qu'ils conduisent. Trente ans plus tard, leur traduction en politiques d'environnement débouche au contraire sur un appel croissant aux experts, détenteurs véritables d'un « éco-pouvoir » montant. Avec ce concept, Pierre Lascoumes dévoile l'émergence d'une nouvelle rationalité qui prétend prendre le contrôle de tous les systèmes vivants.

  • Le pacte civil de solidarité (Pacs) est partout présenté comme l'une des grandes réformes sociales de la gauche française.
    La loi du 15 novembre 1999 a été adoptée à l'arraché après beaucoup d'incertitudes gouvernementales, de guerres d'experts, de mobilisations sociales, et après un marathon parlementaire très conflictuel. Avec deux ans de recul, la victoire finale est-elle aussi éclatante ? L'un de ses enjeux fondamentaux était la place que la société accorde à l'homosexualité. Certes, depuis vingt ans, nous sommes entrés dans l'ère de la tolérance que l'épidémie du sida a mêlée de compassion solidaire.
    Mais dès qu'il s'agit d'aller au-delà et de raisonner en termes d'égalité de droits ou en termes de respect des différences dans les orientations sexuelles, force est de constater que l'homosexualité retrouve une partie de sa marginalité. Dans cet ouvrage, Daniel Borrillo et Pierre Lascoumes montrent que, malgré l'adoption du Pacs, l'homophobie demeure une composante forte de nos sociétés qui, pour démocratiques qu'elles prétendent être, se révèlent en réalité incapables de se penser hors de la norme hétérosexuelle.
    Retraçant les grandes lignes de la controverse qui a conduit de la revendication d'un partenariat pour les concubins jusqu'au Pacs, ils s'attachent à montrer comment la gauche a finalement contourné l'une de ses valeurs cardinales, l'égalité : si la droite politique assume souvent une homophobie explicite, la gauche est " hétérosexiste " par sa croyance dans une hiérarchie des sexualités qui met l'homosexualité dans une place subordonnée.
    Les auteurs montrent comment homophobie et hétérosexisme se sont alors associés pour refuser de reconnaître l'existence d'un véritable pluralisme des orientations sexuelles justifiant une égalité réelle dans l'exercice de la citoyenneté, et pour cantonner l'homosexualité dans une place mineure.

  • L'économie morale des élites dirigeantes Nouv.

    L'actualité judiciaire récente et celle des mois à venir (HSBC, Fillon, Cahuzac, Bolloré, Ghosn ou Sarkozy) le confirment si besoin : les transgressions des élites sont monnaie courante. Leur pérennité dans le monde politique et économique suscite des indignations aussi régulières que passagères.
    Pierre Lascoumes montre que des facteurs structuraux expliquent cet état de fait. Les élites ont développé une économie morale singulière, à l'écart des normes sociales. Détentrices du pouvoir, elles énoncent des règles générales mais usent de l'autorégulation pour ce qui les concerne. Si nécessaire, un vaste répertoire de justification relativise leurs fautes intentionnelles. Enfin, la faiblesse des sanctions institutionnelles, en particulier judiciaires, assure la robustesse de ce système.

  • La corruption est une menace potentielle pour tous les régimes politiques.
    Mais elle constitue une menace majeure pour les démocraties occidentales qui en ont fait, dès le XVIIIe siècle, une préoccupation spécifique. Cependant, le XXe siècle a souvent traité la corruption comme un " crime blanc ", difficile à repérer et à sanctionner. Mais de quelle corruption parle-t-on ? Quel est le lien entre la corruption politique et la délinquance économique ? Selon les pays et les cultures politiques, le contenu donné à la notion de corruption s'est transformé et élargi.
    Les cultures politiques qui divinisent le pouvoir, comme c'est le cas en France, ont longtemps défini de façon restrictive les atteintes au bien commun et rechignent à sa recherche et à sa sanction. Les cultures politiques plus pragmatiques, de type anglo-saxon, en ont fait un enjeu de réforme publique, sans pour autant résoudre le problème. L'obstacle de fond à l'analyse comme au traitement de la corruption tient aux relations indissociables qui existent entre trois dimensions : la corruption politique, celle des fonctionnaires et celle pratiquée par les entreprises privées.
    La logique du profit économique et les distorsions de concurrence pour maximiser celui-ci sont des facteurs essentiels de l'explication des activités corruptrices et corrompues.

  • Les « affaires » se succèdent, devenant parfois des scandales, laminant toujours un peu plus la défiance des citoyens à l'égard de leurs élus et des institutions politiques. Quand 65% des Français considèrent les hommes politiques comme « plutôt corrompus », on pourrait penser que la cote d'alerte est atteinte.

    Paradoxe de la démocratie française, ce n'est pas le cas. On s'indigne des « affaires », on considère que la probité des gouvernants est l'un des fondements de la démocratie mais beaucoup de dirigeants se jouent des règles et les orientent à leur profit et, finalement, souvent complaisants avec le favoritisme et autres formes d'arrangement, les citoyens les sanctionnent peu.

    Pour comprendre cette situation pour le moins contradictoire cet ouvrage aborde sous différents angles l'ambiguïté qui domine dans les attitudes à l'égard de la « corruption ». Il montre, en combinant diverses enquêtes (monographies locales, expérimentations, sondage) la multiplicité des critères de jugement sur la corruption. La politique n'est pas seulement une affaire de morale, mais aussi d'efficacité et de confiance dans nos institutions. C'est l'arbitrage complexe et mouvant entre ces trois dimensions qui explique l'ambivalence du comportement des électeurs et leur tolérance de fait.

    Ont contribué à cet ouvrage : Bruno Cautrès - Flora Chanvril - Jean Chiche - Viviane Le Hay - Nonna Mayer - Oscar Mazzoleni - Guy Michelat - Janine Mossuz-Lavau - Anne Mixel - Pascal Perrineau - Mariette Sineau - Odette Tomescu-Hatto

  • Des déchets radioactifs aux ondes électromagnétiques en passant par les OGM, les controverses se multiplient qui mettent en cause le monopole des experts sur l'orientation des décisions politiques relatives aux questions technologiques. Loin de déplorer une crise de confiance, les auteurs de ce livre analysent les nouvelles relations entre savoir et pouvoir qui émergent de ces débats. Refusant les traditionnelles oppositions entre spécialistes et profanes, professionnels de la politique et citoyens ordinaires, ils s'interrogent sur les moyens de faire advenir des forums démocratiques capables de répondre aux incertitudes du « progrès ». L'enjeu est de taille : affronter les défis des sciences et des techniques en redéfinissant l'espace public.

  • Ces dernières années, les domaines d'intervention de l'État ont proliféré. Ce manuel permet de comprendre les dynamiques et les transformations des politiques publiques.
    Il reprend les principaux concepts et modèles d'analyse à partir de deux questions fondamentales : Qu'est-ce qu'une politique publique ? Comment changent les politiques publiques?
    Cette 3e édition, complètement revue, fait le point sur tous les grands débats en cours.


  • réglementer, taxer, contracter, communiquer sont généralement considérés comme des activités d'évidence : de fait, la question des instruments de l'action publique est un thème peu exploré, et la plupart des recherches ont porté sur les contenus et les acteurs des politiques menées secteur par secteur.
    cet ouvrage se concentre sur l'instrumentalisation, c'est-à-dire sur les caractéristiques des instruments de l'action publique, les conditions de leur choix et les effets qu'ils produisent. l'usage des instruments soulève ici des questions qui ne relèvent ni d'enjeux secondaires ni d'une rationalité de moyens sans portée autonome. trois conclusions se dégagent de ce travail : tracer une politique publique à partir de ses instruments se révèle une méthode efficace pour repérer et comprendre les dynamiques de changement qui l'animent.
    recourir à tel ou tel instrument n'est jamais une question neutre ; toute technique retenue est créatrice d'effets propres qui débordent des effets attendus. enfin, analyser une politique au travers des instruments permet de reconsidérer les rapports gouvernants-gouvernés et la question de la recomposition de l'etat. par sa dimension novatrice et sa qualité scientifique, cet ouvrage intéressera particulièrement les étudiants et les particiens de l'action publique.


  • La prison est-elle devenue un invariant des sociétés modernes, échappant au politique et imposant par elle-même un modèle répressif et disciplinaire ?

  • Es dernières années, les domaines d'intervention de l'État ont proliféré. De multiples acteurs économiques et sociaux, territoriaux et transnationaux, ont été également mobilisés et interfèrent avec l'État. Ce manuel permet de comprendre ces dynamiques et leurs transformations. Cette 2e édition, complètement revue, reprend les principaux concepts et modèles d'analyse et présente une synthèse à partir de deux questions fondamentales : - Qu'est-ce qu'une politique publique ? Un commandement émanant d'une autorité centrale afin de résoudre un problème au nom du bien commun ; ou bien un vaste espace de négociation entre une multitude d'acteurs privés et publics ? - Comment changent les politiques publiques ? Par des mobilisations sociales appelant à une régulation publique ; ou bien en fonction des contextes institutionnels qui formatent ces demandes, selon leurs logiques internes ?

  • Le développement durable est devenu un slogan aussi flou que prégnant qui conduit souvent à des décisions inattendues. C´est le cas pour la fusion de deux frères ennemis : les ministères de l´équipement et de l´écologie.

    Le livre montre le contexte politique particulier qui a inscrit cette vaste réforme à la fois comme une action symétrique au Grenelle de l´environnement et comme l´affirmation d´une écologie de droite. Au-delà de ce volontarisme, il souligne l´importance des facteurs historiques et des enjeux professionnels qui ont rendu possible cette fusion présentée comme un modèle réussi de modernisation de l´État.

    L´analyse est menée à trois niveaux : la réforme des structures centrales du ministère ; celle des services territoriaux (essentiellement régionaux) ; enfin, celle des principaux acteurs ayant concrétisé cette vaste série de changements.

  • Le ministère de l'environnement est-il toujours celui de l'" impossible " selon la formule de Robert Poujade ? Ou bien ces vingt dernières années où les enjeux écologiques furent socialement et politiquement reconnus, ont-elles été marquées par une institutionnalisation progressive du secteur ? Dans quelle mesure celle-ci a-t-elle conservé ses traits originaux d'administration de mission ou bien a-t-elle adopté des caractères administratifs classiques ?

  • La dénonciation régulière des "affaires" et des "scandales" laisse croire que les élites économiques et politiques ne sont pas à l'abri des mises en cause et des procès. Ces événements masquent pourtant une toute autre réalité. Les déviances et délinquances des élites ne sont pas perçues comme ayant la même gravité que celles portant atteinte aux personnes et aux biens. Elles ne suscitent pas non plus la même réaction sociale.
    Une des originalités de ce sujet est de poser des questions qui ne sont jamais soulevées quand il s'agit d'atteintes traditionnelles aux biens et aux personnes. Où placet- on le curseur entre les déviances acceptables et celles qu'il faut réprouver pour assurer la stabilité d'une organisation sociale ? Suffit-il d'une norme pénale pour identifier un acte transgressif ? S'il y a bien eu des abus, leurs auteurs sont-ils vraiment mal intentionnés ? Ne sont-ils pas plutôt victimes d'organisations laxistes et de pratiques tolérées ? Quelle est enfin la sanction adéquate à ces débordements ? Ces enjeux sont autant intellectuels que politiques et éthiques.
    Afin de pouvoir construire des positions réfléchies sur le sujet, la maîtrise des connaissances scientifiques existantes est un préalable indispensable. Tel est l'apport de cet ouvrage.

  • L'économie capitaliste a trouvé ses " moutons noirs ", ces paradis fiscaux qui sapent la confiance des investisseurs et déstabilisent le libre marché. Une série de scandales politico-financiers a révélé les effets pervers de la mobilité croissante des flux financiers, les usages délictueux et opaques des circuits bancaires, en particulier ceux donnant accès aux places offshore. Un certain nombre d'organismes internationaux (OCDE, FMI, GAFI, etc. ) ont commencé à produire une expertise et à stigmatiser certains paradis fiscaux, accusés de participer à l'" économie du terrorisme ".
    Qu'en est-il précisément ? Dans ce livre, Pierre Lacoumes et Thierry Godefroy révèlent les dessous de cette mobilisation politique soudaine et la fonction de bouc émissaire que l'on fait tenir aux " places offshore ". En effet, tandis que la libéralisation des échanges de biens et de capitaux devenait un dogme universel chez les responsables financiers et politiques, la vague idéologique néolibérale a assuré la promotion et la défense du concept offshore, comme une partie intégrante de ce dogme : le contournement des règles fiscales et financières était justifié par le caractère supposé injuste ou excessif des taxations des grands pays.
    Ce livre ambitieux et informé montre que les pratiques liées aux ressources offertes par les places offshore sont structurellement liées au fonctionnement du commerce et de la finance internationale. C'est pourquoi les régulations restent molles : au-delà des propos d'estrade, non seulement il n'est pas question d'interdire les opérations avec les places suspectes, mais les efforts de normalisation qui les concernent tendent à permettre leur insertion dans les circuits d'échange officiels au faible prix de la stigmatisation de quelques réfractaires.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2004.)

  • Et s'il fallait enfin tirer les conséquences des crises à répétition que nos sociétés traversent lorsqu'elles sont confrontées aux débordements inattendus des sciences et des techniques ? s'il fallait en finir une bonne fois pour toutes avec la vision héroïque des décisions tranchantes et tranchées que le souverain prend en situation d'incertitude et en toute méconnaissance de cause ? si alexandre rengainait son épée, le monde s'effondrerait- il ? non, mais la démocratie, elle, en ressortirait fortifiée.
    Tel est le propos des auteurs de ce livre. ces derniers refusent les traditionnelles oppositions entre spécialistes et profanes, professionnels de la politique et citoyens ordinaires. ils concentrent plutôt leur attention sur les nouvelles relations entre savoir et pouvoir qui émergent des controverses socio-techniques et sur les procédures inventées pour les traiter. l'enjeu est de taille : faire apparaître les conditions dans lesquelles les sociétés démocratiques vont se rendre capables d'affronter les défis des sciences et des techniques, redéfinir un espace public réunissant non pas des individus désincarnés mais des femmes et des hommes pris dans des histoires singulières.
    Après l'âge de la démocratie délégative, celui de la démocratie dialogique ?.

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