P.O.L

  • Cézanne, un grand vivant

    Charles Juliet

    • P.o.l
    • 31 Mai 2010

    Si les tableaux de Paul Cézanne ramènent Charles Juliet sur les lieux de sa propre adolescence, ils provoquent aussi en lui un questionnement sur la création, qu'elle soit celle du peintre ou celle de l'écrivain. Ce livre est un face-à-face troublant entre deux oeuvres, il est aussi un échange, un dialogue entre deux solitudes tendues vers l'autre et vers la vérité, au-delà du temps, au-delà de la mort.

  • Ces casseroles qui applaudissent aux fenêtres

    Iegor Gran

    • P.o.l
    • 10 Septembre 2020

    « Le confinement a sauvé des vies », scande la casserole, ravie d'exhiber son empathie. Peu importent les dégâts collatéraux, dit-elle, on avait une haute idée humaniste et on l'a suivie « quoi qu'il en coûte », et c'est merveilleux. La beauté de la fin justifie la barbarie des moyens.
    Surtout quand ce sont les autres qui en paient le prix.

  • Quelle terreur en nous ne veut pas finir ?

    Frédéric Boyer

    • P.o.l
    • 5 Mars 2015

    Le fait d'être humain ne procède pas uniquement de nous-mêmes, comme le fait d'être d'une culture, d'une histoire ne procède pas d'un seul autre, ou d'un seul semblable, mais de l'ensemble des autres, de tous les semblables, et plus loin encore de l'autre à venir, du dissemblable, de l'étranger, de l'autre culture, de l'autre histoire.

    Où et comment se pose la question de l'honneur à cet instant ? N'est-ce pas à cette pliure que fait courir à l'espèce le mépris, l'incompréhension, le refus de l'autre ?

    Aujourd'hui nous devons faire face. Et savoir d'instinct, savoir sans le comprendre que la seule force, la seule valeur, la seule dignité, c'est de ne pas comprendre si comprendre nous fait renoncer à l'amour de l'autre. Voilà ce qui fonde, voilà ce qui fait la légitimité non seulement d'une existence mais de toute communauté.

  • Rapport de police

    Marie Darrieussecq

    • P.o.l
    • 26 Novembre 2010

    L'accusation de plagiat est peut-être l'archétype de l'accusation littéraire, une tentative de meurtre symbolique, qui réussit parfois. Ce Rapport de police étudie les attaques des dénonciateurs ; et aussi, d'Apollinaire à Zola, de Freud à Mandelstam, de Daphné Du Maurier à Paul Celan, les réactions des accusés. La plagiomnie - la calomnie plagiaire - manifeste une surveillance de la fiction, qui passe par la notion de crime, voire de blasphème, et pose la question du sacré en littérature. C'est cette surveillance, qui vaut pour toute écriture non appropriée, dont est retracée ici la longue histoire, de Platon au goulag.

  • Entre Uchon (Saône-et-Loire) et Uckange (études historiques), il n'y a rien. Dans le catalogue des matières de la Bibliothèque Nationale, tout au moins. Il devrait pourtant y avoir le mot Uchronie, désignant l'histoire de ce qui aurait pu se passer et ne s'est pas passé. Le Détroit de Behring vise à combler cette lacune. Voilà qui est donc fait. L'obligation du dépôt légal et la sagacité des bibliothécaires chargés d'établir les fiches font qu'Uchronie figure désormais entre Uchon et Uckange. Supposez cependant que cet infime événement bibliographique ne se soit pas produit. Et tâchez d'en tirer les conséquences : vain dépit de l'auteur ou troisième guerre mondiale, tout dépend de votre imagination, de vos intérêts, de l'idée que vous vous faites de la causalité.
    Penser l'Histoire au conditionnel passé, se figurer l'état du monde si le nez de Cléopâtre avait été plus court, si Napoléon avait vaincu à Waterloo ou si l'inconnue rencontrée hier dans l'autobus avait répondu à votre sourire, c'est un jeu comme un autre. Emmanuel Carrère en expose ici les règles, en décrit les plus fameuses parties, donne voix aux regrets qui poussent à s'y livrer.

  • Onze romans d'oeil

    Bernard Noël

    • P.o.l
    • 26 Janvier 2010

    Bernard Noël a regardé travailler onze peintres contemporains : Jan Voss, Ulf Trötzig, Michel Steiner, Rustin, Bernard Ascal, Bernard Moninot, Jean-Paul Philippe, Serge Plagnol, Rancillac, Gérard Pascual, Bertrand Vivin, il leur a parlé pendant qu'ils travaillaient, a noté leurs gestes, leurs propos ; il a analysé son propre regard tant sur les oeuvres achevées que sur leur processus d'élaboration, il a étudié la formation de l'image, ce qui se passe entre la toile et le mental de celui qui regarde, au travail de l'artiste répond son propre travail d'écrivain.

  • La quatrième personne du singulier

    Valère Novarina

    • P.o.l
    • 23 Mai 2012

    Ensemble - plus que recueil - de neuf textes, La Quatrième Personne du singulier fait partie de ces livres 'théoriques' (mais tout aussi lyriques que théoriques) grâce auxquels Valère Novarina fait régulièrement le point sur son travail. Ici, les thèmes recoupent et prolongent ceux des précédents ouvrages de même registre (Le Théâtre des paroles, Lumières du corps, L'Envers de l'esprit). Avec peut-être un peu plus d'emportement, qu'il s'agisse de parler de la langue, française mais aussi hongroise, et du patois aussi bien, du théâtre toujours, de l'acteur, du sacré.

  • La castration mentale

    Bernard Noël

    • P.o.l
    • 26 Janvier 2010

    Ces 22 essais traquent le même ennemi, cette castration mentale dont l'auteur dénonce les ravages à travers ses vecteurs de prédilection, l'image qui aveugle plus qu'elle ne montre (la télévision, mais pas seulement), le discours (politique), voire l'art quand il se dénature. Bernard Noël décrit le fonctionnement de ce monde où la représentation prend de plus en plus la place de la création, où la privation de sens devient la situation ordinaire et s'exerce sans même que nous nous en apercevions. Sa caractéristique est d'ailleurs d'être imperceptible, à la différence de toutes les contraintes inventées jusque là par le pouvoir. Cette «sensure» comme il l'appelle, serait l'arme absolue de la démocratie, permettant de tromper les consciences et de vider les têtes sans troubler la passivité des victimes, pouvoir dont la seule excuse, le seul alibi est la consommation, et qui se cache derrière la fatalité économique.

  • Journal du regard

    Bernard Noël

    • P.o.l
    • 26 Janvier 2010

    Entre la réalité et nos yeux, toujours du vocabulaire s'interpose : nous croyons voir mais ne faisons que lire. D'ailleurs le regard en lui-même n'est pas cet instrument d'information et de constat qu'il nous semble : il n'est pas qu'un aller et retour, c'est un espace, un espace sensible qui s'emplit du sentiment d'un toucher visuel. Le Journal du regard est donc un travail sur le regard, que l'auteur a commencé en 1970, la peinture y est souvent présente, la question toujours relancée est : que voit-on quand on voit? Qu'est-ce que le regard? Qu'est-ce que le visible?

  • Carré de ciel

    Jean-Louis Schefer

    • P.o.l
    • 16 Mai 2019

    "Je regarde des tableaux depuis mon enfance. Certains, au fil des années, ont rajeuni jusqu'à retrouver la fraîcheur de leur invention. Cette familiarité n'a pu devenir une science : je mêlais toujours un peu de moi-même à l'énigme que j'y découvrais.
    Je ne sais pourquoi, un jour, l'idée que les maisons peintes ne logeaient que des carrés de ciel m'a dicté ce livre.
    Sur quoi ouvrent ces fenêtres ? Un infini déguisé en une source naturelle? Sur le vide dans lequel ces fictions sont suspendues ? La brèche d'un aquarium où notre idée d'une réalité viendrait flotter ?"

  • La langue et ses monstres

    Christian Prigent

    • P.o.l
    • 14 Novembre 2014

    Gertrude Stein, Vladimir Maïakovski, Vélimir Khlebnikov, William Burroughs, Edward Estlin Cummings, Pierre Jean Jouve, Antonin Artaud, Francis Ponge, Pier Paolo Pasolini, Jude Stefan, Bernard Noël, Jean-Pierre Verheggen, Hubert Lucot, Valère Novarina, Christophe Tarkos (etc.) : de quoi parlent ces auteurs qui nous mènent, comme disait Georges Bataille, au bord des limites où toute compréhension se décompose ? quel réel représentent leurs langues monstrueuses ? de quelle nature est la jouissance sidérée qu'elles provoquent en nous ? de quels outils disposons-nous, et quels autres devons-nous forger, pour en déchiffrer les intentions ? en quoi ce déchiffrement peut-il nous aider à mieux évaluer ce dont on parle quand on parle de littérature (la plus ancienne comme la très contemporaine) ?

  • Lumières du corps

    Valère Novarina

    • P.o.l
    • 16 Septembre 2010

    Nourri des récentes expériences d'écriture et de mise en scène de Valère Novarina (L'Origine rouge, La Scène) ce texte poursuit un travail de réflexion sur l'espace, l'acteur, l'écriture, la force de la parole, les pouvoirs du langage... Il prolonge, peut-être même achève, le chantier ouvert par Le Théâtre des paroles, et Devant la parole. Lumières du corps c'est huit mouvements plus que huit parties. Le livre ne fonctionne pas du tout comme un recueil mais comme une fugue, un jeu de contrepoints où des thèmes simples font retour, reviennent autrement, sont repris avec variations, inversés, décomposés comme en optique. Dans Lumières du corps les mots sont des personnages et la pensée un drame respiratoire sur la page. Et, on l'a compris, si Lumières du corps est bien un essai qui développe des thèses et argumente, c'est aussi un essai lyrique, bien à la manière de Valère Novarina, emporté, poétique, enthousiaste et enthousiasmant.

  • Il y a bien eu, dans le refus d'un culte des images en Europe latine, la construction d'un dogme des images portant prescription de leur usage conforme à leur pouvoir d'évocation du passé (un art de mémoire), aux manipulations de figures dans la machinerie des rêves. La théologie et les philosophies en ont fait l'instrument approché de toute connaissance conçue comme la lecture d'un tableau, possible parce que nous en participons par notre nature. Que signifient les formules de la création : l'homme a été fait comme une image - l'homme a été créé selon le mode des images - Dieu a créé l'homme à son image, ou encore, il l'a fabriqué par une image ?

  • La cause des portraits

    Jean-Louis Schefer

    • P.o.l
    • 24 Janvier 2012

    Voilà mis en danger ce que j'ai cru aimer de la passion la plus exclusive, qui n'avait cependant de réalité que la douceur, l'espèce de calme ainsi posé dans une fin d'enfance comme le premier brouillon d'une vie des sentiments, l'effet incalculable d'une première séduction qui exigeait d'un enfant qu'il fût déjà le père de ses sentiments, qu'il sût maîtriser des émotions et qui n'a bientôt réussi qu'une capture de son âme ; l'attachement déraisonnable à celle qui tentait de lui montrer de toutes les façons possibles la beauté du monde et dont il voulait surtout croire que la dernière réalité de cette beauté reposait en elle comme si elle en eût été la prêtresse antique, la fileuse au rouet, la dentellière maniant les fuseaux de laines colorées.

  • Qu'est-ce qu'on garde?

    Marie Depussé

    • P.o.l
    • 4 Novembre 2011

    «Qu'est-ce qu'on garde?» est une question ridicule, un peu triste, comme celles que nous pose la vie. Elle se pose à quelqu'un dont le métier, bizarre, est d'enseigner la littérature. Enseigner la littérature est un exercice de magie ordinaire qui consiste à faire tourner, devant des corps parlants, le cercle où se tiennent, enchevêtrés, un savoir faire avec les mots, une familiarité avec la vie et le travail opéré sur cette vie, aussi pauvre que beaucoup d'autres, par les livres. Théoriquement, pour faire tourner le cercle, le corps est assis sur une chaise et porte, attachés à sa ceinture, deux petits sacs, un de chaque coté, pareils à ceux où le dieu Éole tenait enfermés les vents. Dans un des petits sacs, la vie, dans l'autre, les livres, et le corps qui puise tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre. En vérité dans les deux sacs il trouve la même chose, de la vie oeuvrée, ouvragée par les livres.

  • À la fois essai, poème, fiction, récit historique, traité sur l'art, philosophie de la mimêsis, les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard ont une logique multiple, qui les stratifie. Parler de ce film, c'est, ou bien le continuer (et en un sens, le refaire), ou bien le déplier, en distinguer les logiques superposées et concurrentes, y discerner les auteurs confondus en un auteur, les discours confondus en un discours. La sympathie, certaine et profonde, n'a pas été ici confondue avec l'empathie : partant de l'ébranlement qu'a provoqué cette oeuvre, on a tâché de le prolonger et de l'amplifier, sans chercher à en donner l'analyse exhaustive, encore moins le commentaire suivi. Plutôt, appliquant à ces films la méthode même qu'ils ont inventée, les traverser, saisir les mythes qui les fondent et qu'ils refondent, y reconnaître quelque chose d'une tradition critique, se les approprier. Cet objet aimé qui, pour tant d'entre 'nous', a eu nom Cinéma, était aussi, le savions-nous?, une puissance de mémoire. Ce que Godard nous aide à vérifier, c'est que la mémoire suppose l'oubli : c'est à cela même, à rien d'autre, qu'a servi cette espèce de chose qu'on a appelée la fiction. L'amnésie est ici la position minimale à partir de laquelle on peut évoquer ce fantôme, et ses puissances.

  • Romans d'un regard

    Bernard Noël

    • P.o.l
    • 16 Septembre 2011

    On pourrait dire d'un roman du regard qu'il est le récit du regard tourné vers le corps au travail. Parfois tout est en gestes, postures, déplacements ; parfois tout se passe derrière le visage. Mais ce qu'on voit n'est-il pas fait de tout ce que l'on ne voit pas? Il y a de la peau partout, c'est sous elle que la pensée pratique ses tatouages, devant et sur elle que nos yeux dessinent des images tandis que, mot à mot, la langue y prend son plaisir...

  • Amour, gloire et CAC 40? Une tentative de rapprochement entre un certain nombre d'interrogations esthétiques et le contexte historique dans lequel elles s'inscrivent. Sortir les propositions artistiques contemporaines de leur histoire spécifique (l'histoire de l'art et du cinéma) et les articuler sur les questions que posent certaines mutations récentes de nos sociétés. De toutes les questions qui ont hanté les années quatre-vingt-dix, certaines semblent aujourd'hui constituer un véritable enjeu, tant sur le plan esthétique que sur le plan anthropologique, politique et social : comment penser d'autres modes d'inscription symbolique, d'autres formes de représentation? Comment traduire en expérience les événements auxquels nous sommes supposés participer? Comment se représenter dans une Histoire qui semble désormais s'écrire en termes économiques et boursiers? Comment réduire la distance entre l'Histoire telle qu'elle nous est transmise (la croissance ou le CAC 40) et les événements qui rythment mon quotidien (l'emploi du temps)? Comment se représenter ici et maintenant? Comment se projeter? Beaucoup de questions, comme on le voit, fondamentales.

  • "Je me perds dans mes souvenirs d'enfance comme un vieillard... Je n'attends plus rien de la vie qu'une suite de feuilles de papier à barbouiller de noir. Il me semble que je traverse une solitude sans fin, pour aller je ne sais où. Et c'est moi qui suis tout à la fois le désert, le voyageur et le chameau."
    Flaubert.

  • Des enfants et des monstres

    Pierre Alféri

    • P.o.l
    • 17 Février 2011

    Cette suite d'articles, pour la plupart publiés en ligne sur le site des Cahiers du cinéma, certains dans la revue Vacarme, s'organisent autour de quelques faits ou éléments constitutifs, pour Pierre Alferi, du pouvoir qu'exerce le cinéma sur nous. D'abord le fantastique et l'immaturité qui sont d'ailleurs, hors même le genre dit fantastique qui fait ici l'objet de beaux développements, au coeur du cinéma qui produit des fantômes animés. Pierre Alferi s'attache à l'évocation et à la critique aussi bien des films à effets (science-fiction, monstres, vampires, etc.) que d'oeuvres plus discrètes, elliptiques, mais pas moins efficaces (ainsi du cinéma de Jacques Tourneur). Ensuite la mélancolie filmée à travers cette manière qu'ont certains héros non pas de regagner le monde qui leur a été refusé, mais d'en faire leur deuil. Ensuite encore, bien sûr, les acteurs, ce qui les fait, peut-être, des êtres d'un genre unique dont les personnages endossés seraient les espèces. Quelques portraits pour cerner une singularité qui ne s'affiche pas, hyperphysique, qui se laisse entrevoir de rôle en rôle, entre les avatars. Enfin, quelques articles imaginent des cinéastes à partir de leurs films. Certains s'appuyèrent sur un modèle déjà classique du beau, dans le théâtre et la peinture, pour maintenir farouchement une volonté d'art dans l'usine à films (Lang, Murnau, Ulmer, Preminger). D'autres, arrivés un peu tard, ont mimé cette volonté (Minnelli, Corman, Lynch, Kitano).

  • Un professeur s'obstine à proposer à des élèves éblouis par le Loft, ou absorbés par des soucis immédiats, des textes de Proust ou d'Apollinaire. Au fil des heures de classe pendant une année, la littérature se révèle un étrange dépaysement et un détour paradoxal, stratégique ou involontaire, qui ramène au présent des élèves et du monde. Rachid découvre dans Marivaux la vraie nature du Loft, Platon fait parler de Ben Laden et Salim interprète Saint-Simon avec son histoire et ses projets.

  • L'envers de l'esprit

    Valère Novarina

    • P.o.l
    • 20 Mai 2011

    Ce livre est plus composé de scènes que de chapitres car il veut approcher quelque chose comme le roman organique de la pensée. La pensée de chacun d'entre nous peut être conçue non seulement comme le drame d'un corps, mais comme un corps dramatique. Quel est le drame de la pensée que chacun d'entre nous porte jusqu'à sa mort tout au fond? Il est sans doute lié à sa respiration même. Ce livre est aussi une suite de gestes. Une mise en mouvement venue d'un toucher. Rien n'est jamais prouvé que par les sens. Le livre est très rimé, assonancé, fuguant, et voudrait édifier quelque chose qui éclôt (qui sort d'enfermement), prouver que l'espace n'est pas devant nous comme un support - un plancher, un plateau - mais qu'il s'ouvre. L'univers est donné. De même que l'acteur ni ne représente ni ne joue ni ne dit, mais donne. «L'esprit respire» était l'un des chapitres de Lumières du corps. Dans L'Envers de l'esprit il devrait être suggéré que l'esprit respire parce qu'il se renverse : et parce qu'il brûle, comme notre respiration qui, toutes les deux minutes, passe un instant par la mort et renaît. Dogmes et systèmes n'ont de sens que s'ils sont inversants, retournants et respirés. Car penser est un drame. S'il y a du système dans les choses spirituelles, il est respiratoire. C'est pourquoi les mots brûlent et c'est pourquoi l'acteur peut être sans cesse observé.

  • Paolo Ucello, le déluge

    Jean-Louis Scheffer

    • P.o.l
    • 26 Avril 2013

    Il y a plusieurs âges de la peinture dans la fresque. Ce Déluge d'Uccello retient une énigme. Le problème de l'espace et de la construction perspective y est étrangement anachronique par rapport à ce qu'est ici la solution de la figure : une grande métonymie des états de mouvement dans un espace stéréoscopique ; la figure ainsi comprise comme corps y est débordée par une inconnue de référence et d'emploi dans le 'mazzocchio'. La couleur découpe des unités, non des détails : elle est faite d'un grain plus gros que les corps. Un des niveaux de lecture est sans doute celui qu'impose une sorte d'avancée fantomale du corps de la mythologie, non de ses figures. Ce livre est mis en scène par des passages de peinture (des passages écrits, des sortes d'animaux) qui prennent appui sur les deux bords opposés de ce Déluge : la division des corps dans l'eau et l'objet le plus résistant (le module refermé de construction des figures).

  • Magritte

    Bernard Noël

    • P.o.l
    • 30 Mai 2013

    Les Vacances de Hegel, le tableau que Magritte peignit en 1958 et qui représente un parapluie ouvert surmonté d'un verre aux trois quarts plein, est au centre de cette étude. Itinéraire plutôt qu'étude, en fait, puisqu'il ne s'agit pas ici d'expliquer une oeuvre, d'en épuiser le sens en se l'appropriant, mais d'épouser le mouvement d'une pensée qui travaille visiblement, de se placer sous un regard qui est aussi une peinture et aussi une pensée - et cela par l'écriture, cette description invisible... Bernard Noël, s'appuyant sur une analyse du regard qu'en retour l'oeuvre provoque et sur les textes laissés par le peintre, restitue le fonctionnement de cette pensée qui se confond avec sa matérialisation.

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