Clotilde Leguil

  • Cet ouvrage a pour ambition de donner une portée clinique et politique à l'aphorisme " Céder n'est pas consentir ". Il démontre la profondeur de cette distinction, en s'appuyant sur la psychanalyse, la philosophie et la littérature. Le consentement porte toujours en lui une énigme, car consentir, c'est dire " oui ", sans savoir, sur fond d'un pacte de confiance avec l'autre. Ce fondement énigmatique du consentement, qui peut aussi comporter une ambiguïté, ne doit pas être confondu avec le forçage.
    Cet essai pose donc la nécessité éthique d'affirmer une frontière entre " consentir " et " céder " en distinguant l'énigme du consentement comme expérience subjective, de l'expérience du traumatisme sexuel et psychique. Examinant les différents degrés du " se laisser faire ", depuis l'expérience de la passion amoureuse jusqu'à celle d'un " se forcer soi-même à faire ce qu'on ne désire pas ", Clotilde Leguil montre comment la frontière peut devenir trouble.
    Traumatisme de guerre, traumatisme intime, comment revenir de ce qui s'est produit ? Comment à nouveau consentir à dire ? S'inscrivant dans l'actualité du mouvement metoo, des collages anti-féminicides, et de la parution du récit événement de Vanessa Springora, cet essai, clinique et politique, fait valoir la nécessité de retrouve une langue à soi, pour pouvoir dire " je " à nouveau.

  • L'être et le genre

    Clotilde Leguil

    Le climat du XXIe siècle est à l'affranchissement des normes de genre.
    Les sujets contemporains croient de moins en moins en des rôles d'homme et de femme, qu'ils n'auraient qu'à jouer comme une partition écrite à l'avance.
    Ils ont raison. Cette nouvelle émancipation fait-elle pour autant disparaître la valeur de la question du genre dans une existence ? Que reste-t-il du genre une fois que l'on en a déconstruit les normes ?
    Avec Lacan, la psychanalyse a ouvert la voie à un abord du genre qui fait voler en éclats tous les stéréotypes et introduit du trouble en chaque être. Les études de genre lui sont en cela redevables. À partir de figures d'hommes et de femmes hors normes au cinéma (de Billy Wilder à Guillaume Gallienne), dans la littérature contemporaine (Édouard Louis, Catherine Millet, Delphine de Vigan, Pascal Bruckner), Clotilde Leguil nous montre ce que peut signifier « être un homme » ou « être une femme » au XXIe siècle par-delà toute norme.

  • Il y en a aujourd'hui qui haïssent le « Je », qui déclarent sa fin prochaine, ou même sa disparition accomplie. Il y en a qui préfèrent le « Nous », l'identité qui peut se partager ; d'autres encore qui préfèrent le « Il » scientifique, l'identité qui peut se compter. Comment alors continuer à être « Je » lorsque l'époque tend à faire disparaître la nécessité d'un rapport subjectivé à son existence ?
    Le narcissisme de masse se présente paradoxalement comme un effort pour continuer à exister en première personne dans le monde uniforme de la mondialisation. Mais ce narcissisme de masse n'est-t-il pas un autre piège ?
    Le déchaînement des passions sur les réseaux sociaux, la mise en scène de sa vie privée, le partage de son intimité nous aident-ils vraiment à retrouver notre singularité perdue dans l'univers irrespirable de la quantification de soi et de la marchandisation des expériences ? Parier sur le « Je » offre une autre voie que le narcissisme. Parier sur le « Je », c'est accepter de miser sur la parole et le langage, c'est continuer de croire avec Freud et Lacan dans les messages de ses rêves et de ses cauchemars, c'est ne pas suturer la dimension de l'inconscient. Parier sur le « Je », c'est faire une traversée : la traversée des identités.

  • Le XXIe siècle offre-t-il aux femmes, avec l'affirmation de leurs libertés, un eros léger assurant un plaisir sans risque ? Suivant le parcours de trois amoureuses de films contemporains en un making of de leur passion, cet essai réaffirme l'épaisseur existentielle de l'amour pour l'identité féminine. Quel est le portrait de l'amoureuse d'aujourd'hui ? Parce que le cinéma se fait l'écho des contradictions propres à notre époque ; parce qu'il véhicule une image de la féminité à la fois mythique et révélatrice de notre temps, Clotilde Leguil dessine ce portrait en suivant le parcours de trois héroïnes de films contemporains. Lux, jeune adolescente de Virgin Suicides (S. Coppola), que sa première expérience amoureuse dans une société où l'on prétend que chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps, confronte dramatiquement à l'abandon ; Christa, l'héroïne de La Vie des autres (F. Henckel), dont l'amour pour son compagnon révèle à son humanité un agent de la Stasi ; Diane, dans Mullohand Drive (D. Lynch), dont la passion amoureuse pour son double reflète le fantasme d'une féminité qui échapperait à tout manque. À travers l'analyse de l'initiation à l'amour et à la sexualité, de la présence de l'amoureuse au sein d'un univers totalitaire ou de la fascination narcissique qui peut hanter toute passion, ce livre montre que l'amour embarque les femmes d'aujourd'hui pour un voyage au bout de leur identité et de leur féminité, mettant ainsi à bas la croyance qu'il n'est qu'une aventure pour un sujet achevé qui garderait la maîtrise de lui-même et de l'être aimé.

  • « La psychanalyse doit son endurance étrange à l'accès qu'elle donne au réel de l'existence », affirme Jacques-Alain Miller. Cet accès que la psychanalyse donne au réel de l'existence, qui n'est pas le réel de la science, est ce que la revue Ornicar ? entend faire résonner, transmettre et démontrer.
    Après presque dix ans de réflexion, Ornicar ? est donc de retour. Pour de nouvelles embrassades avec le réel.
    Ornicar ? 52 est dédié à la féminité, sujet brûlant aux incidences à la fois clinique et politique. Son titre « Dark Continent » rend hommage au mystère de la féminité.
    Freud a pu qualifier la sexualité féminine de dark continent pour la psychanalyse ; Lacan a décidé de faire la lumière sur ce continent noir. Alors que les études de genre défendent une approche politique de la féminité depuis la question de la domination masculine, Lacan nous introduit à une autre dimension de la féminité, qui a toute sa valeur au XXIe siècle.
    Ce numéro 52, placé sous le signe des ailes noires du désir d'Annette Messager, fait une place à la féminité comme expérience de l'étrangeté et s'interroge sur une époque, celle des hashtags et des passions de l'être devenues digitales, qui croit avoir tout dit sur les femmes et qui continue peut-être sans le savoir de garder la bouche cousue sur ce qui ne peut se dire. Il revisite la conception lacanienne de l'amour et les parcours tragiques des grandes héroïnes du Séminaire de Lacan.
    Ornicar ? 52 interroge les nouveaux usages du père par les femmes alors que la procréation médicalement assistée oblige à repenser les conditions de la transmission. Il démontre aussi le nouvel usage du père par les filles. Et bien d'autres surprises encore.
    Nous n'avons pas fini de tirer toutes conséquences de la lettre mystérieuse et troublante que Lacan nous a laissée pour déchiffrer notre monde. Messager de la féminité, Lacan a ouvert la voie à un autre discours sur les mystères du continent noir.
    Clotilde Leguil

  • Cet essai part du climat de déconstruction du genre propre à notre époque, pour envisager le genre par-delà l'assujettissement aux normes sociales. Il rend compte de deux approches contemporaines fort distinctes du genre, celle des études de genre, issues de la pensée féministe et universitaire américaine, et celle de la psychanalyse lacanienne. Pour les premières, le genre est d'une atroce pesanteur et conduit les sujets à renoncer à leur désir. Pour la seconde, le genre est d'une insoutenable légèreté, au sens où aucune norme ne peut délivrer à des sujets singuliers un mode d'emploi pour être homme ou femme. S'interroger sur l'être homme/l'être femme, après Lacan, c'est revenir à ce qui constitue la marque de fabrique intime de chaque être, une marque qui ne relève ni de la nature, ni de la culture, mais d'un rapport au désir et à la jouissance. En s'appuyant sur des figures hors normes de femmes et d'hommes au cinéma (Blue Jasmine de Woody Allen, Les garçons et Guillaume à table ! de Guillaume Gallienne), et dans la littérature contemporaine (Édouard Louis, Catherine Millet, Delphine de Vigan et Pascal Bruckner), cet essai démontre en quel sens « être un homme »/« être une femme » devient pour chacun l'occasion d'une interprétation inédite de son être sexué.

  • Qu'est devenue la psychanalyse du XXIe siècle outre-Atlantique ? À partir d'une réflexion sur le projet même de construire une série sur la psychanalyse, cet ouvrage interroge ce que la série In Treatment nous apprend sur le sort de la psychanalyse nord-américaine : psychanalyse de l'ordinaire, approche des souffrances de l'homme normal, mais aussi dépréciation profonde de la valeur de la parole et oubli de la dimension de l'inconscient. Elle nous montre - malgré elle - la dimension désastreuse de toute psychanalyse qui ne se fonde pas sur la fonction de la parole et du langage mais seulement sur le care et le soutien. On y saisit, à travers la pratique de Paul Weston, psychanalyste désabusé, ce que serait devenue la psychanalyse en France sans un Jacques Lacan.

  • Clotilde Leguil nous dévoile les coulisses de l'élaboration lacanienne de la psychanalyse à partir d'une corrélation secrète et paradoxale avec la philosophie sartrienne de l'existence. Si le rapport de Lacan à Sartre est de l'ordre d'une liaison dangereuse, c'est qu'il y a risque de méprise et de malentendu : la philosophie existentielle sartrienne nie la dimension de l'inconscient et la perspective lacanienne introduit le structuralisme en psychanalyse pour repenser l'inconscient freudien.
    Lacan ne recule pas devant les dangers de cette corrélation antinomique. Tout en critiquant Sartre, il réinvestit ses concepts. Ainsi métamorphose-t-il le désir, le manque d'être ou la contingence pour les mettre au service d'une psychanalyse structuraliste. C'est dire combien le structuralisme lacanien se détache singulièrement du mouvement structuraliste : il est question de structure certes, mais aussi de désir et de sujet, sans lesquels la psychanalyse se résorberait dans les sciences humaines.
    L'on saisira comment Lacan détourne les concepts de la philosophie existentielle pour leur faire jouer une nouvelle partition, qui éclaire l'expérience analytique en tant qu'expérience subjective.

  • Comment la psychanalyse lacanienne aborde-t-elle la question du genre ? La psychanalyse est-elle hétéronormative ? Quel statut le signifiant "femme" a-t-il en psychanalyse ? Comment peut-on à partir de la clinique analytique rendre compte du genre "neutre" comme nouvelle revendication et nouveau droit des sujets du XXIe siècle ? C'est à ces questions que des psychanalystes d'orientation lacanienne répondent dans cet ouvrage, en prise avec les débats qui préoccupent la société civile.
    La psychanalyse partage avec les gender studies la dénaturalisation de la sexualité, mais ne se ramène pas pour autant à une simple déconstruction du genre en tant que norme sociale. En revenant sur les thèses des principaux auteurs des gender studies (J. Butler, Monique Wittig, Gayle Rubin, Eve Kosofski Sedgwick, Didier Eribon, Eric Fassin, Marie-Hélène Bourcier), cet ouvrage s'attache à restituer le sens de l'orientation lacanienne en matière de genre, par-delà le malentendu qu'engendre la lecture de Lacan proposée par ces auteurs. Car si la cure analytique tourne tout entière autour de questions comme "qu'est-ce qu'être une femme ?", ou "comment être un homme ?", elle n'invite pas pour autant le sujet en analyse à se conformer à des normes de genre. Par-delà toute identification à un mode de jouissance qui peut être partagé par d'autres, par-delà toute appartenance à une communauté permettant au sujet de s'identifier à d'autres, la psychanalyse conduit chacun, dans sa solitude, à se confronter à un noyau de jouissance qui est aussi ce que Lacan a appelé "un réel". Cet ouvrage, en répondant ainsi aux gender studies, tente de faire émerger les enjeux éthiques et politiques dont la psychanalyse lacanienne est porteuse.
    Avec les contributions d'Éric LAURENT, Pierre-Gilles GUÉGUEN, Fabrice BOURLEZ, Anne Emmanuelle BERGER, Clotilde LEGUIL, Fabian FAJNWAKS.

  • L'éthique se formule de nos jours par rapport aux nouvelles exigences de la société démocratique qui considère chaque individu comme un sujet libre et que nous sommes égaux en droits.
    Elle est confrontée régulièrement aux nouvelles possibilités de la science et des techniques qui semblent parfois mettre en péril le respect de l'être humain et sa liberté. De Kant à Rawls, cet ouvrage présente les principales conceptions contemporaines de la pensée éthique et en analyse leur mise en pratique.

empty