Anne Fagot-Largeault

  • « On ne descend pas deux fois dans le même fleuve », disait Héraclite le ténébreux. Car tout s'écoule en un flux permanent : l'eau, les vivants, le temps... C'est le début du cheminement philosophique auquel nous convie Anne Fagot-Largeault. Le devenir paraît impensable dès l'origine de la philosophie. Ce qui devient ne cesse de changer : comment connaître ce qui n'est ni stable ni régulier ? Comment constituer une science du vivant si tout est en mouvement, les individus comme les espèces ? » Sous la plume d'Anne Fagot-Largeault, des thèmes classiques - l'être et le devenir, le temps, le vivant, l'évolution, l'individu - sont revisités avec une maîtrise qui les rend simples. Elle organise un dialogue passionnant avec et entre les auteurs, anciens et modernes, scientifiques et philosophes, condense en quelques citations lumineusement expliquées des argumentations complexes.
    L'analyse englobe les sciences, jusqu'à l'astrophysique contemporaine : l'Univers aussi est en devenir. En fin de parcours, bien sûr, c'est de l'homme qu'il est question. Par la science et par l'action, il change la marche des processus naturels, et la question

  • L'engagement médical implique toute une philosophie.
    Une métaphysique, parce que la médecine trouve sa raison d'être dans le constat de la réalité des maux qui affligent les vivants. Une épistémologie, parce qu'une connaissance du normal et du pathologique est la nécessaire condition d'une lutte intelligente contre ces maux. Des dilemmes moraux, parce que cette lutte associe la recherche du bien des malades individuels, le respect de leur autonomie, et la prise en compte de l'intérêt collectif.
    C'est cette philosophie de l'acte médical que les essais ici réunis entreprennent d'expliciter, en abordant notamment les défis méthodologiques et éthiques de cet art, tout armé de technologies et au carrefour de multiples sciences, qu'est la médecine. L'auteur, philosophe et médecin, expose avec rigueur et clarté les stratégies utilisées par la recherche médicale pour détecter, identifier et classer les éléments pathogènes (étiologie des affections, logique de l'inférence diagnostique, recherche épidémiologique), les procédures employées pour évaluer les coûts et bénéfices des interventions thérapeutiques (notion de qualité de vie), et les problèmes moraux soulevés par la mise à disposition de services de santé (procréation médicalement assistée, suivi de la grossesse).
    De cette lecture, on sort convaincu que la sagesse médicale tient à un fragile équilibre entre dévouement à ceux qui souffrent, rationalité incluant l'acceptation du risque, et lucidité sur les limites de nos connaissances.

  • Conçu dans une perspective historique longue, le développement de la médecine semble marqué par la coexistence en son sein d´une urgence à laquelle il faut répondre et d´un manque auquel il faut remédier. Cette urgence, c´est celle du soin à prodiguer à celui qui souffre, ici et maintenant, pour que justement cette souffrance cesse. Ce manque, c´est celui d´une connaissance objective qui permettrait de comprendre les mécanismes des maladies afin d´y mettre un terme, de soigner les souffrances qu´elles occasionnent en connaissance de cause. Or, c´est bien la reconnaissance conjointe de cette urgence et de ce manque qui peuvent expliquer pourquoi les espoirs, tantôt mesurés, tantôt immenses, mis en la médecine ont si souvent été déçus : si « le salut du malade passe par la science » et que la science fait défaut, quel salut pour le malade ? D´où l´injonction faite à l´art médical, tout au long de son histoire, de se fonder sur une connaissance du normal et du pathologique ou, encore plus radicalement, celle faite à la médecine de devenir scientifique. Ainsi seulement, pensait-on et pense-t-on encore aujourd´hui, pourrait-on garantir avec certitude tout à la fois l´exactitude du diagnostic, la fiabilité du pronostic et l´efficacité de la thérapeutique, idéal méthodologique admirablement capturé par une maxime positiviste fameuse : « Science d´où prévoyance, prévoyance d´où action. » C´est l´écart entre cet idéal - ou ce rêve - méthodologique et le développement historique effectif de la médecine que les articles réunis dans ce volume contribuent à éclairer.


    Anne Fagot-Largeault est professeur au Collège de France, chaire de philosophie des sciences biologiques et médicales.

    Avec les contributions de : Jean-Paul Amann, Christian Brun-Buisson, AIain Chalmers, Harris Cooper, Pierre Corvol, Jeanne Daly, Claude Debru, Anne Fagot-Largeault, Élodie Giroux, Hee-Jin Han, Larry V. H edges, Alain Leplège, Alfredo Morabia, Olivier Steichen, Zbigniew Szawarski, Ulrich Trölher.

  • Conçu dans une perspective historique longue, le développement de la médecine semble marqué par la coexistence en son sein d'une urgence à laquelle il faut répondre et d'un manque auquel il faut remédier. Cette urgence, c'est celle du soin à prodiguer à celui qui souffre, ici et maintenant, pour que justement cette souffrance cesse. Ce manque, c'est celui d'une connaissance objective qui permettrait de comprendre les mécanismes des maladies afin d'y mettre un terme, de soigner les souffrances qu'elles occasionnent en connaissance de cause. Or, c'est bien la reconnaissance conjointe de cette urgence et de ce manque qui peuvent expliquer pourquoi les espoirs, tantôt mesurés, tantôt immenses, mis en la médecine ont si souvent été déçus : si « le salut du malade passe par la science » (per scientiam ad salutem ægroti) et que la science fait défaut, quel salut pour le malade ? D'où l'injonction faite à l'art médical, tout au long de son histoire, de se fonder sur une connaissance du normal et du pathologique ou, encore plus radicalement, celle faite à la médecine de devenir scientifique. Ainsi seulement, pensait-on et pense-t-on encore aujourd'hui, pourrait-on garantir avec certitude tout à la fois l'exactitude du diagnostic, la fiabilité du pronostic et l'efficacité de la thérapeutique, idéal méthodologique admirablement capturé par une maxime positiviste fameuse : « science d'où prévoyance, prévoyance d'où action ». C'est l'écart entre cet idéal - ou ce rêve - méthodologique et le développement historique effectif de la médecine que les articles réunis dans ce volume contribuent à éclairer.

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