Bruno Cousin

  • Contrairement à ce qu'ont récemment affirmé un certain nombre d'essayistes, les façons dont la morale et les émotions orientent nos actions, façonnent nos visions du monde et leur donnent du sens, ont été largement étudiées par la sociologie. Bien loin d'en abandonner l'analyse à la psychologie et aux neurosciences, la démarche compréhensive au coeur de nombreuses recherches sociologiques s'est attachée à décrire et expliquer morale et sentiments en les abordant de manière empirique et non normative. Cette perspective a constamment nourri la discipline depuis plus d'un siècle, mais a connu au cours des dernières années un renouveau théorique et épistémologique particulièrement fécond.

    Comment expliquer les formes actuelles de la souffrance amoureuse ? Quelles réponses le racisme suscite-t-il chez ceux qui en sont victimes ? Comment se déroule une action en réparation ? Qu'est-ce qu'une économie morale ? Comment les émotions interviennent-elles dans les procédures de recrutement des professions les plus qualifiées ? Quel est le rôle social des entreprises de moralisation du capitalisme ? Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles répondent les recherches présentées dans cet ouvrage.

  • Les pauvres suscitent-ils aujourd'hui, chez les riches, une répulsion similaire à celle que le peuple inspirait aux bourgeois au XIX siècle ? Autrement dit, les démunis sont-ils encore considérés comme une classe dangereuse, immorale et répugnante ?
    En interrogeant le refus de la mixité résidentielle manifesté par les catégories supérieures, telle est la question frontale que pose cet ouvrage, issu d'une grande enquête comparative sur les perceptions de la pauvreté et des inégalités dans les beaux quartiers de trois métropoles : Paris, São Paulo et Delhi. À partir d'entretiens approfondis, il montre que la quête d'entre-soi des habitants des ghettos dorés n'est pas seulement motivée par une recherche de prestige et de qualité de vie, mais également par des représentations des pauvres qui les incitent à s'en protéger. Comment parviennent-ils à justifier leurs stratégies d'évitement et de relégation des catégories défavorisées, ainsi qu'à légitimer l'ordre local qu'ils s'efforcent de perpétuer ? Au-delà de la peur de la criminalité et de l'insalubrité apparaît la crainte des élites d'être en quelque sorte contaminées par des modes de vie jugés culturellement indésirables ou moralement nuisibles.
    À travers les mécanismes du séparatisme social, ce sont les conditions de possibilité de la solidarité que cet essai explore.

  • Au cours des trois dernières décennies, l'accélération des processus de mondialisation et l'augmentation des inégalités économiques dans la plupart des pays du monde ont posé la question de l'émergence d'une nouvelle classe dominante globale, qui serait caractérisée par son niveau de richesse inégalé, son ubiquité transnationale et sa culture spécifique. [Chapitre extrait de l'édition 2016 de L'état du monde]
    Depuis plusieurs années, et singulièrement après la crise financière de 2008, les inégalités sont redevenues un thème d'actualité. Des best-sellers internationaux se consacrent à cette question trop longtemps négligée. Des ONG publient des chiffres alarmistes qui illustrent le fossé croissant entre les pauvres, qui paraissent toujours plus nombreux et vulnérables, et les ultra-riches, qui ne savent plus comment dépenser leurs gigantesques fortunes. D'Athènes à New York, de Madrid à Hong Kong, les mouvements populaires qui placent la lutte contre les " inégalités " au coeur de leur programme se multiplient et prennent de l'ampleur.
    Mais, derrière les slogans, comment appréhender et mesurer précisément ces inégalités qui pèsent de plus en plus sur l'agenda international ? Politiques, économiques, sociales, raciales, culturelles ou sexuelles : comment s'enchevêtrent les différentes facettes de l'inégalité ? Pourquoi les institutions internationales, elles-mêmes très inégalitaires, échouent presque toujours à atteindre les objectifs qu'elles se sont fixés en matière de " développement " ? Pourquoi l'accès à l'alimentation, au logement, à l'éducation ou à la santé reste-t-il à ce point inégalitaire ? L'injustice ressentie par de nombreuses populations favorise-t-elle les conflits et la violence politique ?
    Grâce aux chercheurs et journalistes réunis autour de Bertrand Badie et Dominique Vidal, cette édition 2016 de L'état du monde propose de nouvelles perspectives pour comprendre les inégalités contemporaines aux échelles mondiale, régionale et nationale. S'appuyant sur de solides ressources statistiques et sur d'innombrables exemples, sur les cinq continents, les spécialistes qui ont contribué à ce volume en décortiquent les mécanismes et fournissent ainsi quelques pistes pour tenter de les combattre.
    Ceci est le chapitre " Vers une hyper-bourgeoisie globalisée ? " par Bruno Cousin et Sébastien Chauvin, extrait de l'ouvrage L'état du monde 2016.

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