Editions Bouchène


  • La
    Topographie et Histoire générale d'Alger
    constitue une source unique en son genre par sa richesse, sa densité, et par l'acuité du regard ethnographique de l'auteur : nulle autre chronique ou récit de captivité, pour cette période, ne produit un tableau aussi complet, vivant et animé de la société algérienne de la fin du XVIe siècle.


  • Les transformations des rapports entre politique et religion ont été généralement pensées sur le modèle d'une séparation progressive entre les deux sphères, tendue vers l'autonomisation du politique conçue comme une conquête. Le religieux a été considéré comme un résidu, un enclos dont l'évolution de la société finirait, croyait-on, par avoir raison, avec une inégale lenteur au Nord et au Sud de la Méditerranée.


    D'un même mouvement, l'islam tend à être réduit à un invariant transhistorique, dans lequel politique et religion seraient fusionnés depuis l'origine. La Méditerranée, au Nord et au Sud, au Moyen Âge et à l'époque contemporaine, constitue un espace privilégié d'observation et de critique de ces représentations, devenues sens commun.

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    Les contributions réunies dans cet ouvrage (sept médiévistes, un moderniste, six contemporanéistes) conduisent à écarter l'image traditionnelle d'un Moyen Âge uniformément dominé par la sphère religieuse, et mettre en question la sécularisation comme mode d'explication systématique des transformations observées depuis le XVIe siècle.


    L'accent a été mis sur la pluralité des rapports entre politique et religion, sur le bourgeonnement des formes du religieux (piété, dévotion, sainteté, théologie, réflexion sur l'économie et sur l'État), puis sur l'intrication de ces deux sphères, que l'émergence du politique moderne, toujours en mouvement, conduit moins à séparer qu'à rendre de plus en plus asymétriques.


  • Dans ce recueil, le mouvement national, dont Messali Hadj est le grand fondateur, est compris au sens plein du terme, à savoir le combat mené par les couches opprimées du peuple algérien pour édifier la nation algérienne sur les principes de la démocratie. Cette conception du nationalisme a servi pour la sélection des textes de Messali Hadj présentés selon quatre périodes : - La période 1927-1936, du discours de Bruxelles à la dissolution de l'Etoile Nord-Africaine - L'affirmation nationaliste en Algérie : Messali Hadj et le PPA de 1937 à 1946 - Le combat pour la Constituante au sein du MTLD, de 1947 à 1954, et la lutte pour l'indépendance de 1954 à 1962.


    Les textes sont écrits par Messali Hadj, et pour partie extraits de documents du PPA-MTLD-MNA. Ainsi présentés, ils n'ont d'autres objectifs que de mieux connaître un homme, « l'éternel enfermé » dont la stature ne cesse de croître.


  • La présence des Espagnols dans l'Ouest algérien fait partie de l'histoire de l'Algérie, car il ne s'agit pas seulement dans cette étude de l'histoire du préside oranais, mais de celle de toute la région sise au sud, c'est-à-dire d'une grande partie de l'ancien royaume de Tlemcen. Les relations de l'occupant espagnol avec toutes les populations voisines d'Oran, qu'elles soient arabes ou berbères, ou même d'obédience ottomane, permettent grâce aux correspondances échangées entre elles et l'administration oranaise et à la lecture des rapports adressés par cette dernière au gouvernement de la métropole de suivre la vie politique de la marche occidentale de l'Algérie en ce milieu du XVI
    e
    siècle.


    L'histoire de ces vingt-quatre années du gouvernement du comte d'Alcaudete concerne certes l'Espagne, mais surtout le royaume de Tlemcen à l'époque où se produisit dans celui-ci un changement total de souveraineté. Le présent volume relate un chapitre important de l'histoire algérienne.


  • Ce livre se propose de saisir une identité complexe - fondée sur la religion, entendue à la fois comme loi qui réunit morale et droit, mais aussi relation personnelle avec la divinité, jusqu'à l'union mystique - celle des juifs siciliens, englobés par la reconquête normande, entre 1060 et 1090, et dans un État monarchique intégrant sous sa domination musulmans et juifs. Ancré dans un passé linguistique qu'il n'a pas renié, le judaïsme sicilien prolonge pendant quatre siècles, jusqu'en 1492, l'usage de l'arabe, langue écrite et parlée, qui l'identifie et le protège. C'est un fait unique dans l'Europe et du Moyen Âge, jusqu'à l'expulsion de 1492, décidée en Espagne contre l'avis des Siciliens...

  • Cet ouvrage fut publié pour la première fois en 1806 à Salem (Massachusetts), par le Salem Gazette Office sous la forme d'un opuscule de 144 pages. L'auteur en était Stephen Cleveland Blyth, connu aussi sous le nom d'Etienne Hegginson Blyth, né en 1771. Si la Bibliothèque du Congrès possède plusieurs copies de cet ouvrage, la Bibliothèque nationale de France n'en a aucun exemplaire. En effet, il est très généralement utilisé par les historiens américains qui s'intéressent à l'histoire des Régences barbaresques et, principalement à leurs relations avec les jeunes États-Unis d'Amérique du Nord. En revanche, il n'a été que très peu utilisé par les historiens européens et surtout les Français, d'aucuns semblant même ignorer jusqu'à son existence. L'ouvrage de Blyth n'est pas une oeuvre d'historien. Il n'en a jamais eu la prétention, d'autant qu'il écrit à chaud. Il le publie en effet en 1806, l'année même de la ratification par le Président du traité de paix entre les États-Unis et Tripoli. Il s'agit donc d'une oeuvre de circonstance, rédigée dans une relative urgence, pour informer plus que pour analyser.



  • Comprendre la complexité de l'organisation de la Méditerranée médiévale impose de dépasser la logique de confrontation de blocs conçus de manière trop monolithique, dans une approche comparatiste associant spécialistes de Byzance, de l'Islam et du monde latin. C'est ce que permet l'analyse en terme de réseaux, entamée dans un premier volume qui s'était attaché à décrire les configurations que pouvaient prendre, à différentes échelles, ces réseaux méditerranéens. Ce deuxième volume, résultat de séminaires tenus à la Sorbonne entre 2005 et 2007, met l'accent sur la phase cruciale que constitue la genèse des réseaux, afin d'en saisir les logiques, les motivations, les mécanismes. Les douze contributions rassemblées permettent ainsi de s'interroger à la fois sur les circonstances de leur création, sur les acteurs à l'origine de ces constructions réticulaires, et sur les objectifs, conscients ou non, qui expliquent l'émergence de nouveaux réseaux. Deux modalités essentielles paraissent ainsi se dégager des nombreux exemples pris à la fois dans le contexte de la chrétienté latine, du monde byzantin et des pays d'Islam : celle de réseaux pensés
    a priori
    , résultant d'une volonté de création, et celle de réseaux spontanés sans projet préalable. Toutefois, cette distinction fondamentale ne saurait résumer à elle seule toute la richesse et la complexité des phénomènes réticulaires déployés à travers la Méditerranée au Moyen Âge, qui contribuent à en façonner l'organisation politique, économique, sociale, mais aussi culturelle.




  • En 1839, Elizabeth Broughton publia à Londres A Six Years Residence in Algiers 1806-1812 qui connut rapidement un vif succès. Elle était la fille d'Henry Stanyford Blanckley qui avait eu une brillante carrière militaire et avait ensuite été versé dans les consulats, d'abord aux Baléares, puis à Alger. La Régence d'Alger, comme le reste de l'Empire ottoman occidental, connaissait alors des turbulences dues aux réactions de plus en plus violentes des Puissances occidentales contre la guerre de course et l'esclavage des Européens et des Américains. En effet, au discours séculaire stigmatisant les mauvais traitements subis par des chrétiens prisonniers de musulmans, s'était ajouté, depuis les révolutions d'Amérique ou de France, la dénonciation virulente des attaques barbaresques contre des citoyens libres et contre la liberté du commerce.



  • En 1565, de mai à septembre, une gigantesque flotte turque assiège Malte, petite île située au sud de la Sicile, qui devient le théâtre inattendu d'une des étapes de l'affrontement séculaire entre les empires espagnol et ottoman pour la maîtrise de la Méditerranée. L'île a été concédée en fief à l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem par l'Empereur Charles Quint en 1530, après que l'Ordre a été chassé de Rhodes par le sultan Soliman le Magnifique en 1522. Quand les chevaliers s'y installent, Malte se trouve depuis déjà trois siècles dans l'orbite aragonaise, puis espagnole, et joue pauvrement le rôle de garde-fou de la Sicile, qui approvisionne en blé l'Espagne et la plupart des marchés de l'Europe du sud. La nouvelle inféodation de l'Ordre à la Monarchie Catholique, que suppose la donation de Malte, contraint les chevaliers à soutenir toutes les entreprises espagnoles, et plus largement chrétiennes en Méditerranée, dans le cadre d'une guerre religieuse menée contre l'Islam, tant par le biais de batailles navales que par celui d'une guerre de course qui se déploie notamment au large des côtes africaines.



    Dans ces conditions, Malte ne peut qu'attirer progressivement les regards musulmans, surtout barbaresques, au point de devenir un enjeu militaire. Au matin du 18 mai 1565, chevaliers et Maltais découvrent à l'embouchure du port une flotte composée de plus de deux cents voiles et de 30 000 soldats turcs et barbaresques; face aux assaillants, l'Ordre ne peut aligner, le long de ses remparts, qu'une poignée de chevaliers commandant à moins de 10 000 chrétiens insulaires et étrangers. Quatre mois durant, la résistance acharnée de l'île, qui attend un secours chrétien promis, mais tardif, transforme ce qui aurait pu n'être qu'un fait d'armes parmi d'autres, en un événement véritable de la Méditerranée moderne. Les conséquences du «Grand Siège» de Malte sont en effet considérables : pour l'Ordre, qui se réapproprie une image de croisé victorieux, pour Malte qui devient l'incarnation de la résistance chrétienne, ainsi que son rempart fortifié et symbolique, et pour la Méditerranée occidentale où se dessine une nouvelle géopolitique. Car ce qui s'est joué à Malte en 1565, c'est bien la définition, puis la stabilisation au Ponant, d'une frontière maritime entre les rives, qui définit les aires d'influence maritimes des chrétiens et des musulmans et qui transforme l'île en un lieu stratégique de la Méditerranée.

  • Engagé dans la Légion étrangère à 28 ans, Lamping participe, de 1840 à 1842, à différentes expéditions dans l'Algérois et dans l'Oranais. Ses souvenirs peuvent se lire comme une chronique minutieuse, presque objective, de la conquête de l'Algérie. « Sincèrement, parfois, j'en viens à croire que cette guerre est une guerre d'extermination», tel est le jugement que porte Clemens Lamping sur la colonisation de l'Algérie, et ceci en 1841. Originaire de l'Allemagne du Nord, engagé dans la Légion étrangère à 28 ans, Lamping participe, de 1840 à 1842, à différentes expéditions dans l'Algérois et dans l'Oranais. Ses Souvenirs peuvent se lire comme une chronique minutieuse, presque objective, de la conquête de l'Algérie. »

    Lamping se pose plus en observateur qu'en soldat. Curieux de tout, il s'intéresse non seulement à la vie et à l'organisation militaires au sein de la Légion étrangère, mais encore aux populations citadines et rurales qu'il rencontre. Ne prenant aucun parti dans le conflit colonial, Lamping présente des faits bruts et des réalités brutales, corroborés par d'autres témoignages que son récit complète. Certains événements, certaines anecdotes, ne sont cependant connus que par ces Souvenirs.

    Le texte allemand de Lamping, édité en 1844-1846 et tombé dans l'oubli depuis, paraît ici pour la première fois en traduction française. Il mérite d'être lu et étudié dans le contexte historique de la colonisation dont il reflète les engagements et dénonce impitoyablement les excès.



  • Alain Mahé présente et commente deux contributions scientifiques majeures de René Maunier (1887-1951) à l'étude des aspects contractuels du lien social au Maghreb, étayées principalement sur la description des échanges de dons pratiqués en Kabylie.


  • C'est à Robin que l'on doit à peu près tout ce que l'on sait des développements politiques et militaires dont la Grande Kabylie a été le théâtre entre le débarquement des troupes coloniales à Alger, en juillet 1830, et l'entrée en scène d'Abd-el-Qader dans la région, en janvier 1838.



    L'intérêt majeur du livre de Robin est sans conteste de détailler les développements politiques internes à la Grande Kabylie pour la période comprise entre la chute d'Alger et l'effondrement du système turc en juillet 1830, et la prise de possession directe de la France au moyen de la conquête militaire. C'est-à-dire à une de ces périodes d'interrègne qu'il est convenu de qualifier de trouble à cause de la méconnaissance qu'on en a généralement. Pourtant, nul doute que ces périodes furent fécondes en rebondissements puisque, du fait de la débandade du personnel politique lié au système turc, toute l'Algérie rurale se retrouva dans une situation d'autonomie.



    C'est précisément à ces recompositions politiques qu'est consacré l'essentiel du livre de Robin.


  • Il faut revoir Bougie, l'antique Saldæ, par la pensée, à l'époque du Moyen Age, lorsqu'elle avait sur la côte d'Afrique, la prépondérance des lettres et du commerce. Elle avait alors une forte existence individuelle ; non seulement elle vivait libre et avait modifié à son profit l'autorité des sultans de l'Orient et de l'Occident dont elle relevait d'abord, mais elle avait encore ajouté à sa force personnelle, en s'unissant par les traités d'alliance et de commerce aux principales cités du littoral de la France, de l'Espagne et aux puissantes républiques d'Italie. Capitale, dit-on, des premières possessions vandales en Afrique, Bougie devint, de nouveau sous le gouvernement des émirs, la capitale d'un royaume dont l'autorité s'étendait sur toute la province actuelle de Constantine et une partie de celle d'Alger. Le surnom de Ville Sainte et de Petite Mecque, qu'on lui donnait dans le monde musulman, et l'hospitalité qu'elle accorda libéralement dans ses murs à un nombre considérable de Maures et de Juifs chassés d'Espagne, sont autant de faits qui en disent assez pour que toute réflexion soit superflue. On a pensé que si, au XVIe siècle, Barberousse était parvenu à enlever cette ville aux Espagnols qui l'occupaient depuis 1509, le hardi corsaire en aurait probablement fait le siège de la domination turque sur la côte barbaresque. Alger, que le hasard des circonstances mit au premier rang, serait dès lors, resté une modeste bourgade.


  • Cette publication rassemble en deux forts volumes un choix d'études - choix effectué par l'auteur - d'histoire de l'Algérie, depuis l'époque coloniale jusqu'aux accords d'Evian. Certaines de ces études sont très peu connues, d'autres difficilement accessibles, l'ensemble méritait une publication restituant la cohérence et la rigueur d'un travail de recherche unique par son ampleur et par les champs d'études couverts. « Un hommage rendu à un historien dont l'oeuvre considérable mérite une plus grande diffusion des deux côtés de la Méditerranée ».


  • Ouvrage comptant depuis sa parution en 1887 jusqu'à l'heure actuelle parmi les livres incontournables sur cette période,
    Histoire d'Alger sous la domination turque
    est encore le seul livre en français traitant de toute l'histoire politique de l'Algérie ottomane, en se basant sur des sources de première main (témoignages et journaux contemporains, sources d'archives). Fort de son goût pour l'histoire et de son expérience personnelle dans les domaines politiques et militaires - avant son admission à Saint Cyr et son installation définitive à Alger, c'est en tant que zouave qu'il parcourut pendant deux ans le territoire algérien parsemé d'îlots de résistance après la défaite d'Abd el Kader - Henri Delmas de Grammont nous livre une foule d'informations sur l'histoire de la Régence d'Alger, débutant en 1516 (arrivée des frères Barberousse à Alger, sollicités par la population face à la persistance de la Croisade chrétienne) et se divisant en trois périodes bien distinctes : les Beylerbeys, les Pachas, et enfin les Beys et le Deys.


  • Les conversions au christianisme, dans l'Algérie coloniale, ont été un phénomène peu connu et surtout peu étudié par les sciences sociales. Des musulmans qui se convertissent au christianisme dans le cadre de la colonisation française ont surtout fait l'objet de représentations excessives liées à la trahison et à l'infamie. Des représentations qui perdurent jusqu'à aujourd'hui. Les convertis, quand ils sont à fortiori berbères, sont encore plus encombrants pour la mémoire collective aussi bien française qu'algérienne. Car ils sont considérés comme la combinaison pesante de la politique d'assimilation coloniale et de l'idéologie du mythe berbère.


    La Kabylie a été, en effet, la région d'expérimentation d'une politique d'évangélisation qui a commencé dans les années 1870 à l'initiative de Charles de Lavigerie, archevêque d'Alger depuis 1867. Convaincu de l'ancienneté des racines chrétiennes en milieu berbère, il mena une action missionnaire dans la Kabylie montagneuse considérée, selon lui, comme Le Liban d'Afrique.


    Dans une démarche qui associe l'exploitation archivistique et l'enquête anthropologique, l'auteur va à la rencontre des multiples faits historiques et sociologiques qui ont participé à ces glissements confessionnels dans la Kabylie de la fin du XIXème siècle. Cet ouvrage s'attache à restituer une réalité historique malmenée par des représentations passionnelles liées à la colonisation et à la guerre d'Algérie.


  • L'ouvrage de Vayssettes est d'abord une histoire descriptive du gouvernement turc à Constantine et des institutions qui assurent son fonctionnement. Pour la rendre intelligible, Vayssettes propose une périodisation quelque peu arbitraire mais qui a l'avantage de rendre compte de l'évolution complexe de près de trois siècles d'occupation turque. Malgré l'extrême hétérogénéité des sources, il reconstruit l'enchaînement des divers événements qu'il a réunis. Il les replace dans l'ordre chronologique, d'où le plan adopté selon l'ordre de succession des Beys.


    Il consacre un long développement aux circonstances qui ont amené les Turcs à Constantine et à la date de leur installation dans la ville avant d'identifier les moments charnières qui ont constitué des ruptures ou des continuités. Cette opération, simple en apparence, a comme avantage de vouloir dégager l'histoire turque du temps mémoriel et cyclique des chroniques arabes, des généalogies et des biographies et à l'introduire dans la dynamique des temps nouveaux. Car le paradoxe de cette période marquée par tant de moments de tensions réside dans la longévité de la domination turque.


    L'intérêt du texte de Vayssettes est de nous permettre de faire un état des lieux sur une si longue durée dans un premier temps avant d'essayer de saisir la dynamique qui sous-tend la mobilisation sociale.


  • Depuis les dernières années du XV
    e
    siècle jusqu'en 1830, deux pouvoirs rivaux se constituent, et vont régner dans l'Afrique du Nord: celui des chérifs marocains et celui des Turcs d'Alger.


    Ces deux pouvoirs étaient nés, presque simultanément, d'une réaction religieuse contre la conquête chrétienne de l'Espagne musulmane, contre les entreprises des Portugais et des Espagnols sur les côtes de l'Afrique du Nord.


    Les rois de la maison d'Aviz avaient entraîné les Portugais à la conquête commerciale du monde; les corsaires du Maghrib finirent par contraindre ces souverains à l'occupation des côtes du Nord-Ouest africain et du détroit de Gibraltar. Les rois d'Espagne, contrecarrés dans l'Andalousie musulmane par les volontaires de la guerre sainte, firent diversion en attaquant le littoral africain de la Méditerranée.


    Cette double action surexcita le fanatisme des Berbères et des Arabes, amena une révolution qui fut dirigée par les confréries religieuses. Dans cette révolution toutes les dynasties du Maghrib sombrèrent. Elles furent remplacées par des pouvoirs nouveaux établis sous l'influence des confréries ou des marabouts.


    Dans le Maghrib de l'ouest, la dynastie nouvelle des chérifs Saadiens représenta pour les populations un gouvernement constitué d'après les traditions les plus pures de l'Islam. Dans les Maghribs du Centre et de l'Est, des Turcs, aventuriers pleins de génie et d'audace, se plièrent d'abord aux conditions du parti religieux. Mais ils ne tardèrent pas à devenir les maîtres et les protecteurs de ce parti. Ils mirent ensuite l'État qu'ils avaient fondé sous la protection de la Sublime Porte et accrurent leur pouvoir de tout le prestige des sultans de Stamboul.


    Turcs et Chérifs devaient fatalement s'entrechoquer.


  • Pendant plus de deux siècles. Algériens et Néerlandais s'affrontèrent en Méditerranée occidentale. Tout au long de deux siècles, et malgré de courtes périodes de paix, le conflit fut quasi permanent entre une puissance maritime qui s'acharnait à tenter de tirer tous les profits de la course, et une puissance commerciale qui cherchait à s'imposer en Méditerranée, derrière l'Angleterre et la France.


    Gérard Van Krieken, à partir de sources d'archives, tente de retracer dans cette étude l'histoire tumultueuse des relations difficiles entre les deux pays, marquée à la fois par des périodes de négociations très tendues, au gré des alliances et des guerres européennes, et également par des épisodes peu connus de collaboration entre corsaires néerlandais et corsaires algériens.


  • Marcel Emerit met à mal la légende glorieuse de la conquête coloniale, celle de Bugeaud tout particulièrement. Il n'aime pas les statues ; tout au contraire, il prend plaisir à les déboulonner ; il y a du niveleur chez cet homme. Et il ne s'agit pas non plus d'Abd-el-Kader, mais de l'Algérie ; la plus grande audace est de rompre avec la célébration des grands hommes et avec la suffisance étatique d'une version étroitement militaire et politique de l'histoire.



    Pour ce qui est d'Abd-el-Kader, c'est à peine le chef d'une entreprise d'État, le constructeur de places fortes ou l'organisateur militaire qui intéresse Marcel Emerit. Abd-el-Kader est de son temps et témoigne de la hiérarchie de classes et de statuts qui supporte les discriminations et les conflits qui se traduisent en «luttes de races». Marcel Emerit entend comprendre l'Algérie de l'intérieur, en faisant parler les documents d'époque. Ce qui l'occupe, ce n'est ni les détours diplomatiques ou les cachotteries des négociations, ni les ressorts de la psychologie des acteurs qui jouent les premiers rôles, mais l'histoire sociale qui pose la question nationale. Il a travaillé à dire le vrai et le sens de l'histoire coloniale ; ce pourquoi il fut dénoncé et tenu à l'écart.




  • La course a occupé une place particulière dans l'histoire de l'Algérie ottomane. Elle a été à l'origine de la fondation de la Régence d'Alger qu'elle a accompagnée jusqu'à la fin. Elle lui a donné certaines de ses caractéristiques et lui a assuré un statut particulier au sein de l'empire ottoman, comme elle a marqué les péripéties de sa politique extérieure. La persistance de la course, même sous des formes réduites, à une époque où tout la condamnait, indique qu'au-delà des objectifs économiques ou politico-militaires, se pose le problème de son rôle social et de sa dimension symbolique. On sait que longtemps après sa disparition, elle a continué à imprégner les esprits des deux côtés de la Méditerranée, à travers le cliché sur «le nid de pirates» auquel répondait en écho le mythe de «l'âge d'or». Les belles pages de Braudel sur la course en Méditerranée ont rendu ce genre de procès complètement obsolète pour les historiens sauf à l'étudier en tant que composante des conflits de mémoire. L'histoire n'est pas un tribunal, disait Georges Lefebvre. Si ce problème est abordé ici, ce n'est pas pour glorifier ou stigmatiser, mais pour essayer de comprendre la vie et les activités des hommes du passé dans des contextes qui ne sont plus les nôtres.


  • Première biographie écrite du vivant d'Abd-el-Kader (qui mourut en 1883), qui reste une référence et la base de toute les publications sur l'émir depuis sa parution en 1854.



    Bellemare montre par quelles fautes de notre part et par quelles qualités chez lui Abd-el-Kader arriva à établir sa puissance, sa domination, son prestige : science, piété, constance, esprit organisateur (il créa une administration que nous copiâmes et une armée là où il n'y avait rien).


    Il laisse au lecteur le soin de dégager des faits la personnalité d'Abd-el-Kader telle qu'elle se manifeste, avec toute sa grandeur, dans la guerre, dans la prison, dans l'exil



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  • L'Algérie ne guérira jamais de sa situation actuelle, si elle ne fait pas un travail de réévaluation intégrale de son nationalisme : son nationalisme est né dans le contexte colonial, il est né de la colonisation, il est né anticolonial et il l'est resté, il le reste aujourd'hui encore, anachroniquement ; et ce nationalisme survit tel quel aux conditions politiques et historiques de sa constitution. Ce nationalisme n'a jamais su se constituer en lui-même. Même aujourd'hui que la colonisation a disparu, il est resté tel qu'il a commencé à se fabriquer en 1920. Il s'est donné une mythologie, prise à la France et apprise de la France - le mythe de la Nation - qui continue à fonctionner. De ce point de vue, le nationalisme algérien est le bon élève, mais bien tardivement, du nationalisme français, à l'école duquel il s'est constitué, même en le combattant et en cherchant à s'en émanciper...


    Le nationalisme algérien s'est créé uniquement par référence à la colonisation ; il est aujourd'hui malade, incertain, totalement dérouté, désorienté, sans objectif, sans perspective directrice : c'est parce qu'il a perdu le partenaire qui le constituait.

    Les intellectuels algériens eux-mêmes partagent la vision officielle, même les esprits les plus critiques se refusent à ce travail de réflexion et de relativisation...





  • Le projet de la philosophie, lorsqu'elle a été inventée, était la connaissance de l'homme et de la société.. Au fil des siècles, la tradition philosophique s'est développée à tel point que les philosophes n'envisageaient plus leur objet qu'au travers des oeuvres, de plus en plus nombreuses et épaisses, de leurs prédécesseurs. La découverte du nouveau monde et les relations de voyage qui suivirent les explorations lointaines, apportèrent un peu de fraîcheur en relançant le débat philosophique sur la nature humaine. Parallèlement, les grandes civilisations classiques des vieux continents, étudiées par les premiers orientalistes - les civilisations indienne, chinoise, arabe, etc. - montraient aux Européens que les humanités n'étaient pas seulement grecques et romaines ainsi qu'ils l'avaient longtemps pensé.

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