Abdelmalek Sayad

  • Ce livre présente la synthèse de vingt années de recherches, menées en France et en Algérie, sur l'émigration et l'immigration, deux phénomènes qui sont aussi indissociables que le recto et le verso de la même feuille et pourtant très différents en apparence, au point qu'on croit pouvoir comprendre l'un sans connaître l'autre.
    Abdelmalek Sayad restitue à l'immigration tout ce qui en fait le sens, c'est-à-dire le non-sens : par des entretiens admirables de délicatesse et de compréhension, il amène les immigrés à livrer le plus profond de leur intimité collective, les contradictions déchirantes dont leur existence déplacée est la conséquence. C'est par exemple l'immense mensonge collectif à travers lequel l'immigration se reproduit, chaque immigré étant conduit, par respect pour lui-même et aussi pour le groupe qui lui a donné mandat de s'exiler, à dissimuler les souffrances liées à l'émigration et à encourager ainsi de nouveaux départs. Ce sont les contradictions de tous ordres qui sont inscrites dans la condition d'immigré, absent de sa famille, de son village, de son pays, et frappé d'une sorte de culpabilité inexpiable, mais tout aussi absent, du fait de l'exclusion dont il est victime, du pays d'arrivée, qui le traite comme simple force de travail. Autant de choses qui ne sont pas seulement dites dans le langage habituel de la littérature critique, mais également dans la langue que les immigrés emploient eux-mêmes pour faire part avec beaucoup d'intensité et de justesse, de leur propre expérience. On ne pourra plus, après avoir lu le livre, regarder de la même façon les immigrés que l'on croise distraitement dans le métro ou dans la rue, ni écouter avec la même indulgence les discours dont ils font l'objet et qui, même les mieux intentionnés, les enfoncent dans leur étrangeté.

  • Connu pour ses travaux sur les immigrés, Abdelmalek Sayad s'est également intéressé à la place de leurs enfants dans l'école française. Écrits entre la fin des années 1970, à un moment où les enseignants voient arriver de nouveaux publics issus des regroupements familiaux, et la fin des années 1990, alors que la problématique de leur échec scolaire est devenue prégnante dans les débats publics, ces textes étaient restés jusqu'à présent inédits ou cantonnés à une diffusion confidentielle.
    Sayad saisit cette question dans sa genèse et montre comment les dispositifs et les pédagogies mis en œuvre pour réconcilier ces élèves avec l'école en valorisant ce que l'on suppose être " leur " culture engendrent des mécanismes de relégation dont les effets se révèlent désastreux. À célébrer la diversité en occultant le poids des facteurs sociaux, nombre d'enseignants en sont venus à oublier que la mission première de l'école républicaine est bien d'inclure ces enfants dans la société à laquelle la trajectoire migratoire de leurs parents les destine, et non de maintenir à toute force un lien avec leurs " origines " – au risque de les y enfermer.
    Présentés par Benoit Falaize (Université de Cergy) et Smaïn Laacher (Université de Strasbourg), ces textes révèlent avec une remarquable acuité les malentendus d'une politique scolaire qu'il est urgent, à partir de Sayad, de repenser.
    Sociologue, directeur de recherche au CNRS, Abdelmalek Sayad (1933-1998) est notamment l'auteur de La Double Absence (Seuil, 1999) et, avec Pierre Bourdieu, du Déracinement (Minuit, 1977).

  • This book is a major contribution to our understanding of the condition of the immigrant and it will transform the reader's understanding of the issues surrounding immigration. Sayad's book will be widely used in courses on race, ethnicity, immigration and identity in sociology, anthropology, cultural studies, politics and geography.
    an outstanding and original work on the experience of immigration and the kind of suffering involved in living in a society and culture which is not one's own;
    describes how immigrants are compelled, out of respect for themselves and the group that allowed them to leave their country of origin, to play down the suffering of emigration;
    Abdelmalek Sayad, was an Algerian scholar and close associate of the French sociologist Pierre Bourdieu - after Sayad's death, Bourdieu undertook to assemble these writings for publication;
    this book will transform the reader's understanding of the issues surrounding immigration.

  • L'Algérie ne guérira jamais de sa situation actuelle, si elle ne fait pas un travail de réévaluation intégrale de son nationalisme : son nationalisme est né dans le contexte colonial, il est né de la colonisation, il est né anticolonial et il l'est resté, il le reste aujourd'hui encore, anachroniquement ; et ce nationalisme survit tel quel aux conditions politiques et historiques de sa constitution. Ce nationalisme n'a jamais su se constituer en lui-même. Même aujourd'hui que la colonisation a disparu, il est resté tel qu'il a commencé à se fabriquer en 1920. Il s'est donné une mythologie, prise à la France et apprise de la France - le mythe de la Nation - qui continue à fonctionner. De ce point de vue, le nationalisme algérien est le bon élève, mais bien tardivement, du nationalisme français, à l'école duquel il s'est constitué, même en le combattant et en cherchant à s'en émanciper...


    Le nationalisme algérien s'est créé uniquement par référence à la colonisation ; il est aujourd'hui malade, incertain, totalement dérouté, désorienté, sans objectif, sans perspective directrice : c'est parce qu'il a perdu le partenaire qui le constituait.

    Les intellectuels algériens eux-mêmes partagent la vision officielle, même les esprits les plus critiques se refusent à ce travail de réflexion et de relativisation...




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