Seuil

  • La voyance - terme que pour ma part je préfère utiliser pour qualifier les phénomènes de télépathie, clairvoyance, précognition, etc. - continue à sentir le soufre et à susciter des réactions tranchées. On se trouve obligé de choisir entre deux extrêmes : le rationalisme - qui pousse à n'en parler qu'en termes d'expérience subjective - et la croyance irrationnelle - qui ferait basculer du côté des mystiques et des occultistes. N'est-il pas enfin possible de la traiter en objet d'étude au même titre que d'autres ? Rejet ou fascination : j'ai donc essayé de ne pas me laisser enfermer dans cette pseudo-alternative et, en m'appuyant sur ce que j'ai pu vivre dans ma pratique de thérapeute, comme sur ce que m'ont raconté des voyants professionnels ou occasionnels, de proposer des hypothèses sur la nature de ces phénomènes, leur statut et leur fonction. E. L.-N.

  • Non, l'invective et l'exégèse ne sont pas les seuls registres de la philosophie politique. Il n'est pas nécessaire, pour être pertinent, de se faire pamphlétaire, pas plus qu'il n'est requis, pour être respectable, de se muer en interprète. Il existe une autre manière de faire de la philosophie politique, qui répond aux interpellations du monde sans renoncer aux exigences de l'esprit. L'objectif premier de ce livre est de la montrer à l'oeuvre. Pour atteindre cet objectif, Philippe Van Parijs présente ici les références incontournables de la philosophie politique anglo-saxonne contemporaine, dont il est lui-même un des protagonistes. Il en situe les classiques, de Rawls et Nozick à Dworkin et Gauthier. Il en décrit les principaux courants, de l'utilitarisme ordinal au marxisme analytique. Et il en explique les notions fondamentales, de la Pareto-optimalité au critère de non-envie, du maximin à la clause lockéenne, du théorème d'impossibilité d'Arrow à la théorie de l'exploitation de Roemer. Mais, surtout, il adopte lui-même la démarche pour laquelle il plaide. Il avance des thèses et en critique d'autres, élucide des controverses, résout des paradoxes, réfute des objections - tout cela en adoptant, face aux libertariens comme aux marxistes, aux libéraux comme aux communautariens, une attitude de sympathie critique qui permet le dialogue sans bannir les convictions. Au-delà d'une présentation dense, claire et compétente des théories contemporaines de la justice, ce livre constitue une initiation vivante et engagée à la pratique de la philosophie politique d'aujourd'hui.

  • Henri Michaux raconte comment, au cours d'une de ses aventures dans le dessin et la peinture, lui venaient, sur la page, des signes étranges, étrangement familiers, sortant tous du type homme. Dans des centaines de pages, un à un, comme énuméré, l'homme m'arrive, l'homme inoubliable (Émergences Résurgences). C'est cet homme surgissant un à un qui est considéré ici, à travers les oeuvres des écrivains contemporains soucieux de décrire l'individu moderne dans sa singularité, dans son isolement, dans ses efforts pour se détacher et pour aller vers le grand jour : Michaux lui-même d'abord, chez qui l'individu est réduit à sa minceur essentielle sous le choc des drogues, ou face à la peinture qui lui apprend qui il est ; le romancier et enquêteur anglo-indien V.S. Naipaul, dont les héros, dans un monde divisé et confus, cherchent la voie de leur émancipation à l'égard des rites archaïques et des illusions modernes ; Salman Rushdie qui, à travers le libre jeu de l'imagination créatrice de formes et de récits, montre l'individu se créant lui-même à partir d'éléments empruntés à ses divers héritages. Ces études portent sur des écrivains qui sont, pour Pierre Pachet, des modèles ou des interlocuteurs plutôt que des objets d'étude. Car la littérature, dans cet essai souvent très personnel, engage à des questions auxquelles il n'y a que des réponses singulières : sur le destin et le sens de l'individualisme moderne, sur l'importance de la perception et de la description du réel, sur la voie française (l'indépendance, selon Frantz Fanon) ou anglaise (le self-government, selon Octave Mannoni) que peut prendre le mouvement de décolonisation des peuples et des individus.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce livre traite d'un Mallarmé peu commenté : l'épistolier, auteur d'une volumineuse Correspondance, et le journaliste qui créa La dernière mode, gazette éphémère et mystérieuse décrivant les nouveautés de la vie parisienne. Il nous a semblé que, sous ce double masque, se trouvait un chef-d'oeuvre occulté. L'idée rebattue du poète contraint de gagner sa vie avait des racines trop tenaces, pour que s'excite outre mesure la curiosité de la critique sur les frivolités de La dernière mode. Même si la prose en dentelle de ce journal trahissait l'écrivain, c'était avec un sourire chargé d'émotion qu'on liquidait ce fait curieux. Quant au fourre-tout de la Correspondance, où le poète entremêlait son rêve poétique aux nouvelles de la vie de tous les jours, l'intérêt porté à ces écritures était plutôt de l'ordre de la documentation. Or, si l'on se laisse porter par les méandres de la langue mallarméenne, on aperçoit progressivement la toile d'araignée qui lie ces deux oeuvres jusqu'à les envelopper comme une seule. Les mots du langage quotidien, et même les noms propres libérés de leur référent concret, y deviennent des sortes de personnages-pseudonymes qui correspondent entre eux, mais par la musique, la figure et le rythme de leur matière littérale. Comme des spectres emmurés dans la survivance d'une représentation fantomale, dans un décor en papier, ils finissent par se détacher et surgir de ce linceul pour scintiller comme le spectre du rythme inconnu. Tel est le niveau hyperbolique où Mallarmé a porté son esthétique du quotidien, qui emprunte les images de la vie pour faire entendre la musique des lettres à ceux qui ne savent lire que le journal.

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