Julien Talpin

  • Avril 1992, Los Angeles connaît des émeutes d'une ampleur inégalée, après l'acquittement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King. Vingt ans plus tard l'Amérique fait l'expérience de nouveaux soulèvements, à Fergus ou et Baltimore, contre les violences policières, le racisme et l'injustice.

    Ces protestations ne sont pas les seules réactions des fractions dominées de la population étasunienne. A Los Angeles notamment, des associations ont su rassembler celles et ceux qui voulaient améliorer les conditions d'habitat, de travail, d'existence des résidents des quartiers populaires. Ces organisations dorment à voir comment déployer le pouvoir d'agir des dominés pour améliorer leur quotidien et ouvrer au changement social. Elles incarnent des contre-pouvoirs autonomes qui rappellent les élus à leurs promesses et promeuvent des politiques progressistes.

    À partir du cas étasunien et des essais d'acclimatation du community organizing en France, l'auteur identifie des pistes pour renouveler le militantisme dans les quartiers populaires.

  • Démobiliser les quartiers : enquêtes sur les pratiques de gouvernement en milieu populaire Nouv.

    Si les quartiers populaires ne sont pas des déserts politiques, l'action collective y demeure fragile et fragmentée et n'a pu se constituer en mouvement social d'ampleur. Pour comprendre ce phénomène, ce livre se concentre sur les pratiques des pouvoirs publics qui contribuent à entraver ces mobilisations : disqualification des militant.e.s, cooptation des leaders, divisions des associations, dispersion des habitants, répression des luttes. Ici, pas de grand plan pour démobiliser, mais une articulation de pratiques disparates, de stratégies individuelles et de routines organisationnelles qui rendent toujours plus coûteuse l'action collective.

    À partir d'enquêtes de terrains dans plusieurs quartiers populaires, ce livre donne à voir le sort réservé à ces territoires et le visage multiforme que prend la démobilisation. En miroir des ambitions affichées de donner du pouvoir d'agir aux habitant.e.s, cet ensemble de recherches témoigne des répressions qu'ils ont à affronter et du peu de place qui leur est laissée dans la maîtrise de leur destin.

  • N'est pas communautariste qui croit. Cette notion renvoie à la fois à des formes d'entresoi supposés et des revendications collectives qualifiées de particularistes ou séparatistes. Ce livre démontre à partir d'enquêtes sociologiques fouillées que ces présupposés relèvent très largement du fantasme. Non seulement les minorités ethnoraciales et les musulmans en particulier - soupçonnés généralement de communautariste - ne présentent pas des formes de sociabilité plus endogames que d'autres groupes, mais les espaces les plus homogènes socialement sont ceux des dominants, les « ghettos de riches » étant marqués par des formes d'entre-soi discrets mais efficaces.
    En nous appuyant sur des études empiriques sur les liens sociaux, notamment les liens communautaires, nous montrerons que le label « communautariste » constitue avant tout un stigmate qui contraint très fortement les mobilisations des groupes minorisés en les disqualifiant via un soupçon d'illégitimité permanente qui nie leur citoyenneté. Nous insisterons sur l'exemple de la « communauté musulmane » qui n'existe ni en soi ni pour soi : elle est marquée par une forte fragmentation tout en étant façonnée par les discours stigmatisants et les jeux politiques locaux pour s'affilier des soutiens. Nous soulignerons enfin que les mobilisations collectives de la plupart des groupes accusés de communautarisme ne portent pas des demandes particularistes, mais d'abord des revendications d'égalité de droit et de traitement face aux discriminations qu'ils subissent.

  • En interrogeant les formes de l'engagement de musulmans dans l'espace public, ce livre déconstruit les fantasmes sur la catégorie de " musulmans " et démontre qu'ils se mobilisent d'abord au nom d'une revendication d'égalité. Loin de constituer une entrave à l'intégration, l'expérience religieuse constitue bien souvent une porte d'entrée dans la participation à la vie civique. Pourtant, les discriminations religieuses liées à la visibilité de l'islam viennent parfois heurter ces processus de participation.

  • Ce livre revient sur une lutte urbaine mythique des années 1970-1980 pour montrer que le remède face aux inégalités, à la xénophobie ou au conser­ vatisme n'est pas moins mais davantage de démocratie. Dans un quartier pauvre de Roubaix, l'Alma-Gare, la mobilisation des habitants contre la destruction de leurs logements est un succès : ils redessinent les plans et donnent forme à un quartier conforme à leurs aspirations. Des expé­ rimentations d'autogestion sont alors lancées pour organiser la vie sociale différemment. Cette histoire illustre dès lors un réel pouvoir d'agir des classes populaires. Mais à mesure que la dyna­ mique s'étiole, le quartier devient peu à peu une zone de relégation sociale. Cet ouvrage montre comment les quartiers populaires peuvent se mobiliser, mais aussi pourquoi ils sont souvent devenus des espaces ségrégés. En analysant les réussites comme les difficultés de l'Alma-Gare, les auteurs donnent des clefs pour l'avènement d'une démocratie participative exigeante qui ne soit pas un nouvel outil de domination des plus faibles. Ce livre s'adresse à tous les citoyens soucieux d'un approfondissement de la démocratie et qui cherchent des alternatives face à la marginalisa­ tion des classes populaires.

  • La tension entre taille et démocratie, toujours invoquée mais rarement étudiée, se trouve au coeur de ce livre. En Poitou-Charentes tout d'abord, le « budget participatif des lycées » (l'une des expériences les plus radicales à ce jour en Europe) et les dispositifs impliquant le tirage au sort (un moyen potentiel de faire émerger un public régional). D'autres dynamiques régionales sont étudiées dans une perspective comparative, en France, en Andalousie, en Toscane et dans la région Lazio. Enfin, les difficultés du passage du régional au national sont abordées à travers la campagne présidentielle de Ségolène Royal en 2007.

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