Littérature traduite

  • La culture occidentale n'a cessé de représenter les manières dont l'amour fait miraculeusement irruption dans la vie des hommes et des femmes. Pourtant, cette culture qui a tant à dire sur la naissance de l'amour est beaucoup moins prolixe lorsqu'il s'agit des moments, non moins mystérieux, où l'on évite de tomber amoureux, où l'on devient indifférent à celui ou celle qui nous tenait éveillé la nuit, où l'on cesse d'aimer. Ce silence est d'autant plus étonnant que le nombre des ruptures qui jalonnent une vie est considérable.
    C'est à l'expérience des multiples formes du « désamour » que ce livre profond et original est consacré. Eva Illouz explore l'ensemble des façons qu'ont les relations d'avorter à peine commencées, de se dissoudre faute d'engagement, d'aboutir à une séparation ou un divorce, et qu'elle désigne comme des « relations négatives ».
    L'amour semble aujourd'hui marqué par la liberté de ne pas choisir et de se désengager. Quel est le prix de cette liberté et qui le paye ? C'est tout l'enjeu de cet ouvrage appelé à faire date, et qui prouve que la sociologie, non moins que la psychologie, a beaucoup à nous apprendre sur le désarroi qui règne dans nos vies privées.

  • Aimer quelqu'un qui ne veut pas s'engager, être déprimé après une séparation, revenir seul d'un rendez-vous galant, s'ennuyer avec celui ou celle qui nous faisait rêver, se disputer au quotidien : tout le monde a fait dans sa vie l'expérience de la souffrance amoureuse. Cette souffrance est trop souvent analysée dans des termes psychologiques qui font porter aux individus leur passé, leur famille, la responsabilité de leur misère amoureuse.

    Dans ce livre, Eva Illouz change radicalement de perspective et propose une lecture sociologique de la souffrance amoureuse en analysant l'amour comme une institution sociale de la modernité. À partir de nombreux témoignages, d'exemples issus de la littérature et de la culture populaire, elle dresse le portrait de l'individu contemporain et de son rapport à l'amour, de son fantasme d'autonomie et d'épanouissement personnel, ainsi que des pathologies qui lui sont associées : incapacité à choisir, refus de s'engager, évaluation permanente de soi et du partenaire, psychologisation à l'extrême des rapports amoureux, tyrannie de l'industrie de la mode et de la beauté, marchandisation de la rencontre (Internet, sites de rencontre), etc. Tout cela dessine une économie émotionnelle et sexuelle propre à la modernité qui laisse l'individu désemparé, pris entre une hyper-émotivité paralysante et un cadre social qui tend à standardiser, dépassionner et rationaliser les relations amoureuses.

    Un grand livre de sciences sociales sur le destin de l'amour dans les sociétés modernes.

  • La musique peut nous émouvoir jusqu'au tréfonds de notre être, nous arracher à la dépression, nous inciter à danser, ou nous rendre triste et nostalgique. Quand on est un neurologue aussi compétent qu'Oliver Sacks, et ouvert, comme lui, à bien d'autres disciplines, comment peut-on comprendre et décrire ce pouvoir ? Plus d'aires cérébrales sont affectées au traitement de la musique qu'à celui du langage : l'homme est donc véritablement une espèce musicale.Bien des exemples le montrent, évoqués par Sacks avec la force et le talent qu'on lui connaît (voir L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau), depuis ce chirurgien frappé par un éclair qui devient soudain pianiste à l'âge de quarante-deux ans jusqu'au frère manchot de Wittgenstein, en passant par les familiers de la synesthésie ou les arriérés mentaux mélomanes.La musique est souvent médicalement bienfaisante : elle anime les parkinsoniens incapables de se mouvoir, améliore l'élocution des victimes d'accidents vasculaires, apaise les patients atteints de la maladie d'Alzheimer ou restitue des souvenirs à certains amnésiques.L'homme a donc une véritable dimension musicale. Oliver Sacks la décrit dans toute son étendue, d'un point de vue scientifique, philosophique, et spirituel.

  • Oliver Sacks explore ici l'univers des hallucinations, connues (audition de voix, drogue, psychose, migraine) ou moins connues (maladie de Parkinson, illusion du membre fantôme, images ou phrases qui apparaissent quand on s'endort, hallucinations d'odeurs ou de goûts, vision d'un double, etc.). Il alterne l'évocation de cas et la description scientifique. Il se demande ce qui unifie tous ces phénomènes et si l'explication est plutôt d'ordre psychologique ou neurologique.

  • Après avoir étudié l'ouïe dans Musicophilia, Sacks explore ici la vision. La méthode est la même : une série de petites nouvelles neurologiques, récit de cas étonnants : la musicienne qui ne sait plus déchiffrer la musique (et bientôt ne reconnaît plus les objets), le romancier qui ne peut plus lire (mais étrangement arrive toujours à écrire), sa propre difficulté, à lui, Sacks, de reconnaître les visages, etc. Il ne s'agit pas de décrire les mécanismes de la perception visuelle en eux-mêmes mais (en explorant ces étonnantes pathologies) de comprendre comment, à partir de la perception, le cerveau organise et construit une " vision " cohérente et intelligible.Le lire tresse l'évocation et le récit (car pour Sacks les patients sont toujours des compagnons, auxquels il rend visite, qu'il accompagne souvent pendant des années), les analyses d'autres cas (à travers des livres), les explications scientifiques (toujours claires, jamais lourdes), et enfin l'autobiographie : un long chapitre raconte comment Sacks lui-même a été victime d'une tumeur cancéreuse à l'un des deux yeux, le traitement par irradiation, et les symptômes étranges (trou dans la vision, perte de la stéréoscopie, etc.). Il y a donc beaucoup de scènes concrètes et frappantes : une course dans un supermarché avec quelqu'un qui ne reconnaît plus les objets, etc.Enfin, Sacks tente de comprendre le travail de l'esprit lui-même, notamment chez les aveugles : Qu'est-ce qu'une image intérieure ? Est-ce cela, la pensée ? Ou peut-on penser autrement ?

  • Bernard E. Harcourt propose une critique puissante de notre nouvelle transparence virtuelle. Il livre une analyse de ce que les technologies big data font à nos vies, et de la manière dont elles s'y introduisent, et révèle l'ampleur de notre renoncement, volontaire, à la liberté - jusqu'à l'acceptation de toutes les dérives sécuritaires. Ces atteintes à nos libertés sont flagrantes ; pourtant, nous ne semblons pas nous en soucier.

    Exploitant notre désir sans fin d'avoir accès à tout, tout le temps, les géants d'Internet dressent un portrait de notre propre intimité, collectent des millions de données sur nos activités, nos centres d'intérêt et nos relations, tandis que les agences de renseignement les croisent aux milliards de communications qu'elles enregistrent chaque jour. Nous continuons cependant, et malgré notre connaissance de l'instrumentalisation de ces données, de publier nos photos de familles, nos humeurs et nos pensées. Nous donnons en caisse, en même temps que notre carte bleue, nos adresses email et postale. D'où vient le sentiment de fatalité à l'égard de cette transgression du public et du privé ?

    Ce livre montre d'une manière saisissante comment les nouvelles technologies exploitent notre désir illimité d'accéder à tout, tout le temps et sans attendre - au risque de la surveillance généralisée. Et invite à la désobéissance et à la résistance.

  • Les Pouvoirs du sacré pose une question brûlante : celle de la place persistante du sacré et de la religion dans la vie sociale contemporaine. Ni une vision linéaire de la sécularisation comme déclin progressif et mondial de la religion, ni une compréhension mystique du « retour du religieux » ne conviennent pour appréhender ce phénomène complexe. Hans Joas parcourt, synthétise et discute les grands paradigmes qui ont été élaborés par la philosophie et la sociologie, depuis le xviiie siècle, pour penser la vie religieuse.
    En discussion critique avec Max Weber, Joas construit une alternative au récit du « désenchantement du monde ». Il estime qu'une compréhension du devenir de la religion ne peut se séparer d'une interprétation des tensions entre le politique et le religieux, l'État et les Églises, qui ont paradoxalement créé des interstices dans lesquels les individus ont pu construire leur liberté et redéfinir leur vie en commun.

    Il s'agit aussi d'un livre engagé en faveur d'un universalisme des droits de la personne qui se traduirait, au plan théologico-politique, par le double rejet des théocraties et des dictatures laïques, et par une mise en garde contre la tentation d'une « auto-sacralisation de l'Europe » contre l'islam.

  • Deux semaines avant de mourir, Oliver Sacks a décrit le contenu de l'ouvrage qu'il prévoyait de publier, Le Fleuve de la conscience. Ses indications ont été scrupuleusement suivies.

    Sacks montre dans ce livre qu'il n'est pas seulement un neurologue exceptionnel. Son interrogation s'étend ici à presque tous les domaines du vivant, qui le passionnent et l'intriguent. Mais, fidèle à sa manière personnelle, il les aborde par ce qu'ils ont de surprenant ou d'inattendu. Comment une plante « apprend »-elle ? Les souvenirs que nous tenons pour vrais le sont-ils forcément ? La conscience est-elle un flux continu ou une succession d'instantanés ? La science elle-même se montre sous un jour nouveau : Darwin s'avère être un botaniste original, Freud un neurologue novateur. Pourquoi tant de découvertes, que l'on qualifiera de prématurées, ont-elles été négligées ? Que se serait-il passé si on les avait acceptées en leur temps ? On s'aperçoit que le rôle du hasard est essentiel, et que la science, dans son développement, est contingente... comme la vie elle-même.

    Oliver Sacks a créé une nouvelle façon d'exposer et d'expliquer et d'interroger les découvertes scientifiques. On trouvera ici ce mixte de développement théoriques - toujours clairs -, de récits étonnants, et d'éléments biographiques qui fait le charme de son oeuvre, où s'allient avec éclat la rigueur, la curiosité d'esprit, et le goût de l'exploration.

  • La notion de justice sociale a suscité durant les dernières décennies d'intenses débats en philosophie morale et politique, surtout depuis la publication de la Théorie de la justice de John Rawls (Seuil, 1987).
    Dans cet ouvrage, Michael Walzer défend une conception rivale de celle du contractualisme de Rawls et propose une théorie radicalement pluraliste de la justice. Reprenant la conception pascalienne des " ordres ", il soutient qu'il existe des sphères de justice distinctes. Ce qui vaut dans la sphère économique ne se laisse pas transférer dans la sphère de l'éducation, ou dans celle du pouvoir politique ; les loisirs, la famille, et même la grâce divine ont chacun leur " sphère " propre. Contre l'égalitarisme " simple " qui vise à distribuer les biens de manière égale, Walzer propose une théorie de l'" égalité complexe " : une société régie selon ce principe est une société dans laquelle aucun type de bien ne peut dominer les autres. Tout passage illégitime d'une sphère à une autre conduit à une forme spécifique de tyrannie. À travers une série d'enquêtes concrètes et originales, attentives au détail des manières dont les communautés ont forgé, à travers l'histoire, leurs systèmes de valeurs et de règles, Walzer propose ce qu'il appelle un " socialisme démocratique décentralisé ", et jette les bases d'une philosophie politique adaptée à un monde de valeurs conflictuelles.

  • La théorie de l'alliance de Lévi-Strauss a placé l'échange matrimonial au coeur de l'organisation sociale. Mais l'auteur des Structures élémentaires de la parenté et la majorité des anthropologues après lui ont toujours considéré que les rapports de parenté étaient des créations purement culturelles : issus de croyances et d'institutions sociales extrêmement variables, ils témoigneraient de l'affranchissement total de la société humaine à l'égard des mécanismes de l'évolution de l'espèce. C'est cette conception que ce livre bat magistralement en brèche, tout en apportant un appui inattendu à l'idée centrale de Lévi-Strauss.
    À partir d'une analyse comparative détaillée des sociétés de primates, Bernard Chapais soutient que toutes les sociétés humaines, passées et présentes, constituent autant de versions culturelles d'une structure unitaire ancrée dans notre nature. Cette structure profonde s'avère combiner des comportements sociaux présents chez nos cousins les primates : la reconnaissance et le favoritisme des apparentés, l'évitement de l'inceste, la propension des mâles ou des femelles à quitter leur groupe de naissance pour se reproduire, etc. L'agencement inédit de ces traits a abouti chez les humains à des réseaux de parenté d'une étendue inégalée, propres à générer des systèmes d'alliances inconnus par leur complexité dans le monde animal.
    En retraçant les jalons de cette longue histoire phylogénétique, cet ouvrage reconstitue les origines de la société humaine et propose une réelle voie de dépassement du dualisme nature/culture.

  • Le livre relate la découverte des maladies neurologiques les plus connues, et raconte l'histoire personnelle de leurs découvreurs comme autant d'aventures humaines. Qui étaient Alzheimer, Parkinson, Asperger et Korsakoff ? Qui étaient Broca (le découvreur des aires du cerveau), Clérambault ou Gilles de la Tourette (qui identifia le syndrome qui porte son nom) ?
    Comment ont eu lieu ces trouvailles ? Quels étaient les premiers patients ? Quelle a été la réception du milieu ? Et quelle est la différence entre la vision initiale du trouble et celle que nous en avons aujourd'hui ?
    Autant de questions qui nourrissent une série de récits fascinants, servis par un auteur qui peut prétendre être l'héritier européen d'Oliver Sacks.

  • Frances Tustin poursuit, dans cet ouvrage, son travail capital de compréhension et de thérapie de l'autisme.

    Elle s'attache plus particulièrement ici à « la façon dont les enfants autistes protègent leur vulnérabilité en engendrant l'illusion d'avoir une enveloppe extérieure à leurs corps ».

    Elle décrit, à travers des cas précis, les mécanismes de formation de cette coquille protectrice non seulement chez les enfants, mais aussi chez les adultes névrosés. Elle revient enfin sur la question, très complexe, des causes de l'autisme, faisant le point, à la lumière des travaux les plus récents, sur ce que « l'autisme est » et ce qu'il « n'est pas ». Car seule une profonde compréhension de sa fonction peut permettre de modifier cette réaction primaire de protection et de survie, et faire en sorte qu'elle se produise d'une manière qui ne soit pas pathologique.

  • Le constructivisme (Watzlawick) nous avait appris que la réalité est une construction. Le « constructionisme » insiste sur le fait que cette construction est sociale et languagière. Nos descriptions du monde, qui définissent le champ de nos possibilités, naissent dans et par les relations sociales, et prennent forme à l'intérieur même du langage. Gergen se situe entre
    Watzlawick et Foucault. Quelles sont les conséquences de ce point de vue, clairement énoncé et argumenté ici, sur la pratique thérapeutique ? Telle est la question à laquelle cet ouvrage répond.
    Sans détailler cette réponse, complexe et nuancée, on peut simplement mentionner que c'est la notion-même d'une thérapie homogène, se déroulant dans le cadre d'une école, séparée de toute autre interaction sociale ou psychologique, qui est finalement mise en question. Gergen s'effo rce
    de penser comment, dans l'avenir, on pourrait répondre à la demande thérapeutique.

  • * Publication originale : Knopf, 2007« Le Dieu mort-né est un livre sur la fragilité de notre monde, ce monde né de la révolte intellectuelle contre la théologie politique en Occident. Ce sujet peut sembler étrange, voire pervers, étant donné que les nations occidentales sont en paix les unes avec les autres et que les normes de la démocratie libérale, en particulier en ce qui concerne la religion, sont très largement acceptées. L'Occident semble avoir franchi une sorte de ligne de partage des eaux historique, si bien qu'il est presque inimaginable que des théocraties surgissent parmi nous ou que des bandes armées de fanatiques religieux y déclenchent des guerre civiles. Pourtant, notre monde est fragile, non à cause des promesses que nos sociétés politiques ne parviennent pas à tenir, mais à cause de celles que notre pensée politique se refuse à faire. [...]Le Dieu mort-né explore le débat entre religion et politique, qui dura près de quatre siècles en Occident : commencé dans l'Angleterre du XVIIe siècle, il s'est terminé en Allemagne au XXe siècle [...]. Quels changements philosophiques et théologiques rendirent nécessaire le retour à la théologie politique ? Et que nous apprend l'histoire de ce débat quant aux forces et aux faiblesses de notre manière contemporaine de penser le politique ? »

  • Dans l'imagerie courante, Hegel est le philosophe de la " raison dans l'histoire ", et Nietzsche une des sources irrationnelles de l'antisémitisme moderne.
    Pourtant, si l'on examine avec précision l'image du judaïsme et des juifs chez l'un et l'autre, on arrive à une conclusion quasi inverse.
    Le Hegel de la dernière période a certes abandonné l'anti-judaïsme primaire de son enfance. Mais le rôle des juifs, émancipés par la Révolution française, est désormais pour ainsi dire terminé. Pour Hegel, l'existence comme juif n'a plus de sens dans l'histoire moderne.
    Nietzsche, au contraire, pourtant éduqué dans l'anti-judaïsme et environné d'antisémites, devient un anti-antisémite passionné.
    Il sera un admirateur fervent du judaïsme ancien et des juifs de la Diaspora, qui joueront, selon lui, un rôle important dans l'Europe à venir. Il réserve tous ses coups, en revanche, au judaïsme " sacerdotal " du Second Temple, ancêtre du christianisme, du message décadent de Jésus, de l'inversion des valeurs qu'il lit dans le Nouveau Testament et qui fait la " maladie " de l'Europe chrétienne.
    Dans ce livre brillant et convaincant, Yovel montre que l'anti-sémitisme et ses sources ne se trouvent pas nécessairement là où l'on croit : une philosophie de la raison n'en est pas démunie, tandis qu'une pensée de la " volonté de puissance " peut y échapper.

  • Pourquoi flaubert n'aurait-il pas existé sans la rive gauche ? pourquoi le monde géographique de walter scott finit-il exactement là où commence celui de jane austen ? et pourquoi sherlock holmes ne met-il jamais les pieds dans le quartier de jack l'eventreur ? ou encore comment les best-sellers anglais et français circulaient-ils sur les routes européennes du siècle d'or du roman et quel fut le rôle des bibliothèques provinciales de l'angleterre victorienne ? c'est en regardant la centaine de cartes que franco moretti a dessinées et en suivant le récit de son voyage dans le roman du xixe siècle qu'on pourra répondre à ces questions qui peuvent toutes être ramenées au problème fondamental qui sous-tend ce livre : comment la géographie réussit-elle à engendrer le roman de l'europe moderne ? franco moretti enseigne la littérature comparée à la columbia university, new york.
    Il est l'un des meilleurs critiques littéraires italiens. l'atlas du roman européen est son premier ouvrage traduit en français.

  • La " troisième voie " est un objet politique non identifié.
    Objet de répulsion pour les uns, au nom de la préservation des valeurs traditionnelles de la gauche, ou gage de modernité pour les autres, au nom du dépassement du clivage gauche-droite, elle est soumise à une vigoureuse querelle des intentions depuis son apparition sur la scène politique européenne au milieu des années 1990. Son identification avec la politique menée par le gouvernement de Tony Blair depuis 1997 n'est pas pour rien dans la cristallisation du débat.
    Qualifié tour à tour de néothatchérien et de social-libéral, notamment en France, le Premier ministre britannique a surpris, séduit ou agacé selon l'utilisation politique que l'on a voulu faire de son action. Pourtant la " troisième voie " ne se résume pas à son instrumentalisation idéologique. Elle est aussi une clef d'accès au monde actuel dont les bouleversements économiques, sociaux, culturels, écologiques et scientifiques soulèvent des questions incontournables : quelle mondialisation voulons-nous ? Comment vivre dans la " société du risque " ? Comment préserver son identité tout en s'ouvrant à la différence ? Pour Anthony Giddens, figure éminente des sciences sociales contemporaines, le débat critique qui s'est amorcé autour de l'idée d'une " troisième voie " entre capitalisme libéral et socialisme d'Etat peut déboucher sur des réponses novatrices à ces questions.
    Pouvoir lire, dans le texte et pour la première fois en français, ceux qui ont réinventé la " troisième voie " ne peut que contribuer à éclairer les débats qui animent notre propre société. C'est tout particulièrement le cas pour la gauche, en Europe et au-delà, une gauche dont le " savant " Giddens et le " politique " Blair se réclament tout en esquissant ses nouveaux contours pour le siècle qui s'ouvre.

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