Ecole Hautes Etudes En Sciences Sociales

  • Religion, utopie et mémoire Nouv.

    Dans ce petit livre, Danièle Hervieu-Léger esquisse les circonstances personnelles qui l'ont conduit, depuis cinquante ans, à consacrer son temps et son énergie aux sciences sociales des religions, et plus précisément à l'exploration du devenir du christianisme contemporain en Occident.
    Elle revient sur le tournant de la « seconde génération » des sociologues des religions en France, après le temps des « fondateurs » qui établirent les bases de la discipline au début des années 1950. Ce sera aussi l'occasion d'apporter un témoignage sur les processus qui, depuis la fin des années 1990, ont changé en profondeur la physionomie du paysage français de la recherche et de l'enseignement supérieur.

  • Pionnier de l'écologie politique, auteur d'une pensée qui oscille entre philosophie, théorie politique et critique sociale, André Gorz révèle sa persistante actualité dans cette discussion inédite et peu convenue sur des thèmes variés - du rapport de l'humain avec la nature à l'usage des technologies, de la cause féministe au rôle des intellectuels.

  • Les deux conférences inédites, dont les transcriptions sont réunies dans ce livre, se font écho à plus d'un demi-siècle de distance et témoignent de la parole publique du plus célèbre des anthropologues français. Lévi-Strauss prononce la première en janvier 1937 et la seconde en avril 1992, année où se célèbraient les quatre cents ans de la mort de Montaigne. Ces deux textes nous permettent de mesurer le cheminement de la pensée de Montaigne dans le parcours intellectuel de Lévi-Strauss.

  • En mai 1990 Germaine Tillion est l'invitée de Frédéric Mitterrand dans son émission Du côté de chez Fred. Deux émissions lui sont consacrées. Ethnologue soucieuse de comprendre les raisons du mal ou encore de la domination des femmes en Méditerranée, elle reste une figure méconnue d'une science qu'elle a grandement contribué à faire évoluer. Résistante, déportée à Ravensbrück durant deux ans, militante de la paix en Algérie, Germaine Tillion revient sur son parcours, dit ce qui lui tient à coeur, parle de sa vie et de ses idéaux.
    Au moment de la panthéonisation de Germaine Tullion, cet inédit nous donne à entendre la voix de cette femme engagée, curieuse de l'autre.

  • Qui appelle-t-on Homère ? Qui est à l'origine de l'Iliade et de l'Odyssée ? Ces deux questions rejoignent celles des origines et de l'évolution des langues et des civilisations. Ces deux textes, Homère et la philologie classique suivi de L'Agôn des Aèdes en Eubée, illustrent les idées de Nietzsche encore imprégné de ses études classiques.

    La publication de ces deux conférences de Friedrich Nietzsche autour de la figure d'Homère permet à la fois de faire connaître ce que Nietzsche devait à la philologie, qu'il enseignait, et ce qu'il a apporté, et, d'autre part, ce que l'on peut dire aujourd'hui de sa position sur la philologie, de son rapport à la philosophie. Il s'agit donc du discours inaugural Homère et la philologie classique, tenu à l'université de Bâle en 1869 à l'occasion de l'élection de Nietzsche comme professeur de cet athénée, et de la petite conférence pour la Société philologique de Leipzig en 1867, L'Agôn des Aèdes en Eubée.
    Dans Homère et la philologie classique, contre la déconstruction scientifique de la figure historique d'Homère et de l'Iliade et de l'Odyssée, Nietzsche revendique la valeur du chanteur aveugle et de l'unité des poèmes en tant que faits culturels incontournables.
    Les métamorphoses d'Homère nous révèlent l'esprit des siècles à travers lesquels cette tradition a pu se développer et a dû, à un certain point, parvenir à sa dissolution.
    Dans L'Agôn des Aèdes en Eubée, Nietzsche évoque une autre tradition très ancienne autour d'Homère : le célèbre agôn entre Homère et Hésiode en Chalcis à l'occasion des jeux funèbres en honneur du roi Alcidamas. En analysant les traces de ce récit dans les textes anciens, Nietzsche s'interroge sur la valeur de cette invention et sur les raisons cachées de ce mythe.

  • Automne 1968 : Foucault, à l'invitation du critique Claude Bonnefoy, rencontre celui-ci à plusieurs reprises en vue d'un projet de livre. Ce n'est ni à un entretien, ni à un dialogue auquel les deux hommes se livrent, mais à un exercice de parole inédit ; Foucault pour la seule fois de sa vie donne à voir ce qu'il désigne comme "l'envers de la tapisserie", son propre rapport à l'écriture.

  • Paul Ricoeur invite en 1985 Cornélius Castoriadis dans l'émission « Le bon plaisir de Paul Ricoeur » (France Culture), pour s'entretenir avec lui du rôle de l'imaginaire social dans les transformations historiques. Deux styles, deux voix qui tantôt se rencontrent, tantôt se séparent à propos du sens de l'innovation historique et de la portée des ruptures historiques.

    Notice :
    Tout semble opposer Castoriadis et Ricoeur : deux tempéraments, deux styles, deux philosophies. Et c'est l'un des intérêts de ce dialogue entre les deux philosophes dans lequel la parole incisive de l'un n'a rien à envier à celle de l'autre. L'unité de l'entretien repose sur une interrogation : est-il possible de créer du nouveau historiquement ? L'enjeu de la controverse porte moins sur les conditions de possibilité de la science historique que sur les conditions de possibilité de l'agir humain dans des circonstances historiques données. Il revient à Castoriadis, dans ce jeu de rôles et de joutes verbales, de défendre de manière implacable la thèse de la création historique.
    Cette thèse est tout simplement inacceptable pour Ricoeur, qui s'inscrit dans une dialectique entre innovation et sédimentation. Par-delà cette divergence, il y a une analyse que partagent Ricoeur et Castoriadis : le refus de réduire et d'indexer le politique sur l'économique.

  • Retranscription d'un entretien accordé en 1992 par l'helléniste J.-P. Vernant (1914-2007). Il revient sur les grandes étapes de sa vie, notamment sur son expérience dans la Résistance, en tant que chef de l'armée secrète pour Toulouse et la Haute-Garonne. Il évoque son style de vie, ses engagements, sa vision du travail, des relations sociales et de sa démarche intellectuelle.

  • Après avoir organisé et dirigé des hôpitaux militaires pendant toute la première année de guerre, d'août 1914 à octobre 1915, Max Weber intervient de plus en plus fortement, comme orateur et comme rédacteur de mémorandums et d'articles de presse, dans le débat public sur la guerre, la politique et les indispensables réformes sociales et constitutionnelles que l'Allemagne devrait mettre en oeuvre après la guerre. Les trois discours et l'article de presse reproduits dans ce livre, traduits pour la première fois, montrent un nationaliste convaincu, critique féroce de la politique du gouvernement allemand et des ambitions annexionnistes des pangermanistes, autant que des visées françaises sur la Sarre et du traité de Versailles dont il avait pu suivre de près les « négociations » comme expert au sein de la délégation allemande.

  • Chef de file du Nouveau Roman et figure emblématique de la littérature et du cinéma d'avant-garde, Alain Robbe-Grillet est resté dans les mémoires pour son oeuvre audacieuse et pour ses prises de position provocatrices et polémiques. La publication de ces cinq entretiens privés, réalisés entre 1991 et 2000, confirme ici la vivacité de sa pensée conceptuelle, tout en permettant de révéler un autre aspect de sa personnalité, parfois impatiente mais plus souvent chaleureuse.

  • Ces cinq entretiens, enregistrés avec Francesca Piolot entre novembre et décembre 1991 soit moins d'un an avant la mort de Louis Marin, ont été diffu- sés dans l'émission À voix nue de France Culture entre le 13 et le 17 avril 1992.
    La transcription de cette parole nous rappelle ce que fut cette voix, ce que Louis Marin fit entendre, donna à connaître, à réfléchir, et ce qu'étaient ses manières de faire, sa méthode.

    Dans le premier entretien, Louis Marin présente les champs d'activité de ses recherches, ses rencontres marquantes (Greimas, Barthes, Eco, Derrida, Dumézil...) ainsi que l'ou- verture d'esprit et les découvertes intellectuelles que ses cours à l'étranger ont entraînés.
    Dans le deuxième entretien, il développe l'un de ses thèmes favoris : l'opacité de la représentation dans la peinture à l'époque moderne.
    Dans le troisième entretien, il évoque l'utopie, depuis la définition de Thomas More jusqu'à son étude sur le parc Disneyland en Californie.
    Dans le quatrième entretien, à partir d'exemples d'analyses sémiotiques des tableaux de Kandinsky, Klee, Picasso, il lie l'image, le texte et le jeu de sens qui en découle.
    Dans le dernier entretien, il montre comment le pouvoir s'exprime à travers des signes en donnant des exemples de sa représentation en France à l'époque moderne.

  • Le 9 février 2015, onze mois avant sa disparition, Daniel Fabre prononce au Conservatoire régional d'Aubervilliers-La Courneuve une conférence inti- tulée « Invisible initiation : devenir filles et garçons dans les sociétés rurales d'Europe » qui constitue le coeur de ce livre. Il y présente le résultat de ses réflexions sur les manières de « faire la jeunesse », autrement dit sur les façons culturelles, socialisées, pour une fille ou un garçon, hier et aujourd'hui, au village ou à l'école, de devenir adulte. Et immanquablement il revient sur les souvenirs de ses propres expériences de jeune garçon et d'adolescent, de son enfance narbonnaise puis carcassonnaise.

    Une part centrale des publications de Daniel Fabre concerne la question des enfants et des « jeunes », leur apprentissage de la vie adulte, les voies de leur socialisation.
    Le texte ici publié synthétise ses réflexions en posant explicitement la question de l'existence ou non d'un parallélisme entre l'« initiation » des filles et celle des gar- çons. Il compare ainsi l'apprentissage des garçons, tourné vers l'extérieur, marqué par la transgression des limites entre le domestique et le sauvage, les vivants et les morts, et l'apprentissage des filles, centré au contraire sur l'interprétation intime des mutations de leur corps et la préparation au mariage et à la maternité.
    Le texte de cette conférence est suivi d'un entretien avec Alessio Catalini en 2012, qui rappelle les points de soudure entre les traditions intellectuelles française et italienne ayant dessiné les objets de recherche de Daniel Fabre.

  • En ce début d'un XXIe siècle marqué par le retour massif de la violence et de la guerre, il est important de publier la traduction d'un texte menant une réflexion profonde sur le rapport de l'humanité à la guerre, d'autant plus que cette réflexion provient d'un penseur si imminent et complexe que Norbert Elias. Longtemps ignoré des milieux intellectuels et universitaires français, la pensée eliasienne s'est forgé ces dernières années sa place en France. Rendu célèbre par des historiens comme Roger Chartier, Elias jouit aujourd'hui d'une reconnaissance incontestée dans l'ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales.

    Considéré comme l'un des textes centraux de la pensée éliasienne, Humana conditio condense une réflexion plus large menée dans ses ouvrages monographiques, et lie cette réflexion à deux actualités : celle de la célébration du 40e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et celle de la confrontation Est-Ouest en Europe, et plus largement dans le monde. Elias ne s'arrête pourtant pas à analyser les enjeux de ce conflit mais l'inscrit dans une histoire plus longue, celle de la conflictualité profonde de la vie humaine qui a toujours fait de la violence et de la guerre une partie intégrante du lot de l'humanité, de la conditio humana. Pourquoi, demande-t-il, l'humanité n'arrive-t-elle pas à s'en débarrasser et quelles conditions devraient-elles être réunies, le cas échéant, pour qu'elle puisse enfin y parvenir ?
    En prononçant ce discours le 8 mai 1985 à l'université de Bielefeld, Elias indique bien le contexte historique dans lequel se situe sa réflexion. Son discours, de quelques pages seulement dans sa forme plus tard publiée, forme le coeur du texte Humana conditio ; Elias l'a pourtant repris pour la version plus longue traduite ici et qui se retrouve réécrite et complétée par des ajouts conséquents.

  • Dans ce texte de 1915, Émile Durkheim revient sur l'origine de la Première Guerre mondiale. Selon lui, son déclenchement ainsi que la conduite de l'Allemagne durant la guerre ne s'expliquent pas en termes géopolitiques mais trouvent bien leur origine dans la « mentalité allemande », dans son caractère national. Cette nouvelle édition, à cent ans de distance, est éclairée par une conférence de Bruno Karsenti dans laquelle il révèle en quoi ce pamphlet procède bien de l'analyse sociologique.

    Publié pour la première fois en pleine hécatombe de la Grande Guerre, L'Allemagne au-dessus de tout est un texte de combat. En sociologue, Durkheim y révèle la dynamique sociale dont la guerre est le résultat. Tel un médecin sur son patient, il se penche sur le cas allemand, et son diagnostic est sans appel : l'Allemagne est malade de sa volonté car elle pratique l'idéalisme de façon pathologique. Pourtant, considéré comme un texte de circonstance, voire de pure propagande nationaliste, cet écrit de Durkheim fut longtemps occulté par les sociologues français.
    Levant le voile sur le caractère sulfureux du texte, Bruno Karsenti montre comment il condamne au contraire le nationalisme et s'insère parfaitement dans la sociologie d'Émile Durkheim, ses théories sur les dangers inhérents aux sociétés modernes et sur les typologies du suicide.

  • Initiateur de L'Année sociologique, proche d'Émile Durkheim, Célestin Bouglé (1870-1940) était plus connu encore pour son activisme dans les réunions populaires, son « pays de prédilection ». Science de la société et science pour la société, la sociologie ne peut à ses yeux remplir son rôle qu'à condition d'être diffusée au plus grand nombre.
    Il s'y emploie par la parole : de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme à la promotion des réformes sociales, en passant par la défense du féminisme, ce recueil de conférences restitue les combats au coeur de son engagement savant et politique.

  • En 1971, John Rawls, auteur de Théorie de la justice, proposait une nouvelle vision du champ de la pensée politique, philosophique et économique, à travers l'utopie réaliste d'une société juste. En 1991, à l'occasion d'un entretien accordé à trois étudiants, il revient sur l'évolution de sa pensée après cette publication, au contact de ses contradicteurs (Hart, Nozick) et de ses amis (Scanlon).

  • Historien inscrit dans le sillage de la revue des Annales, dont il a été long - temps rédacteur en chef, Jacques Revel est connu pour ses travaux sur l'histoire moderne. Il est aussi est l'un des observateurs les plus avertis de l'historiogra- phie internationale des quarante dernières années.

    Jacques Revel joua notamment un rôle majeur dans l'introduction de la micro- storia italienne en France. Directeur des Éditions de l'EHESS puis président de l'EHESS pendant près d'une décennie (1995-2004), il bénéficia d'une place de choix pour enregistrer les mouvements qui affectèrent les sciences sociales à partir des années 1960.
    Dans cet entretien avec Emmanuel Laurentin, ce sont cinq décennies de leur histoire que Jacques Revel restitue avec une clarté et une précision remarquables.
    Le lecteur suivra sa formation d'historien, quand l'histoire défendue par Fernand Braudel était une discipline centrale des sciences de l'homme, puis le délitement de ce modèle. Il sera aussi question de politique de la recherche dans ce contexte de mondialisation et de normalisation. Cette mondialisation qui touche l'histoire avec l'émergence de ce que l'on appelle l'histoire mondiale ou l'histoire connectée, une histoire qui ouvre l'horizon de la recherche.

  • Raymond Aron, à la recherche d'une vérité commune ou du moins d'un bien commun, interroge la crise morale des démocraties libérales. Il dresse une typologie des libertés, évalue leur contenu, livre une réflexion sur les relations entre liberté et égalité, exprime son souci face à l'atonie civique. En tant qu'observateur des sociétés dans l'histoire, il s'interroge sur les enjeux autour de ces libertés, sur les inégalités, sur la citoyenneté, sur le pouvoir.
    Inquiet que dans nos sociétés hédonistes, la liberté se situe dans la libération des désirs, il désigne son souci par le mot vertu, et appelle chacun à être un citoyen vertueux, conforme à l'idéal de la société libre. Dans une société en perte de sens de la vie civique, son enseignement contribue à notre éducation politique de citoyen. Introduction à Raymond Aron, par Pierre Manent "Aron scruta la vie politique avec une attention infatigable jusqu'à son dernier jour.
    Le texte inédit que nous publions ici appartient à l'autre extrémité de la carrière de Raymond Aron. Il interroge la "crise morale des démocraties libérales". De bien des manières Aron parle de nous. Qu'il s'agisse de la liberté détachée de tout critère, de la légitimité démocratique très généralement reconnue, de l'absence d'une notion acceptée de la vertu ou du bien commun, nous nous reconnaissons".

  • Janvier 1995 : François Furet publie son ultime ouvrage, Le passé d'une illusion.
    Où est dévoilée la stratégie rie séduction de l'idée communiste. Quelques mois plus tard, l'historien enregistre avec le philosophe Paul Ricoeur une conversation autour des thèses de son livre. On reproduit ici ces propos de François Furet, qu'il a relus et ciselés peu avant sa brutale disparition en juillet 1997.

  • En 1895, Hobbes est au programme de l'agrégation de philosophie.
    Nous voici en présence des notes inédites prises par Marcel Mauss pendant le cours que donne Emile Durkheim devant un public fidèle et actif. Sont ainsi mises en relief les préoccupations du sociologue au milieu des années 1890. Déchirement du tissu social, rôle de l'Etat et de la famille, fonction sociale de la religion: comment fait-on pour vivre ensemble ? - des questions centrales pour l'histoire des sciences sociales que posait Hobbes et qu'actualise Durkheim.

  • Septembre 1993 : Serge Moscovici devient docteur honoris causa de l'université de Séville. Le discours qu'il prononce alors allie bilan critique de la théorie des représentations sociales. retour réflexif sur son propre parcours et nouveaux horizons de recherche. Avec ce texte inédit. Moscovici érige la psychologie sociale, dont il est l'un des fondateurs, en véritable anthropologie du monde contemporain.

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