Epel

  • Un analysant apporte en séance ce très court rêve : un H, en blanc sur un panneau à fond bleu. Ces précisions ouvrent l'interprétation : H chiffre « hôpital ». Il s'agit d'une translittération car, de cette image à ce mot, il y a toute la distance d'une écriture pictographique à une écriture alphabétique. Non sans provoquer un rire amusé, le sens suit : la veille, son psychanalyste était intervenu de façon intempestive et ce H, qui renvoie, par contiguïté, à l'injonction « silence ! », vient lui signifier qu'il a à tenir sa place... et rien de plus.
    Avec sa réinscription ailleurs, l'être qui peut lire sa trace se fait « dépendant d'un Autre dont la structure ne dépend pas de lui ». Cette formule de Lacan situe la clinique analytique - une clinique de l'écrit - comme celle où se décline cette dépendance. Hormis Jacques Lacan, aucun psychanalyste n'a su reconnaître cette altérité littérale (non pas l'Autre de soi, mais l'Autre que soi) qui règle la vie de tout un chacun. Jean Allouch lui consacre ici même une postface inédite qui tout à la fois nuance et prolonge ce qui fut écrit en 1984. L'image y retrouve sa puissance d'image.

  • Avec « L'Instance de la lettre dans l'inconscient » (1957), Lacan relançait un concept de lettre qui, depuis Freud et L'Interprétation du rêve, passait pour central dans l'exercice et la théorie psychanalytiques. Jung lui-même, avec sa calligraphie du Livre rouge, y avait touché.
    La lettre selon Lacan a longtemps entretenu des rapports ambigus avec le signifiant. Jusqu'à Lituraterre qui, en 1971, marque un tournant important. La voici désormais bord d'un trou, puis tresse, via le noeud borroméen (1972). Elle fera enfin le tissu qui enveloppe le lieu de l'Autre déserté par l'objet dans la seconde analytique du sexe. Ce que George-Henri Melenotte appelle ici la treille de l'absence.

  • Certains psychanalystes sont reconnus des maîtres dans leur domaine, d'autres sont des élèves. Ce lien entre eux, différent de la relation analytique, pousse déjà à lui seul la psychanalyse dans les bras de l'université. Il s'y transmet ce qui s'appelle un enseignement.
    Plusieurs manières d'enseignement peuvent d'ailleurs être distinguées. Toutefois, dans le champ freudien est rendu manifeste plus franchement qu'ailleurs un rapport maître/élève qu'on reconnaîtra sexué.
    Ainsi Jacques Lacan eut-il ce qu'il dénommait, en usant d'un possessif, « mes élèves ». Selon lui : des hérissons.
    Schopenhauer avait fait état de la difficultueuse copulation des hérissons, bientôt suivi par Freud qui, s'en allant aux États-Unis, déclara qu'il allait y rencontrer des wildsporcupines - ceux-là mêmes qu'il souhaitait rallier à sa cause.
    Cet ouvrage fait suite au livre La psychanalyse est-elle un exercice spirituel ? Réponse à Michel Foucault (Epel, 2007) du même auteur.

  • Attraper erôs dans le filet du logos, l'Occident n'a pas attendu la psychanalyse pour s'y employer. Entre les aphrodisia grecs et le dispositif de sexualité moderne, il ne restait plus à Foucault qu'à déposer une dernière pièce au puzzle de son Histoire de la sexualité : que s'est-il passé au temps de la concupiscence chrétienne et du péché de chair ? Comment le sexe en est-il venu à polariser le rapport de soi à soi ?
    « Il m'a semble´, écrit Foucault, que la question qui devait servir de fil directeur était celle-ci : comment, pourquoi et sous quelle forme l'activité´ sexuelle a-t-elle été´ constituée comme domaine moral ? » À qui sont destinés les aveux ? De quoi libèrent-ils ? Quel sujet moderne l'expérience de la « chair » dans le christianisme a-t-elle contribué à construire ? Les Aveux de la chair jettent le trouble dans une « histoire de la sexualité » qui s'avère faussement linéaire et sollicite tout autant philosophes, historiens, spécialistes de la littérature et psychanalystes.

  • Aucun autre livre à ce jour n'a tissé de liens aussi convaincants entre Lacan et Augustin autour d'une question commune : celle de l'altérité.
    Augustin n'a cessé de dénoncer, contre Pelage, une conception de la grâce qui fait la part trop belle à l'homme, et trop mince à Dieu. En explorant cette querelle oubliée, Sara Vassallo montre à quel point elle reste présente chez Lacan, qui prend appui sur Augustin pour mieux éclairer son Autre.
    Dans son combat contre les Jésuites, Pascal avait déjà repris le flambeau anti-pélagien de la grâce nécessaire (un don de Dieu) contre la grâce suffisante (obtenue par les oeuvres).
    Comme Pascal avec la casuistique jésuite, Lacan pouvait lire, dans la dérive psychologisante de la psychanalyse, le même souci pélagien de composer avec l'altérité.

  • Libre de s'adresser à la liberté d'autrui, Jacques Lacan le fut, que ce soit dans son exercice de la psychanalyse, ses présentations de malades, son séminaire (la scène lacanienne). Ainsi rompit-il avec un prérequis qui maintenait la folie sous l'empire de la nécessité - ce qui devait l'opposer à Henri Ey et le rapprocher de Michel Foucault, pour qui la liberté est solidement impliquée dans la notion même de folie, appartient au domaine de son existence.
    Si le soulèvement du fou, celui de l'enfant aussi bien se montrent intraitables, se soustraient à la maîtrise que l'on tente d'exercer sur eux, la raison n'en est-elle pas qu'il en va de leur liberté ? Autant en prendre acte.

  • Entre gens exerçant la même profession, on se reconnaît « collègues ». Qu'est-ce à dire lorsqu'il s'agit de clinique ? Invitée à parler de ses deux derniers ouvrages en Amérique centrale, Patricia Janody s'est risquée à une collaboration d'un genre particulier, sur le simple fait de « collaborer ».
    Elle en rend compte ici sur le mode épistolaire : « Qu'est-ce que nous fabriquons encore ensemble, chers collègues ? » D'autant que la clinique paraît toucher à sa fin. Y a déjà touché, peut-être.
    Reste la possibilité de converser entre collègues. En sorte que ça explose, par intermittences, mais que, du moins, ça continue a` courir. Entre un territoire et un autre, une langue et une autre, un nous et un autre. Et puis parfois, pour les cures comme pour ce qui se trame entre collègues, se fraie un passage a` rebours.

  • Chérir, plutôt qu'éradiquer la diversité des pratiques sexuelles, tel est le programme d'une théorie politique radicale de la sexualité selon Gayle Rubin.
    Sa mise en oeuvre s'est heurtée à la volonté permanente d'imposer une bonne sexualité : hétérosexuelle, monogame, conjugale, gratuite, intragénérationnelle, génitale, à deux, procréative, sans sex toys ni usage de pornographie. Gayle Rubin, féministe et lesbienne militante, est ainsi devenue la cible de la droite états-unienne comme de pans entiers des mouvements féministes et lesbiens. Écrivant sous forme d'articles clairs et décisifs, elle a ouvert la voie au développement d'outils d'analyse spécifiques pour comprendre les oppressions matérielles et symboliques subies par les hors-la-loi du sexe et a contribué à la fondation de la théorie féministe, des études de genre et de la théorie queer.
    Les réflexions de Michel Foucault sur l'éthique du sadomasochisme masculin se trouvent ici éclairées par celte qu'il appelle " notre amie Gayle Rubin ".

  • Aucun amateur de cuisine épicée ne se verra privé de liberté ou victime d'ostracisme pour avoir satisfait ses papilles gustatives. En revanche, on peut être jeté en prison pour trop aimer les chaussures en cuir. De même, l'homosexualité, le sida, la pornographie, le transsexualisme, et aujourd'hui la pédophilie, donnent lieu à ce que Gayle Rubin appelle une « panique sexuelle ». Chaque panique désigne une minorité sexuelle comme population-cible. Au terme du processus, celle-ci se trouve décimée, et la société tout entière, juridiquement et socialement, réorganisée. Pour traiter de cette question, Gayle Rubin a jeté les bases d'un champ autonome d'études sur le sexe où désir, jouissance et diversité érotique pourraient trouver leur raison théorique et politique. Nous sommes loin ici du communautarisme béat qu'on prête parfois en France aux intellectuels américains. Les critiques de Judith Butler sont vives : « les lesbiennes n'ont rien d'autre en commun que leur expérience du sexisme et de l'homophobie », ou ses réserves sur le coming out : « La sexualité reste-t-elle sexualité quand elle est soumise à un critère de transparence et de révélation ? Une quelconque sexualité serait-elle possible sans cette opacité qui a pour nom inconscient ? » Gayle Rubin et Judith Butler soulignent constamment la nécessité de ne pas troquer une violence contre une autre, une démonologie religieuse contre une démonologie laïque, laissant sa chance à l'érotologie moderne.Recueil de trois textes : « Marché au sexe », entretien de Gayle Rubin avec Judith Butler ; « Penser le sexe » de Gayle Rubin ; « Imitation et insubordination du genre » de Judith Butler.

  • Marche du sexe

    Butler/Rubin

    • Epel
    • 16 Février 2002

    Aucun amateur de cuisine épicée ne se verra privé de liberté ou victime d'ostracisme pour avoir satisfait ses papilles gustatives.
    En revanche, on peut être jeté en prison pour trop aimer les chaussures en cuir. De même, l'homosexualité, le sida, la pornographie, le transsexualisme, et aujourd'hui la pédophilie, donnent-ils lieu à ce que Gayle Rubin appelle une " panique sexuelle ". Chaque panique désigne une minorité sexuelle, généralement inoffensive, comme population-cible. Au terme du processus, celle-ci se trouve décimée, et la société tout entière, juridiquement et socialement, réorganisée.
    Gayle Rubin a jeté les bases d'un champ autonome d'études sur le sexe où désir, jouissance et diversité érotique, pourraient trouver leur raison théorique et politique. Les trois textes publiés ici s'inscrivent dans une filiation politique (le féminisme, la nouvelle gauche, les luttes antiracistes, les luttes pour les droits civiques) et théorique (les sexologues, Freud, Lacan, Marx, Foucault, Derrida).
    Les paradigmes ne valent rien sans l'enquête de terrain, et rien non plus s'ils ne s'actualisent en choix de stratégie et de tactique politiques. L'ensemble s'éclaire du partiel, le partiel de l'ensemble. Nous sommes loin ici du communautarisme béat qu'on prête parfois en France aux intellectuels américains. Qu'on lise les critiques acerbes de Judith Butler sur les replis identitaires : les lesbiennes n'ont rien d'autre en commun que leur expérience du sexisme et de l'homophobie.
    Ou ses réserves sur le coming out : " La sexualité reste-t-elle sexualité quand elle est soumise à un critère de transparence et de révélation ? Une quelconque sexualité serait-elle possible sans cette opacité qui a pour nom inconscient ? " Gayle Rubin et Judith Butler soulignent constamment la nécessité de ne pas troquer une violence contre une autre, une démonologie religieuse contre une démonologie laïque, laissant ainsi sa chance à l'érotologie moderne.

  • Le cas en psychanalyse relève du traquenard logique.
    Là où l'on pourrait croire que la séance analytique se prête à merveille au cas, elle ne cesse d'y objecter : elle invalide quiconque viendrait s'offrir comme témoin entre ses deux acteurs, et jusqu'à ce tiers que serait un but poursuivi en commun. Transfert oblige.
    Cette situation d'exception a un double mérite sur le plan épistémologique : elle éclaire les conditions d'élaboration du cas dans les autres savoirs (droit, médecine, grammaire, micro-histoire, etc.), et elle rend compte de la consistance propre à l'acte analytique.

  • Le Groupe de travail de psychothérapie et de sociothérapie institutionnelles (GTPSI) rassemble quelques acteurs majeurs de la psychiatrie, liés à l'hôpital de Saint-Alban et à la clinique de La Borde, hauts lieux de la psychothérapie institutionnelle. S'y retrouvent deux à trois fois par an, de 1960 à 1966, Jean Ayme, Hélène Chaigneau, Roger Gentis, Félix Guattari, Nicole Guillet, Josée Manenti, Ginette Michaud, Jean Oury, Gisela Pankow, Jean-Claude Polack, Claude Poncin, Yves Racine, Philippe Rappard, Jacques Schotte, Horace Torrubia, François Tosquelles et quelques autres - tous engagés dans la transformation du système asilaire.
    Lieu d'une pensée collective aux prises avec l'inconscient et la psychose, le GTPSI se distingue d'une simple société savante par une remise en cause permanente de chacun de ses membres, par la volonté affichée "de ne pas s'en laisser passer une". A la recherche d'une cohérence théorique et clinique, ces praticiens ont choisi de récuser toute position du psychiatre qui tendrait à l'évitement de la folie.
    En retraçant l'histoire de cette avant-garde et en donnant à lire l'essentiel des analyses et discussions qui l'ont constituée, ce livre met au jour un moment et des travaux inédits qui restent d'une importance majeure pour nourrir la réflexion psychiatrique contemporaine.

  • "Le psychanalyste, c'est la présence du sophiste à notre époque, mais avec un autre statut", dit Lacan en 1965.
    Est-ce cela qui le poussa à consulter Barbara Cassin sur la doxographie ? Dans le fil de cette rencontre, les outils de L'helléniste servent à montrer les similitudes entre parole analytique et discours sophistique et selon quelles voies Jacques le Sophiste fait passer du "sens dans le non-sens" (lapsus et mots d'esprit) au "foncier non-sens de tout usage du sens". Aristote est ici interpellé par un Lacan, sophiste moderne, qui pointe la "connerie" du Stagyrite à l'endroit du principe de non-contradiction.
    Comment parle-t-on, comment pense-t-on la manière dont on parle, quand on place avec Lacan l'énoncé "Il n'y a pas de rapport sexuel" en lieu et place du premier principe aristotélicien ?


  • en récusant qu'elle soit une psychologie (avec ou sans profondeur), un art, une religion, une magie et même une science, lacan aurait-il laissé la psychanalyse comme flottant en l'air, ne sachant plus ce qu'elle est ni oú elle est ? jacques derrida la tenait pour un discours instable et insituable, mais " discours " ne va pas non plus.
    pourtant, en 1982, dans son cours sur " l'herméneutique du sujet ", michel foucault adressait aux psychanalystes une proposition effective. la psychanalyse n'a pas su, notait-il, se penser " dans le tranchant historique de l'existence de la spiritualité et de ses exigences ". partant, elle se serait faite oublieuse de cela même qu'elle est : une expérience spirituelle, par laquelle, via un autre, le sujet opère sur lui-même les transformations nécessaires pour accéder à sa vérité.
    seul lacan, ajoutait foucault, n'aurait pas participé de cet oubli. de là trois questions : y a-t-il lieu d'accréditer cette généalogie de la psychanalyse que bâtit foucault ? qu'en est-il de la spiritualité chez lacan ? et chez freud oe.

  • L'érotique ne se prête pas à être conçue de façon simplement unitaire. Plusieurs l'ont admis et, parmi eux, Platon, Lacan, Foucault, Rubin. On le vérifiera sur les deux premiers nommés. Quelle serait donc la raison d'une telle partition ? Sans préjuger d'autres réponses possibles, on présente ici celle que Lacan indiquait, non pas sous la forme d'un discours soutenu, mais par touches successives ici et là dispersées, après qu'a été reconnue l'inexistence du rapport sexuel.
    Ainsi s'éclaire la question proprement psychanalytique (quoique d'allure philosophique) : pourquoi y a-t-il de l'excitation sexuelle plutôt que rien ?

  • " S'agit-il d'un mysticisme ? ". Il n'est pas un seul lecteur attentif de l'oeuvre lacanienne qui ne se le soit demandé au moins une fois. Sainte Thérèse d'Avila en couverture du séminaire Encore, est-ce à bon droit ? Ou bien plutôt la porte ouverte à une méprise ? Que va donc chercher Lacan chez les mystiques ? En quoi sentiment océanique, rhétorique de l'abîme, exaltation du désir de Dieu, volonté d'anéantissement, ont-ils contribué à façonner ses propos ? Jean-Louis Sous mène ici l'enquête.

  • Au moment où Michel Foucault distinguait les aphrodisia grecs de la chair chrétienne et de le "bonne sexualité" contemporaine, plusieurs spécialistes de l'Antiquité, aux Etats-Unis et en Europe, se réunissaient pour mettre au jour le vaste domaine d'érôs.
    En anthropologues du passé, les auteurs de cet ouvrage explorent des domaines variés de la vie des femmes et des hommes grecs et tentent d'appréhender ce que pouvait être l'expérience érotique dans une société d'"avant la sexualité".
    Rêver de sexe et prévoir l'avenir, soigner les corps, célébrer les divinités, observer les visages, parler à l'assemblée, rire ensemble au banquet ou découvrir les effets brûlants du désir... on est invité ici à la découverte d'une terre étrangère, avec les mots et les concepts d'une Grèce bien différente de celle que l'on croit connaître.

    Avec les contributions de : Peter Brown, Anne Carson, Françoise Frontisi-Ducroux, Maud Gleason, David Halperin, Ann Ellis Hanson, François Lissarrague, Nicole Loraux, Maurice Olender, S.R.F. Price, James Redfield, Giulia Sissa, Jean-Pierre Vernant, John Winkler, Froma Zeitlin.
    Ouvrage traduit de l'anglais sous la direction de Sandra Boehringer, avec Adeline Adam, Marie Augier, Sophie Bigot, Antoine Chabod, Isabelle Châtelet, Claire Jaqmin, Michèle Haller, Christine Hue-Arcé, Dominic Moreau, Nadine Picard, Pierre Zahnd.
    Publié avec le soutien de l'Institut Émilie du Châtelet.

  • « Passage à l'acte » est désormais d'un usage si courant que l'on ne sait plus trop de quoi il s'agit - si ce n'est un geste tout à la fois violent et réprouvé. Violent aux yeux de qui ? Réprouvé par qui ? On reprend ici le problème au plus près en envisageant plusieurs affaires dont le foyer incandescent est reconnu avoir été un passage à l'acte : le geste djihadiste, celui de Louis Althusser meurtrier d'Hélène Rytman et celui de Claire Lannes, héroïne de L'Amante anglaise, dont la figure fut conçue par Marguerite Duras en prenant ses marques dans un fait divers. Plus inattendue sans doute apparaîtra l'incidence du « passage à l'acte éclairé » au coeur même de l'expérience analytique, notamment en son commencement et sa fin.

  • Pour avoir porté l'accent sur le signifiant, Lacan a-t-il du même pas fondé une nouvelle acception du signe ? On le saura en élucidant le concept d'"effet de sens", présent ici et là dans quelques séminaires, puis en le faisant jouer au travers d'espaces discursifs parfois fort éloignés de l'analyse. Cela, Freud l'a rendu possible, car l'association d'idées va bien au-delà de la relation thérapeutique où elle est censée s'exercer.
    Guy Le Gaufey poursuit ici son exploration de cette question pour lui première : Freud et Lacan ont-ils en partage le même "objet" ?

  • En septembre 1982, quatre chauffeurs de taxi furent assassinés lors d'une même semaine, exactement de la même manière, dans le même quartier populaire de Buenos Aires. Le meurtrier continua de vaquer dans les mêmes rues, à l'insu de la police, jusqu'à ce que son frère, découvrant l'arme utilisée, permette de connaître son nom : Ricardo Melogno.
    Ce très jeune homme avoua aussitôt, sans toutefois pouvoir dire un mot de ce qui l'aurait conduit à commettre ces crimes. Ce silence n'était nullement une dérobade ; rien ne l'aura brisé durant les trente ans de réclusion qu'il eut à purger. Et la quasi totalité des diagnostics et traitements psychiatriques qui lui furent appliqués n'ont cessé de buter contre.
    Peu de temps avant sa libération, lors de ces entretiens avec Carlos Busqued, Ricardo Melogno répétait encore : « Si j'avais dit que je tuais pour voler, je serais en liberté depuis quinze ans. Ou que je l'avais fait pour le plaisir. Il y aurait une logique. Mais je me rappelle aucune cause, aucun détonateur. Il y a eu aucun antécédent avant. » Qu'y a-t-il donc au coeur de l'acte, qui se fait jour ici, et reste soustrait ?

  • Voyageant avec aisance et érudition de la pédérastie antique à l'interdit biblique, des bûchers d'antan aux lois anti-homosexuelles contemporaines, mario mieli déconstruit ici un à un les préjugés psycho-médico-sociaux les plus répandus sur l'homosexualité.
    Ses éléments rendent sensible ce que fut l'âge d'or du militantisme homosexuel. la vision mielienne d'un possible dépassement des catégories identitaires de genre et d'orientation sexuelle dans l'exercice performatif de la transsexualité anticipe les travaux de monique wittig, de judith butler, également les aspirations queer actuelles, mais avec la fraîcheur et la pertinence propres aux esprits visionnaires.
    Mieli ne craint pas de témoigner de son propre vécu, de ses désirs, de ses fantasmes, de son séjour en clinique psychiatrique. on rencontrera ici un être aux talents multiples de philosophe, écrivain, dramaturge, poète et acteur, qui n'a peut-être d'égal qu'un hocquenghem ou un pasolini - figures de proue dont les temps présents sont singulièrement avares.

  • "J'aurais cette prétention : écrire ici quelque chose à propos de mon frère, car c'est déjà, si peu que ce soit, ébrécher ce discours qui réduit chaque fou à son étiquette diagnostique et qui, sans vergogne, se démultiplie frénétiquement." Psychiatre, Patricia Janody est sollicitée par Hamidou et Hawa au sujet de leur frère enfermé dans la maison familiale, en Mauritanie. La sorte de journal qu'elle se met à tenir et le voyage qu'elle entreprend avec eux font entrer en résonance son expérience professionnelle et son histoire personnelle.
    S'invente ici une écriture, qui mêle étroitement l'intime et la théorie, le proche et le lointain, la chronique et les notations cliniques, et qui interroge, ce faisant, le mythe de fondation de la psychiatrie.

  • Candidat à l'intégration sociale, l'homosexuel est devenu une figure du possible, un personnage res-pectueux et respectable, un citoyen normal. Lee Edelman fait bien plutôt valoir que, paria politique et social, emblème du gaspillage, de la non-productivité et du non-sens, l'homosexuel est né-cessairement et fatalement impossible.

    En présentifiant ainsi et pour tous l'impossibilité comme telle, il subvertit le privilège jusque-là ré-servé à l'hétérosexualité de s'ignorer elle-même.
    L'oeuvre d'Edelman a suscité la colère d'une droite homophobe tout autant que celle d'une gauche bien-pensante.

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