Minuit

  • La société contre l'Etat

    Pierre Clastres

    • Minuit
    • 6 Octobre 2011

    " Quand, dans la société primitive, l'économique se laisse repérer comme champ autonome et défini, quand l'activité de production devient travail aliéné, comptabilisé et imposé par ceux qui vont jouir des fruits de ce travail, c'est que la société n'est plus primitive, c'est qu'elle est devenue une société divisée en dominants et dominés, en maîtres et sujets, c'est qu'elle a cessé d'exorciser ce qui est destiné à la tuer : le pouvoir et le respect du pouvoir. La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c'est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c'est la grande coupure politique entre détenteurs de la force, qu'elle soit guerrière ou religieuse, et assujettis à cette force. La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d'exploitation. Avant d'être économique, l'aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l'économique est une dérive du politique, l'émergence de l'État détermine l'apparition des classes. " P. C.



    Anthropologue et ethnologue, Pierre Clastres (1934-1977) a effectué de nombreux séjours auprès des Indiens d'Amérique du Sud qui ont été le point de départ de sa réflexion et de ses différents travaux d'anthropologie politique, parmi lesquels Chroniques des Indiens Guayaki (Plon, 1972 ; Pocket, coll. " Terre Humaine ", 2001) et La Société contre l'État (Les Éditions de Minuit, 1974).

  • Qu'est-ce que la philosophie ?

    ,

    • Minuit
    • 8 Janvier 2019

    La philosophie n'est ni contemplation, ni réflexion, ni communication. Elle est l'activité qui crée les concepts. Comment se distingue-t-elle de ses rivales, qui prétendent nous fournir en concepts (comme le marketing aujourd'hui) ? La philosophie doit nous dire quelle est la nature créative du concept, et quels en sont les concomitants : la pure immanence, le plan d'immanence, et les personnages conceptuels. Par là, la philosophie se distingue de la science et de la logique. Celles-ci n'opèrent pas par concepts, mais par fonctions, sur un plan de référence et avec des observateurs partiels. L'art opère par percepts et affects, sur un plan de composition avec des figures esthétiques. La philosophie n'est pas interdisciplinaire, elle est elle-même une discipline entière qui entre en résonance avec la science et avec l'art, comme ceux-ci avec elle : trouver le concept d'une fonction, etc. C'est que les trois plans sont les trois manières dont le cerveau recoupe le chaos, et l'affronte. Ce sont les Chaoïdes. La pensée ne se constitue que dans ce rapport où elle risque toujours de sombrer.

  • Questions de sociologie

    Pierre Bourdieu

    • Minuit
    • 22 Octobre 2002

    " Ce qui circule entre les chercheurs et les non-spécialistes, ou même entre une science et les spécialistes des autres sciences, ce sont, au mieux, les résultats, mais jamais les opérations. On n'entre jamais dans les cuisines de la science. " Ce sont ces secrets de métier, ces recettes de fabrication, ces tours de main, que Pierre Bourdieu tente de livrer ici. En regroupant l'ensemble des réponses qu'il a faites, dans des exposés, des interventions orales ou des interviews, aux principales questions que pose la sociologie, il livre sous la forme à la fois directe et nuancée que permet le discours oral, des réflexions sur la méthode et sur les concepts fondamentaux de sa sociologie (champ, habitus, capital, investissement, etc.), sur les problèmes épistémologiques et philosophiques que pose la science sociale, en même temps que des analyses nouvelles sur la culture et la politique, la grève et le syndicalisme, le sport et la littérature, la mode et la vie artistique, le langage et la musique. En donnant accès au travail sociologique en train de se faire, il invite le lecteur non à s'identifier à une " pensée " toute pensée mais à se rendre maître d'une méthode de pensée.

  • Spinoza philosophie pratique

    Gilles Deleuze

    • Minuit
    • 2 Janvier 2014

    La philosophie théorique de Spinoza est une des tentatives les plus radicales pour constituer une ontologie pure : une seule substance absolument infinie, avec tous les attributs, les êtres n'étant que des manières d'être de cette substance. Mais pourquoi une telle ontologie s'appelle-t-elle Éthique ? Quel rapport y a-t-il entre la grande proposition spéculative et les propositions pratiques qui ont fait le scandale du spinozisme ? L'éthique est la science pratique des manières d'être. C'est une éthologie, non pas une morale. L'opposition de l'éthique avec la morale, le lien des propositions éthiques avec la proposition ontologique, sont l'objet de ce livre qui présente, de ce point de vue, un dictionnaire des principales notions de Spinoza. D'où vient la place très particulière de Spinoza, la façon dont il concerne immédiatement le non-philosophe autant que le philosophe ?

    « Il suffit d'entrer dans ces pages vives, nerveuses, lumineuses, pour se retrouver, comme à chaque fois avec Deleuze, emporté par un tourbillon d'intelligence. Les dernières lignes évoquent, à propos de Spinoza, un vent-rafale, un vent de sorcière. Il se pourrait que Deleuze parle de lui-même.
    L'unité de ce volume multiple repose sur l'affirmation que les registres de la vie et de la pensée spinozistes ne se séparent pas.
    Vivre en philosophe, polir des lentilles pour microscope, user de la méthode géométrique, c'est finalement une seule et même activité. Elle vise à augmenter la puissance d'agir, donc la joie. Au lieu d'être seulement théoricien, architecte de système, grand maître du rationalisme, Spinoza apparaît ainsi, indissociablement, comme un penseur pratique, engagé dans une transformation permanente de soi et du monde. » (Roger-Pol Droit, Le Monde)

    Cet ouvrage est paru en 1981.

  • L'érotisme

    Georges Bataille

    • Minuit
    • 7 Avril 2011

    Les êtres qui se reproduisent, les êtres reproduits, sont des êtres distincts entre eux, séparés par un abîme, une fascinante discontinuité. Mais, individus mourant isolément dans une aventure inintelligible, nous gardons la nostalgie de la continuité perdue. L'activité sexuelle de reproduction, dont l'érotisme est une des formes humaines, nous la fait retrouver ; au moment où les cellules reproductrices s'unissent, une continuité s'établit entre elles pour former un nouvel être à partir de leur mort.
    C'est aussi par la mort, la mort violente, que cet effort de libération s'est manifesté dès l'origine des activités de l'homme. Mais le désir de meurtre met en cause toute l'organisation de communautés fondées sur le travail et la raison. D'où la naissance d'interdits, à quoi s'oppose, ou plutôt s'ajoute, en un dépassement nécessaire, leur propre transgression. Guerre et chasse rejoignent ici l'inceste ou l'orgie sacrée...

  • La part maudite

    Georges Bataille

    • Minuit
    • 16 Octobre 2014

    Lors de la parution de La Part maudite, en 1949, Georges Bataille révélait qu'il travaillait depuis dix-huit ans à l'élaboration de cette représentation du monde, dont, seize ans auparavant, " La notion de dépense " - publiée dans la revue La Critique sociale - constituait une première approche.
    Pour Georges Bataille, La Part maudite abordait, " en dehors des disciplines particulières, un problème [...] à la clé de tous ceux que pose chaque discipline envisageant le mouvement de l'énergie sur la terre - de la physique du globe à l'économie politique, à travers la sociologie, l'histoire et la biologie [...]. Même ce qui peut être dit de l'art, de la littérature, de la poésie est en rapport au premier chef avec le mouvement [...] de l'énergie excédante, traduit dans l'effervescence de la vie ".
    Le sens le plus intime de cette entreprise est donné par le fait que cette ébullition du monde, voué à l'" abandon ", à l'" écoulement " et à l'" orage ", est conçue à l'image de celle qui n'a cessé d'animer la vie de l'auteur. Aussi La Part maudite occupe-t-elle une place centrale dans l'oeuvre de Georges Bataille.

  • Pourparlers

    Gilles Deleuze

    • Minuit
    • 23 Août 2003

    Pourquoi réunir des textes d'entretiens qui s'étendent presque sur vingt ans ? ii arrive que des pourparlers durent si longtemps qu'on ne sait plus s'ils font encore partie de la guerre ou déjà de la paix.
    Ii est vrai que la philosophie ne se sépare pas d'une colère contre l'époque, mais aussi d'une sérénité qu'elle nous assure. la philosophie cependant n'est pas une puissance. les religions, les etats, le capitalisme, la science, le droit, l'opinion, la télévision sont des puissances, mais pas la philosophie. la philosophie peut avoir de grandes batailles intérieures (idéalisme - réalisme, etc.), mais ce sont des batailles pour rire.
    N'étant pas une puissance, la philosophie ne peut pas engager de bataille avec les puissances, elle mène en revanche une guerre sans bataille, une guérilla contre elles. et elle ne peut pas parler avec elles, elle n'a rien à leur dire, rien à communiquer, et mène seulement des pourparlers. comme les puissances ne se contentent pas d'être extérieures, mais aussi passent en chacun de nous, c'est chacun de nous qui se trouve sans cesse en pourparlers et en guérilla avec lui-même, grâce à la philosophie.

  • Le réel ; traité de l'idiotie

    Clément Rosset

    • Minuit
    • 26 Janvier 2004

    Le réel est ce qui est sans double : il n'offre ni image ni relais, ni réplique ni répit.
    En quoi il constitue une " idiotie " : idiotès, idiot, signifie d'abord simple, particulier, unique, non dédoublable. traiter de l'idiotie est évoquer le réel. un réel lointain, car à jamais relégable dans le miroir. un réel voisin, car toujours en vue. c'est une tentation inhérente à l'intelligence que de remplacer le réel par son double. dans l'ile de la raison, de marivaux, tout le monde finit par quitter ses illusions et rendre justice au réel ; tous sauf un, le philosophe.
    Probablement parce qu'un tel aveu suppose une vertu qu'aucun génie philosophique ne peut, à lui seul, produire et remplacer : l'art de faire coïncider le désir et le réel, qui est la définition de l'allégresse. chez clément rosset, on fait d'intéressantes rencontres : le consul de malcolm lowry, qui s'est, comme à l'accoutumée, saoulé avec du whisky, molloy, le " héros " de samuel beckett, et monsieur hulot, créature de jacques tati...
    Ce philosophe répugne à suivre les chemins trop. fréquentés. c'est un esprit déconcertant, et, pour cette raison, attachant, qui avance à contre-courant des modes intellectuelles.

  • Foucault

    Gilles Deleuze

    • Minuit
    • 2 Janvier 2014

    Comment Foucault définit-il « voir » et « parler », de manière à constituer une nouvelle compréhension du Savoir ? Qu'est-ce qu'un « énoncé », à cet égard, dans sa différence avec les mots, les phrases et les propositions ?
    Comment Foucault détermine-t-il les rapports de forces, de manière à constituer une nouvelle conception du Pouvoir ?
    Pourquoi faut-il un troisième axe, qui permette de « franchir la ligne » ? Quelle est cette Ligne du Dehors toujours invoquée par Foucault ? Quel en est le sens politique, littéraire, philosophique ?
    En quoi la « mort de l'homme » est-elle un événement qui n'est ni triste ni catastrophique, mais une mutation dans les choses et la pensée ?
    Ce livre se propose d'analyser ces questions et réponses de Foucault, qui forment une des plus grandes philosophies du XXe siècle, ouvrant un avenir du langage et de la vie.

    « Gilles Deleuze a écrit un texte purificateur. Il balaie les bêtises et les miasmes, éclaire comme au laser les points stratégiques. Un texte décisif : il donne à saisir la pensée-Foucault dans sa cohérence totale, et à entrevoir sa plus grande amplitude. Que ce soit pour le soutenir ou le combattre, il ne sera plus possible de lire Foucault sans s'y référer [...]. Il y a, au-delà de leur complicité amicale, tout autre chose : un jeu réciproque de provocation à penser, une façon très inattendue de se répondre, bref, un fort singulier dialogue dont l'histoire de la philosophie, semble-t-il, n'offre pas d'exemple. » (Roger-Pol Droit, Le Monde)

    Ce livre est paru en 1986.

  • Qu'est-ce que l'hypnose ?

    François Roustang

    • Minuit
    • 22 Décembre 2002

    Si l'hypnose est le plus souvent réduite à un phénomène de soumission, de fascination, d'insensibilité, c'est que notre culture, qui a peu de moyens pour la penser, en retient seulement le négatif ou l'ombre portée.
    En réalité, l'hypnose est un état de veille intense, à l'instar du sommeil profond à partir duquel nous rêvons. de même que ce sommeil profond conditionne l'éclosion du pouvoir de rêver, de même cette veille intense nous fait accéder au pouvoir de configurer le monde.
    L'hypnose devient alors une vigilance accrue qui met à notre disposition les paramètres constitutifs de notre existence. ouverte aux dimensions de notre monde, elle s'oppose à la veille restreinte que nous connaissons dans notre vie de tous les jours.

    Loin d'être passive, l'hypnose nous permet, par l'imagination, d'anticiper et de transformer nos comportements et nos agissements. elle sollicite notre capacité à décider de notre place en relation avec les autres et notre environnement. en ce sens, elle relève non pas de la psychologie, mais d'une cosmologie. la pratique de l'hypnose, cette veille plus large et plus fine, peut devenir un art de vivre.
    Elle suppose un apprentissage qui n'a rien d'ésotérique et qui se contente de prendre appui sur les possibilités présentes en chacun.

  • Presentation de sacher-masoch

    Gilles Deleuze

    • Minuit
    • 11 Octobre 2007

    Avec Sacher-Masoch s'ouvre un univers de phantasmes et de suspens, rempli de femmes de pierre, de travestis, de gestes punisseurs, de crucifixions et même de châtiments pour des fautes non encore commises. L'esprit artistique fait de chaque pose une oeuvre d'art, l'esprit juridique y noue de rigoureux contrats entre la victime et le bourreau. Gilles Deleuze montre que le masochisme n'est ni le contraire ni le complément du sadisme, mais un monde à part, avec d'autres techniques et d'autres effets.

    Cette étude de Gilles Deleuze était parue en 1967 dans la collection « Arguments » avec, en annexe, le texte intégral de La Vénus à la fourrure dans une traduction de Aude Willm. La présente édition, dans la collection « Reprise », propose seul le texte de Gilles Deleuze.

  • Narcissisme de vie narcissisme de mort

    André Green

    • Minuit
    • 11 Octobre 2007

    Le regain d'intérêt pour le narcissisme dans la théorie psychanalytique justifie la publication de ce recueil d'articles, qui comporte aussi des textes inédits, tous centrés sur cette question, l'une des plus énigmatiques de la psychanalyse. Freud, après avoir introduit le narcissisme en 1914, devait se désintéresser de ce concept qu'il avait brillamment développé quand il eut procédé aux remaniements théoriques amorcés autour de 1920 qui donnèrent naissance notamment à la dernière théorie des pulsions (opposition des pulsions de vie et des pulsions de mort), à la deuxième topique de l'appareil psychique (Ça-Moi-Surmoi), à sa nouvelle conception de l'angoisse, etc.
    Après une période d'oubli, ce concept en déshérence fut remis en honneur en France depuis déjà un certain nombre d'années, tandis que l'Amérique sembla redécouvrir récemment son existence. André Green, qui n'a cessé de s'intéresser à ce problème depuis 1963, est cependant un des rares auteurs - sinon le seul - à avoir tenté d'articuler la théorie du narcissisme avec celle de la dernière théorie des pulsions. Alors que le narcissisme n'est généralement envisagé que sous ses aspects positifs, par lesquels on le rattache aux pulsions sexuelles de vie, il montre la nécessité de postuler l'existence d'un narcissisme de mort, qu'il appelle le narcissisme négatif. À la différence du premier, qui vise l'accomplissement de l'unité du Moi, le second tend au contraire à son abolition dans l'aspiration au zéro.
    Cette théorie du narcissisme est complétée par l'exposition d'un certain nombre de " formes narcissiques " qui sont autant de configurations observées dans la pratique. Enfin, un travail sur le Moi souligne la duplicité qui sous-tend sa structure dans la contradiction entre se savoir mortel et se croire immortel. Tout porte à conclure à Narcisse Janus.

  • Principes de sagesse et de folie

    Clément Rosset

    • Minuit
    • 11 Octobre 2012

    Sur l'existence (ou sur l'être, ou sur la réalité) les paroles les plus profondes et les plus définitives sont le fait d'un penseur, Parménide, qui passe paradoxalement - et peut-être injustement - pour avoir été le principal inspirateur de l'interminable lignée de philosophes qui, de Platon à Kant et de Kant à Heidegger, nous ont enseigné à suspecter la réalité sensible au profit d'entités plus subtiles :
    Il faut dire et penser que ce qui est est, car ce qui existe existe, et ce qui n'existe pas n'existe pas : je t'invite à méditer cela.

    « Voici un écrivain de la pensée. Ses livres sont brefs, clairs, insolites, insolents, en retrait. Il commence par dénoncer l'inaptitude au réel dont fait preuve l'endémique folie humaine, son dégoût inné pour la simplicité, son attirance pour les complications inutiles. D'accord en cela avec Montaigne, Pascal, Spinoza et Nietzsche, il démonte ce désir constant de tromperie et de croyance romantique à l'irréel qui semble être la grande passion moderne. Il y a, dit-il, de tout temps, une inclination spontanée au double, une préférence accordée à ce qui n'existe pas plutôt qu'à ce qui existe. C'est le chichi précieux ou métaphysique, prêt à tout pour éviter ce qui est. » (Philippe Sollers, Le Monde)

  • Le travail du négatif

    André Green

    • Minuit
    • 3 Mars 2011

    Créé par Hegel, introduit en psychanalyse par Lacan réinterprétant Freud, puis oublié par lui, le travail du négatif a refait surface ces dernières années. André Green met en évidence le travail du négatif chez Freud sous des aspects auxquels on ne le rattache pas d'ordinaire : travail du rêve ou du deuil, identification, etc. Du point de vue clinique, on peut soutenir que le parcours freudien s'étend de la névrose comme " négatif de la perversion ", à ses débuts, au masochisme sous-jacent à la " réaction thérapeutique négative " qui témoigne du pessimisme des dernières années mais dont le mystère s'éclaire un peu quand on y reconnaît le style propre aux structures non névrotiques - les cas limites.
    Le travail du négatif, tel qu'il est envisagé ici, regroupe les formes hétérogènes du refoulement, de la forclusion, du désaveu et de la négation. Il permet à la fois de saisir l'unité qui les rassemble et de reconnaître la marque de leur intervention en distinguant leurs effets, car ceux-ci sont les meilleurs repères de la structure du sujet et déterminent le sort de l'analyse.
    Mais il faut se garder d'attribuer au travail du négatif un sens exclusivement pathologique. Le négatif, à travers le refoulement et la sublimation, marque la condition la plus générale : il est nécessaire de dire " non " à la pulsion en excès pour faire partie de la communauté des hommes. D'où vient que ce " non " devienne, chez certains, refus de vivre humainement sous l'empire d'une négativité destructrice ?

  • Quatre lectures talmudiques

    Emmanuel Levinas

    • Minuit
    • 14 Janvier 2005

    Ces quatre lectures talmudiques (Envers autrui, La Tentation de la tentation, Terre promise et terre permise, Vieux comme le monde), ont été prononcé de 1963 à 1966 aux colloques d'intellectuels juifs organisés par la section française du Congrès juif mondial.

    Pratiquement ignoré par la culture occidentale, le Talmud est la transcription orale d'Israël. Il régit la vie quotidienne et rituelle ainsi que la pensée des juifs confessant le judaïsme. Il comporte deux versions parallèles : l'une de Jérusalem, l'autre de Babylone, et les textes se classent sous deux rubriques : Halakhah, qui a trait à la vie rituelle et sociale, et Hagadah qui se présente sous forme d'apologues.

  • Nouvelles lectures talmudiques

    Emmanuel Levinas

    • Minuit
    • 14 Janvier 2005

    Un " amateur ", pourvu qu'il soit attentif aux idées, peut tirer, même d'une approche superficielle de ces textes difficiles - sans lesquels il n'y a plus de judaïsme mais dont dès l'abord le langage et les intérêts semblent si étrangers que nous, juifs d'aujourd'hui, avons quelques peine à les revendiquer -, des suggestions essentielles pour sa vie intellectuelle, sur des questions qui inquiètent l'homme de toutes les époques, c'est-à-dire l'homme moderne.

  • Faire l'opinion

    Patrick Champagne

    • Minuit
    • 2 Avril 2015

    Un sociologue dévoile les règles du jeu politique L'invention de l'opinion Et si la multiplication des sondages était une manière de déposséder le citoyen du droit à la parole ?   « Il est des livres qui viennent à point nommé pour apporter une bouffée d'oxygène à des lecteurs menacés d'asphyxie. Celui de Patrick Champagne est de ceux-là, car il réussit à dépasser les constats rabâchés sur la grande misère du débat politique aujourd'hui et sait décrypter les évolutions profondes qui l'ont produite. Champagne a installé son chevalet à la marge du paysage politique et il brosse, touche par touche, le tableau d'une scène étrange, où les acteurs sont les hommes politiques, les journalistes spécialisés, les experts mobilisés par les instituts de sondage. Bref, tous les dépositaires exclusifs et patentés du droit à la parole sur les problèmes de société. Champagne décrit l'histoire d'une dépossession. Il cherche à comprendre comment le jeu démocratique est parvenu à exclure du débat politique les citoyens ordinaires, et comment cette exclusion s'est opérée sous couvert de la toute-puissance accordée à une nouvelle divinité : l'opinion publique. La première partie du livre retrace, au cours du XXe siècle, l'histoire de cette notion qui est devenue la référence centrale autour de laquelle s'organise toute la vie politique. Mais comment peut-on mesurer cette opinion publique en dehors des périodes électorales ? Par des sondages, bien sûr. C'est sans doute sur ce thème que le livre de Champagne est le plus corrosif : lorsqu'il montre que les sondages, loin d'être le simple reflet d'une opinion publique préexistante dont ils offriraient la photographie, sont au contraire une technique pour construire cette opinion, l'inventer de manière plus ou moins artefactuelle. Par exemple, en posant à des échantillons représentatifs des questions qui n'ont pas forcément de sens pour ceux qui doivent y répondre, ou, plus profondément encore, qui n'ont pas nécessairement let même sens pour tous les sondés. L'" opinion ", c'est donc une addition de réponses hétéroclites à des questions que les gens ne se posent pas, ou pas nécessairement, ou pas en ces termes-là... Mais, évidemment, cette production de l'" opinion " n'est pas une pure fiction. Puisque la logique du processus veut que les journaux et les émissions de télévision répercutent le verdict sous la forme sans appel d'énoncés du genre : " les Français pensent ". Ce qui ne manque pas de produire ses effets sur l'action même des hommes politiques, qui se plient à la loi des baromètres et des pourcentages et gèrent leur image et leur discours avec un oil rivé sur les courbes et les graphiques ainsi constitués. Champagne fait rayonner autour du noyau central de ses analyses un certain nombre d'hypothèses fort suggestives qui pourraient expliquer la désaffection des citoyens pour la vie associative ou syndicale. Car ce sont précisément des lieux où l'opinion se forme non pas à partir de moyennes ou de juxtapositions, mais à partir de problèmes réels, formulés dans une langue qui n'a souvent rien à voir avec celle qu'utilisent les politologues. Mais de telles " opinions " sont nécessairement parcellaires et partiales, et ne trouvent donc pas leur place dans des questionnaires préfabriqués auxquels il faut répondre par oui ou par non. On comprend ainsi, suggère Patrick Champagne, pourquoi les explosions sociales, les grands mouvements incontrôlés dont les vagues déferlent à intervalles réguliers ne sont jamais prévus par les hommes politiques ni par la méthode des sondages. Pour dire la richesse de ce livre passionnant, il faudrait aussi évoquer les pages sur les manifestations de rue et la façon dont elles se sont transformées pour se plier aux règles du nouveau pouvoir journalistique, sans lequel aucun événement ne saurait exister comme tel. Ou encore mentionner l'art et la manière avec lesquels le sociologue décrit l'ignorance de la réalité du monde politique, tant il est fermé sur lui-même. Oh ! certes, l'ouvrage n'est pas sans défauts : certaines analyses sont moins précises que d'autres, certaines démonstrations moins convaincantes. Mais cela n'a pas beaucoup d'importance. Qu'est-ce qu'un grand livre ? C'est un livre qui modifie le regard que nous portons sur les réalités qui nous entourent. Qui nous apprend à nous défaire des habitudes mentales imposées par des mécanismes sociaux qui ont fini par devenir nos structures de perception. L'essai de Patrick Champagne, on l'a compris, est un livre libérateur. » Didier Éribon, Le Nouvel Observateur, 13 décembre 1990

  • La gestion des risques

    Robert Castel

    • Minuit
    • 7 Avril 2011

    Au cours des années soixante-dix, deux systèmes de représentations ont paru dominer le champ médico-psychologique : celui d'une psychiatrie sociale qui, s'arrachant au ghetto asilaire, allait épouser enfin son siècle ; celui d'une psychanalyse qui proposait un modèle indépassable d'exploration du sujet.
    Pendant que ces débats bruyants occupaient le devant de la scène, de nouvelles technologies s'installaient et prenaient date. Que nous entrions, d'une certaine manière, dans l'après-psychiatrie et dans l'après-psychanalyse ne signifie évidemment pas que les pratiques qu'elles inspirent encore soient périmées ou dépassées. Mais elles sont entrées en crise, leur systématicité se fissure, l'imaginaire qui les supportait s'affaisse, et leur apport est désormais banalisé au sein d'une nouvelle configuration qu'elles ont cessé de maîtriser. La psychiatrie rentre dans le giron de la médecine et la psychanalyse se noie au sein d'une culture psychologique généralisée qu'elle a contribué à promouvoir.
    Un réseau beaucoup plus complexe d'activités d'expertises, d'évaluations, d'assignations et de distribution des populations, mais aussi de travail sur la normalité est maintenant à décrire. Il représente une nouvelle formule de gestion du social organisé autour d'un pôle centralisé de prévention des risques et d'un pôle apparemment convivial de prise en charge des fragilités. À la limite, un couple fonctionnel informatisation-psychologisation. L'ordre post-disciplinaire qu'il dessine passe moins par l'imposition des contraintes que par la programmation de l'efficience. Une subjectivité travaillée par les nouvelles psycho-technologies n'a plus d'autre objectif que sa propre culture et se trouve de ce fait disponible pour toutes les planifications technocratiques. C'est sans doute le nouveau plan de gouvernementalité néo-libéral qui se dessine ainsi.

  • Influence

    François Roustang

    • Minuit
    • 3 Mars 2011

    L'influence est l'action cachée et continue d'êtres inanimés ou animés qui décident du destin de l'homme. Celui-ci, depuis des millénaires, interroge cette puissance pour savoir ce qu'il est autorisé à entreprendre. Il ne croit plus qu'elle provient des astres. Il la voit à l'oeuvre dans ce qu'il subit à l'intérieur de lui-même et à travers les relations qu'il entretient avec ses semblables.
    De nos jours, l'influence a pris le nom d'inconscient, corollaire d'une psyché fermée sur elle-même. Il s'agit en fait de l'appartenance de l'être humain au monde des vivants, plus précisément à son animalité.
    Métaphore de l'influence, l'hypnose, qu'il faudrait appeler veille du corps ou éveil de la vie, est la plaque tournante où peuvent s'échanger l'animalité de l'homme et son humanité. L'animalité ne peut pas être humanisée si l'humain n'a pas été animalisé.
    L'influence ainsi entendue devient le préalable de la liberté. Celle-ci n'est plus l'indépendance dont rêvait Narcisse. Elle est l'appropriation par l'homme de ce que lui impose sa condition de vivant.

  • Qu est ce que la philosophie ?

    Gilles Deleuze

    • Minuit
    • 4 Novembre 2005

    La philosophie n'est ni contemplation, ni réflexion, ni communication. Elle est l'activité qui crée les concepts. Comment se distingue-t-elle de ses rivales, qui prétendent nous fournir en concepts (comme le marketing aujourd'hui) ? La Philosophie doit nous dire quelle est la nature créative du concept, et quels en sont les concomitants : la pure immanence, le plan d'immanence, et les personnages conceptuels.
    Par là, la philosophie se distingue de la science et de la logique. Celles-ci n'opèrent pas par concepts, mais par fonctions, sur un plan de référence et avec des observateurs partiels. L'art opère par percepts et affects, sur un plan de composition avec des figures esthétiques. La philosophie n'est pas interdisciplinaire, elle est elle-même une discipline entière qui entre en résonance avec la science et avec l'art, comme ceux-ci avec elle : trouver le concept d'une fonction, etc.
    C'est que les trois plans sont les trois manières dont le cerveau recoupe le chaos, et l'affronte. Ce sont les Chaoïdes. La pensée ne se constitue que dans ce rapport où elle risque toujours de sombrer.

empty