Croquant

  • La notion de "mépris de classe" est souvent utilisée désigner la disqualification politique ou sociale que subissent certaines fractions de classes dominées : "sans-dents", "salariées illettrées", "fainéants", syndicalistes "voyous"... Au-delà de la dénonciation morale de l'ethnocentrisme de classe du dominant, la sociologie a-t-elle quelque chose à en dire ? A distance du moralisme, le pari de cet ouvrage consiste à évaluer la notion, sur la base d'enquêtes minutieuses.
    Cet ouvrage met en évidence l'ampleur et la variété des formes d'expression contemporaines du mépris de classe, en fonction du contexte considéré et des fractions de classes en présence. C'est bien souvent le monde du travail qui lui donne sens, lorsque des frontières établies sont remises en question et qu'il faut réaffirmer une hiérarchie. De façon générale, c'est lorsqu'un dominant se sent en danger qu'il rompt, par le mépris de classe, avec l'euphémisation usuelle de l'ordre des choses.

  • Pour les auteurs du Métier de sociologue, la « construction d´objet » occupait une place centrale mais un peu mystérieuse : en substance, la science doit rompre avec le sens commun, voir les choses autrement en posant des questions inédites. Ce recueil permet à plusieurs chercheur.e.s d´élucider cette opération en montrant à travers leur propres recherches (action publique, politique, sport, délinquance, protection de l´enfance, langage, religion, art, consommation.) que le travail scientifique ne se réduit pas à l´accumulation d´informations sur un domaine. Ils tentent de comprendre en quoi et avec quoi ces recherches ont impliqué une « rupture ».

  • Si la sociologie des classes sociales en France et au Portugal ont d'importants traits communs, les résultats des recherches réalisées dans chacun des pays ne sont que partiellement connus d'un pays à l'autre. Cela tient au caractère en partie national des débats académiques : dès lors qu'ils ne sont pas explicitement comparatifs, les travaux traversent moins les frontières. Cela tient également à des problèmes linguistiques : si une grande partie des chercheurs portugais maîtrisent le français c'est moins vrai parmi les générations récentes (plus anglophones), et les chercheurs français lusophones tournés vers le Portugal sont rares (la plupart sont tournées vers le Brésil).
    L'ouvrage présente au lectorat francophone les résultats d'un vaste ensemble de recherches réalisées au sein de l'Institut de Sociologie de Porto depuis les années 1970. Ces travaux, d'une grande originalité et d'une forte cohérence, comportent une analyse fouillée de données statistiques sur le Portugal qui offrent un regard très précis sur les transformations du pays depuis 40 ans, tant à l'échelle nationale que régionale. Ces recherches reposent par ailleurs sur plusieurs enquêtes de terrain approfondies et de longue durée réalisées dans des contextes très variés du Nord du pays : une zone rurale devenue périurbaine, une région industrielle connaissant des évolutions contrastées (entre modernisation et profonde crise) et enfin plusieurs quartiers de la ville de Porto. L'ouvrage donnera à voir, à travers des terrains et thématiques variées, les transformations majeures de la société et des classes sociales au Portugal, en lien avec les transformations de l'État et des structures économiques, depuis la fin de la dictature jusqu'à la crise actuelle. Un tel ouvrage n'existe pas en français.
    Il ne s'agit cependant pas d'un simple projet de traduction mais bien d'un projet comparatif. En effet l'ouvrage est construit autour d'un dialogue entre chercheurs des deux pays, comportant un cadrage statistique comparatif et une discussion théorique. Les chapitres de issus des recherches au Portugal seront couplées à une mise en perspective et un dialogue avec des chercheurs travaillant sur la France et spécialistes des différentes thématiques (urbanisation, industrialisation, scolarisation, émigration...) et types de terrains (urbains, périurbains, ruraux) abordés. Nous allons organiser en 2017 au CRESPPA une journée d'étude publique afin de présenter puis de discuter les travaux portugais.

  • À chaque crise économique ou financière, les médias rendent compte des fermetures d'usines et des conflits qu'elles génèrent en particulier dans les grands sites de production. Les restructurations font aussi l'objet d'un grand nombre de recherches en sciences sociales qui étudient les luttes de travailleurs pour contrer les fermetures et les plans sociaux. D'autres travaux prennent pour objet le destin des travailleurs licenciés, l'éclatement des solidarités fondées sur les univers de travail, leurs difficultés pour retrouver un emploi ou les effets psychologiques et sociaux des licenciements. Dans ce cas, ce sont les liens entre crise économique et rupture biographique qui sont au centre des interrogations.
    Ces monographies documentent les différenciations de trajectoires de licencié.e.s selon le sexe, l'âge, la qualification, la structure familiale, la position de classe, ou le réseau local d'interconnaissance.

    Cet ouvrage déplace l'objet de l'analyse, et par là même la compréhension du phénomène. Plutôt que d'étudier les réactions ou les parcours de travailleurs après les restructurations, il s'agit de les traiter pendant les restructurations.

  • Les années 1860 marquent une rupture avec l'approche fataliste de la mort des enfants en bas âges qui prévalait dans la société jusque-là. La création d'une Société Protectrice de l'Enfance, la parution d'écrits médicaux et l'engagement d'un débat à l'Académie de médecine sont les trois évènements à partir desquels va se construire une représentation faisant de la mortalité infantile, un problème majeur menaçant une France sur la voie de la dépopulation, minée par la crise des valeurs familiales et les velléités d'émancipation de certaines femmes. Au centre de cette représentation, les dysfonction- nements d'une « industrie des nourrices », dont les activités pourtant ne cessent de croitre, parce qu'elle tire profit de l'ir- responsabilité des nombreuses mères refusant l'allaiter leur enfant. Parisienne au départ, la cause des nourrissons gagne rapidement les Bonnes Société provinciales. Le mouvement philanthropique invente un dispositif de contrôle des nour- rices à domicile, intrusif, combinant surveillance médicale des nourrices et patronage des enfants placés. Un dispositif que la loi Roussel reprendra à son compte. Ainsi nait le prototype de ce que seront, en France, les politiques menées dans le secteur social, avec un État qui fixe le cadre légal, qui définit les orientations et dont l'administration supervise et contrôle (du moins en théorie) des interventions de terrain réalisées par des agents du secteur privé, payés et ou bénévoles.
    Pour rendre compte de cette histoire, l'analyse proposée dans ce livre, s'intéresse aux rapports que la naissance de la protection de l'enfance entretient avec des questions sociales majeures qui traversent tout le dix-neuvième siècle.
    Car ce qui est en jeu dans les débats qui ont cours dans le champ du pouvoir, autour du sort des nourrissons, ce sont les modalités d'exercice (souhaitables) de la domination masculine dans une société de démocratie patriarcale, l'expression (acceptable) que peuvent prendre les rapports de domination de classe, la légitimité de l'État à intervenir dans la sphère privée, que ce soit au niveau de la famille ou d'un marché économique, et cela au nom de la protection de la santé phy- sique et morale de l'enfant. Toutes questions qui, même si les termes où elles se posent ont changés, gardent, aujourd'hui encore, leur pleine actualité.

  • Le rap - en particulier le rap indépendant - est généralement perçu et se présente fréquemment lui- même comme la chronique musicale de la vie des « jeunes de cité », dénonçant le racisme et les injustices sociales qu'ils subissent tout en exprimant leurs désirs de reconnaissance et d'ascension sociale. Basée sur une enquête de terrain réalisée à la f n des années 2000 auprès de rappeurs indépendants dans la région parisienne et lyonnaise, focalisée sur l'étude des trajectoires sociales et du travail artistique, cette recherche présente les rappeurs sous les traits d'auto- ou de petits entrepreneurs évoluant en marge des industries culturelles. Ce genre de carrière peut se comprendre comme une stratégie d'ascension culturelle, voire économique, le plus souvent vouée à l'échec, mais of rant des compensations symboliques à travers l'accès à la vie et à l'identité d'artiste, à des jeunes des classes populaires ou moyennes confrontés à la reproduction ou au déclassement. Plus diversif é socialement que dans les représentations communes, le monde du rap indépendant est aussi divisé du point de vue stylistique entre des pôles économique, professionnel et engagé, en fonction de la plus ou moins grande distance des artistes par rapport aux industries culturelles. Ce genre musical se présente ainsi comme un univers révélateur des phénomènes de mobilité et de reproduction sociales et permet de mettre en évidence l'articulation des logiques économiques et culturelles dans la production musicale.

  • Bourdieu a souvent insisté sur l'importance de l'étape algérienne dans la formation de sa pensée sociologique.
    C'est en algérie qu'il est passé de la philosophie aux sciences sociales, c'est là qu'il a réalisé ses premières recherches et écrit ses premiers livres, c'est de l'algérie que date son engagement politique. la référence à l'algérie accompagnera toute son oeuvre et la kabylie jouera un rôle fondamental dans l'élaboration de la théorie de la pratique et du concept d'habitus : bourdieu y aurait trouvé, en effet, un modèle de société traditionnelle auquel le concept d'habitus - ensemble réduit de schèmes transférables aux différents contextes de la pratique - serait parfaitement adapté.
    Mais au regard des autres écrits de bourdieu sur l'algérie, les etudes d'ethnologie kabyle occupent une position paradoxale. en effet, depuis sociologie de l'algérie l'objet fondamental de l'analyse est une société en transformation et dans travail et travailleurs en algérie et le déracinement, la kabylie est l'exemple même d'une société en mutation, pénétrée par les rapports capitalistes et la modernité.
    Or, ultérieurement, la référence à l'algérie se limitera à la kabylie, pour y jouer un rôle opposé : celui de la société traditionnelle. bourdieu a dit qu'il avait construit sa théorie de la pratique à partir de l'exemple kabyle. ne serait-ce pas plutôt l'inverse ? pour analyser les origines de la théorie de l'habitus, l'auteur étudie la formation de la pensée de bourdieu, depuis sociologie de l'algérie jusqu'aux trois études d'ethnologie kabyle et restitue la genèse de quelques-uns de ses apports théoriques majeurs mais aussi de quelques-unes de ses contradictions.
    Si, comme l'affirmait bourdieu, la meilleure arme épistémologique du sociologue est la sociologie de la sociologie, ce livre qui analyse l'oeuvre de bourdieu avec ses propres outils, loin de l'apologie ou de l'agression - qui semblent malheureusement inévitables dans le champ sociologique français -, rend compte des lignes de force et des conditions de production à l'origine de sa théorie de la pratique et, en particulier, de sa théorie de l'habitus.

  • Au cours des années 1960, alors que s'accentue en France l'exigence d'humanisation des pratiques d'accompagnement de la dépendance, les résidents des maisons de retraite, de plus en plus âgés et dégradés, sont aussi de moins en moins aptes à manifester leur " humanité ".
    Pour échapper à l'image du " mouroir ", les établissements mettent en valeur les vieillards les plus présentables, les autres étant, de ce fait même, disqualifiés. Cette organisation contribue à hiérarchiser les tâches et les personnels, distribués entre façade et zone d'ombre. Les tâches d'entretien des relations interpersonnelles et des statuts sociaux s'opposent à celles qui relèvent du simple gardiennage des corps, d'où une hiérarchie au sein du personnel superposable à celle entre " bons " et " mauvais vieux ".
    Tenus de réparer l'irréparable, c'est paradoxalement en s'opposant aux règles " humanistes " de l'institution que certains employés des maisons de retraite adoptent des postures réparatrices. La professionnalisation du milieu gériatrique repose, de fait, sur des compétences techniques, mais aussi sur des dispositions morales (comme celles des bénévoles des petits frères des Pauvres). Jouant de l'observation discrète autant que de la participation, confrontant les pratiques les plus refoulées aux discours les plus enchantés, cette enquête sociologique démonte les mécanismes d'une vieillesse à plusieurs vitesses et aide à comprendre ce que signifie au quotidien l'exigence d'endiguer l'irréversible.

  • Le sens et de la valeur des oeuvres philosophiques, comme de tous les autres biens culturels, dépend, pour partie, des conditions de leur réception et de leur circulation parmi une multitude de lecteurs et d'interprètes. Ce commerce des oeuvres philosophiques donne lieu à des affrontements pour la définition de la pensée «authentique» d'un auteur et, plus encore, pour le monopole de la lecture légitime. Les importations et exportations de textes et d'auteurs entre pays mais aussi entre disciplines constituent des situations quasi expérimentales pour l'observation de ces luttes symboliques.
    Les contributions réunies dans ce volume étudient des cas particulièrement éclairants de ce commerce national et international des idées philosophiques. Comment des figures majeures comme Kant, Nietzsche, Wittgenstein ont-elles pu migrer, revivre ou renaître ? Comment l'importation a-t-elle pu servir, dans certains cas, des visées politiques ? Pourquoi certains importateurs font-ils un retour à Simmel et Tarde ? En quoi consiste l'importation de produits postmodernes de prestige dans un pays et une discipline dominés ? Telles sont quelques-unes des questions abordées dans cet ouvrage où l'érudition n'a pas d'autre fin que de contribuer, grâce à l'angle choisi, à une sociologie des oeuvres philosophiques et, par là, à celle des biens culturels.

  • Cet ouvrage éclaire l'évolution des rapports entre culture et politique depuis le début des années 1960. Il retrace pour ce faire les changements intervenus dans les systèmes de relation constitutifs des politiques locales de la culture. Les collaborations entre agents des champs politique, bureaucratique et culturel pour la promotion de l'intervention culturelle publique ont doté cette politique de structures et de logiques spécifiques qui l'ont progressivement rendue autonome par rapport aux investissements politiques qui en étaient à l'origine.
    Au fur et à mesure de cette institutionnalisation, un partage des rôles s'est tant bien que mal instauré, confiant la définition des grandes orientations aux élus et réservant celle des programmes aux acteurs culturels. Dans le même mouvement, la mise en avant de finalités proprement culturelles (et notamment la sempiternelle "démocratisation de la culture") a permis de formuler sinon des objectifs clairs, au moins des compromis relativement stables.
    Ce double modus vivendi a été remis en cause depuis le milieu des années 1990. Les contraintes budgétaires ont notamment réduit l'initiative des acteurs culturels et, parfois, déplacé le centre de gravité des arbitrages culturels du côté des élus. Il est peu à peu devenu pensable que les politiques de la culture poursuivent d'autres fins que principalement culturelles, et soient mises au service du développement économique.
    L'histoire retracée dans cet ouvrage à l'échelon local révèle ainsi une évolution beaucoup plus générale : la remise en cause concomitante des spécificités des politiques culturelles et de l'autonomie du champ culturel.

  • Cet ouvrage collectif est consacré aux « arts du spectacle » dans la société française contemporaine : il s'intéresse à la danse contemporaine, au théâtre et au cinéma, d'une part, aux musiciens, d'autre part (de l'orchestre symphonique au rap en passant par le rock punk). Chaque enquête est sous-tendue par la même question : celle des conditions et des modalités d'accès à « la vie d'artiste », des procédures de sélection et des formes de consécration artistiques, ou encore, dans le cadre de « la théorie des champs » de Pierre Bourdieu, celle du « droit d'entrée ». Ainsi cet ensemble d'enquêtes met-il en évidence quelques-unes des propriétés requises pour accéder à telle ou telle « scène » des arts du spectacle : non seulement les savoir-faire, mais aussi les modalités de leur acquisition (apprentissage « sur le tas » / scolarisation des arts), la valeur accordée à « l'authenticité » (chez les rappeurs) et la possible conversion des stigmates en emblèmes (chez les punks), le nécessaire entretien de « la croyance » (dans l'intérêt du jeu et dans sa capacité à le jouer), l'importance des « relations » (le « capital social »), mais aussi les discriminations de genre, etc.

  • Les "ateliers d'écriture", ces groupes d'individus qui écrivent sous la direction d'un animateur, sont parfois présentés comme une panacée ayant prouvé ses vertus dans d'innombrables contextes: de la prison aux loisirs culturels, de la psychiatrie à l'école, de la maison de retraite à la création littéraire.
    Ils sont aussi, bien souvent, vilipendés comme des entreprises au mieux naïves, au pire charlatanesques. pourtant, l'originalité d'un dispositif qui prétend aider des individus à s'approprier des usages inhabituels de l'écriture, dans une société oú celle-ci est omniprésente, mérite que la sociologie s'y intéresse, au-delà des discours apologétiques ou dénonciateurs. c'est l'ambition de cet ouvrage.
    Celui-ci propose d'abord de prendre au sérieux la diversité et la complexité des ateliers d'écriture, en présentant un tableau des diverses conceptions que recouvre ce terme en france. mais au-delà des discours d'intention, le but est surtout d'étudier ce qui se passe au sein des ateliers, quelles représentations et quelles pratiques y sont engagées, tant du côté des animateurs que de celui des participants.
    Cette enquête ne peut être menée que de l'intérieur: on a donc fait le choix d'une observation participante qui permet d'analyser dans le plus grand détail le déroulement d'un atelier à vocation littéraire, s'adressant à des adultes, dans un cadre associatif. un seul atelier, donc, mais dont l'étude, sans prétendre à une illusoire représentativité, permet de dégager des logiques sociales générales: quête d'un espace oú exister comme écrivain "hors champ" à l'écart de l'ironie et de la perplexité que suscitent les "amateurs", perception de la pratique littéraire comme simple "divertissement" ou comme forme de "salut", rapport paradoxal à un dispositif contraignant à la fois recherché et souvent rejeté.
    à l'écart des cadres institutionnels, c'est la "libre" rencontre, complexe et parfois conflictuelle, d'une offre pédagogique et d'aspirations très diverses qui fait l'objet de cet ouvrage.

  • Ils sont près de 15 000, répartis dans les 271 conseils de prud'hommes que compte la France, à rendre la justice du travail. Salariés ou employeurs, actifs ou retraités, appartenant à l'ensemble des branches professionnelles de l'économie française, ces magistrats ne ménagent pas leur peine pour faire respecter te droit du travail et pour défendre les droits des salariés comme ceux des employeurs. Ils restent pourtant dans l'ombre, largement méconnus, comme si les prud'hommes se réduisaient aux jugements qu'ils rendent ou aux résultats électoraux qui, tous les cinq ans, permettent de mesurer la représentativité des organisations syndicales et professionnelles. Qui sont les conseillers prud'hommes ? Quels mobiles les ont poussés à briguer un mandat prud'homal ? Comment s'investissent-ils dans ce rôle à la fois judiciaire et syndical ? Avec quels moyens et quelles convictions ? Quels soutiens peuvent-ils attendre de la part de l'institution prud'homale, des organisations professionnelles et syndicales ainsi que des professionnels de la justice ? Quels obstacles ont-ils à surmonter pour exercer leur magistère ? Réalisé à partir d'un colloque réunissant des juristes, des historiens, des politistes et des sociologues, cet ouvrage présente les premiers résultats d'une enquête sur le fonctionnement de cette institution originale. Les onze contributions réunies ici analysent le mandat prud'homal, l'identité des conseillers et leurs pratiques de jugement qui articulent appartenance au monde du travail et de l'entreprise, engagement syndical et compétence juridique.

  • Omniprésents sur le devant de la scène politico-médiatique, les professionnels des sondages promettent de rendre la société transparente à elle-même par la " révélation " de l'opinion des citoyens/consommateurs.
    Mais ils cultivent l'opacité des coulisses et protègent jalousement leurs secrets de fabrication. Parfois, à la faveur d'erreurs trop manifestes, il leur arrive d'évoquer certains aspects de leur cuisine interne (pondération, redressement, biais d'échantillonnage). En revanche, on ne connaît pas grand-chose de la production des enquêtes et encore moins de la condition de ceux qui les réalisent. Ce silence ne révélerait-il pas le peu de fierté qu'en retirent les sondeurs ? Il est permis de le croire au regard du principe sur lequel repose le modèle économique de cette industrie : la flexibilité et la précarité généralisées.
    Employés le plus souvent sous des contrats de vacation ponctuels et de courte durée, les salariés d'exécution (enquêteurs, superviseurs, codificateurs, opérateurs de saisie) ne connaissent aucune sécurité de l'emploi. En recherche permanente de missions et en concurrence les uns avec les autres, ils doivent entretenir des relations quasi commerciales avec les cadres chargés de la distribution du travail et accumuler, par eux-mêmes, le capital de compétences qui les rendra " employables ".
    Cette condition qui les place à la lisière du salariat et de l'activité indépendante tend à les convertir en petits entrepreneurs d'eux-mêmes. Ce livre s'attache à analyser la condition de ces salariés qui incarnent l'avenir du salariat si on laissait au marché du travail le soin de se réguler lui-même ; un salariat libéral où chacun deviendrait seul responsable de sa fortune ou de sa faillite et dont les conséquences sur la vie des individus pourraient s'avérer désastreuses.
    Au détour, il interroge la légitimité sociale des entreprises de sondage et questionne la " qualité " de leurs données au regard de ce qui est " offert " à ceux qui les recueillent.

  • Ce manuscrit, Intitulé La barricade. Histoire d'une photographie. Paris 1848, porte sur l'histoire du tout premier cliché de photo-journalisme en France. Il s'agit, en fait, de trois daguerréotypes d'une rue barricadée en juin 1848 avant et après la charge du général Lamoricière. Des photographies qui montrent aussi la fin d'une certaine idée de la république. D'où leur valeur emblématique.
    Deux d'entre elles ont été achetées près de 200 000 livres par le Musée d'Orsay à Sotheby's au début des années 2000 mais elles sont restées anonymes. C'est pourtant un classique de l'histoire de la photographie. Toutes les anthologies y font référence.
    En en retrouvant l'auteur, en faisant l'histoire de cette rue -la rue du faubourg-du-Temple-, en renouant avec les affrontements qui s'y sont déroulés, j'y pro- pose une façon toute visuelle d'interroger le rapport que Paris entretient avec la barricade. On peut parler d'un événement photographique. Car, face à la lé- gitimité du suffrage universel, la barricade dressée par les ouvriers fut terrassée. La force insurrectionnelle ? Elle perdit une bataille décisive. D'où la nostalgie qui entoure de telles empreintes héliographiques. Avec elles, on retrouve un Paris populaire, celui qu'ont enseveli les travaux du baron Haussmann. Un Paris qui porte au grand jour une définition combattante de la citoyenneté.
    Cette expérience optique valait donc d'être interrogée. D'abord, parce que le journal L'Illustration a reproduit le 8 juillet 1848 deux des plaques de Thibault sous forme de gravures sur bois. Ce qui leur valut une large publicité. Ensuite, parce que l'arrivée de la photographie d' « actualité » ouvrait une page nouvelle dans l'histoire de la presse. Désormais, la « couverture » de l'évènement pouvait s'appuyer sur une objectivité revendiquée, celle du reportage visuel. L'infor- mation prenait le pas sur la « nouvelle ».
    D'où la question posée dans ce livre. Qu'est ce que l'oeil peut voir sur ces plaques si émouvantes ? Sur la plaque soigneusement recouverte d'une couche d'argent, le réel apparait sous une lumière jusque là inconnue. Elle jette, il est vrai, comme une passerelle entre la perception individuelle et la chronique du monde, la petite et la grande histoire. Ce livre s'emploie à identifier ce mystérieux « Thibault », un homme que l'on imagine juché au milieu d'un équipement encombrant de boîtes, de fioles et d'égouttoirs, là, juste en face des barricades. De quel lieu exact a-t-il pu prendre cette série de vues et dans quel but ? Ces énigmes résolues, je me suis attaché alors à interroger le statut acquis par un tel traitement optique de l'évènement. De quelle représentation du réel parti- cipe-t-il ?

  • Cette enquête, menée pendant les élections municipales de 2008 dans deux arrondissements parisiens volontairement contrastés (le xvie bourgeois et le xe bobo), propose une sociologie politique et une ethnographie d'une campagne examinée au concret, à travers de multiples lieux d'observation : meetings, tractages, réunions d'appartement, etc.
    En s'intéressant d'abord aux électeurs, ce livre propose de renouveler le regard porté sur les mutations sociales qui ont affecté la capitale, et leurs effets politiques. Il permet notamment de revisiter la question de l'abstentionnisme et de l'indifférence à la politique.
    L'observation des partis dans la compétition électorale montre ensuite comment les partis politiques font campagne, mais aussi comment celle-ci les façonne, et parfois les défait.
    L'attention portée aux femmes en campagne permet enfin de dresser un bilan de la parité au local et de saisir à la fois la « routinisation » de la contrainte paritaire et son déplacement (avec notamment l'invention d'une nouvelle exigence de représentation de la diversité) ; elle souligne aussi la persistance des inégalités politiques entre les sexes.
    La campagne électorale, moment d'effervescence à la fois ordinaire et extraordinaire, est saisie comme un « fait politique total », c'est-à-dire un puissant révélateur des multiples dimensions de la pratique politique contemporaine et de ses transformations.

  • Qu'est-ce qui fait l'excellence sportive ? Que faut-il pour réaliser des performances dans des disciplines aussi diverses que l'athlétisme, le cyclisme, l'équitation, le football, la gymnastique, le rugby et la voile. Les enquêtes rassemblées dans ce livre mettent en évidence un " droit d'entrée " propre à chacune d'elles et étudient les modalités d'acquisition du "capital spécifique " requis, les formes d'incorporation des compétences et des habiletés corporelles et sociales qui le définissent. Elles analysent, par ailleurs, la dynamique des luttes incessantes dans l'espace des sports qui ont pour objet la définition du "capital sportif ", tantôt amateur, tantôt professionnel, selon l'état de développement de chaque discipline. Elles étudient enfin les possibilités et les modalités de conversion ou de reconversion du capital sportif à l'issue d'une carrière, mettant en évidence sa faible convertibilité. Il apparaît ainsi que, si les champions sont célébrés pour leurs exploits, les titres et les records accumulés contribuent surtout au prestige des institutions sportives.

  • Cet ouvrage ausculte les pratiques des travailleurs sociaux pour insérer les jeunes dans le marché de l'emploi. Il explique qu'ils consolident les cadres ordinaires de socialisation (institution scolaire, famille, etc.) pour valider les prétentions professionnelles légitimes, qu'ils indiquent les opportunités ouvertes et certifient ou renforcent la valeur professionnelle accordée aux candidats.

  • Sous la direction d'Eveline Pinto. Avec des textes de Jacques Bouveresse, Patrick Champagne, Christophe Charle, Julien Duval, Jean Gayon, Serge Halimi, Dominique Kalifa, Dominique Marchetti, Érik Neveu, Éveline Pinto, Marcel Trillat
    Cet ouvrage cherche à expliquer le mode de fonctionnement du monde journalistique et des sous-ensembles spécialisés qui constituent le paysage médiatique contemporain. De la rhétorique sécuritaire à la diffusion massive de nouvelles à forte charge émotive, des rubriques " économie " ou " politique internationale " aux publications scientifiques et culturelles, les auteurs visent à mettre en évidence les effets des mises en scène médiatiques sur l'information et la vie intellectuelle.
    Comment restituer à la presse sa fonction critique, si sa perte est la conséquence inéluctable des restructurations en cours ? De même qu'il y a du " jeu " dans les rouages de la machine, il y a des marges de liberté dans tout dispositif institutionnel. Ce livre tend à rendre possible une confrontation constructive entre universitaires et journalistes et à favoriser les échanges entre professionnels et chercheurs de la presse. Il cherche à tirer les conséquences de ce qu'il observe, les comportements des intellectuels médiatiques qui, par leur attitude respectueuse à l'égard de tous les pouvoirs établis, sont en train de ruiner le débat public en France, en invitant à réagir à ce constat.

  • Instituée par la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002, la Validation des acquis de l'expérience (VAE) est présentée par ses promoteurs comme un dispositif correcteur des inégalités de formation initiale et continue, comme le moyen de prendre en compte d'autres apprentissages que les seuls apprentissages scolaires, comme un outil de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Elle s'inscrit dans le cadre du nouveau droit à la formation tout au long de la vie et des projets de sécurité sociale professionnelle. Ainsi justifiée, la VAE fait l'objet d'un très large consensus, le gouvernement vise à augmenter rapidement le nombre de ses bénéficiaires et chacun en appelle au développement de cette voie alternative d'accès aux diplômes.
    Le droit à la VAE apparaît pourtant problématique, à la mesure même des ambiguïtés de la notion de reconnaissance. Les contributions réunies ici croisent les regards de sociologues, de psychologues, d'historiens, de juristes... sur ce qui est à la fois un dispositif juridique, une politique publique et une pratique sociale.
    Comment la VAE s'inscrit-elle dans l'histoire de la formation professionnelle et de l'éducation permanente ? Quelle place prend-elle dans les politiques de formation tout au long de la vie ? Quels sont ses effets sur le statut juridique et l'économie des diplômes ? Et sur l'articulation entre système éducatif et marché du travail ? Quelle est cette expérience dont on dit valider les acquis ? Comment s'opère cette reconnaissance ? Sur quelles normes s'appuient les accompagnateurs et les jurys ? Quelles sont les attentes de ceux qui sollicitent cette reconnaissance ? Quelles sont les figures du déni de reconnaissance oe

  • La " séance de variétés ", succession de sketches réalisés par des habitants de La Séguinière (une petite commune pavillonnaire près de Cholet) apparaît comme un véritable défi à la théorie de la domination culturelle : la décontraction, l'autodérision et le goût pour la provocation des comédiens amateurs témoignent, en effet, d'une certaine indifférence aux représentations autorisées du spectacle artistique. Comment en rendre compte sociologiquement oe
    Motivée par une exigence de construction théorique sans céder pour autant à la rigueur du travail ethnographique, cette enquête s'attache à restituer le sens d'une pratique amateur dans son contexte : celui d'une scène sociale résidentielle marquée par l'interconnaissance et le contrôle exercé sur les prétentions à la distinction. Observations et entretiens montrent que cette " pratique culturelle " est une activité hybride qui s'apparente de multiples façons à la sociabilité ludique ou au registre de la " bricole ". L'enquête permet de comprendre la genèse de formes mineures de " charisme ", d'identifier les profits retirés d'un investissement " désintéressé " et d'analyser la dialectique de la distinction et du conformisme qui contraint la pratique de ces comédiens si proches de leur public.
    Un deuxième terrain d'enquête est mis à contribution pour reconstituer la dynamique du champ de l'animation culturelle bénévole dans une commune rurale, notamment la crise de la polarisation entre associations " laïques " et paroissiales dans les années 1980.

  • 1/ Cet ouvrage devrait connaître une vaste audience dépassant largement le cercle des sociologues de l'art et de la culture car il porte sur un genre musical qui recrute essentiellement son public au sein des catégories cultivées et qui compte de nombreux amateurs et spécialistes parmi les enseignants et les cher- cheurs. En outre, l'auteur assure un cours de « Sociologie de l'art et de la culture » en troisième année de licence à l'Université de Poitiers et prévoit de pres- crire son ouvrage (environ 50 étudiants).
    2/ Un cadre théorique original transposable à d'autres domaines artistiques et qui, en s'appuyant sur différentes traditions de recherches sur le goût en sciences sociales, vise à dépasser les oppositions entre production et réception des oeuvres, approche quantitative des pratiques culturelles et approche qua- litative du rapport à l'art, goût collectif et goût individuel.
    3/ Une vaste enquête qui articule différentes méthodes et échelles d'observation : socio-histoire du goût, analyse statistique des publics, ethnographie du goût à partir de l'observation de lieux de concerts et de groupes d'amateurs et, enfin, entretiens visant à reconstituer la trajectoire sociale et l'itinéraire du goût des amateurs.
    4/ Une analyse fondée sur la maîtrise des travaux de sciences sociales sur l'art et la culture, francophones comme anglophones, et qui se situe ainsi au coeur des débats scientifiques les plus actuels dans ce domaine.
    5/ Le premier ouvrage sociologique consacré au jazz en France (celui de Philippe Coulangeon, Les musiciens de jazz en France, L'Harmattan, 1999) était exclusivement consacré aux musiciens tandis que le mien traite du goût pour cette musique. Le livre d'Olivier Roueff et de Denis Constant-martin (La France du jazz, Musique, modernité et identité dans la première moitié du XXe siècle, Parenthèses, 2002) ne concerne que la première moitié du XXè siècle. Enfin, celui d'Olivier Roueff (Jazz, les échelles du plaisir, La Dispute, 2013) porte principalement sur l'histoire du jazz en France.

  • Des débuts du droit du travail jusqu'aux lois Aubry, la réduction de la durée du travail est apparue comme un progrès pour les salariés. Or, depuis une quinzaine années, les horaires dérogatoires de 12 heures d'affilée se développent à l'hôpital public. Ils sont présentés comme une demande des infirmières et des aides-soignantes qui chercheraient à accroître leur durée journalière de travail pour diminuer le nombre de jours travaillés.
    Cette enquête explore les raisons du « succès » de ce dispositif dérogatoire d'allongement des horaires de travail : il concerne environ 11% des agents des établissements publics de santé, mais plus de 50% voire 70 % des soignantes dans certains hôpitaux. Permettant de faire des économies pour les directions et de réduire le nombre de journées travaillées pour les soignantes, « les 12 heures » cristallisent les enjeux actuels de l'institu- tion hospitalière, entre rationalisation gestionnaire, dégradation des conditions de travail et application du droit du travail.
    De façon plus générale, l'ouvrage invite à une relecture critique d'une histoire politique largement instrumentali- sée : il montre comment le temps de travail a été redéfini par les gestionnaires comme un « gisement de perfor- mance » et une source d'économies. En analysant la gestion de cet illégalisme par les parties prenantes de son développement (réformateurs de l'hôpital, directeurs, cadres, soignantes, syndicats) et les conséquences d'une telle dynamique, il s'agit de mettre en évidence la domination gestionnaire et la fabrique de l'obsolescence du droit du travail.

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