Ernesto Laclau

  • Première publication : Verso (G.-B.), 2005. Comment les identités collectives se forment-elles et selon quelles logiques ? Pour répondre à cette question, l'analyse s'oriente très vite vers le populisme dont Ernesto Laclau propose une lecture iconoclaste, à contre-courant du rejet méprisant dont celui-ci est la plupart du temps l'objet. Quelles sont les logiques à l'oeuvre dans cet excès dangereux qu'est le populisme ? Loin de correspondre à un phénomène marginal, elles sont inscrites dans le fonctionnement réel de tout espace communautaire. Telle est la réponse de Laclau qui livre ici une réflexion fort riche et fort stimulante sur nos sociétés.

  • Grand inspirateur des stratégies politiques des gauches latinoaméricaines et aujourd'hui de Podemos en Espagne, Ernesto Laclau analyse dans ce livre les conséquences d'un prodigieux basculement politique initié dans les années 1990. Entre la fin du XVIIIe et la fin du XXe siècle, l'objectif premier de la lutte politique est resté celui de la libération : peuples, classes ou individus, tous les sujets de l'action politique n'aspiraient qu'à s'émanciper. Cette visée de la libération affirmait en même temps le principe de l'égalité de tous les êtres humains, dessinant ainsi la figure de l'universalisme : dans les « jeux de langage » de la politique moderne, l'égalité l'emportait sur les différences. Or, miné par ses contradictions internes, ce discours de l'émancipation s'est décomposé : la guerre des identités - de genre, d'origine, ou de culture - a pris le pas sur la lutte pour l'égalité. Partout, c'est la revendication de l'identité culturelle qui s'est affirmée et l'a emporté sur l'idéal d'égalité.
    Pour comprendre ce qui se joue désormais à l'échelle planétaire, pour définir de nouveaux objectifs politiques prenant le relais de la tradition de la gauche, c'est l'ensemble des catégories centrales du discours politique hérité - la libération, l'universalisme, le particularisme, le pouvoir, l'idéologie, etc. - qu'il importe de soumettre à un examen critique. C'est ce à quoi s'emploie, avec une rare rigueur, cet ouvrage qui rassemble les éléments d'une théorie générale du politique organisée à partir du concept central d'hégémonie.

  • Composé de façon originale - chacun a adressé aux deux autres une série de questions sur des points centraux de leur réflexion, si bien que le livre est composé de trois séries de trois essais au fil desquels la réflexion progresse sans éviter la confrontation des points de vue -, ce texte fait entendre plusieurs voix qui ont contribué à renouveler la compréhension que « la gauche » post-marxiste a d'elle-même :

    Quelle identité politique pour la gauche après la fin de l'« essentialisme de classe » diagnostiqué par Laclau, au profit d'une compréhension plurielle des « demandes sociales » et de la construction d'une « hégémonie » sur celles-ci ?

    Faut-il abandonner le concept de lutte des classes ou, comme le propose Žižek, le retraduire pour mesurer sa pertinence contemporaine ?

    Comment les luttes autour des questions de « genre », dont Butler a été une figure de proue théorique, ont-elles transformé notre compréhension de l'identité, du soi et de sa fragilité ?

    Quelles voies s'offrent pour résister à la puissance des marchés, à la dépolitisation et aux identités closes ou régressives ?Cet ouvrage permet ainsi d'appréhender de façon originale les positions de chacun des trois interlocuteurs qui, par leur confrontation, conduisent à réarticuler les questions cruciales, et toujours actuelles, de l'émancipation sociale, des revendications politiques identitaires, de la résistance, dans le contexte contemporain du capitalisme mondialisé et de sa difficile quête de « contre-hégémonies ».

  • Depuis sa première publication en anglais, il y a plus de vingt ans, ce livre a été au centre de nombreux débats. Les discussions et controverses qu'il a suscitées sont pourtant loin d'être apaisées : la désintégration du bloc soviétique, l'émergence de nouvelles identités sociales et politiques en lien avec la transformation du capitalisme avancé, et la crise d'un projet de la gauche dont les fondements essentialistes ont essuyé des critiques de plus en plus nombreuses, ont bien plutôt rendu les perspectives théoriques proposées dans ce livre plus pertinentes que jamais. Le projet politique qu'il élabore, la « démocratie radicale et plurielle », constitue un puissant antidote aux tentatives de dépassement par une troisième voie de l'opposition classique entre droite et gauche. Ce texte essentiel, dont voici la première traduction française, aide à comprendre la nature et le sens des luttes sociales contemporaines.

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