Le Livre Qui Parle

  • Dans les lettres médiévales se cristallisent toutes les associations entre le passé et la littérature, tous les indices qu'un lien essentiel unit la notion de littérature au sentiment du passé. La curiosité qu'a éveillée la littérature du Moyen Âge depuis sa redécouverte à l'aube du romantisme suppose de telles associations. Les formes de cette littérature ellemême recèlent de tels indices. Ils invitent à embrasser d'un même regard l'intérêt de l'époque moderne pour le passé médiéval et les signes du passé dont le Moyen Âge marque sa propre littérature. Bien plus, ils invitent à chercher dans la relation avec le passé un critère de définition de la littérature, tâche tout particulièrement nécessaire s'agissant d'une époque où le mot ne s'entend pas dans son acception moderne et où l'existence même de la notion correspondante n'est pas assurée.

  • Jean-Pierre Vernant possède une formation en philosophie, couronnée en 1937 par la première place à l'agrégation Lorsque survient la guerre, il s'engage aussitôt dans la résistance pour devenir par la suite Chef des Forces Françaises de l'Intérieur du Sud Ouest sous le pseudonyme de Colonel Berthier. A l'issue du conflit, il abandonne l'armée pour la psychologie appliquée à la pensée grecque. C'est sous l'influence de l'helléniste Louis Gernet et du sociologue Ignaco Mayerson qu'il tente de montrer quelles sont les catégories psychologiques décelables dans les textes et les images du monde grec archaïque et classique. Il poursuit une carrière au CNRS puis à l'école des hautes études qui le mène au Collège de France en 1975 où il fut titulaire de la chaire d' «Étude comparée des religions antiques» jusqu'en 1984.

  • Jean Guilaine introduit l'état des connaissances des civilisations de l'Europe au Néolithique et à l'âge de Bronze en Europe illustré par des exemples sur la variété des choix culturels, des modèles d'habitat et d'aménagement des territoires.

  • «Il est des circonstances extraordinaires dans l'Histoire universelle. Lorsque Cambyse annexe l'Egypte, d'un seul coup, ce royaume restauré et renouvelé par les Saïtes est une puissance avérée, sa monarchie bien assise, ses temples fastueux, ses arts splendides, son économie prospère. Le choc, inouï, ne provoque pas un effondrement moral et la vieille idéologie pharaonique trouve une nouvelle jeunesse. Des dirigieants, prêtres lettrés et hommes d'action, tel le trésorier Ptahhotep, le ministre de l'économie Hor, l'entrepreneur Khnemibrê et le célèbre médecin chef et amiral Oudjahorresné, - ceux qu'on taxe anachroniquement de «collaboration» - reconnaissent un accomplissement du monde théorique du roi -pharaon. Le grand roi est en passe d'être celui qui domine et ordonne «tout ce que le soleil entoure de sa course». Dans l'imagerie et la rhétorique monumentales, l'union des deux terres et le triomphe de Rê et de Neith sur le chaos servent de métaphore à l'empire oecuménique créé par Darius l'Achéménide. Qu'on présume làdessous de l'opportunisme relève de la vraisemblance élémentaire, mais cet opportunisme ne fut ni frileux ni éphémère Cette adéquation acceptée d'un ordre cosmique imaginaire et des équilibres géopolitiques réels, quelle que soit l'ethnie de l'ordonnateur élu par le démiurge, demeura une donnée irréversible de l'Egypte païenne».

  • L'histoire russe a trop souvent été victime de partis pris contradictoires et de points de vue occidentaux au lieu d'être prise pour elle-même.
    F.-X. Coquin préfère parler de "monde russe" plutôt que de Russie car celle-ci, incorporée à l'empire tsariste, ne se confondait pas avec lui, elle se trouvait écartelée entre Moscou, capitale impériale, et Saint-Pétersbourg, capitale de tous les sujets de l'empereur.
    Cet empire a contribué à façonner la "conscience nationale" des russes, mais il ne saurait être assimilé (non plus que l'Union Soviétique) à un empire colonial de type classique : "prison des peuples", il était également carrefour de nationalités.
    La rupture révolutionnaire n'a pas été radicale, il y a des éléments de continuité par dessus 1917. Les liens entre l'histoire soviétique et celle de l'empire tsariste font l'unité profonde du monde russe. Aujourd'hui, après l'effondrement de l'URSS, les réformes en cours sont-elles bien conformes à la culture et aux traditions de ce monde russe ?

    Leçon inaugurale au Collège de France le 6 Mai 1994

  • Marc Fumaroli présente, dans cet exposé, les points qui lient Chateaubriand et Rousseau, en même temps que ceux qui les séparent. Il dit au début : « Ce grand écrivain aristocrate est, au fond, un disciple de Rousseau qui lui-même fait problème. Ambigu, suspect, réactionnaire ou mystique pour les uns, à l'origine de tout un courant droitier de la pensée philosophique européenne. Héros, pour d'autres de la pensée progressiste et libératrice, et un des pères de la révolution. Ce sont donc deux personnages et deux pensées éminemment ambigus.» Pour conclure ainsi : « en définitive, ce qui sépare le plus Chateaubriand de Rousseau et même du dernier Rousseau auquel il a été si attentif, c'est une conception de la littérature comme réparation de l'histoire, religion nationale où l'écrivain lui-même, retrouve son sens, son salut personnel sinon son repos dans un magistère supérieur de la forme, que sa piété soustrait aux vicissitudes des temps et à l'oubli des hommes. » Le brio de l'exposé n'étonnera pas ceux qui connaissent le titulaire de la chaire de «Rhétorique et société en Europe« (XVI-XVIe siècles) au Collège de France.

  • Les quatre leçons que George Steiner a données au Collège de France au printemps 1992 traitent de l'origine de l'oeuvre d'art. Pourquoi ajouter des oeuvres d'art à la pléthore de beauté, d'invention, d'humour qu'offre le monde tel qu'il est ?
    La réflexion de George Steiner renouvelle la philosophie des valeurs en interrogeant les arts, c'est-à-dire ce qui met les valeurs à l'épreuve de la manière la plus immédiate. Sous le double signe de la pensée pure et de l'approche critique sont interrogés les théories philosophiques de la création esthétique, de Platon et Aristote à Saint-Augustin, Nietzsche et Heidegger et les témoignages des artistes eux-mêmes.

  • Dans cette leçon, Nathan Wachtel nous parle de l'histoire de sa discipline en remontant aux grands fondateurs de l'époque de la découverte de l'Amérique : Bernardino de Sahagun et Bartolomé de Las Casas, puis il souligne la complémentarité de l'histoire avec l'anthropologie de telle sorte que l'on comprend pourquoi les sociétés d'Amérique centrale et du sud représentent un véritable laboratoire propice aux recherches sur les métissages, les processus d'acculturation, les syncrétismes, les mémoires collectives et les rapports entre l'identité et l'altérité.
    On découvre par exemple l'acculturation des "nouveaux chrétiens" ou Marranes venus nombreux s'établir en Amérique, ou encore que l'indianité est l'aboutissement d'un processus pluriséculaire de métissage biologique et culturel.

    Leçon inaugurale au Collège de France le 2 avril 1993.

  • Pierre Toubert, pour commencer sa leçon inaugurale, raconte l'histoire du conférencier peu disert, tirée d'un texte du Xe siècle qui circulait à Cordoue. Cette histoire fut traduite au XIIe siècle de l'arabe au latin, puis passa en Italie. Elle continua à faire rire, au point qu'on jugea bon de la traduire en (volgare) toscan à l'époque de Laurent le Magnifique et que le nouvelliste Arlotto Mainardi l'inclut dans son Libro delle Facezie.
    A la même époque, l'historiette poursuivait en Espagne son heureuse carrière. Traduit du latin en castillan, elle finit là encore, par être recueillie dans une anthologie de bons mots au Libro de chistes composé par un cercle de gais compagnons, une [tertulia] d'opposants discrets au rigorisme ambiant à la cour de Philippe II".Une telle diffusion illustre l'unité d'un monde : celui étudié par Pierre Toubert : l'Occident méditerranéen au Moyen-Age. Leçon inaugurale au Collège de France le 19 mars 1993

  • Dans ce coffret sont regroupés la conférence inaugurale du Collège de France et les différents cours et séminaires proposés par Jerzy Grotowski à Paris en 1997/ 1998 au Théâtre des Bouffes du Nord et au Théâtre du Rond-Point / Compagnie Marcel Maréchal.
    Si le théâtre est plutôt de la lignée « artificielle » au sens noble du terme ( l'art !), comme l'Opéra de Pékin, c'est le signe gestuel qui décide ; ce n'est pas cent pour cent fluide mais très net et là ce sont les mains... il y a une articulation des formes dans les mains qui sont claires pour les Chinois qui connaissent la convention, c'est comme un langage.

  • La philosophie romane s'est toujours préoccupée de la condition temporelle du langage en examinant le dispositif grammatical des temps verbaux qui structurent les textes narratifs.
    Or d'après une théorie très remarquée de Walter Benjamin, l'art de narrer touche aujourd'hui à sa fin.
    On le constate dans plusieurs langues romanes puisque les temps verbaux mis au service de la narration y déclinent progressivement. Le déclin concerne avant tout, mais uniquement dans l'usage oral, le passé simple dont la fonction était autrefois de marquer les événements du premier plan narratif.
    Est-ce que le temps des horloges s'est substitué ici au temps des récits, la vitesse de l' information à la lenteur de la narration.

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