Mohammed Marwan

  • Dans un contexte de durcissement pénal et d'accroissement de la population carcérale, la question du devenir à long terme des délinquants mérite un intérêt particulier. L'idée selon laquelle les expériences délinquantes sont transitoires semble aller de soi, sans que l'on sache vraiment quand, pourquoi et comment s'ordonne cette perte d'attraction des conduites transgressives. Jusqu'ici, les sciences sociales tout comme les praticiens, notamment dans le monde francophone, se sont focalisés sur les entrants et les persistants et ont ostensiblement ignoré les sortants de la délinquance. C'est pourtant un enjeu social et politique important qui mobilise, à des niveaux divers, des centaines de milliers de professionnels en France.
    Il y avait donc un vide académique à combler, un champ de recherche à défricher et ce premier ouvrage en langue française pose un premier jalon dans cette direction. Il regroupe les éclairages d'auteurs reconnus qui abordent les sorties de délinquance à travers l'analyse des expériences individuelles, des dynamiques sociétales et de l'action publique en croisant différentes disciplines et en articulant théories, méthodologies et données empiriques.

  • N'est pas communautariste qui croit. Cette notion renvoie à la fois à des formes d'entresoi supposés et des revendications collectives qualifiées de particularistes ou séparatistes. Ce livre démontre à partir d'enquêtes sociologiques fouillées que ces présupposés relèvent très largement du fantasme. Non seulement les minorités ethnoraciales et les musulmans en particulier - soupçonnés généralement de communautariste - ne présentent pas des formes de sociabilité plus endogames que d'autres groupes, mais les espaces les plus homogènes socialement sont ceux des dominants, les « ghettos de riches » étant marqués par des formes d'entre-soi discrets mais efficaces.
    En nous appuyant sur des études empiriques sur les liens sociaux, notamment les liens communautaires, nous montrerons que le label « communautariste » constitue avant tout un stigmate qui contraint très fortement les mobilisations des groupes minorisés en les disqualifiant via un soupçon d'illégitimité permanente qui nie leur citoyenneté. Nous insisterons sur l'exemple de la « communauté musulmane » qui n'existe ni en soi ni pour soi : elle est marquée par une forte fragmentation tout en étant façonnée par les discours stigmatisants et les jeux politiques locaux pour s'affilier des soutiens. Nous soulignerons enfin que les mobilisations collectives de la plupart des groupes accusés de communautarisme ne portent pas des demandes particularistes, mais d'abord des revendications d'égalité de droit et de traitement face aux discriminations qu'ils subissent.

  • Le phénomène des bandes est à la fois ancien et en constante mutation. La société change, les bandes aussi. Il y a un demi-siècle, leur ampleur et leur durée de vie étaient limitées par le service militaire et surtout par le plein emploi. L'école ne conditionnait pas autant les destins sociaux et les territoires ouvriers n'étaient pas imprégnés par le " bizness ". Aujourd'hui, le public des bandes, essentiellement masculin, se construit principalement dans trois scènes sociales : la famille, l'école et la rue. Trois univers liés entre eux, analysés de l'intérieur dans cet ouvrage, afin de comprendre la " pertinence " des bandes pour ceux qui les forment, la recomposition des liens sociaux qu'elles imposent et leur poids dans le quotidien de ceux qui les côtoient.
    Docteur en sociologie, Marwan Mohammed est chercheur au CNRS depuis 2009. Il a été enseignant à l'Université de Versailles Saint-Quentin et coordonne actuellement un séminaire sur les déviances et les formes de contrôle social et pénal au Centre Maurice Halbwachs (CNRS-ENS-EHESS). Il intervient également dans de nombreuses universités, auprès d'élus et de professionnels de l'intervention sociale et du monde judiciaire. Il a par ailleurs co-écrit et contribué à la réalisation du film documentaire La tentation de l'émeute qui a été diffusé sur ARTE.

  • Alors que l'hostilité à l'encontre des musulmans se traduit presque quotidiennement par des discours stigmatisants, des pratiques discriminatoires ou des agressions physiques, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed font ici oeuvre salutaire : ils expliquent comment l'islam a peu à peu été construit comme un « problème » et comment l'islamophobie est devenue l'arme favorite d'un racisme qui ne dit pas son nom.
    Ce livre propose un bilan critique des recherches menées, en France et à l'étranger, sur ce phénomène. Faisant le point sur les débats autour du concept d'islamophobie, il offre une description rigoureuse des discours et actes islamophobes, en les inscrivant dans l'histoire longue du racisme colonial et dans leur articulation avec l'antisémitisme. En insistant sur l'importance des stratégies des acteurs, les auteurs décortiquent le processus d'altérisation des « musulmans » qui, expliquant la réalité sociale par le facteur religieux, se diffuse dans les médias et ailleurs. Ils analysent enfin la réception du discours islamophobe par les musulmans et les formes de contestation de l'islamophobie par l'action collective et la mobilisation du droit antidiscrimination.

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