Christos Chomenidis

  • À sept ans, je n'étais sûre que d'une chose : que tout peut basculer d'un instant à l'autre, que rien ne dure. J'aurais donc eu tout lieu d'être terrorisée, apathique, repliée sur moi-même, blindée face à ce qui se passait autour de moi. C'est heureusement l'inverse qui se produisit.

  • Salué par Vassilis Vassilikos comme l'écrivain le plus prometteur de sa génération, Christos Choménidis s'en était déjà violemment pris aux valeurs familiales avec Le Jeune Sage, roman picaresque et drolatique.
    Avec La Hauteur des circonstances, il s'attaque à un autre tabou de l'imaginaire grec : l'armée, plus précisément la marine grecque. Mais encore aux fantasmes militaro-nationalistes du peuple hellène et son rêve de la Grande Grèce. La recrue Marinos Fakidas, pistonnée par son beau-père, le chef d'état-major Léonidas Véziris, est mutée comme pianiste au quartier général du Centre d'instruction de l'île de l'oeuf, dirigé d'une main de fer par le commandant Mathéos Cavallaris, lequel, pris par un délire putschiste galopant, prépare ses hommes au sacrifice suprême et les lance à l'assaut des côtes turques.
    A travers les amours contrariées du jeune héros et de la femme du commandant, au gré des aventures de l'apprenti dictateur et de sa minable bande de conquérants en territoire ottoman, le lecteur assiste à une farce guerrière, qui répète de façon grotesque et ambiguë l'histoire moderne de la Grèce. Selon le mot de Kostas Axelos : " Il arrive à la pensée d'être ivre de sang froid ". La Hauteur des circonstances en est la torride et trépidante démonstration.

  • Un chanteur de charme perd sa voix et loue une " doublure " venue de l'Est, Théo, balourd, inculte et naïf.
    Autour de l'anti-héros, Christos Chomenidis a bâti un roman extrêmement touffu et totalement burlesque. L'intrigue complexe et multiple sert une satire des milieux du spectacle féroce et drolatique. L'hystérie féminine et la veulerie masculine rivalisent de coups tordus. La corruption règne à tous les étages. Depuis Aristophane, quand la Grèce se moque d'elle-même, c'est un jeu de massacre inexorable.
    Le quotidien le plus anodin fournit les ingrédients d'une farce en feu d'artifice. Branché paillettes, priapique et schizophrène, l'anti-héros Théo prend de la mauvaise graisse. L'auteur explore les rapports subtils entre diaspora et autochtones, milite pour la négritude musicale, pulvérise les stratégies de la guerre des sexes et se livre à l'apologie du crétinisme absolu. Branché, déjanté, profond et inventif, Christos Chomenidis, qui a atteint la maturité et la maîtrise absolue de ses moyens, nous entraîne dans son délire impitoyable.
    Et si tout cela n'était pas un rêve ?

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