Slawomir Mrozek

  • Des chocolats pour le directeur, comme son titre l'indique, est un petit cadeau à déguster : cet ensemble de courtes nouvelles, composées pour la plupart dans les années 1960, paraît à l'occasion des 90 ans de la naissance de Slawomir Mrozek. À l'origine, ces textes très brefs étaient destinés à être lus à la radio polonaise ; ils sont de la veine des meilleurs écrits humoristiques de l'auteur.
    Le personnage principal du recueil, le Président-Directeur- Général, est entouré de ses indispensables (et modestes) collaborateurs : le Chef de Service, le Comptable, le Magasinier, le Caissier, le Conseiller. Tout ce petit monde est très occupé à régler des problèmes inexistants, à inventer des stratagèmes ineptes et à respecter l'autorité du chef.
    /> L'humour ravageur de Mrozek n'épargne rien ni personne :
    L'individu livré à la bêtise, naviguant ferme dans un océan de faux-semblants et de lieux communs, affronte le milieu semé d'embûches de la Pologne du socialisme triomphant.
    Ces perles admirables de concision, où voisinent humour et satire, absurde et anxiété, sont toujours d'actualité et feront les délices des lecteurs d'aujourd'hui.

  • En 1962, ses nouvelles et dessins satiriques ont valu à Mro'ek une immense popularité. Les autorités de la Pologne communiste lui font les yeux doux et l'encouragent même à voyager. C'est alors qu'après six années d'interruption et l'autodafé de ses précédents cahiers, Mro¿ek reprend l'habitude de tenir son journal intime. Le lecteur y découvrira non seulement le laboratoire d'un grand auteur, mais aussi ses doutes, ses tourments, ses railleries, ses colères. C'est en Italie, en 1963, que Mro¿ek envisage l'exil. Il écrit Tango, l'une des pièces qui le feront connaître dans toute l'Europe occidentale. Il voyage d'une capitale à l'autre, au fil des représentations et se trouve à Paris, en août 1968, lorsque les armées du Pacte de Varsovie écrasent le Printemps de Prague. Par une lettre ouverte dans « Le Monde », Mro¿ek s'insurge et, dans la foulée, il demande l'asile politique à la France. Sa femme, l'artiste-peintre Maria Obremba tombe alors gravement malade. Elle mourra l'année suivante d'un cancer à Berlin-Ouest et c'est sur cette tragédie intime que s'achève le premier volume du journal.
    Miroir impitoyable, instrument d'investigation, de dissection de l'âme, ces pages relèvent du courage et de la nécessité : « J'écris pour vivre », note l'auteur.

  • Ce huitième volume des oeuvres complètes de Slawomir Mrozek regroupe trois pièces écrites dans les années quatre-vingt-dix, dont deux inédites en français.
    Slawomir Mrozek est considéré comme le maître de la forme courte. Ses pièces excellent dans la concision du style et dans l'art du raccourci narratif. Les Veuves (1992) et Les Révérends (1996) en fournissent un exemple. Le premier texte réunit six personnages presque anonymes dans le même café où leurs conversations en apparence absurdes tournent à la parodie de la séduction et aboutissent à un dénouement inattendu.
    Le texte des Révérends, écrit initialement en anglais, chose très rare chez Mrozek, confronte plusieurs personnages autour du problème du religieux, ou plutôt de ses signes apparents dans notre monde contemporain. Les pointes contre l'antisémitisme ou le féminisme virulent foisonnent. Ici aussi une situation banale et dérisoire débouche sur une chute finale cruelle et violente. Ecrit directement en français, L'Amour en Crimée (1992) se distingue des pièces précédentes par sa complexité, à la fois dramatique et scénique.
    Mrozek tente d'y représenter la quintessence de l'histoire de la Russie du XXe siècle. A trois époques successives : la Russie " tchekovienne " du début du siècle, le communisme des années vingt et la perestroïka de Gorbatchev, les amours et les passions se vivent à contre-courant de l'Histoire. Féru du jeu de pastiche, l'auteur compose une fresque riche en personnages hauts en couleur et à l'intrigue pleine de rebondissements.
    L'Amour en Crimée a été mis en scène par Jorge Lavelli en octobre 1994 au Théâtre de la Colline, à Paris. Avec ce volume, Slawomir Mrozek donne à apprécier ses dernières créations dramatiques qui, encore une fois, prouvent son talent et permettent de saisir les traits caractéristiques de l'oeuvre en plein développement, toujours placée sous le signe de la dérision et du sarcasme.

  • Ecrite en 1964 et publiée en polonais en 1977, cette pièce en trois actes de Stawomir Mrozek compte parmi les oeuvres les plus importantes du dramaturge polonais.
    Sur un ton burlesque si caractéristique du style de l'écrivain, elle aborde des questions graves et universelles sur la valeur et le rôle de la culture, sur le dévoiement des révolutions, sur les pièges du retour à la Nature trop souvent superficiel et démagogique.
    L'invasion du royaume par les Barbares réveille les espoirs du jeune Carlos, idéaliste révolté par le pouvoir démesuré du Couturier de la cour.
    Est-ce que les conquérants rustres aboliront la puissance manipulatrice de celui-ci ou, à leur tour, se laisseront-ils subjuguer par l'attrait de ses artifices ? Fable théâtrale, ce texte résonne comme un détournement du célèbre conte d'Andersen Les Habits du roi où la magie devient grimace et la leçon morale cède le pas à l'interrogation existentielle.

  • Slawomir Mrozek, est un satiriste doublé d'un poète. C'est cette double veine que développe ce livre, tel un condensé de l'oeuvre de l'écrivain. Ce recueil fait également la part belle à l'absurde. L'idée d'illustrer des thèmes, des sentiments, ou des idées par des nouvelles de Mrozek séduit d'emblée, car elle permet de reconnaître le caractère universel de la prose de l'auteur.
    Le thème du changement est ainsi éclairé par la nouvelle « Révolution », où le narrateur déplace ses meubles sans cesse en rationalisant la chose pour finalement les remettre à leur place initiale.
    L'anarchie est illustrée par la nouvelle «Thé ou café ». On y voit le protagoniste confronté à l'horrible situation du choix proposé par son hôtesse (prendrez-vous du thé ou du café oe). On imagine les profondeurs du désespoir où il est plongé.
    Le tourisme est décrit par la nouvelle «Le Vésuve ». Des strates successives de touristes figés dans la lave y sont découvertes par une équipe d'archéologues au pied du Vésuve, alors qu'à nouveau de la fumée s'échappe du cratère...
    Ces quelques exemples ne sont qu'un petit échantillon du talent de l'auteur. Le lecteur, partagé entre le désespoir et l'hilarité, et qui resterait sur sa faim aura toujours le loisir de poursuivre sa lecture en plongeant dans les oeuvres complètes de l'auteur.

  • Dessins

    Slawomir Mrozek

    Le livre Pendant plus de vingt ans, Mrozek a alimenté en dessins satiriques la presse polonaise, qui n'était pas alors la plus libre du monde. Les lecteurs de tous âges attendaient avec une impatience malicieuse ces bouffées d'oxygène pour l'esprit (que l'on obtient généralement en combinant l'intelligence avec l'humour). Édité à l'occasion de l'anniversaire de Slawomir Mrozek (qui fête ses quatre-vingts ans cet automne), le présent volume rassemble près d'une centaine de ses meilleurs dessins, les plus universels peut-être. Mrozek saisit les travers des nations et ceux de l'individu, éternellement bête et émouvant.
    On retrouvera avec plaisir les ingrédients de la force de frappe humoristique, satirique et philosophique de Mrozek : démontage des stéréotypes, rabotage en règle de toutes les langues de bois, les sociétés dérouillent et l'homme en prend pour son grade. À la simplicité redoutable de la satire écrite fait ici écho la sobriété non moins efficace du trait de crayon : rien de superflu, pas de fioritures.

  • Un singe qui endosse par facétie un uniforme de général est-il encore un singe ? Non, il devient général.
    Un général dépossédé dudit uniforme est-il encore un général ? Non, il devient un misérable être humain. Légers en apparence, mêlant le cocasse et le bizarre, les propos que tient ici Mrozek sous forme d' " anecdotes tirées de l'histoire la plus récente " évoquent la banalité de l'oppression, vécue sous toutes les latitudes, et illustrent une fois encore ce goût spontané de l'absurde, allègrement dévastateur des idéologies et de toutes les certitudes, qui a fait de lui l'égal de Gombrowicz et de Beckett.
    " La lecture de Mrozek est dangereuse : une fois que ses mots se sont insinués dans votre cerveau, vous êtes perdu, vous ne pouvez plus contempler et le monde et vous-même sans frémir. " Le Monde

  • Cette autobiographie du grand dramaturge polonais nous ramène au Journal d'un retour publié par Noir sur Blanc en 1996 qui relatait le retour de l'auteur dans sa ville natale de Cracovie depuis son exil mexicain. Balthasar commence par la période de 1996 à 2005 et la confrontation avec la Pologne libérale, puis remonte plus loin dans le temps et s'intéresse à l'enfance de Mrozek jusqu'à son exil en 1963. On y suit le chemin tortueux d'une destinée. Enfant pendant la guerre, il connaît l'occupation nazie, la libération, les années de privation, la construction de la république populaire. Son récit nous touche : élève timide, étudiant en architecture, journaliste, étudiant en art, caricaturiste pour un hebdo, collaborateur d'un cabaret, il ne compose sa première pièce de théâtre, la Police, qu'en 1958. Dés lors il a trouvé sa voie. L'honnêteté de l'auteur est évidente : il évoque ses années d'appartenance au parti communiste qu'il ne quittera qu'après ses premiers séjours à l'étranger. C'est en 1968 qu'il rompra avec la Pologne officielle suite à l'intervention à Prague des troupes du Pacte de Varsovie. Il ne nous cache rien de sa lutte pour regagner l'usage de la parole et de la langue polonaise, après l'attaque cérébrale qu'il subit en mai 2002, mais demeure fidèle à son image. Il reste le miroir de la Pologne dans lequel chacun se reconnaît, sans jamais tomber dans le pathos ou l'ennui.

    L'écriture de ce texte autobiographique est entreprise par Slawomir Mrozek atteint d'aphasie à des fins thérapeutiques suite à une attaque cérébrale en mai 2002. C'est pour lui l'occasion de livrer des réflexions intimes sur son identité et sur celle des personnes atteintes d'amnésie ou de la maladie d'Alzheimer. Son alter ego Balthazar lui permet de nous livrer sa vision toujours aussi intelligente et souvent désabusée du monde. Aujourd'hui l'auteur va bien et maîtrise à nouveau le polonais, l'anglais et le français. La thérapie par l'écriture a fonctionné.

  • Une cinquantaine de jeunes gens pauvres mangent des petits pains en écrivant des livres que les éditeurs et le public s'arrachent.
    Qui sont-ils ? Des écrivains de génie ? Non, des extraterrestres chargés de submerger la Terre de chefs-d'oeuvre si merveilleux qu'ils finiront par paralyser toutes les énergies créatrices.
    Sous le couvert de tels événements imaginaires, contés avec une grande dose d'humour noir, une pincée de fantastique et beaucoup d'originalité, Mrozek fait la satire des valeurs consacrées et des habitudes les plus mesquines.
    Il promène son regard de feux naïf sur le mode d'aujourd'hui, sur les vestiges de celui d'hier et nous sommes pris au jeu subtil de ses miroirs déformants. Tendre, burlesque ou froide, son ironie est toujours corrosive. Par son sens de l'absurde masquant une angoisse inquiète, son goût du grotesque et de l'étrangeté, il rappelle Beckett =, Gombrowicz ou Buzzati auxquels il a souvent été comparé.

  • Le neuvième volume des oeuvres complètes de Slawomir Mrozek présente les deux romans de l'écrivain, pour le moment unique dans sa carrière littéraire.
    Depuis le début des années soixante Mrozek s'est consacré entièrement au théâtre et à la nouvelle, délaissant les formes narratives plus longues. La vie de village de " L'été est court " (1955), les querelles entre le curé et le paysan le plus riche du hameau ne sont pas sans rappeler des scènes à la Don Camillo. La réalité polonaise des années cinquante s'y trouve parodiée à travers un mélange drolatique de conservatisme, de lieux communs nationaux, de prétendu progrès social, le tout déformé par la langue de bois et par l'idéologie du socialisme réel.
    Dans le second roman, " Toujours vers le sud " (1961), un anthropoïde sympathique et érudit - affublé, sûrement pas par hasard, du nom de Godot - traverse la Pologne en compagnie de trois adolescents. En caricaturant le roman d'aventures pour la jeunesse et en y ajoutant des dessins de sa main, Mrozek compose un semblant de bande dessinée, donnant ainsi une version rustre et mal dégrossie du genre " occidental " très à la mode mais inaccessible dans la Pologne de ces années-là.
    Si la forme pervertit d'une façon amusante le modèle, le récit lui-même n'hésite pas à ridiculiser la pseudo-industrialisation du pays, les snobismes littéraires et les provincialismes mesquins, les petits rêves du grand monde et de l'évasion. Voilà de l'excellent Mrozek, celui des débuts de sa carrière, intelligent, drôle et cinglant, comme d'habitude. Il divertit et fait toujours autant rire, sans jamais grossir le trait ni verser dans la caricature facile.

  • Le dixième volume des oeuvres complètes de Slawomir Mrozek, Nouvelles 3, donne à lire les premières nouvelles du grand dramaturge polonais.
    Il réunit trois recueils : L'Éléphant, Les Porte-Plume et Une souris dans l'armoire. L'Éléphant, publié en Pologne en 1958, marque les débuts littéraires fracassants de l'auteur et lui apporte succès populaire et reconnaissance de la critique. Il s'agit de textes courts, voire très courts, souvent extrêmement acerbes. Mrozek y dénonce avec brio l'imbécillité des politiques et l'impuissance des faibles.
    Il a su saisir avec justesse l'ambiance du pays et les états d'âme de ses compatriotes. La Pologne des années d'après-guerre était alors confrontée au quotidien, face au modèle stalinien importé, à un décalage aigu aggravé par les problèmes plus généralisés d'adaptation au progrès technologique. Dans Les Porte-Plume et Une souris dans l'armoire, écrits plus tard au cours des années soixante, on retrouve la dérision, les situations grotesques, l'absurdité de la bureaucratie communiste, l'humour noir à son summum, mais on glisse vers une problématique plus axée sur la condition humaine où la vie intérieure des personnages désorientés prend tout son sens et évolue parfois vers une dimension philosophique ou métaphysique.
    L'auteur s'intéresse au destin de l'individu broyé par une société inhumaine et qui se retrouve tout seul. Dans ces textes de jeunesse, Mrozek excelle déjà dans le maniement du langage. Il passe avec un égal bonheur de la parodie au sarcasme et nous enchante avec son sens saisissant du raccourci et sa façon inimitable de camper une situation et son dénouement en quelques phrases percutantes.

  • Le onzième volume des oeuvres complètes et premier volume des oeuvres diverses se compose de deux parties : le journal d'un retour au pays, commencé au mexique en avril 1996 et terminé à cracovie en septembre 1999, et brèves epîtres constitué de plus de quatre vingts textes publiés en feuilleton entre 1974 et 1982.
    En avril 1996, mrozek vit dans un domaine isolé du mexique quand, après trente-trois ans d'émigration, il prend la décision de retourner dans son pays natal, la pologne, et de consigner par écrit le journal de bord de ce retour. il analyse l'insécurité au mexique et s'interroge sur sa condition d'écrivain coupé de ses racines. il ne cache rien de ses raisons de quitter sa patrie d'adoption (tristesse, fatigue, peur), ni de ses impressions du pays retrouvé.
    Il insiste sur les nouvelles formes de la muflerie, de la technocratie, du manque de vision. son ironie est toujours mordante, son sens du comique et de l'absurde percutant. brèves epîtres donne en quelque sorte un panorama de la nature et de la condition humaine. passant subtilement du " je " au " vous " et au " nous ", il y souligne la fragilité de l'homme dans sa diversité. avec un remarquable sens de l'observation qui vous dénude l'âme dans ses moindres recoins, avec une perspicacité qui peut laisser pantois tant ses réflexions ont un caractère d'évidence : les caractères, les conventions sociales, le conformisme, l'homme aux prises avec ses sentiments, les temps de la vie, tout est également source d'interrogation, d'inquiétude ou de curiosité.
    Chaque titre est orné d'un dessin au trait épais, de la main de l'auteur, dont la simplicité fait à la fois sourire et réfléchir. bien souvent, le lecteur y revient après avoir lu le texte, frappé par sa justesse. le lecteur n'est jamais déçu, il rit. même s'il rit un peu jaune devant la triste et amère réalité de la nature humaine et de l'existence, le rire a ses vertus que mrozek connaît bien.

  • The Elephant (1957) is Slawomir Mrozek's award-winning collection of hilarious and unnerving short stories, satirising life in Poland under a totalitarian regime. The family of a wealthy lawyer keep a 'tamed progressive' as a pet; a zoo saves money for the workers by fashioning their elephant from rubber; a swan is dismissed from the municipal park for public drunkenness; and under the Writers' Association, literary critics are banished to the salt mines. In these tales of bureaucrats, officials and artists, Mrozek conjures perfectly a life of imagined crimes and absurd authority.

empty