Nouvelles Lignes

  • Sur le sens et l'usage du mot "gauche"

    Dionys Mascolo

    • Nouvelles lignes
    • 4 Mars 2022

    Être de gauche, affirme Mascolo, c'est «?refuser?». Refuser?; quand être de droite, c'est accepter. Il n'y a qu'une seule forme - ou presque - d'acceptation, quand il y a tant de formes possibles du refus. «?C'est par rapport au projet révolutionnaire que la gauche laisse voir son sens, et non par rapport à la droite - posture où l'on peut se fixer, comme au bord d'un vide où l'on sait bien qu'on ne se jettera pas, quand même on s'obstinerait à en savourer l'attirance sa vie durant.?»

  • De Leros à Laborde

    Félix Guattari

    • Nouvelles lignes
    • 15 Avril 2022

    Dans ce recueil paru pour la première fois en 2012, dont il avait lui-même imaginé le contenu peu de temps avant sa disparition en 1992, Félix Guattari en appelle à une pratique de la cure psychiatrique au sein d'institutions qui sauraient renouveler leurs instruments et faire preuve, vis-à-vis de leurs patients, d'une créativité comparable à celle de l'artiste. Renouvellement qu'il souhaiterait voir étendu à d'autres secteurs de la société. Dans un sens élargi qui n'est pas sans rappeler Les Hétérotopies de Michel Foucault, Guattari en vient à affirmer : « [...] l'on se prend à rêver de ce que pourrait devenir la vie dans les ensembles urbains, les écoles, les hôpitaux, les prisons, etc., si, au lieu de les concevoir sur le mode de la répétition vide, l'on s'efforçait de réorienter leur finalité dans le sens d'un re-création permanente interne. »

  • REVUE LIGNES n.68 ; Jean-Luc Nancy Nouv.

    REVUE LIGNES n.68 ; Jean-Luc Nancy

    Michel Surya

    • Nouvelles lignes
    • 13 Mai 2022

    Une oeuvre, profuse, majeure. Un homme, exemplaire. Témoigner d'elle et de lui, pour rendre hommage à celle-ci (certainement l'une des oeuvres de pensée les plus importantes depuis son ami Derrida), et dire notre amitié, l'amitié de Lignes, à celui-là. C'est Lignes en effet qui rend ici hommage à cette oeuvre, à cet homme. Beaucoup plus l'auraient pu, le pourraient. Impossible de les inviter tous (il en compte trop). Limiter leur nombre s'imposait. Ici à celles et ceux qui ont partagé l'histoire de Lignes avec lui, qui ont appartenu avec lui à cette autre histoire, plus petite que beaucoup d'autres qu'il a vécues (universitaire par exemple), mais pas moins significative sans doute, à laquelle il a montré son attachement (23 textes, depuis janvier 1993, n° 18 de la première série, jusqu'au dernier paru : le très beau « Vous voyez ce que je veux dire », octobre 2021, n° 66 de la deuxième série). Un livre de lui, un concept, un mot, un fait de pensée, un cours, une conférence, un séminaire, un colloque, une direction de thèse, un engagement, un échange, une tentative inaboutie, un repentir, un différend, un accueil à l'étranger, etc., le théâtre, la littérature, l'art, etc. Toute liberté a été laissée à celles et ceux qui lui rendent ici un hommage ému et reconnaissant.

  • REVUE LIGNES n.67 ; résistance et organisation

    Revue Lignes

    • Nouvelles lignes
    • 4 Février 2022

    Face aux échéances électorales en France, et dans un contexte politique international toujours plus inquiétant, il s'agit encore et toujours, mais peutêtre plus que jamais dans l'histoire de la revue, de prendre la mesure de la pensée, de sa responsabilité, et de sa puissance même, en vue de l'action.
    Canguilhem, dans les années 1930, citant le Rouge et le Noir de Stendhal, appelle à s'organiser face au fascisme : « Quelle est la grande action qui ne soit pas impossible au moment où on l'entreprend ? C'est quand elle est accomplie qu'elle semble possible aux êtres du commun. » Il s'adresse ainsi aux lycéens : « Le problème est de choisir entre une attitude de soumission aux contingences historiques ou aux nécessités, qu'on les estime métaphysiques ou physiquement fondées, et une attitude de résistance ou plutôt d'organisation. »

  • Courts écrits sur l'art

    Georges Bataille

    • Nouvelles lignes
    • 9 Novembre 2017

    Les livres de Bataille sur l'art, peu nombreux, sont connus : son Manet, essentiel, son Lascaux ou la naissance de l'art ; et aussi, quoique différemment, ses Larmes d'Éros qui ne constituent certes pas à proprement parler un livre sur l'art, mais que l'art illustre surabondamment (qui fait à l'art une part non pas illustrative mais presque conceptuelle).
    On connaît beaucoup moins, par contre, pour ne pas dire du tout, ses « courts » écrits sur l'art, nombreux ceux-ci (il convient de préciser : les arts de la photographie, de la peinture - Van Gogh, Picasso et Goya, mais aussi Masson, Klee, Ernst, etc., du cinéma - Bunuel et Dali, Eisenstein) ; des articles pour la plupart, publiés avant guerre dans la maintenant prestigieuse, mais à l'époque hétérodoxe ou frénétique revue Documents (quelques articles définitifs, entre autres : « OEil », « Le gros orteil », « Métamorphose », « Le jeu lugubre », « Informe », « Les écarts de la nature ») ; après guerre, en partie dans la revue Critique. Des préfaces plus rarement.
    Ici rassemblés pour la première fois, ces textes témoignent du constant souci de Bataille de « voir » auquel l'art invite certes, mais auquel Bataille a toujours, en toute matière invité, auquel il enjoint, et dont il n'est pas loin de faire une condition supplémentaire de la pensée.
    Dans certains de ces textes, il est question de l'art pour lui-même, de la question qu'en tant que tel l'art pose. Dans d'autres, de la pensée, en tant que l'art pense et se pense.

  • La pensée dispersée ; figures de l'exil juif

    Enzo Traverso

    • Nouvelles lignes
    • 18 Janvier 2019

    Hannah Arendt, Siegfried Kracauer, Walter Benjamin, Hermann Broch, Theodor W. Adorno...
    Ces grands penseurs judéo-allemands ont pour point commun d'avoir dû fuir leur pays après l'accession au pouvoir de Hitler en 1933.
    Dès lors, c'est seuls, errants, étrangers, apatrides, que ceux qui ont survécu à cette fuite ont produit quelques-unes de leurs oeuvres majeures. Quelle influence l'exil a-t-il eue sur celles-ci, quelle place leur pensée a-t-elle prise dans leur pays d'accueil ?
    Enzo Traverso traite de cette rupture tragique au travers de leurs oeuvres d'exil et des correspondances échangées avec les amis éloignés.
    OEuvres et correspondances où les questions de la non-appartenance nationale et du « monde perdu » sont abordées en tant que questions non pas seulement existentielles, mais surtout intellectuelles Publié une première fois en 2004, La Pensée dispersée reparaît ici considérablement augmenté de deux textes, pour l'un sur Kracauer, pour l'autre sur Adorno ; et d'une très longue étude sur l'exil des intellectuels juifs italiens.

  • La méthode de la scène

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    • Nouvelles lignes
    • 17 Mai 2018

    « Scène ». Il n'est pas exagéré de dire qu'aucune catégorie n'est davantage associée à la philosophie de Jacques Rancière. L'impulsion fondamentale de son travail, depuis ses folles nuits prolétaires, a toujours été d'interroger la manière dont les partages de la pensée reconduisent, sous la distribution des corps en communauté, une division entre ceux à qui le logos est reconnu et ceux à qui il est nié. Et si le travail du partage ne pouvait s'identifier comme l'objet de la pensée sans être en même temps la mise en oeuvre de sa méthode ? L'un des aspects les plus saillants de ce rapport très étroit entre objet et méthode, dans la philosophie de Jacques Rancière, est le rôle qu'y joue la « mise en scène ». Contre la hiérarchie des niveaux de réalité et des régimes de discursivité, la méthode de la scène se dote en effet d'une double valeur. Polémique, elle construit une différence dans un champ d'expérience ; et assertative, elle trace une transversale aux frontières des savoirs ainsi qu'aux contextualisations historiques. Induite ou construite, identifiée ou en puissance sous d'autres scénarios, la scène permet de mettre au jour ce qui travaille l'identité contrariée des productions de l'art et des fictions politiques. Ce que la méthode de la scène dit en creux de cette logique du dissensus, c'est la possibilité de constituer une puissance subjective qui renvoie à la condition politique de l'égalité.

  • La tradition allemande dans la philosophie

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    • Nouvelles lignes
    • 11 Septembre 2017

    Y a-t-il une philosophie allemande ? Ou y a-t-il des moments de la philosophie, tantôt française, tantôt allemande, tantôt même française et allemande ? Le xviie constituerait le moment français, le xixe le moment allemand ; et le xxe, le moment franco-allemand - selon Badiou du moins. Nancy pense plutôt que la philosophie allemande a cessé au xxe siècle avec l'exil de ses plus éminents représentants : « ou bien ils ont émigré, ou bien ils ont quasiment tous fait silence quand ils n'ont pas suivi le régime ; un seul [Heidegger] est devenu «archifasciste» » Les grands philosophes allemands sont amplement évoqués, de Kant à Adorno ; Kant, le premier, qui occupe une part non négligeable du dialogue, qui n'est d'ailleurs pas le même pour Badiou et Nancy, que Badiou, dit-il, admire mais n'aime pas, que Nancy, qui lui a consacré sa thèse, lit avec une mansuétude et un intérêt beaucoup plus grands.
    Hegel ensuite, que l'un comme l'autre tiennent pour essentiel, quoiqu'ils ne le lisent pas pareillement (leçon qui vaut pour la lecture que chacun fait en général des grandes oeuvres de la philosophie) ; que Nancy lit pour elle-même (dans le texte) mais aussi à la lumière des innombrables interprétations que cette oeuvre a suscitées (de l'histoire de sa réception) ;
    Qu'au contraire Badiou lit en quelque sorte à la lettre, « naïvement » dit-il lui-même, comme il dit lire toutes les grandes oeuvres. Question de contemporanéité :
    L'un voulant rester leur contemporain, l'autre voulant l'être et d'elles et de ce qui est né d'elles. Nancy :
    « [...] nous ne pouvons pas nous rapporter à eux comme à nos contemporains. Nous sommes forcément après, nous les relisons [...] » ; Badiou : « [...] tu dis : les interprétations successives modifient tout ça. Eh bien non, ça ne modifie pas les assertions explicites des philosophes quant à ce qu'est réellement leur projet. »

  • REVUE LIGNES n.66 ; littérature : quelle est la question ?

    Michel Surya

    • Nouvelles lignes
    • 8 Octobre 2021

    Quelles questions la littérature pose-t-elle encore ? Et lesquelles y a-t-il lieu de lui poser de nouveau ? Le temps semble loin déjà où elle constituait un enjeu d'importance, et qui la dépassait, , lequel engageait récits, formes et langages, lesquels, eux-mêmes, engageaient quelque chose d'un rapport au monde, critique, hostile (historique-politique). Rapport en grande partie perdu. À la fin prétendue de l'histoire, répondrait la fin des avant-gardes, des manifestes, des scandales. Où le feu reprend-il, s'il reprend ?

  • Le communisme

    Dionys Mascolo

    • Nouvelles lignes
    • 19 Septembre 2018

    L'une des oeuvres maîtresses de la critique communiste, écrite au sortir du parti par celui qui, associé à Blanchot, Antelme et Duras, mènera de 1955 à 1970 les actions intellectuelles-politiques les plus marquantes (le « Manifeste des 121 », entre autres).
    Publié en 1953 chez Gallimard, Le Communisme n'a jamais été réimprimé, et est introuvable depuis.

  • Le radeau démocratique ; chroniques des temps incertains

    Sophie Wahnich

    • Nouvelles lignes
    • 8 Février 2017

    Chroniques vives et sensibles, écrites au plus près des faits, dans le but de protéger ceux qui viennent d'ailleurs et à qui on refuse d'être d'ici ; de défendre un désir d'égalité jamais atteinte, et qui régresse au contraire ; de sauver la mémoire des morts mis en danger par la falsification de l'histoire ; de raviver un vécu, celui de tout un chacun quand il foule un certain sol touristique européen, fait de guerres et de dénis de leurs traces physiques et psychiques ; de conforter l'idée de peuple ; de comprendre d'où vient notre rapport au partage droite/gauche, à l'universel, et comment ces mots simples et forts sont devenus confus et indisponibles ; d'analyser comment la démocratie ne nous est pas seulement confisquée par la dette et les financiers de la BCE, mais par une langue qui falsifie la perception du monde et fait oublier la grandeur de la démocratie, fait oublier la voix de la vérité comme voix du peuple, fait oublier que le peuple n'est pas une collection d'habitants en colère, mais une institution de l'être au monde politique qui vise la liberté réciproque, les conditions d'un bonheur commun et la félicité individuelle.

  • Partir et raconter ; une odysée clandestine

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    • Nouvelles lignes
    • 16 Mars 2017

    Trois ans sur les routes pour atteindre l'Europe - là où un touriste met à peine plus de trois heures en avion. L'aventure de Mahmoud Traoré à travers le Sahel, le Sahara, la Libye et le Maghreb l'a conduit à participer à l'assaut mondialement médiatisé des grilles de l'enclave espagnole de Ceuta, en 2005. L'odyssée moderne de Mahmoud Traoré est rythmée par le quotidien des ghettos et autres refuges clandestins qui jalonnent le chemin du "si-j'avais-su", où toute une jeunesse africaine fait l'aventure.
    Elle parle de débrouille, de galères, d'extorsions, mais aussi d'entraide, de persévérance et de courage. Elle révèle les non-dits des politiques migratoires aussi bien que les dynamiques contradictoires qui traversent l'inframonde des migrants. Aucun livre n'avait encore décrit avec autant de précision, sans jamais l'idéaliser ni la stigmatiser, la société nomade que forment ces voyageurs sans visa.

  • Quels sont les ressorts subjectifs du processus de radicalisation et du passage à l'action violente ?
    Quels enseignements peut-on tirer au regard de la clinique et de l'étude des trajectoires individuelles ?
    Comment penser ce problème au carrefour de la psychologie individuelle et collective ? Ce livre, qui réunit les contributions de psychanalystes, de psychiatres, d'anthropologues, vise à éclairer les articulations à travers lesquelles des jeunes peuvent être saisis par un discours guerrier et, dans certains cas, les autorisent à devenir « tueur au Nom de. ». Les cristallisations existentielles qui conduisent vers de tels engagements n'obéissent pas à un modèle aussi univoque et déterministe qu'on le prétend généralement.
    Une cartographie reste à établir, mais ici l'entrée par la coordonnée de l'idéal permet de lire comment, par le jeu de l'offre et de la demande autour de la figure de la victime et du vengeur, peuvent se déclencher des mises à disposition intimes à des souverainetés cruelles.

  • La guerre des subjectivités en islam

    Fethi Benslama

    • Nouvelles lignes
    • 18 Mars 2014

    Livre essentiel, avec lequel Fethi Benslama fait le point sur une vingtaine d'années de travail. Travail exemplaire qu'il n'y a que lui à mener, lequel consiste à ne pas tenir pour rien les aspects fondamentalement subjectifs qui président à tout conflit ; dans le cas présent aux conflits qui dévastent les terres d'Islam. Des Musulmans, comme il est trop communément convenu de dire en Occident, suffit-il de parler en termes historiques, sociaux, économiques, géo-politiques ? Autrement dit : de masses ? Que peut-on en apprendre de déterminant en se servant des outils de la psychanalyse, par exemple ? Outils dont Fethi Benslama use ici d'une façon qui fera date, comme a fait date son livre La Psychanalyse au risque de l'islam.

  • Philosopher à l'arc

    Jean-Paul Curnier

    • Nouvelles lignes
    • 17 Février 2016

    Le sens de cet ouvrage de philosophie fort singulier se déploie dans l'exercice de la chasse à l'arc. Aussi, très vite, la pensée dont il est question est celle à la fois du fait de devoir tuer pour manger et celle de savoir qui tue qui étant donné l'expérience particulière de la chasse à l'arc. Pourtant cette expérience est celle de l'homme qui nous a précédés.
    Elle implique une confusion, une sorte d'osmose entre la proie et le chasseur dont la trace dans les civilisations contemporaines n'a pas totalement disparu.
    Inversement, cette expérience implique un rapport de fraternité avec la matière du monde (avec la « chair » des êtres du monde) qui ne permet pas de penser le rapport aux animaux ni à la prédation en général de la même façon que celle que nous connaissons et qui élargit notre sensation d'appartenance au vivant et à l'humain d'une manière considérable. Non seulement les notions de bien et de mal n'y sont plus les mêmes, mais l'éthique qui règle les rapports entre les êtres ne se fonde pas sur les mêmes assurances.
    Venant comme en prolongement de cette osmose dans le rapport de vie et de mort pour la nutrition, la chasse à l'arc, du fait de la courte portée des flèches, implique un rapprochement maximal avec les proies.
    Cela signifie d'une part une connaissance approfondie et presque intime des animaux mais aussi une faculté commune à une très grande partie des êtres vivants qui prend tout son sens ici pour le chasseur : celle du camouflage, du brouillage des apparences, de la discrétion absolue de soi. Jusqu'à ne plus exister que comme un animal, précisément.
    Se camoufler, ce n'est pas se cacher, c'est jouer avec les perceptions de l'autre, c'est troubler ses habitudes, introduire de l'incongru dans sa connaissance, souvent très étendue, de l'homme comme prédateur. Alors, l'expérience de l'arc devient une expérience décisive qui ne permet plus de retour en arrière et ne peut plus se contenter de faux-fuyants.
    Ici commence une forme de réflexion sur les questions qui agitent notre époque et qui, c'est le sens de cette soirée de présentation et de discussion, ouvre sur trois questions essentielles :
    - celle de la morale que l'homme voudrait s'imposer vis-à-vis de la Terre et vis-à-vis de l'environnement, - celle de la propriété comme règle générale de l'existence des hommes sur Terre et des droits et devoirs qu'elle implique, - celle du pouvoir comme forme de mise en suspens de la guerre de tous contre tous, mais avant tout comme émanation de la guerre et évocation constante de la guerre.

  • Pourquoi la guerre aujourd'hui ?

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    • Nouvelles lignes
    • 8 Avril 2015

    Début 2003, un impressionnant dispositif de guerre a pris position dans le Golfe. On soupçonne le dirigeant de l'Irak, Saddam Hussein, de disposer d'armes de destruction massive et de s'apprêter à en faire usage contre les États-Unis d'Amérique. On lui prête même, contre toute évidence, des liens étroits avec Oussama Ben Laden, le commanditaire présumé des attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington. Le président des États-Unis, George W. Bush, dont l'élection avait été contestée en l'an 2000, réunit autour de lui une équipe de « néo-conservateurs » qui, de longue date et bien avant qu'elle soit au pouvoir, n'a pas caché sa volonté de rompre avec toute politique de containment (retenue), préconisée par le précédent gouvernement, pour s'en prendre de manière radicale aux États qu'elle considérait comme des « États voyous » (Rogue States).
    Bien que la commission d'enquête des Nations Unies ne parvienne pas à trouver trace en Irak d'armes chimiques, biologiques ou nucléaires, le département d'État américain s'évertue à tenter de convaincre, aussi bien le peuple que les représentants des États membres des Nations Unies, du réel danger que représente l'Irak. Plus encore que d'avoir percé le bouclier de son invulnérabilité, avec l'effondrement des tours jumelles, le 11 septembre lui laisse entrevoir le spectre, bien pire encore, d'un attentat bactériologique ou nucléaire.
    C'est dans ce même mois, le 19 février 2003, alors que s'intensifient les préparatifs de guerre, que René Major et l'Institut des hautes études en psychanalyse ont l'idée d'organiser cette rencontre publique inédite (il faut y insister), et hélas unique (Jaques Derrida décédera l'année suivante), de deux des plus grands intellectuels français (sans doute des deux intellectuels français les plus connus à l'étranger), pour débattre de la situation. Débat intense, où chacun confronte ses analyses, moins à son interlocuteur qu'à la situation, teste leur validité théorique (qu'est-ce qu'un événement ?
    Qu'est-ce qui résiste du réel quand le virtuel lui dispute l'hégémonie de la représentation ?
    Qu'y entre de l'inconscient ? Quelle autorité a encore le droit, même international ?, etc.) René Major, qui alimente brillamment ce dialogue, présente et conclue, longuement, en 2014, cet échange que leurs auteurs s'étaient accordé à publier.

  • Octobre 17, un retour critique sur la Révolution Russe

    Daniel Bensaïd

    • Nouvelles lignes
    • 17 Août 2017

    Les commémorations ne sont pas nécessairement des célébrations. Celles qu'au fil des décennies Daniel Bensaïd a écrites de la Révolution russe d'Octobre 1917 et, qu'entre autres, ce livre réunit, en témoignent, qui ne ménagent pas les critiques nécessaires, lesquelles cependant altèrent moins l'événement considérable que la révolution (« temps brisé ») elle-même a été, et reste , que sa postérité terrible.
    On pourrait reprendre mot pour mot, pour ce centième anniversaire de la Révolution russe ceux qu'il avait écrits pour le quatre-vingtième : « Un retour critique sur la Révolution russe, à l'occasion et sous prétexte du 80e anniversaire d'Octobre soulève quantité de questions, d'ordre tant historique que programmatique. L'enjeu est de taille. Il en va ni plus ni moins de l'intelligibilité du siècle qui s'achève, de notre capacité à sauver le passé de l'oubli pour préserver un avenir ouvert à l'agir révolutionnaire, car tous les passés n'ont pas le même avenir. » Que tous les passés n'aient pas le même avenir, ou que l'avenir dépende de ce qu'on fait des passés, a été une constante de l'activité intellectuelle et politique de Daniel Bensaïd, constante que sa lecture de Benjamin a accentuée avec le temps. Les archives s'ouvrant, les révisions abondant (qu'on se souvienne, successivement, de l'opération des dits « nouveaux philosophes » et de celle du Livre noir du communisme, sur lesquels il revient longuement dans les textes que ce livre réunit, et pour les contester), il s'est agi pour lui de distinguer encore et toujours entre l'événement incontestablement révolutionnaire qu'aura été Octobre (pas le coup d'État auquel on voudrait le réduire), et la postérité contre-révolutionnaire bureaucratique et stalinienne avec laquelle on s'emploie à le confondre, pour des raisons qui doivent moins au travail de l'historien qu'à celui de l'idéologue : «En ces temps de contreréforme et de réaction, rien d'étonnant à ce que les noms de Lénine et de Trotski deviennent aussi imprononçables que le furent ceux de Robespierre ou de Saint Just sous la Restauration. » Les temps sont toujours à la contre-réforme et à la réaction, qui se veulent sourds à ce que Arendt disait de la Révolution : « vrai événement, dont la portée ne dépend pas de la victoire ou de la défaite. »

  • Les nouveaux espaces de liberté

    ,

    • Nouvelles lignes
    • 29 Octobre 2010

    Il y a, dans Les Nouveaux espaces de liberté, livre rédigé à quatre mains au tout début des années 1980, une énergie rare qui contraste avec le recul de l'orientation révolutionnaire dans les années 1970. Ici, aucun recul - aucune « mort du politique », comme on disait beaucoup alors  ; au contraire, une volonté d'affirmation réitérée et réorientée. Affirmation politique.
    Texte suivi de : DES LIBERTÉS EN EUROPE, de Félix Guattari, de LETTRE ARCHÉOLOGIQUE, de Toni Negri et de la « POSTFACE » à l'édition américaine de 1990, de Toni Negri

  • Le défi de la folie ; psychiatrie et politique (1966-1992)

    Tony Lainé

    • Nouvelles lignes
    • 5 Octobre 2018

    À l'heure où l'activité des soignants en psychiatrie est toujours davantage soumise à des considérations gestionnaires, la lecture des textes de Tony Lainé apparaît salutaire. Psychiatre et psychanalyste longtemps proche du Parti communiste français, Tony Lainé (1930-1992) s'est employé sans relâche à défendre la nécessité d'un service public de santé mentale attentif non seulement aux souffrances psychiques des patients, mais aussi à leur condition socio-économique.

  • Vers un romantisme révolutionnaire

    Henri Lefebvre

    • Nouvelles lignes
    • 12 Octobre 2011

    1957 : Henri Lefebvre prend la mesure des crimes de Staline et de l'écrasement du soulèvement ouvrier de Budapest ; il rompt avec le parti communiste.
    Rupture éclatante dont témoigne son grand livre La Somme et le reste et cet article jamais republié depuis : "Vers un romantisme révolutionnaire". Où il dessine à grands traits l'homme nouveau qu'un tel romantisme appelle : un homme tournant le dos au dogmatisme, cessant d'être "en proie au passé". Ne séparant plus entre la politique et l'art. Demandant à l'imagination, au rêve et à la pensée de féconder la politique.
    Lefebvre renoue là avec l'inclination de sa jeunesse: d'une pensée libertaire proche du surréalisme. Un pont est ainsi jeté qui anticipe alors Mai 68 : "La jeunesse est en proie au possible, et le possible la dévore". Qui anticipe des possibilités pas davantage réalisées aujourd'hui.

  • L'idée du communisme ; conférence de Londres, 2009

    Collectif

    • Nouvelles lignes
    • 21 Janvier 2010

    Une quinzaine de philosophes parmi les plus importants se sont réunis à Londres, en mars 2009, pour une conférence organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, intitulée " On the idea of Communism ".
    Par-delà leurs différences spéculatives et politiques, tous y ont affirmé leur attachement inentamé au mot et à l'Idée du "communisme". Seul mot, seule idée à pouvoir selon eux désigner et penser les conditions d'une " alternative globale à la domination du capitalo-parlementarisme " (A. Badiou), d'une " réforme radicale de la structure même de la démocratie représentative" (S. Zizek). Le présent volume réunit la totalité des interventions prononcées à l'occasion de cette conférence, qui connut un succès considérable.

  • La limite de l'utile

    Georges Bataille

    • Nouvelles lignes
    • 10 Mai 2016

    « [.] il est nécessaire à la vie de se tenir à hauteur de la mort », écrit Bataille dans La Limite de l'utile.
    Commandement où se lit certes l'influence persistante de Hegel sur lui et le projet d'une histoire universelle qui portera bientôt le titre de La Part maudite ; commandement que Bataille déshégélianise cependant aussitôt en apportant cette précision : « Une communauté ne peut durer qu'au degré d'intensité de la mort, elle se décompose dès qu'elle manque à la grandeur particulière au danger. » Par quoi l'on voit que la question, dès lors, n'est pas pour lui qu'ontologique, mais sociologique aussi, et économique.
    Certainement, l'une des singularités les plus grandes de son génie se mesure-t-elle au fait d'avoir su, durant les mêmes années du début de la guerre, mener de front l'écriture de L'Expérience intérieure et du Coupable, livres d'une expérience authentiquement intérieure, et celle de La Limite de l'utile, où l'expérience qui est entreprise est celle de l'universalité des formes de l'histoire.
    Première version abandonnée de La Part maudite, La Limite de l'utile est aussi la seconde de « La Notion de dépense », écrit dix ans plus tôt. Mathilde Girard, qui postface cette édition, a raison d'y insister : il faut ne pas davantage séparer entre les textes qu'entre les expériences, il faut au contraire associer La Part maudite et La Limite de l'utile à L'Expérience intérieure, au Coupable, à la Méthode de méditation, rédigés dans les mêmes années. Ne pas les séparer pour mesurer que la recherche qui les soutient veut être menée par un fou, un saint (c'est ainsi que Bataille entend s'emparer des conclusions de la science). La proposition de l'économie générale est impossible mais elle est seule à pouvoir soutenir l'expérience d'une connaissance liée à la perte de sens. La Limite de l'utile serait ainsi la version souveraine de La Part maudite - son revers, son ombre. Les arguments sont là, la généalogie de la gloire, de sa déchéance, mais comme portés par rien - rendus inutiles exactement.
    À cet endroit, cette « version abandonnée » de La Part maudite fait ressusciter un appel, une exigence, qui sont autant ceux d'une économie qui ne mépriserait pas la vie (jusque dans la mort), que d'une pensée qui contredit la promesse de toute consolation dans la spéculation capitaliste. Se soustraire à l'utilité - des activités, de la pensée - est un processus infini que commande une écriture infinie qui attend d'être communiquée.
    Mathilde Girard : « À quoi reconnaît-on aujourd'hui une conduite glorieuse - une conduite glorieuse humainement, c'est-à-dire qui n'attendrait ni de l'au-delà ni de l'argent les bénéfices de sa dépense ? Cela se peut-il encore que des êtres, des groupes ou des communautés s'entendent à ne rien vouloir gagner - à pouvoir perdre ?
    Avec la «notion de dépense», Georges Bataille nous parle de quelque chose qui n'a peut-être jamais existé et qui s'éloigne toujours davantage de l'horizon de notre économie. Ce n'est pas que le capitalisme ne sache pas gaspiller et détruire, c'est qu'il a depuis longtemps dépassé ses capacités réelles - il les a même troquées pour une activité imaginaire (une spéculation) qui a le pouvoir de faire apparaître de nouveaux territoires à coloniser. Il se passe de nous.
    Ce qui brille, alors, et qui nous attire, qu'est-ce que c'est ?
    Bataille répondra : ce n'est rien. »

  • REVUE LIGNES n.62 ; le mots du pouvoir, le pouvoir des mots

    Michel Surya

    • Nouvelles lignes
    • 20 Août 2020

    « Mots », « pouvoir », deux mots (dont le mot « mots ») pour un même titre, en réalité.
    Pour dire combien nous avons trop affaire aux mots du Pouvoir, et celui-ci pas assez aux nôtres (« Pouvoir » avec une majuscule, pour faire des pouvoirs existants, politiques, économiques, patronaux, etc., un seul, celui qu'il est).
    Trop affaire aux mots dont le Pouvoir se sert, et à ceux qui servent le Pouvoir, et pas assez à des mots, qui ne le servent pas, en mesure, au contraire, de le desservir.
    Trop des mots qui asservissent et pas assez des mots... « sans service », « hors service », qui « desservent » même, où en allés ?, de la littérature, du poème, de la pensée, de l'impossible, de la beauté, de la révolte, etc.

  • Par-dessus tête

    Jean-Paul Curnier

    • Nouvelles lignes
    • 16 Mars 2018

    L'oeuvre théorique de Jean-Paul Curnier est la mieux connue, parmi les plus singulières, et les plus remarquables. Pensée et écrite par une sorte d'Alceste politique, dont il ne suffit pas de dire qu'il n'a pas fait tout ce qu'il fallait pour qu'elle soit plus connue, dont il faut au contraire dire qu'il a beaucoup fait pour qu'elle le soit moins, en tout cas pas de n'importe qui, de peur de ressembler à tous ceux qui se font trop connaître pour de mauvaises raisons. On dira en langage d'époque que Jean-Paul Curnier fut un « radicalchic », quand il faudrait dire qu'il était simplement mais impérieusement jaloux de sa liberté, laquelle ne se négociait pas. Incompromis, « incompromissible » si le mot existait (mais il n'existerait que si la chose elle-même existait).
    On connaît moins son oeuvre littéraire. Du moins n'en a-t-on rien pu lire depuis l'admirable - et admiré - Peine perdue (éditions Léo Scheer, 2002). Un fort volume (350 pages) où il était enfin rendu possible de la découvrir. Une tout autre oeuvre, qui nous a découvert un tout autre auteur, peut-être, même aux meilleurs de ses amis, un tout autre homme (mais non, le même, mais intime). Rien là de sa tonitruance politique : à l'opposé, des mélodies douces-amères, des variations infimes mais infinies sur la peine de vivre, sur le malentendu d'amour, sur les mécomptes de soi, amusés et pas même amers, sur le rien qu'on ne sait pas comment fuir, mais qu'on ne fuit pas sans risque, parce que la déception est inhérente à toute fuite, et parce que le malentendu alors n'en est que plus épais. Tout y est d'un humour modeste et triste, léger et incrédule, sans reproche aucun, sans plainte non plus - délicat à l'extrême. La vie est comme on dit : le fait est, dont il faut rire. Rire (d'un rire léger) du fait qu'il faille être deux dans l'amour et qu'il y en ait toujours un de trop : soit qu'il n'y trouve pas sa place soit que l'autre ne la lui reconnaît pas. Rire de ce qu'il n'arrive rien (constante de cette mélodie) ou que ce qui arrive soit arrivé pour rien (sinon pour se retrouver vite un peu plus seul). Et que ce que retrouve alors celui qui est plus seul qu'avant, ce n'est pas lui, ou lui seul, mais lui en pire. Rire de ce que chacun soit deux, deux au moins, ce qui complique tout de même considérablement l'équation amoureuse.
    Heureusement, écrit-il, mais est-ce que ça suffit à rendre « heureux » : « Rien n'arrive ! Et ça arrive souvent ! » Et s'il arrive tout de même quelque chose, qui sait par quelle mégarde, « Ce qui arrive/ est nécessairement rien du point de vue du futur,/ car rien ne saurait mettre fin au rien/ sans à son tour être promis à rien.// Vu de cette façon,/ ce qui arrive peut être regardé avec un grand soulagement. » Si rien n'arrive, partir serait la solution (autre constante de ce livre). Sauf que tout départ avorte, parce que tout départ, par le fait, est un faux départ (« Le faux départ est faux partout, parce que sans être parti/ on voudrait surtout ne pas avoir à être là/ et c'est un faux rester. »).
    Par-dessus tête est constitué de tous les textes « littéraires » introuvables de Jean-Paul Curnier (parus si confidentiellement) ou inédits. De deux longs récits, (« Ici et ailleurs » et « La vie recommencée »), des sortes de nouvelles, et de... quels noms leur donner ?
    Des chansons ou des poèmes de la vie ordinaire, (« L'extrême ordinaire » est le titre de l'un d'eux - sous-titre programmatif : « De l'incommunicabilité heureuse ») où ce qui se passe ne se passe pas dans un faste d'opéra, mais plutôt entre supérette et cafétéria.
    Lieux des vies où (presque) rien n'arrive.

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