Catherine Perret

  • Le lien social se nourrit de quelque chose qui n'est pas social. Tel est le propos de cet essai d'infra-politique dans lequel la philosophe Catherine Perret, explorant la naissance de la pédopsychiatrie et l'histoire des politiques de l'enfance en France au XXe siècle, rencontre Fernand Deligny (1913-1996).
    De plus en plus étudié en Europe et aux États-Unis, Deligny est aujourd'hui encore un célèbre inconnu. Wikipédia le présente comme « un opposant farouche à la prise en charge asilaire des enfants difficiles ou délinquants et des enfants autistes ». C'est oublier qu'il fut également conteur, écrivain, cinéaste, cartographe, et que les inventions plastiques et poétiques de ce bricoleur de génie contribuent pour une large part à ses expérimentations cliniques.
    Dans ce livre, Catherine Perret inscrit Deligny dans l'histoire des révolutions psychiatriques qui, suite à l'« extermination douce des fous » dans les hôpitaux psychiatriques français durant la Seconde Guerre mondiale, surent faire de la folie une perspective sur l'humain et du soin psychique une pratique sociale.
    Les expérimentations éducatives et cliniques de Deligny, ses inventions plastiques éclairent ce qui, chez les humains, vise à la création d'un milieu : un milieu loin du langage et qui ne se laisse capter qu'en images.
    Catherine Perret montre que la prise en compte sans exclusive de l'humain ne dépend pas seulement de la capacité qu'auraient les sociétés à inclure de plus en plus d'individus dans le respect de leurs différences. Elle dépend aussi de leur capacité à prendre acte de la différence entre la part civilisable de l'homme et son noyau non civilisable, mais pourtant humain. C'est par là que son essai rejoint l'agenda politique de l'anthropologie contemporaine.

  • Loin d'avoir été discréditée par les atrocités du XXe siècle, la torture est en passe de devenir, en ce début du XXIe siècle, une pratique banale : une méthode de renseignement, une technique policière et militaire, tant dans les dictatures que dans les démocraties. Pour la philosophe Catherine Perret, il est urgent de comprendre les raisons culturelles qui font aujourd'hui de la torture une technique de gouvernement des hommes de plus en plus admissible.
    S'appuyant sur un auteur trop oublié, Jean Améry (1912-1978), et son essai sur La Torture, la philosophe interroge les prémices de l'institution d'une torture d'État.
    Jean Améry réfléchit sur la signification de la pratique de la torture dans la culture chrétienne moderne à partir de l'expérience qu'il fit, sous le nazisme, de la torture et de l'extermination des Juifs d'Europe. Il fait ainsi sortir la torture du cadre d'exception dans lequel on la classe pour mieux l'oublier.
    L'opération centrale de l'essai d'Améry est l'établissement d' une relation intrinsèque entre la pratique nazie de la torture et la " Solution finale " mise au point par Hitler et son gouvernement. La torture d'un seul, livré à son bourreau, et l'extermination d'un peuple, abandonné par la communauté à l'appareil d'État, sont deux formes d'un même projet politique dont le nazisme est une expression, mais non l'expression unique.
    Le corps torturé par le nazi n'est pas le corps du torturé. C'est notre corps. Pour dire ce corps que personne avant lui n'a pensé, Jean Améry invente une langue : il met la prose du reportage au service de la philosophie. Brutale, précise jusqu'à l'âcreté, véhémente et spéculative, l'écriture du témoignage dépasse alors le témoignage. L'expérience livre un texte écorché auquel il faut rendre la peau dont on l'a arraché, un texte dont il faut, pour le lire, devenir l'enveloppe.
    La torture attaque enfin le lien social. Ce lien, aucune loi ne peut le décréter, même s'il doit être protégé par la loi. C'est donc en réfléchissant sur la disjonction entre le lien social qui associe les personnes et la loi qui assujettit les sujets qu'il faut chercher à redéfinir l'acte de torture. Il en va de la " démocratie " au coeur des pratiques démocratiques.

  • Etude sur l'artiste contemporain Olivier Mosset, en 46 petits chapitres, accompagnée de reproductions en couleur de ses oeuvres.


  • walter benjamin sans destin est un exercice de lecture dont la méthode est empruntée et appliquée à l'oeuvre de walter benjamin.
    catherine perret y pratique la citation comme une forme d'intervention destinée à surprendre l'oeuvre pour lui arracher sa vérité : à la façon d'un aveu. cet essai montre à quel point walter benjamin est parvenu à s'émanciper du régime ordinaire de la philosophie occidentale dans sa conception de la mémoire, du langage et de l'art. et, inversement, les moments oú son oeuvre implose, happée par un processus de régression qui la ramène au romantisme qu'elle avait su révoquer de manière éclatante.
    à l'époque oú cet essai a été écrit, il s'agissait d'opérer une critique indirecte des esthétiques postromantiques et de leur postulat commun l'idéalisation de l'art sous le postulat de son autonomie. cette orientation fait son actualité aujourd'hui oú l'esthétique tente encore d'affirmer sa prévalence, sous couvert de lien au politique. c'est pourquoi le texte original (revu et corrigé) est précédé d'une préface qui analyse, à partir de la relation entre la critique de benjamin et la pensée de marx, la force de " l'å'uvre d'art à l'ère de sa reproductibilité technique " à l'heure de l'information mondialisée.


  • " Les porteurs d'ombre travaillent dans l'infra-mince " : telle est l'énigmatique définition que Marcel Duchamp donnait de l'activité artistique.
    L'ombre dont il est ici question est de celles qui s'opposent aux Lumières, c'est-à-dire qu'elle tombe depuis la pointe de l'archaïque, et l'art qui est pris dans son cône s'affranchit du cadre de la modernité. Les porteurs d'ombre - entendons les artistes - ne sont pas des fabricants ou des producteurs (qui feraient de l'art), mais des travailleurs qui font dans l'art (comme on fait dans la dentelle).
    Cette immersion, qui définit plaisamment leur activité, invalide du même coup une approche strictement esthétique de ses résultats et renvoie bien plutôt à l'anthropologie, en tant qu'elle s'intéresse aux pratiques symboliques. L'infra-mince est un néologisme qui relève d'un humour typiquement nominaliste : il suggère que l'art construit sa poétique à partir de la coupure entre les mots et les choses.
    Mais la définition a surtout valeur d'explication : elle nous dit que l'ombre et l'infra-mince sont portés par le même pli (on travaille dans l'infra-mince parce qu'on est porteur d'ombre et vice-versa). Catherine Perret nomme ce pli mimésis. En s'engageant ici dans une généalogie de la mimésis moderne depuis Vélazquez et Descartes jusqu'à l'art contemporain, elle dessine les contours des ombres que l'art fait tomber sur l'époque au moment où ses objets perdent leur aura.

  • Ce livre regroupe les différentes interventions qui ont été faites au cours d'un séminaire mensuel intitulé « L'art contemporain et sa présentation » au Collège International de Philosophie, de 1999 à 2001, de Catherine Perret et Elisabeth Caillet. La question posée est celle de l'exposition de l'art contemporain en ce qu'elle relève de différents registres : la culture, le savoir et la constitution du patrimoine. En privant l'art de lieu matériel sans pour autant le priver de visibilité et tout en l'inscrivant dans l'espace d'une conversation au statut encore à définir, l'exposition d'art contemporain indique un déplacement essantiel du statut artistique et de la fonction sociale de l'art.

  • Les textes réunis dans ce volume ont pour origine un double constat.
    - Le premier est celui de l'omniprésence institutionnalisée, depuis deux ou trois décennies, de l'expression d'« art contemporain ». Le contemporain est à cet égard héritier du moderne : à quelle(s) histoire(s) avons-nous ici affaire ? Que devient la notion d'art, confrontée à des manières de faire qui, parfois, s'éloignent considérablement des traditions artistiques reçues, y compris modernes, ou en réactivent de très anciennes ? Enfin, quel type de présent, artistique ou non, dessinent ces démarches, et quel usage en avons-nous ?
    - Second constat : une partie de l'histoire de l'art dit « contemporain », peut-être la moins négligeable, est aujourd'hui écrite par des artistes. Ce volume interdisciplinaire vise ainsi à s'interroger sur le sens qu'acquièrent l'apparition et la multiplication d'artistes-historiens, artistes-archivistes, à la fois du côté de l'inscription sociale des pratiques artistiques, et du côté des disciplines savantes qu'elles s'approprient, miment ou détournent.
    Les artistes font donc "des histoires", notamment les histoires qui manquent et dont ils se font aujourd'hui les chroniqueurs. Occultées, ou seulement supposées, ces histoires sont les restes « indignes » de figurer au registre de l'histoire des représentations. En travaillant à les documenter, à les inscrire et à les constituer en matériaux, ces pratiques contemporaines leur confèrent une historicité dont le cadre se réfléchit sous la forme changeante de l'aujourd'hui.
    C'est une critique de ces historiographies issues de l'activité artistique que ce volume entreprend.

    Jean-Philippe Antoine est professeur d'esthétique à l'université de Paris 8.
    Catherine Perret est professeur d'histoire et de théorie des arts à l'université de Paris 8.

  • Ce recueil rassemble des essais, des analyses et des propositions visuelles qui montrent l'actualité et l'hétéro-généité des débats qui se cristallisent autour des pratiques contemporaines de l'archive. Les pratiques d'archives relèvent aujourd'hui d'une inquiétude face à l'enregistrement historicisant des objets artistiques, et de la volonté des artistes de s'affirmer comme tels face à l'archivage de leurs oeuvres par les institutions académiques et muséographiques. Il s'agit pour eux d'anticiper sur l'archivage à venir de leurs travaux et de proposer d'autres manières d'écrire l'histoire non seulement de leurs oeuvres, mais plus généralement de l'art. Dans cette perspective, les artistes interposent entre l'enregistrement matériel des choses et l'institution symbolique des oeuvres des dispositifs d'inscription qui excluent que l'un vaille pour l'autre, qu'enregistrement vaille institution. Ils restituent à ce qu'ils font le statut d'archives au sens historien du terme : d'archives non encore validées.

  • Ce recueil rassemble des essais, des analyses et des propositions visuelles qui montrent l'actualité et l'hétérogénéité des débats qui cristallisent aujourd'hui autour des pratiques contemporaines de l'archive. Il est manifeste que les pratiques d'archives dans l'art moderne relèvent d'une inquiétude face à l'enregistrement historicisant des objets artistiques, et de la volonté des artistes de s'affirmer « comme artistes » face à l'archivage de leurs oeuvres par les institutions académiques et muséographiques. Il s'agit pour eux d'anticiper sur l'archivage à venir de leurs travaux et de proposer d'autres manières d'écrire l'histoire non seulement de leurs oeuvres, mais plus généralement de l'art. Dans cette perspective, ces artistes interposent entre l'enregistrement matériel des choses et l'institution symbolique des oeuvres des dispositifs d'inscription qui excluent que l'un vaille pour l'autre, qu'enregistrement vaille institution. Ils restituent à ce qu'ils font le statut d'archives au sens historien du terme : d'archives non encore validées.

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