Michel Collot

  • André du Bouchet est l'un des poètes français les plus singuliers et les plus marquants de la seconde moitié du XXe siècle. Michel Collot explore ici les principales étapes de son itinéraire poétique et les divers aspects de son oeuvre. Il l'a placée sous le signe d'une "? écriture en marche ? ", étroitement liée à un parcours de l'espace, que révèle le travail des carnets, à une pratique singulière de la traduction, et au dialogue avec des poètes admirés comme Hölderlin, Reverdy, ou Celan.
    Il interroge ensuite le rapport qu'André du Bouchet a entretenu de longue date avec la peinture, notamment avec celles de Giacometti et de Tal Coat ? : elle a puissamment contribué à infléchir son écriture et sa relation au monde, en le rendant particulièrement attentif à la matière des mots et des choses et à la mise en page de ses textes. Dans sa poésie, l'expérimentation formelle est inséparable de l'expérience sensible.
    Michel Collot montre comment cette double visée se décline selon des modalités diverses, en fonction des différents genres pratiqués par André du Bouchet, comme le recueil de poèmes, le "? livre d'artiste ? " ou la prose fragmentaire. Dans ce parcours d'une oeuvre difficile, qui déroute parfois le lecteur, Michel Collot s'est efforcé d'en restituer la complexité de la façon la plus claire possible, sans pour autant la simplifier mais en évitant de redoubler l'obscurité nécessaire à la poésie par un commentaire inutilement abscons.
    Cette monographie, appuyée sur des documents inédits et des analyses précises des textes, est aussi animée par un propos et une écriture personnels, sous-tendue par un dialogue fécond entre l'oeuvre d'André du Bouchet et la conception de la poésie propre à Michel Collot. Dans sa postface il raconte comment cet échange s'est instauré à partir de ses lectures, s'est enrichi grâce à ses rencontres avec le poète et s'est poursuivi à travers les aléas de l'existence.

  • Pour essayer d'y voir un peu plus clair dans le paysage brouillé de la poésie française contemporaine, Michel Collot en retrace l'évolution depuis 1960, en dégageant ses principales étapes et les diverses tendances qui l'animent. Pour compléter ou corriger l'image, souvent partielle et partiale, qui en est donnée, il met notamment l'accent sur celles qui, depuis les années 1980, ont contribué à « rouvrir l'horizon » de la poé- sie française et francophone : le renouveau du lyrisme, une plus large ouverture au monde, et la recherche d'une « nouvelle oralité », qui concourent à faire réentendre le chant du monde.
    Après deux décennies marquées / dominées par le textualisme et le formalisme, les années 1980 ont vu l'émergence d'un « nouveau lyrisme » qui ne se limite pas à l'expression du sentiment personnel mais s'accompagne d'une plus large ouverture au monde et de nouvelles formes d'oralité qui renouent avec le chant, longtemps proscrit de la scène poétique française. « Il y a encore des chants à chanter », écrivait Paul Celan, confronté aux tragédies de son siècle ; harmonieux ou dissonants, ils font entendre aujourd'hui.
    À ces diverses tendances correspondent autant de façons différentes d'aborder les rapports entre la poésie et la nature, l'écriture et les lieux / le langage et l'espace, la lettre et le sens, le vers et la prose. Michel Collot analyse les formes singulières et les enjeux multiples qu'elles revêtent dans quelques oeuvres marquantes du dernier demi-siècle : celles de Bernard Noël, Michel Deguy, Jean-Paul Michel, Lionel Ray, Jean- Claude Pinson, Antoine Emaz, Philippe Jaccottet, Pierre Chappuis, François Cheng, et André Velter.

  • Depuis une vingtaine d'années, on a vu se multiplier les travaux consacrés à l'inscription de la littérature dans l'espace et/ou à la représentation des lieux dans les textes littéraires. Cet intérêt pour les questions de géographie littéraire se situe dans le contexte du « tournant spatial » qu'ont connu les sciences humaines et sociales, mais aussi dans l'évolution des genres littéraires, caractérisée par une spatialisation croissante des formes poétiques et narratives (poésie spatiale, récits d'espace.), et dans le développement de pratiques artistiques liées au site (Land Art, performance...).
    En proposant dans la première partie de cet ouvrage un panorama de ces travaux, Michel Collot, s'emploie à en définir les principales orientations, en distinguant approches géographiques, « géocritiques » et « géopoétiques », sans renoncer pour autant à les articuler pour constituer une véritable « géographie littéraire » capable de rendre compte des différentes dimensions de l'espace littéraire : la référence à des lieux réels, la construction d'un « univers imaginaire» ou d'un « paysage » et la spatialité propre au texte.
    Il formule quelques propositions sur leur place et leur signification respectives, qu'il illustre dans la seconde partie de l'ouvrage par une série d'études situées à diverses échelles : celle de la production littéraire d'un continent à une époque donnée (l'Afrique noire postcoloniale), celle de l'oeuvre complète d'un auteur (Supervielle, Butor, Silvia Baron Supervielle, Pierre-Yves Soucy), celle d'un ouvrage particulier (de Claude Simon ou de Jean-Christophe Bailly), voire celle d'un ou deux extraits significatifs (Barbey d'Aurevilly). Pour explorer les multiples voies qu'une géographie littéraire est susceptible d'emprunter, il a tenu à la confronter à des genres divers : roman, nouvelle, poésie et récit de voyage, chacun d'eux appelant une approche différente. Les oeuvres retenues s'étendent sur une période qui va du milieu du XIXe siècle à l'époque contemporaine et elles permettront aussi bien de s'arrêter dans une région comme le Cotentin que de voyager de l'Europe à l'Amérique, en Afrique ou en Australie. Mais on s'apercevra qu'importe moins la localisation des contrées évoquées que les structures spatiales qui leur confère une valeur et une signification et le rapport que chaque auteur entretient avec elles à travers l'image et la forme qu'il leur donne.

  • L'intérêt croissant qui se manifeste depuis quelques années en France et en Europe pour le paysage n'est pas seulement une mode ni même un «phénomène de société», mais un véritable fait de civilisation, qui correspond à une évolution profonde des mentalités. Il s'oppose à l'attitude qui a longtemps prévalu après la Seconde Guerre mondiale dans l'aménagement des villes et du territoire, et qui tendait à faire table rase du contexte historique, social, culturel et naturel dans lequel s'inséraient les constructions et infrastructures nouvelles. Or cette abstraction, caractéristique du «mouvement moderne», est l'aboutissement d'un type de rationalité qui repose sur l'opposition du sensible et de l'intelligible, de la chose pensante et de la chose étendue. Si l'homme a pu ainsi, grâce à l'essor des sciences et des techniques, conquérir la maîtrise de son environnement, ce n'est pas sans en altérer les équilibres fondamentaux ni se priver des apports de l'expérience sensible.
    Nous éprouvons aujourd'hui le besoin de renouer avec l'un et l'autre. Or cela suppose de réformer non seulement nos manières de faire et de vivre, mais notre façon de penser, et, dans cette perspective, le paysage est aussi un enjeu stratégique. Il n'est pas seulement un terrain d'action ni un objet d'étude : il donne à penser, et à penser autrement. Il nous propose, entre autres choses, un modèle pour l'invention d'une nouvelle forme de rationalité, que Michel Collot propose ici d'appeler la pensée-paysage, et qu'il tente de définir et d'illustrer à travers ses expressions philosophiques, artistiques et littéraires contemporaines, en faisant dialoguer notamment poésie et phénoménologie, Orient et Occident, plasticiens et écrivains, tradition et modernité.

  • A quelle alliance devons-nous d'être jusqu'aux replis les plus secrets de notre chair irrigués d'air.
    Michel Collot.

  • Les enjeux du paysage

    Michel Collot

    • Ousia
    • 18 Août 1998
  • Le Corps cosmos Le corps est l'un des objets fétiches de la modernité ; son culte est devenu un lieu commun de notre culture, de masse comme d'avant-garde.
    Mais, sous les apparences de ce consensus, il inspire à ses zélateurs des démarches très différentes, révélatrices des options divergentes voire opposées qui divisent la création et la pensée contemporaines. Il occupe une place centrale dans la poésie moderne, où l'on voit se dessiner une ligne de partage entre deux tendances rivales. La première dresse le corps contre l'esprit, et se place volontiers sous le signe de l'insensé et de l'immonde, par refus de la beauté, mais aussi du monde.
    L'autre fait du corps un carrefour entre la matière et l'esprit, la conscience et le cosmos, le signifiant et la signification. A l'image d'un corps déchu ou dégradé, souvent exhibé sur le devant de la scène contemporaine, Michel Collot oppose, en s'appuyant sur quelques oeuvres exemplaires et sur sa propre pratique poétique, la vision d'un corps cosmos, où l'esprit s'incarne dans une chair qui est à la fois celle du sujet, celle du monde et celle des mots.

  • Cet ouvrage réunit une quinzaine d'études qui revisitent quelques grandes oeuvres représentatives d'une modernité poétique placée sous le signe de l'altérité. De Baudelaire à  Ponge, il fait une place égale aux trois composantes essentielles de toute poésie : sujet, monde et langage.

  • Une meilleure connaissance des textes et de la carrière de Nerval a conduit la critique à mettre l'accent sur leur ancrage dans le contexte littéraire, social et politique de son époque ; mais cette attention au réel a toujours subi l'influence et la concurrence d'un imaginaire dont l'emprise s'est accentuée dans ses dernières oeuvres et dont il convient de réévaluer le rôle déterminant. Une lecture psychanalytique y décèle l'empreinte d'une structure psychotique contre laquelle Nerval a dû lutter toute sa vie, mais dont il a su faire une ressource paradoxale et la source d'une écriture singulière, frayant à la littérature des voies nouvelles que notre modernité n'a pas fini d'explorer.

  • L'émotion n'est pas un état purement intérieur, mais un mouvement de l'âme et du corps qui fait sortir de soi le sujet qui l'éprouve. Elle pousse à écrire, car elle ne peut s'exprimer qu'en s'incarnant dans la chair du monde et des mots : un aphorisme de René Char fait du poème une « matière-émotion ». En traçant un trait d'union fulgurant entre le plus « objectif » et le plus « subjectif », cette formule nous invite à nous affranchir d'une pensée dualiste et à dépasser les clivages qui figent encore trop souvent le débat contemporain sur la poésie, opposant les tenants d'un « nouveau lyrisme » à ceux de l'« objectivisme », du « littéralisme » ou du « matérialisme ». Michel Collot tente ici d'échapper à cette fausse alternative, en montrant comment dans l'alchimie du verbe entrent en fusion et en interaction le moi, le monde et les mots. Il interroge notamment les oeuvres de Reverdy, Supervielle, Michaux, Ponge, Senghor, Dupin, Gaspar et Bernard Noël, à la lumière de la poétique, de la thématique, de la psychanalyse et de la génétique. L'étude des manuscrits complète celle des textes : elle permet de surprendre l'inscription de l'émotion dans la matière même de l'encre et du papier, et dans le geste de l'écriture.

  • «L'on ne me connaîtra que par mes panoplies» notait Ponge en 1928. Et de fait, on n'a souvent vu en lui que le collectionneur d'objets, l'amateur de vocables, sans s'aviser que, dans ses descriptions les plus objectives, ses jeux de mots les plus gratuits, il mettait en jeu sa vie et son «je». C'est cette présence de Francis Ponge que Michel Collot a voulu surprendre dans ses textes, en suivant de près leur chronologie, pour montrer comment le parti pris des choses tente de parer au drame de l'expression, en lançant un nouveau défi au langage.

  • Si j'ai choisi de consacrer la première des Rencontres sur la Poesie Moderne à l'oeuvre d'André du Bouchet, c'est qu'elle est une des plus importantes de notre temps, mais aussi l'une des plus secrètes, si bien qu'elle commence tout juste à être reconnue comme elle le mérite : le lendemain du colloque, André du Bouchet recevait le prix national de la Poésie. Cette oeuvre éminemment solitaire, qui s´est élaborée à l´écart des modes littéraires, rencontre aujourd´hui un écho grandissant auprès de tous ceux qui s´intéressent à la poésie. De ce rayonnement témoigne la diversité des personnalités, venues de multiples horizons géographiques et intellectuels, qui se sont réunies pendant trois jours « autour d´André du Bouchet » à I´Ecole Normale Supérieure. Dans ce lieu propice aux échanges entre connaissance, culture et création, la vocation de ces Rencontres est de favoriser une fructueuse confrontation entre les points de vue différents, mais selon moi complémentaires, que peuvent avoir sur la poésie moderne ceux qui l´écrivent, ceux qui la lisent, et ceux qui la font lire. La poésie contemporaine ne saurait être en effet le monopole d´aucun savoir. Son originalité échappe à l´emprise d´un langage unitaire et totalitaire. Parce qu´elle est affrontement du langage à son dehors, à son Autre, elle est foncièrement réfractaire à la tautologie d´un discours spécialisé. C´est pourquoi j´ai cherché à réunir, pour parler de cette oeuvre située elle-même à la croisée des langages, non seulement des universitaires de divers pays et de différentes disciplines (francisants, germanistes, philosophes, italianisants), mais aussi des « hommes de l´art » : des poètes, des critiques d´art et de littérature, un architecte. Ils parlent des langages différents, et l´on aurait pu croire qu´ils n´étaient pas faits pour s´entendre. J´ai pensé au contraire qu´un dialogue pourrait s´instituer entre eux, et qu´à travers la diversité de ces langages, ce qui différencie la poésie de tout autre langage aurait plus de chance d´être entendu qu´au sein d´un discours monologique. Michel COLLOT

  • Espace et poésie

    Michel Collot

    Pourquoi poésie et poétique ont-elles recours à l'espace pour ressaisir l'essence des phénomènes linguistiques? S'agit-il d'une simple projection, ou faut-il prendre au sérieux la nécessité qui unit l'espace de la poésie et la poétique de l'espace ? Poètes, critiques, philosophes et psychanalystes se sont réunis pour tenter de répondre à ces questions.

  • Horizon de reverdy

    Michel Collot

    Partant d'une définition de l'horizon comme inscription de l'altérité dans l'espace, Michel Collot analyse les différentes significations que l'oeuvre de Reverdy confère à cette altérité, grâce à l'interprétation psychanalytique des images liées à la scène crépusculaire, à l'explicitation de quelques symboles religieux familiers au poète et à une description phénoménologique des confins de son « paysage ».

  • Paysage et poesie

    Michel Collot

    • Corti
    • 15 Avril 2005

    Le paysage est devenu, depuis le romantisme, un thème poétique majeur, qui a contribué à déplacer les frontières entre les genres ; s'il trouve dans la poésie lyrique son expression privilégiée, sa description a contribué à l'émergence d'une "prose poétique" et elle tient une place essentielle dans l'économie des "romans-poèmes". Mais il a confronté aussi l'écriture à ses limites, faisant éclater la syntaxe et la versification, obligeant le poète, comme l'artiste moderne, à inventer des formes nouvelles.
    C'est l'histoire de ces métamorphoses du paysage poétique que Michel Collot retrace ici, en les replaçant dans leur contexte social, intellectuel et culturel et en les confrontant à l'évolution des arts plastiques. Pour compléter ce parcours qui va du romantisme à nos jours, et illustrer la spécificité d'un art poétique du paysage, il propose ensuite une approche plus détaillée de quelques oeuvres exemplaires, nous donnant à relire d'un autre point de vue Hugo, Cendrars, Ponge, Char, Gracq, Duras, Frénaud, Jaccottet, Chappuis, Glissant, Deguy, Roubaud et Sacré.
    Il montre comment chacun de ses auteurs, partant d'une expérience commune, la recrée pour créer son paysage, en réinventant la langue et les formes poétiques pour exprimer à la fois le plus intime de lui- même et une nouvelle vision du monde. À une époque où la poésie tend à s'isoler, l'écriture du paysage permet de renouer "la relation lyrique", au sein de laquelle le moi, le monde et les mots, sans jamais se fondre ni se confondre,
    échangent leurs différences et "une réciprocité de preuves".

  • La collection " Écriture " dirigée par Béatrice Didier, professeur à l'École normale supérieure - Ulm, publie des essais sur divers problèmes théoriques concernant la littérature au sens large, témoignant de différentes sensibilités et approches du monde littéraire.

  • Véritable guide en matière de transport et de logistique à l'international. Idéal pour développer son activité et répondre aux enjeux de l'international Un panorama complet du transport et de la logistique à l'international, illustré d'exemples, de conseils, de dessins et de documents, décrivant de façon concrète :
    Les implications commerciales, logistiques et administratives du transport pour une entreprise, les moyens d'optimisation des opérations de transport, les spécificités propres à chaque mode de transport.
    Une édition augmentée avec plus de 100 pages supplémentaires Cet ouvrage est un outil indispensable pour choisir la solution transport adaptée à vos besoins, quel que soit le contexte de l'entreprise, à l'import comme à l'export...

  • Points d'observation

    Michel Colot

    • Persee
    • 7 Mars 2018

    Des textes poétiques qui séduisent par la richesse des thèmes abordés, ainsi que par leur musicalité et leur puissance, accompagnés tout en finesse par des esquisses qui s'égrainent au gré des textes.
    L'auteur se tient volontiers dans l'ombre, laissant plutôt le texte agir directement ainsi que les espaces libres qu'il comporte. L'ensemble transmet ce que l'auteur a pu voir, a vécu, pensé, ressenti, dans des limites qui restent volontairement floues, car définir peut déclencher la destruction de ce qu'on aimerait justement décrire ou dépeindre.
    Dans ces amalgames d'existences, de personnes, de lieux, de moments et de styles, il peut s'opérer une compression ou, à l'inverse, une dilatation du temps, dans des artefacts proches du dadaïsme et du surréalisme. L'observateur qui se promène entre les textes oscille à la frontière de la conscience lucide et de la réalité instantanée suggérée.
    Michel Colot a de la chance :
    Chance d'avoir pu croiser plusieurs cultures.
    Chance d'avoir pu croiser plusieurs domaines des sciences, des techniques, de l'art.
    Chance d'avoir pu habiter le microcosme de plusieurs maisons souvent situées sur une plaine bordée de montagnes au lointain...

empty