Michel Agier

  • « Les quelques mois de la pandémie de 2020 ont-ils changé le cours de l'histoire du présent ? De l'événement sans fin on est passé à la quotidienneté de l'anormal, à l'inquiétude permanente, puis à la nécessité d'apprendre à vivre dans l'incertitude.

    Ce petit livre est un exercice : celui d'un anthropologue dont le terrain d'observation a semblé se dérober avant de réapparaître sous un tout autre jour et qui a décidé de faire état, patiemment, du changement qui s'est opéré, pour éviter de le laisser se perdre dans les oubliettes de l'histoire.

    Il y a deux moments dans cette écriture, et deux parties dans le livre. L'une consiste à porter un regard à la fois présent et décalé sur le temps de l'événement, comme le ferait l'anthropologue sur n'importe quel événement. L'autre étape est plus systématiquement réflexive et s'éloigne du terrain pour interroger les grandes questions que cet événement nous a laissées et qui sont apparues au fil de l'enquête qui la précède. Ni un journal de « vie confinée », ni une analyse définitive et surplombante du « monde d'après », ce livre est plus simple et plus risqué, c'est une tentative d'anthropologie du monde contemporain et de ses désordres.

    L'exercice a l'avantage de montrer que les questions des chercheurs en sciences sociales ne tombent pas du ciel pur des idées, ni ne sortent (seulement) de tours d'ivoire pleines de livres, mais viennent de leur existence réelle, vécue comme observateurs, comme citoyens, comme habitants, voisins ou travailleurs, et aussi, l'avait-on oublié que cela nous est revenu brutalement en pleine face, comme corps parmi d'autres millions de corps. »

  • Le besoin d'empathie n'a jamais été aussi grand, à hauteur de la réponse nécessaire à la peur de l'autre et aux appels à son rejet, dans les urnes tout comme dans la rue. Ce que peut en dire l'anthropologue (ou l'ethnologue, c'est-à-dire l'anthropologue lorsqu'il mène ses enquêtes de terrain) n'est pas de l'ordre du jugement, de l'indignation ou de la compassion. C'est le récit d'une expérience : le monde vu depuis le lieu qu'occupent celles et ceux que Michel Agier rencontre, sur son « terrain ».
    Tout commence donc par la décision d'une rencontre, puis d'un échange et enfin d'une description du monde sans début ni fin, comme un exercice à la fois utile, permanent et accessible à toutes et tous. Tout ce qu'il peut comprendre, le savoir qu'il peut produire et transmettre, l'anthropologue le doit à l'histoire renouvelée d'une rencontre et d'une relation qui s'établit avec le monde qu'il découvre. Une relation qui, par méthode, le conduit vers l'empathie, seul moyen d'échapper aux préjugés et aux idées reçues.

  • La condition d'étranger est appelée à se répandre. Mais la mobilité que l'on se plaît à célébrer se heurte aux frontières que les États-nations dressent face aux « migrants », traités en ennemis plutôt qu'en hôtes.
    Mis en demeure de pallier l'hostilité de leurs gouvernants, beaucoup de citoyens se sont retrouvés acculés à faire quelque chose : accueillir, nourrir ou transporter des voyageurs en détresse. Ils ont ainsi réveillé une vieille tradition anthropologique qui semblait endormie, celle de l'hospitalité. Cette façon d'entrer en politique par la petite porte de chez soi qu'on ouvre montre toutefois ses limites. Chaque hébergement est une goutte d'eau dans l'océan de l'errance globale et la faveur dont procèdent de tels gestes ne saurait durablement faire office de sauf-conduit.
    Michel Agier nous invite à repenser l'hospitalité au prisme de l'anthropologie, de la philosophie et de l'histoire. S'il en souligne les ambiguïtés, il révèle aussi sa capacité à déranger l'imaginaire national. Car l'étranger qui vient nous demande de penser autrement la place de chacun et chacune dans le monde.

  • Entre la peur et la compassion, entre le besoin de sécurité, de limites et de frontières d'une part, et le sentiment d'un devoir de sauvetage des victimes d'un monde chaotique d'autre part, y a-t-il place pour un principe partagé, universel, qui ferait des migrants, plutôt qu'un problème, une cause pour tous, au sens d'une épreuve qui nous tire en avant, vers la compréhension et le désir d'un monde commun ?

  • La jungle de Calais

    Michel Agier

    • Puf
    • 24 Mars 2018

    D'avril 2015 à octobre 2016, jusqu'à dix mille migrants ont vécu dans des conditions extrêmement précaires au sein de la « Jungle » de Calais, suscitant autant de passions, de polémiques et de peurs que de solidarités. Michel Agier, reconnu internationalement pour ses travaux sur les migrants et les réfugiés dans le monde, a réuni des personnalités multiples (sociologues, architecte, associatif...) pour fournir les clés de compréhension de l'événement Calais - un objet politique, médiatique et symbolique inédit. Car toutes les indignations dont la Jungle a été l'objet, toutes les violences physiques et morales contre ses habitants et toutes les solidarités qui l'ont aidée à tenir forment un « concentré » de questions qui traversent aujourd'hui le monde aux prises avec la mobilité : comment se définit un « nous » local, national et européen face aux « autres » et à soi-même ? Comment peut-on - ou non - réinventer l'hospitalité à partir des camps ? Quel avenir s'invente dans ces lieux de mise à l'écart et d'exception qui finissent par ressembler à des occupations et à de nouveaux espaces politiques ?

  • Au moment où la ville se défait et disparaît dans de vastes conurbations sans bornes, le regard anthropologique est plus nécessaire que jamais pour retrouver, sans préjugé ni modèle a priori, les genèses et les processus qui recréent l'espace partagé de la ville. L'anthropologue Michel Agier défend et décrit une approche situationnelle et dynamique prolongeant les trois traditions d'enquête urbaine de l'Ecole de Chicago, de l'Ecole de Manchester et de l'anthropologie française du contemporain.
    La réflexion se fonde sur des ethnographies urbaines mises en oeuvre depuis plusieurs années dans les quartiers périphériques, les «favelas» et les campements en Afrique noire, au Brésil, en Colombie, au Proche-Orient et en Europe. L'ethnographie urbaine et réflexive permet de repenser la ville à partir des citadins et des logiques sociales, politiques et culturelles qui la font naître et se transformer.
    La question du faire-ville est ainsi au centre de la réflexion. Elle débouche sur une relecture actuelle, une mise en oeuvre et un dépassement du «droit à la ville» comme mythe et parole politique.

  • Un long moment d'incertitude s'est installé dans le monde. Les vies précaires durent plus longtemps et l'on s'y habitue ; le " kit d'urgence ", et plus généralement les matérialités provisoires et démontables ont pénétré l'architecture, l'industrie et l'art ; les mobilités, qu'elles soient urbaines ou planétaires, sont plus nombreuses, plus massives et parcourent les villes et la planète sans direction unique ou définitive, sans ancrage fixe. Le regard sur le monde change aussi, les incertitudes intellectuelles accompagnent logiquement la fragilisation du monde... À cette incertitude généralisée répond un idéal de " gouvernance " mondiale favorisant les fragmentations et créant un dispositif de mondes étanches où s'exerce le contrôle et où l'adhésion au système est sans cesse recherchée.
    Dans ce dispositif, chacun est renvoyé à une identité prétendument essentielle, authentique et " vraie ". Ces assignations identitaires sont centrales aujourd'hui dans le monde. Elles font parfois appel à l'anthropologie, dans ses versions les plus culturalistes et différentialistes, aux fins de séparations et de rejets. Mais le même discours rejette aussi tous ceux qui, reprenant et transformant les langages mêmes qui les ont confinés dans les marges (" Roms ", " Noirs ", " réfugiés " ou " sans-papiers "), réclament ou imposent leur présence-au-monde, parce que ce monde est à la fois plus accessible et plus fermé que jamais.
    Dans ce livre, Michel Agier veut rendre compte de cette dynamique paradoxale et la comprendre, sans jugement de surplomb. Sa réflexion invite le lecteur à reconsidérer les sens et les usages de la frontière, conçue ici comme ce qui nous fait humains en instituant la place et l'existence sociale de chacun tout en reconnaissant celles des autres. Lieu de passage, la frontière est instable, mouvante, sans cesse négociée. Le mur est son contraire, il est à la frontière ce que l'essentialisme identitaire est à l'altérité.
    En plaidant pour la validité de l'approche anthropologique, Michel Agier cherche ici à dépasser le piège identitaire, à montrer que d'autres mots, d'autres manières de penser, sont possibles. Réapprendre à passer les frontières où se trouve l'autre, à les reconnaître et à les fréquenter, est devenu l'un des enjeux majeurs de notre temps.

  • A la naissance de tout ghetto il y a un refuge. Lieu d'une mise à l'écart, d'un abri dans un contexte hostile, il devient le nom d'une communauté de survie, dont l'avenir dépendra de sa relation aux autres et à l'État.
    En attendant, aux yeux de l'anthropologue, l'habitant du camp, du campement ou du ghetto édifie, dans cet écart, sa part d'un monde commun qui est encore largement à faire ; et il montre ainsi l'universalité des histoires de reconstruction de soi et des lieux. Le maintenir enfermé dans son refuge originel, c'est nous enfermer nous-mêmes. L'ouvrir, c'est nous sauver tous.

  • A salvador de bahia, au brésil, le carnaval rassemble, pendant cinq jours et cinq nuits, un million de personnes dans les rues.
    Dans ce qu'on appelle au brésil " la guerre des carnavals ", celui de bahia concurrence désormais le carnaval de rio en popularité et participation. l'histoire de ce succès a commencé avec son " africanisation ", née au milieu des années soixante-dix dans les quartiers noirs et déshérités de la ville. cette " anthropologie du carnaval " en fait la chronique en privilégiant trois thèmes : la ville - deux millions d'habitants, " rome noire " et ville métisse, exotique, inégalitaire et parfois raciste -, la fête - situation liminaire dans laquelle des exercices rituels peuvent être imaginés sans entrave - et l'afrique - vaste creuset, culturellement métis, d'une nouvelle identité noire brésilienne.
    Tout en s'appuyant sur des données ethnographiques inédites, les analyses dépassent largement le cas brésilien et abordent des questions que l'on retrouve en bien des points de la planète : les fondements des mouvements identitaires et leurs excès ; les sources et les procédés de l'invention culturelle ; les sens, multiples et contradictoires, du métissage. elles s'interrogent, enfin, sur la place du rite dans nos sociétés urbaines et contemporaines : tous les ans dans la rue, des milliers de parades et mascarades inventent d'autres mondes et créent, pour un instant, d'autres identités.

  • Peut-on encore faire de l'ethnologie lorsque les terrains classiques de recherche sont occupés par la guérilla, quand leurs habitants vivent sur les décombres des guerres d'Indochine ou sont touchés par l'épidémie du sida parfois sans le savoir ? Comment définir sa position vis-à-vis des indiens d'Amazonie ou des aborigènes d'Australie lorsqu'ils développent au plan local et international des stratégies politiques désespérément « identitaires » ?

    L'implication personnelle des anthropologues sur le terrain, condition première de leur métier, est devenue en cette fin de siècle une forme particulière d'engagement : nécessaire, parfois demandé dans l'urgence, mais aussi ambiguë, et moralement inconfortable.

    Les témoignages, les bilans et les pistes de réflexion de cet ouvrage montrent la richesse et les difficultés, théoriques et politiques, de l'engagement critique. Savoir s'impliquer sur le terrain aujourd'hui, cela nécessite même d'être parfois politically incorrect...

  • Tout ce que fait l'ethnologue a une double dimension.
    L'une est minutieuse, le détail est son ami, la moindre différence l'intéresse. Il enquête sur les relations sociales, les systèmes de parenté. Il cherche à comprendre les moteurs de la mémoire, de l'oubli, du secret. Les peines, les joies, des gens qu'il rencontre, constituent la matière de sa réflexion. L'ethnologue fait sa récolte en remuant la terre séchée des évidences : son savoir-faire a quelque chose du paysan; le terrain est comme la terre, il se malaxe, se triture et on le travaille.
    Et voici l'autre dimension de son métier : tout ce qu'il apprend là-bas, l'ethnologue le montre ici. Il le ramène pour comparer, montrer ce qu'il y a de commun dans ce monde de différences. C'est ce qui fait de lui un anthropologue : sa recherche vise à construire un savoir sur l'humain, de portée universelle.

  • Au moment où la ville, dit-on, se "défait", le regard anthropologique s'avère plus nécessaire que jamais pour retrouver, sans préjugé ni modèle a priori, les genèses et les processus recréant sans cesse et partout l'espace partagé de la ville.
    Michel Agier a enquêté pendant plusieurs années dans les quartiers périphériques, les établissements précaires et les campements, en Afrique noire, en Amérique latine et plus récemment en Europe. Sur la base de cet ancrage ethnographique, il propose des pistes pour répondre à la question du "faire ville" aujourd'hui.
    À partir de trois entrées ou "esquisses" distinctes et convergentes - les savoirs (La ville des anthropologues), les espaces (La ville à l'oeuvre) et les situations (La ville en mouvements) -, l'ouvrage défend la possibilité et l'utilité pour tous (habitants, concepteurs, observateurs et réformateurs) d'une conception anthropologique de la ville.

  • Un conflit est ouvert à propos de la liberté de circuler et de la possibilité pour chacun de trouver une place dans un monde commun.
    Arrêtées par les murs et les législations protectionnistes des Etats-nations, des millions de personnes ne trouvent plus le lieu d'arrivée de leur voyage, et n'ont pas non plus d'autres ailleurs où aller pour se protéger, se reconstruire, revivre. Dans cet exil intérieur, de nouveaux lieux, " hétérotopiques ", apparaissent, se développent et se fixent, et avec eux une nouvelle conception de l'étranger, celle de l'indésirable au monde.
    La frontière, le camp, la jungle ou le ghetto dessinent cette nouvelle topographie de l'étranger : un couloir des exilés se forme, ou règnent l'exception, l'exclusion et l'extraterritorialité, mais où parfois des transformations sociales ont lieu, où la marge devient refuge, à nouveau habitable et même vivable. Sur le chaos du présent s'inventent des mondes à venir... Face aux politiques de la peur et de l'enfermement, l'anthropologue Michel Agier défend une cosmopolite de l'hospitalité, seule à même de fonder une " anthropologie monde ", qu'il conçoit comme une pensée des rencontres et des reconnaissances de l'autre, "avec le monde commun en tête ".

  • Borderlands

    Michel Agier

    • Polity
    • 13 Septembre 2016

    The images of migrants and refugees arriving in precarious boats on the shores of southern Europe, and of the makeshift camps that have sprung up in Lesbos, Lampedusa, Calais and elsewhere, have become familiar sights on television screens around the world. But what do we know about the border places - these liminal zones between countries and continents - that have become the focus of so much attention and anxiety today, and what do we know about the individuals who occupy these places?
    In this timely book, anthropologist Michel Agier addresses these questions and examines the character of the borderlands that emerge on the margins of nation-states. Drawing on his ethnographic fieldwork, he shows that borders, far from disappearing, have acquired a new kind of centrality in our societies, becoming reference points for the growing numbers of people who do not find a place in the countries they wish to reach. They have become the site for a new kind of subject, the border dweller, who is both 'inside' and 'outside', enclosed on the one hand and excluded on the other, and who is obliged to learn, under harsh conditions, the ways of the world and of other people. In this respect, the lives of migrants, even in the uncertainties or dangers of the borderlands, tell us something about the condition in which everyone is increasingly living today, a 'cosmopolitan condition' in which the experience of the unfamiliar is more common and the relation between self and other is in constant renewal.

  • The Stranger as My Guest

    Michel Agier

    • Polity
    • 14 Janvier 2021

    The migration crisis of recent years has elicited a double response: on the one hand, many states have responded by tightening border controls, in an attempt to restrict population movements, while on the other hand many citizens have responded by welcoming new arrivals, offering them shelter, food and whatever help they could provide. By so doing, they have re-awakened an old form of anthropology that was long-considered to be dead - that of hospitality. In this book, Agier develops an original anthropology of hospitality that starts from the reality of hospitality as a social relationship, albeit an asymmetrical one, in which each party has rights and duties. He argues that, with the decline of state and religious support, hospitality is now making a comeback at individual and municipal levels but these local initiatives, while important, are insufficient to respond to the scale of migration in the world today. We need a new hospitality policy for the modern era, one that will regard hospitality as a right rather than a favour and will treat the stranger as a guest rather than as an alien or an enemy. This timely and original book will be of great interest to students and scholars in anthropology, sociology and the social sciences generally, and to anyone concerned with migration and refugees in the world today.

  • The Jungle

    Michel Agier

    • Polity
    • 20 Décembre 2018

    For nearly two decades, the area surrounding the French port of Calais has been a temporary staging post for thousands of migrants and refugees hoping to cross the Channel to Britain. It achieved global attention when, at the height of the migrant crisis in 2015, all those living there were transferred to a single camp that became known as `the Jungle'. Until its dismantling in October 2016, this precarious site, intended to make its inhabitants as invisible as possible, was instead the focal point of international concern about the plight of migrants and refugees.  This new book is the first full account of life inside the Jungle and its relation to the global migration crisis. Anthropologist Michel Agier and his colleagues use the particular circumstances of the Jungle, localized in space and time, to analyse broader changes under way in our societies, both locally and globally. They examine the architecture of the camp, reconstruct how everyday life and routine operated and analyse the mixed reactions to the Jungle, from hostile government policies to movements of solidarity.   This comprehensive account of the life and death of Europe's most infamous camp for migrants and refugees demonstrates that, far from being an isolated case, the Jungle of Calais brings into sharp relief the issues that confront us all today, in a world where the large-scale movement of people has become, and is likely to remain, a central feature of social and political life.

  • Selon les chiffres officiels, cinquante millions de personnes dans le monde sont " victimes de déplacements forcés ".
    Réfugiés, demandeurs d'asile, sinistrés, tolérés, déplacés internes. , les catégories d'exclus se multiplient, mais combien sont ignorées: retenus, déboutés, clandestins, expulsés. face à ce drame, l'action humanitaire s'impose toujours plus comme la seule réponse possible. sur le terrain, pourtant, le " dispositif " mis en place rappelle la logique totalitaire : permanence de la catastrophe, urgence sans fin, mise à l'écart des " indésirables ", dispense de soins conditionnée par le contrôle, le filtrage, le confinement ! comment interpréter cette trouble intelligence entre la main qui soigne et la main qui frappe ? après sept années d'enquête dans les camps, principalement africains, l'auteur révèle leur " inquiétante ambiguïté " et souligne qu'il est impératif de prendre en compte les formes de contestations et de détournements qui transforment les camps, les mettent en tension, en font parfois des villes et permettent l'émergence de sujets politiques.
    Une critique radicale des fondements, des contextes et des effets politiques de l'action humanitaire.

  • Cinquante millions de personnes dans le monde sont victimes de déplacements forcés, provoqués par les guerres et la violence. C'est tout un «pays» qui se crée, une population définie par le seul qualificatif de «victime» et réduite à un seul impératif, son maintien en vie hors de chez elle. Réfugiés afghans, déplacés colombiens, déportés rwandais, refoulés congolais, Tchétchènes, Somaliens, ils ont connu les massacres, la terreur et l'exode. Puis les camps, l'assistance humanitaire et l'attente interminable. Ils sont les emblèmes d'une nouvelle condition humaine qui se forme et se fixe au loin, sur les bords du monde.
    Ce livre voudrait donner à comprendre le processus, actuel, de mise en quarantaine d'une partie de notre planète, et décrire ce qui se passe, ce qui est vécu : parler des souffrances, mais critiquer la victimisation dont les réfugiés sont l'objet. Montrer l'ambiguïté et la souillure des identités formées dans et par les guerres sales, mais aussi l'action qui permet aux réfugiés et aux déplacés de retrouver dans le camp même une place sociale, une humanité.

  • La crise qu'a traversée l'Europe, avec l'augmentation spectaculaire des arrivées de migrants venus principalement du Moyen-Orient et d'Afrique, a mis en évidence l'incertitude des classifications institutionnelles qui servent à la description et à la gestion des flux migratoires. Si le caractère absolu voire « sacré » de l'asile est sans cesse réaffirmé par les gouvernements français, sa mise en oeuvre donne lieu à des attitudes bien différentes de son principe universaliste. Réfugiés, migrants, demandeurs d'asile, mais aussi réfugiés de guerre, migrants économiques, migrants clandestins, sont autant de termes apparemment descriptifs qui, pourtant, engagent toute une épistémologie et une politique des classifications institutionnelles, médiatiques, populaires ou savantes. Leur analyse est à faire, alors qu'aucune de ces classifications ne peut prétendre à l'existence de définitions absolues, partout et toujours vraies des catégories. C'est à cette relativité des modes de classifications et des catégories utilisées que veut répondre le présent ouvrage, en se centrant sur la figure du réfugié, et sur le principe qui la fonde, l'asile.

  • L'universitaire camerounais à New York, le trader français à Londres, l'ouvrier népalais à Doha... sont autant de figures contemporaines de la mobilité. Le numéro 3 de Monde commun met en évidence la dimension ordinaire, sans être anodine, de la migration. Au-delà de la singularité de chacune des situations, considérer ensemble cette multitude migrante - plus de 250 millions de personnes vivant hors de leur pays de naissance - invite à penser le monde à partir des sites et situations de rencontre, cohabitation, coprésence, conflit ou collaboration. Ce numéro intègre les migrations de travailleurs à l'intérieur d'un vaste pays, comme c'est le cas en Inde, ou la migration comme devenir qui traverse la vie de celles et ceux qui aspirent au déplacement. Tous ces mouvements redessinent les frontières, qu'elles soient géopolitiques, sociales, culturelles. Comment les migrations s'inscriventelles durablement dans le tissu social? Comment les sociétés fonctionnent-elles avec l'ouverture au monde et la mobilité comme principe ?

empty