Cecile Defaut

  • Deux brèves observations de Freud suscitèrent l'intérêt de l'auteure pour la problématique de la relation entre Freud et le Judaïsme, question capitale et qui fut objet de tant d'études parmi lesquelles certaines sont devenues classiques dans le monde entier : l'une concernant l'incidence précoce de l'histoire biblique en la formation culturelle de Freud, l'autre reconnaissant l'une des sources fécondes à l'implantation de la psychanalyse comme étant la résistance face à l'isolement si propre à la minorité juive.
    Le lecteur ici pourra se laisser surprendre par quelque chose de nouveau dans cette analyse critique de la relation entre Freud et la condition judaïque basée, entre autres, sur l'enseignement de Lacan et sur certains travaux de Derrida, Deleuze et de Lévinas. Betty Fuks réalise une étude psychanalytique originale dans laquelle il ne s'agit plus d'examiner le degré d'infl uence du Judaïsme sur Freud, mais de considérer la création même de la psychanalyse comme expression majeure de sa judéité.
    Cette judéité s'exprime ici à travers deux facteurs spécifi ques et intimement liés :
    D'un côté, l'exil du peuple juif, son nomadisme, son errance ; de l'autre, le mouvement erratique de la lettre, présente dans l'interprétation continue du Texte. Le point central de cette argumentation porte sur le rôle essentiel pour la découverte freudienne joué par les marques de l'exil et des exodes inscrites dans l'histoire du peuple juif et dans la pratique d'une lecture-écriture infi nie du « Livre des livres ». En somme, la judéité de Freud n'est pas perçue ici comme l'essence immuable d'une ethnie mais plutôt comme une construction, comme un devenir- juif pouvant être appréhendés lorsqu'on étudie la découverte même de la psychanalyse.

  • « De l'art, nous avons à prendre de la graine. » disait Jacques Lacan. C'est ainsi qu'un partenariat s'est tissé entre le programmateur d'une salle de cinéma et quelques psychanalystes, et qu'une expérience s'est déposée, connectant deux champs du savoir et de la culture - cinéma et psychanalyse - qui eurent la bonne idée de venir au monde en même temps comme pour mieux se serrer les coudes face à notre dure modernité.
    Regarder cette expérience comme dans un rétroviseur nous a conduits à nous entretenir avec des réalisateurs de talent ; à les entendre parler de leurs films et, à notre tour, à en proposer une lecture ; à y faire résonner l'existence de l'inconscient et ses conséquences ; à dégager l'impact des mots, ceux de la littérature et ceux de l'écriture, dans leurs univers cinématographiques.
    Si, au même titre que les écrivains pour Freud, les réalisateurs de cinéma peuvent être « de précieux alliés » du psychanalyste, alors avec Benoît Jacquot, Pascal Bonitzer, sophie Fillières et mathieu Amalric - nous avions de quoi faire pour articuler la singularité de leur geste artistique et la psychanalyse que ce soit au niveau de l'écriture, de la réalisation, du montage ou du jeu d'acteur !

  • Cet ouvrage est construit autour d'un chapitre (texte original) de Judith Butler sur l'éthique de la non-violence.
    En réponse se construisent quatre réfl exions philosophiques.
    Mylène Botbol-Baum présente le collectif à partir de sa traduction du texte de Judith Butler, et aborde la question du sujet et de la norme à partir de la lecture butlerienne de Levinas et Arendt, sur la question des limites de la légitimité de la violence pour une éthique de la relationalité.
    Jean de Munck traite une lecture croisée de Benjamin et Butler sur la violence.
    Romildo Pineiro et Jose Erraruz off rent une lecture historique et politique du concept de violence et y confrontent l'interprétation de la non violence dans le texte de Butler.
    /> Trois textes plus sociologiques suivent sur l'impact de la non-violence, dans une perspective qui vise à « défaire le genre » dans le cadre sociopolitique critique des vulnérabilités, dans le cadre du travail des femmes migrantes (Ghaliya Dejelloul) ou du travail domestique non rémunéré (Anna Safuta), à partir d'une enquête sur la mobilité spatiale des femmes dans les zones pré-urbaines d'Alger ou de Bruxelles, off rant une analyse sur l'hostilité masculine et le rôle du discours religieux dans la légitimation de cette violence.
    Matthieu de Nanteuil conclut le volume sur la question de la violence et de la sensibilité politique en mettant à jour la théorie de la démocratie radicale chez Judith Butler.
    Il sera donc question dans ce volume de penser la non-violence à partir d'une approche fondée sur la normalisation des corps, en réintroduisant le sujet de la vie comme interlocuteur critique du sujet de la norme en démocratie.

  • « En 1958, commentant le premier roman d'un jeune écrivain, Aragon écrivait dans Les Lettres françaises : « Je n'ai jamais rien demandé à ce que je lis que le vertige : merci à qui me fait me perdre, et il suffit d'une phrase, d'une de ces phrases où la tête part, où c'est une histoire qui vous prend. Aucune règle, ne préside à ce chancellement pour quoi je donnerais tout l'or du monde. » Il y a beaucoup de choses qu'on ne peut pas demander à l'oeuvre d'Aragon. Il y en a beaucoup qu'on ne peut accepter d'elle qu'avec la plus haute prudence. Mais, quant au vertige, il n'est que peu d'écrivains qui aient su le susciter avec tant d'excès et de virtuosité. Il y a, pour parler comme Aragon, un « perdre- pied » propre à cette oeuvre et qui lui confère son mouvement frénétique, l'arrache sans cesse à ce qu'elle est, la sauve en somme d'elle-même. » Romancier et essayiste, Philippe Forest a également contribué à l'édition des oeuvres complètes d'Aragon dans la Pléiade dont le dernier volume paraît cet automne aux éditions Gallimard. Vertige d'Aragon constitue le sixième « épisode » du « feuilleton critique » qu'il publie aux éditions Cécile Defaut sous le titre emprunté à Joyce d'Allaphbed. Il rassemble les textes qu'il a consacrés depuis une vingtaine d'années à l'auteur du Mentir-Vrai.

  • L'ouvrage réunit les textes théoriques de dix-neuf auteurs d'horizons divers (historiens de l'art, philosophes, littéraires) invités à mener une réfl exion en commun sur la façon dont la pensée philosophique peut imprégner le discours théorique des artistes majeurs de l'avant-garde russe. L'objectif central n'est certes pas d'amoindrir la portée de l'art en subordonnant celui-ci à la philosophie, ni non plus de l'amener dans le champ philosophique en lui assignant des buts similaires, mais bien plutôt de questionner le vocabulaire spécifi que qu'élaborent les artistes en lien avec un certain appareil conceptuel philosophique. Il est en eff et évident que des concepts comme « le spirituel », « l'abstrait », « l'infi ni », « la perfection », « la nature » ou d'autres encore sont fermement inscrits dans la tradition philosophique occidentale et ne peuvent en être si facilement détachés.
    Questionner les systèmes d'art et de pensée élaborés par Kandinsky, Malévitch et Filonov, et, au-delà, comprendre comment s'articulent les écrits et l'oeuvre peint : telle est l'ambition de cet ouvrage. Car c'est pour la première fois dans l'histoire de l'art que le discours d'artiste s'élève à un statut théorique d'une telle importance, au point de prétendre à la construction d'une véritable ontologie de l'art (doctrine de l'abstraction).

  • Les religions ont constitué le coeur de l'expérience humaine, la première forme d'organisation sociale et politique, une réponse aux mystères du monde et aux angoisses des hommes. Nous ne pouvons nous comprendre sans comprendre le religieux qui gît en nous, notre intelligence y est suspendue.
    Le rêve de l'immortalité de l'homme et de l'éternité du monde ne se conçoit que dans un univers stable et immuable où la caution divine est garante de l'ordre cosmique. Sitôt que cet ordre s'est fi ssuré, le monde devient instable, incertain, il chancelle, l'homme, avec. Ce vacillement a pour nom la modernité. Comment le christianisme, le judaïsme et l'islam furent-ils confrontés à cette modernité ? À quelles transformations anthropologiques a-t-on assisté ? Quelles ont été les arrêtes saillantes, les butées, les avancées dans le rapport à l'histoire et au politique ? Pourquoi la modernité s'est-elle imposée en Occident plus que partout ailleurs dans le monde ? Pour y répondre nous devons interroger les diff érentes déclinaisons du théologico politique mais aussi les avancées de la science de la philosophie et des sciences humaines de manière générale qui ont transformé notre appréhension du monde et de nous-même. Le passage de l'hétéronomie à l'autonomie, de l'incarnation à la représentation, de la verticalité à l'horizontalité des hommes, du passé vers l'avenir a inauguré une liberté nouvelle, une autonomie de penser inédite. Une conscience nouvelle s'impose : plus nous avançons, plus nous nous éloignons de nous-même, plus augmente notre mystère, notre complexité, notre incommensurable humanité. À l'inverse, plus l'homme fait du seul passé, son présent, plus il est vulnérable, plus il n'est que ce qu'il a été.

  • Ce roman vise à s'assurer que la littérature trouve aussi une place dans un genre - le voyage dans le temps - et sous une forme - texte en grands caractères, illustré - peu exploitée en dehors de la littérature pour la jeunesse.
    Un homme s'endort à Bruxelles en 2012 et se réveille en 1995, 17 ans plus tôt. Il découvre qu'il a toujours le même âge que « la veille » mais qu'il n'a jamais existé.
    Ni sa famille, ni sa femme, ni ses amis ne le connaissent. Sa fille, qui avait 18 ans en 2012, n'est donc jamais née. Sans argent, sans papiers, il part à la recherche de sa femme, âgée de 25 ans. À travers un quotidien bien réel - pas de célébrités - le personnage évoque sa propre culture des voyages dans le temps, et leurs poncifs, et mesure les changements intervenus en 17 ans.
    Max Silvermann, 45 ans, s'endort chez lui le 10 janvier 2012 et se réveille le 13 septembre 1995. Il a toujours le même âge et découvre avec angoisse qu'il n'a jamais existé pour personne, ni pour sa soeur, ni pour sa femme, Goria, qu'il se met en quête de retrouver alors qu'elle a vingt ans de moins que lui. Comment exister ? Que faire de son savoir sur le futur ? Comment subsister sans identité, sans argent, sans personne ? Comment, surtout, survivre au « deuil » de sa fille Pauline, 18 ans en 2012, jamais née en 1995 ? Le changement d'époque, du coup, est vécu sur un autre mode que celui d'usage dans les histoires de voyages dans le temps. C'est que l'époque n'a aucune importance.
    Un roman illustré, dont les images n'illustrent pas le texte.

  • Philippe Forest perd sa fille unique, Pauline, d'un cancer à l'âge de quatre ans. Alors universitaire, critique littéraire et critique d'art, spécialiste de littérature comparée et des avant-gardes françaises, et selon son propre aveu sans désir de roman, c'est pourtant sur ce terrain qu'il s'engage pour surmonter le cataclysme du deuil. Se décrivant en position de veuf inconsolable (car il n'y a pas de mot, dans la langue, pour dire celui ou celle qui perd son enfant), il construit une oeuvre romanesque qui suit pas à pas sa propre vie : L'enfant éternel, Toute la nuit, Sarinagara, Le nouvel amour, Le siècle des nuages. Dans la mémoire des oeuvres de Roland Barthes, Victor Hugo, Stéphane Mallarmé, James Barrie, William Faulkner, William Shakespeare, Fiodor Dostoïevski et encore Kobayashi Issa, Natsume Sôseki, Kenzaburô Ôé, il interroge sans relâche le " désastre d'exister " qui nous contraint à vivre - à aimer - dans la conscience de la mort.

  • Fin de l'histoire et fin de la métaphysique, fin de l'homme et fin de l'auteur.
    La hantise de la fin aura été celle de toute une époque, peut-être de toutes les époques.
    Deux philosophes, Jean-Luc Nancy et Federico Ferrari, issus de deux cultures, appartenant à deux générations, évoquent la question dans un texte en deux actes et à deux voix où, méditant sur la « fin des fins », la pensée interroge les conditions de son perpétuel passage et de son continuel recommencement.
    « Peut-être n'y a-t-il aucun commencement ni aucune fin, et toujours un entre-deux, toujours un passage, un milieu qui n'est pas un lieu mais un élément où ça flotte entre un début et une fin qui n'ont jamais lieu.
    Le commencement et la fin sont au milieu de tout, invisibles, rapides comme un double éclair obscur.
    Ni commencement ni fin n'existent. Ce sont chaque fois des artefacts, des projections d'un besoin de fixer des bornes, de tenir des points fixes. En réalité tout a toujours déjà commencé et tout continue toujours à finir. »

  • Réaliser le portrait d'une personne nue, réelle et identifiée, a intéressé les artistes dès l'Antiquité. Pourtant, l'histoire de l'art a peu étudié ces images singulières. Cet ouvrage invite à porter un regard inédit sur ce grand oublié, aucune monographie ne lui ayant jamais été consacrée auparavant. Il propose, de manière synthétique et documentée, l'analyse des principales expressions d'un motif inattendu et fascinant, des Grecs à l'époque contemporaine.
    Quels cadres ont permis l'émergence du portrait nu ? Pourquoi l'ouverture du portrait à la chair a-t-elle bouleversé la représentation ? mais aussi, comment la sexuation du nu a-t-elle structuré le portrait ? Et quelle place, dans cet espace, pour le corps de l'artiste ? Voilà les questions soulevées dans cet essai.

  • Pendant très longtemps, la relation soignant-soigné reposait sur une autorité médicale acceptée par tous. Aujourd'hui, la valorisation des principes de démocratie et d'égalité, la revendication d'une médecine respectueuse de l'autonomie du patient modifient en profondeur le contrat médical : le patient serait-il devenu un client (chirurgie esthétique, Gestation pour autrui, suicide assisté, etc.) et les soignants de simples prestataires de service ? si l'époque d'une médecine paternaliste semble désormais révolue, le respect absolu de l'autonomie du patient doit-il s'imposer comme le nouveau paradigme de la relation soignant-soigné ? mais aussi, quels sont les véritables critères de l'autonomie ? Le consentement d'un malade est-il toujours libre et éclairé ?
    Pour répondre aux nombreuses questions soulevées par ces bouleversements de la relation de soin, des chercheurs, des praticiens mais aussi des citoyens ont pris la parole. Qu'ils soient philosophes, juristes, médecins, accompagnants bénévoles ou patients, leur expertise et leur parcours donnent à ce livre toute sa force et son originalité.

  • Penser avec Fukushima

    Collectif

    Le mot avec est écrit en italiques parce qu'il prend ici la place d'un autre qu'on attendrait, mais qu'on doit s'interdire d'écrire, du moins tant qu'on n'a pas réfléchi à ce qu'il signifie désormais : après. L'ensemble d'événements rassemblés sous le nom de Fukushima n'a en effet pas achevé son déroulement, quoi que certaines voix intéressées essaient d'en dire, et c'est pourquoi après serait une erreur objective. Il n'y a pas, pour l'instant, d'après Fukushima, et au fond, l'alarme dont ce livre est aussi la traduction tient à ce détail sémantique d'importance majeure.
    Si la préposition après ne convient pas pour penser Fukushima, c'est qu'il n'y a pas d'« après-Fukushima », au sens où on pourrait passer à autre chose, « dépasser » Fukushima. Pourtant, il y a bel et un bien un monde - à décrire, à critiquer, mais aussi à construire et à accompagner - à partir de cette catastrophe et sous sa lumière.
    C'est ce que ces textes s'efforcent de mettre en place : venus d'horizons variés (littérature, philosophie, histoire de l'art, poésie, géographie), ils s'efforcent tous de penser après Fukushima si l'on veut, dans son ombre portée, contre Fukushima évidemment (dans ses effets mortifères), mais surtout avec Fukushima, c'est-à-dire en tenant compte de Fukushima, dans la proximité sans cesse renouvelée de ses problèmes et de ses ressources, de ses paysages et de ses habitants.

  • La dernière publication d'Henri Raynal, COSMOPHILIE. NOUVELLES LOCALES DU TOUT (2016) rappelle l'importance et l'opportunité de la parole littéraire et philosophique d'Henri Raynal.
    Sa pensée, luttant contre la réduction univoque du sens et de toute doxa, exerce contre les fastes du nihilisme une puissance que Breton eût dite « magnétique », fondée sur le sentiment de la dignité de notre condition, et de « l'honneur d'être ».
    En des temps de turbulences voire de détresse, l'auteur nous propose donc de porter haut une culture de la vie qui en passe par la richesse de l'étonnement, la réhabilitation des apparences, l'admiration de la réalité sensible et intelligible.
    L'émerveillement, loin d'être l'antithèse de l'attitude scientifi que, la fonde et la prolonge. À la gratitude pour la prodigalité du monde, répond la générosité du geste esthétique et poétique vécu comme témoignage en faveur de l'existence dans son immanence.
    Ce livre, à son tour, témoigne de la façon dont la sagesse d'Henri Raynal est saisie dans une écriture singulière, volontiers métaphorique et hyperbolique. Il fait rayonner cette pensée de la chance de vivre ; il fait résonner l'espoir de « retrouver l'océan ». Sa richesse vient de la diversité des approches suscitées par l'oeuvre d'Henri Raynal, à la fois essayiste, poète et critique d'art. La contribution d'auteurs issus de divers horizons - littéraires, philosophes, sociologues, artistes - permet de donner la mesure de l'oeuvre, et de rendre hommage, dans un geste de contre-don, à cet écrivain de l'honneur et de l'apostolat.

  • Au-delà de ce que nous connaissons déjà très bien, la mode japonisante de la fin du XIXe, qu'en a-t-il été du Japon dans l'art et la pensée en France tout au long du vingtième siècle ? En essayant d'écouter ce que certains artistes et penseurs de l'art (d'A Malraux à R Barthes ou J Roubaud) ont dit du Japon, en leur laissant la parole directement (de Cl Mouchard à M Ferrier, Ch Doumet ou Ph Forest), on essaie ici de répondre à cette question.
    Mais on verra également se dessiner au fil des réponses proposées un deuxième enjeu, celui du rapport avec l'étranger, qu'il soit relativement proche ou parfois tenant de l'extrême étranger. Rapport qui suppose un effort de compréhension, mais qui implique également sans cesse du malentendu et du contresens. Il ne faut pas pourtant lire trop rapidement ici une critique, bien au contraire : il y a, selon la formule de Proust reprise par Ph Forest, une " beauté du contresens ", ce qui signifie qu'il faut savoir accueillir l'incompréhension parfois comme ce qu'il y a de plus riche dans le rapport à l'étranger, comme ce qui ouvre à la chance de nouveau parcours de pensée.

  • De quelles douleurs, de quelles joies, de quelles nécessités, de quels combats font signe l'art de notre temps ? Telle est la question qui oriente cet essai à travers des chemins inattendus.
    Au départ cette phrase de Jacques Lacan : toute action représentée dans un tableau nous y apparaîtra comme une scène de bataille.
    Il y est question de la guerre - beaucoup -, du cynisme, du semblant et du réel, du théâtre, de Marcel Broodthaers et de bien d'autres artistes qui, chacun à leur manière, « déjouent le paradigme ».
    Construit comme un puzzle, ce livre est à lire selon le même mode.

  • Au tournant des années 1960, Pierre Bourdieu, Abdelmalek Sayad et les équipes d'enquêteurs réunies autour d'eux découvrent « en marchant » la sociologie. En articulant enquêtes par sondage et monographies, leur objectif est double. Comprendre les mécanismes sociaux de la domination mis en oeuvre par le système colonial et témoigner des conditions de vie des Algériens. Avec les armes de la science, ils s'engagent aux côtés des anticolonialistes.
    Ces années d'apprentissage et d'expérimentation éclairent la trajectoire intellectuelle de Sayad (1933-1998). Elles historicisent le passage de la critique de la sociologie coloniale à l'invention de la sociologie de l'émigrationimmigration (1973-1998).
    Au moment où les migrations internationales sont présentées comme un enjeu majeur et donnent lieu à controverses, il semble que la question mérite mieux que les discours du sens commun, médiatique et politique.
    Les travaux du sociologue qui, pendant près de vingt-cinq ans, a cherché à rendre raison des migrations de travail et de peuplement et, indissociablement, la compréhension de sa propre trajectoire - individuelle et collective - devraient éclairer utilement les polémiques relatives au phénomène migratoire, « fait social total ».
    Ce livre est publié avec le concours de l'Institut Français d'Oran et de l'Ambassade de France en Algérie.

  • L'influence de la pensée de Claude Lévi-Strauss sur l'oeuvre de Jacques Lacan n'est plus à démontrer. Quelques auteurs se sont déjà penchés sur la question, en mettant en rapport tantôt les sources directes qui ont inspiré Lacan dans sa définition formelle de l'inconscient freudien - qui doit tout à la notion de structure -, tantôt des indices plus hypothétiques, présents de manière éparse dans l'oeuvre du psychanalyste.
    Il y a ainsi une dette que Lacan reconnaît lui-même à plusieurs reprises, mais il y aurait également des références plus cachées, qui ne demandent qu'à être mises en lumière. On pourrait être ainsi tenté de d'avancer une lecture quasipsychanalytique - qui suppose un art d'écrire chez le psychanalyste - où la dette envers Lévi-Strauss serait à peine avouée, voire intentionnellement cachée. Dans cet ouvrage on suit une autre voie qui ne cultive aucune ambiguïté : Lacan a une dette envers Lévi-Strauss et elle passe par un exercice de formalisation très puissant qui va parfois bien au-delà des attentes (voire des souhaits) du même Lévi-Strauss, avec ce paradoxe que, souvent, le psychanalyste expliquerait et appliquerait mieux que l'ethnologue certaines de ses prémisses formelles. Ce travail se fonde sur des recherches que menées depuis plus de dix ans, aidé en cela par les manuscrits du Fond Lévi-Strauss de la Bibliothèque Nationale de France, ainsi que sur un échange écrit, bref mais précieux, avec Claude Lévi-Strauss.

  • Ce journal de lecture est une histoire de têtes.
    Celle de Mishima qui roule à terre quand il se donne publiquement la mort, après avoir terminé sa dernière oeuvre, La Mer de la fertilité. Le lecteur, en proie aux vertiges, y découvre des airs de famille, malgré l'étrangeté des personnages, de leurs réincarnations et changements de sexe. D'autres têtes reviennent à son insu, des caboches trouées qui sortent des tombeaux et défont peu à peu toutes les certitudes philosophiques.
    Le journal change de cap, au fil de ce tête-à-tête morbide avec les extases érotiques et sanglantes de Mishima.

  • Séduisants, providentiels, agaçants : les points de suspension laissent rarement indifférent. Mais que nous dit ce signe exactement ? Pourquoi l'emploie-t-on ? Depuis quand ? Et où ?
    Pourquoi faire le choix, curieux, de dire tout en ne disant pas ?
    En suivant la trace en trois points laissée dans l'écrit au fil des époques, cet essai propose un parcours littéraire et historique, dans une forme inédite : celle de la biographie d'un signe de ponctuation. Un signe en forme de mi-dire équivoque, transgressif, auquel on peut attribuer une valeur hautement réflexive, mettant en jeu la langue même : la latence.
    Depuis le théâtre français du xviie siècle jusqu'aux emplois les plus contemporains, dans la presse, les textos, l'ouvrage se veut une invitation à entrer dans la langue par une porte minuscule, pour mieux ouvrir, par ailleurs, sur les enjeux essentiels de notre rapport singulier au langage, aux autres et au monde.

  • « Nous ne comprenons rien à ce qui se passe car ce qui se passe est toujours le produit d'un passé fantôme et protéiforme. » C'est ce qui se trame dans les couloirs de l'hôtel Overlook, c'est ce qui se trame dans nos propres vies ; nous sommes encombrés de fantômes, d'approximatives connaissances de l'histoire, de faux-semblant. Nous bâtissons sur les sables instables de nos enfances et des existences qui nous ont précédés. Une grande part du passé porte un masque, il est réinventé, discontinu, souvent flou.
    Ce livre ne sera pas un livre sur les fantômes, sur le surnaturel. Il sera un livre sur ce qui hante, ce qui hante l'enfance, hante l'écriture. Il sera un livre sur ce que voit l'écrivain Jack Torrance dans les couloirs de l'hôtel Overlook. Certains pensent que les fantômes viennent du dehors, d'un au-delà de nos perceptions, je reste tristement persuadé qu'ils sont contenus à l'intérieur de nos crânes.
    Écrire sur Shining, c'est aussi partir à l'exploration de mes fantômes intimes, ceux qui me hantent, de texte en texte. Tous les sens de ce mot m'intéressent : l'apparition surnaturelle, le souvenir qui obsède la mémoire, la chimère, mais aussi la petite fiche qui -autrefois - marquait la place d'un livre manquant dans une bibliothèque. Shining est un livre fantôme, un livre que j'ai lu jeune. Il est inscrit dans le registre de ma bibliothèque mentale : me pencher de nouveau sur lui, c'est entrer dans la généalogie de mes lectures, faire le tri parmi ces fantômes de livres.

  • Tout au long de son oeuvre, Mallarmé a pensé cinq choses distinctes mais intimement liées: la poésie d'abord (à partir d'une réflexion approfondie sur le langage) ; la musique (dont il compara l'essence à celle des Lettres dans un essai célèbre, tout en étant un assidu des concerts et des opéras, comme il ressort de ses réflexions sur Wagner) ; le théâtre (il consacra aussi bien à l'Hamlet de Shakespeare qu'aux représentations et aux acteurs de la scène parisienne de nombreuses réflexions) ; la peinture (il fut l'admirateur et l'ami d'Édouard Manet dont il commenta en laudateur les expositions) ; la politique enfin (sur laquelle débouche, à propos de chaque art mentionné, une part de ses réflexions, non négligeable, mais trop souvent négligée par ses lecteurs).Les textes de Mallarmé dans ces cinq registres, ici rassemblés, aident à mieux entendre et apprécier sa poétique, mais ils valent aussi pour eux-mêmes, d'autant plus que certains sont peu connus ou ne furent pas publiés de son vivant. Il en est proposé une sélection précédée d'une introduction.

  • Le cogito amoureux

    Joël Gaubert

    Est-il possible et même souhaitable pour le cogito d'être réellement amoureux, si la rencontre et l'expérience amoureuses risquent de soumettre ses chères idées claires et distinctes à l'opacité et à la confusion des sentimentsoe mais que serait un cogito (c'est-à-dire chacun d'entre nous quand il s'essaie à penser la vie et sa vie) sans le regard aimant d'autrui dont il désire la reconnaissance et même la justification de sa propre existenceoe ne devient-il pas alors de plus en plus urgent de se le demander à notre époque de crise de la pensée et de l'action, en érotique comme en politique, allant jusqu'au nihilisme le plus profond et donc désespéréoe c'est dans une amicale conversation avec les anciens et les modernes, et à la croisée des principes de la philosophie et des révélations de la littérature, qu'une libre union de cogito et d'eros est ici recherchée.

  • « Nommer le lien entre une époque et les productions qu'elle suscite n'est pas chose simple, surtout lorsqu'on cherche à donner un nom au présent. Pourtant, cette désignation recèle des enjeux esthétiques et politiques majeurs.
    Certaines époques ont été nommées dans le temps où elles se vivaient. Dans l'histoire récente, ce fut particulièrement le cas de la modernité.
    Nous appartenons à un temps qui peine à trouver son nom et choisit, généralement, une désignation qui n'en est pas une : le contemporain. Elle n'en est pas une car le contemporain ne se suffit pas à lui seul - on est contemporain de « quelque chose » - et est voué à suivre sinon à subir la fugacité du temps. C'est à cette difficulté que le colloque « Qu'est-ce que le contemporain ? » aimerait se consacrer.
    Il aura une triple vocation : historique car il questionnera l'histoire et l'identité de ce concept ; géopolitique, car il en envisagera les divergences d'appréciations et les propositions selon les aires géographiques ; critique enfin, car il tentera d'analyser dans les productions et les subjectivités actuelles ce qui pourrait apparaître comme l'emblème de notre présent.» Histoire du contemporain et mémoire du présent Penser la création suppose de saisir son rapport au temps. La querelle des anciens et des modernes le disait déjà, cependant que la modernité, dans sa plus grande complexité a tenté, sous des acceptions souvent contradictoires de définir le lien qui unissait la pensée et les arts à leur présent. Durant cette période, le mot contemporain s'est glissé, parfois discrètement, parfois bruyamment au creux d'une riche terminologie esthétique pour tenter de proposer une pensée de cette coïncidence.
    Textes de : Michel Deguy, Philippe Forest, François Noudelmann, Martin Rueff, Suely Rolnik, Lionel Ruffel ; Dialogue : Pascal Quignard et Tiphaine Samoyault Géopolitique du contemporain Les bouleversements géopolitiques qui ont affecté le monde ces trente dernières années se sont répercutés dans le champ esthétique. Certaines catégories, au premier rang desquelles le moderne, sont ainsi apparues comme trop directement inscrites dans l'héritage européen et occidental pour affronter des enjeux esthétiques et politiques radicalement nouveaux. Les études postcoloniales, les études de genre ou les études culturelles ont ressenti la nécessité de penser les mutations de l'histoire récente grâce à des catégories plus souples et moins déterminées. La faiblesse sémantique du contemporain est alors devenue une force.
    Textes de : Bruce Bégout, Pascale Casanova, Luc Lang, Zahia Rahmani Quel contemporain aujourd'hui ?/ Actualité du contemporain.
    De cet aujourd'hui qui passe, quelles sont les formes artistiques ou les formes de pensées qui semblent être les emblèmes. Repère-t-on dans les pratiques artistiques et leur compréhension, au creux des subjectivités et des espaces qui les accueillent, des évolutions qui transforment notre temps en époque ?
    Dialogue avec Arno Bertina et Matthieu Larnaudie de la revue Inculte Interventions de Patricia Falguières et Elisabeth Lebovici, Christophe Wavelet.

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